Blogueurs faites attention à vos abattis !

Le « First Amendment » et la blogosphère

Un blogueur américain est incarcéré depuis la fin du mois d’octobre pour outrage, dénonciation calomnieuse, diffamation et autres délits nombreux et variés selon la police et la justice de l’Alabama. Comme chacun est supposé le savoir, l’Alabama est peut-être l’Etat des USA le plus conservateur. C’est presque limite si dans un restaurant on n’oblige pas les clients à réciter le bénédicité, et dans toutes les familles des alentours de Birmingham, croyez-en mon expérience personnelle puisque j’ai été invité un soir à dîner dans une famille du cru, on se coltine dix minutes de Bible avant de commencer à dîner avec comme seule boisson un mauvais thé. L’horreur ! Surtout pour un incorrigible incroyant et buveur de vin et de bière que je le suis …

Ce blogueur, Roger Shuler, citoyen de l’Alabama a osé divulguer sur son blog des informations compromettantes au sujet du fils de l’ancien gouverneur de l’Etat Robert Riley Jr. Ses révélations n’ont plu ni à son ancien voisin avocat et ancien employeur, ni à la police, ni au shérif, ni à la justice locale, ni aux représentants du comté et naturellement ni aux Républicains en place où était encarté Riley.

Robert Shuler est un ancien journaliste reconverti archiviste à la bibliothèque centrale de la ville de Birmingham après un AVC et il tient un blog depuis 2007 qui relate dans le menu les vicissitudes des politiciens, de la justice et de la police locale. Chacun son truc mais il faut aussi des gens comme lui pour alerter l’opinion en général au sujet de ce qui se trame dans le milieu maffieux que constitue la collusion entre justice, police et politique aussi bien dans l’Etat d’Alabama que par exemple en France, un Etat lambda de l’Union Européenne au même titre que la Slovénie, l’Espagne ou Chypre. J’ai relaté dans un billet de mon blog l’affaire ubuesque du différent entre la Société Générale et les blogueurs Mish Shedlock et Jean-Pierre Chevallier qui ont osé divulguer de « fausses » informations relatives au bilan de cette banque.

Pour mémoire, je cite l’amendement (Wikipedia) dont il est question et qui pourrait faire l’objet d’une question prioritaire de constitutionnalité en France :

« Le Congrès ne fera aucune loi pour conférer un statut institutionnel à une religion, (aucune loi) qui interdise le libre exercice d’une religion, (aucune loi) qui restreigne la liberté d’expression, ni la liberté de la presse, ni le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et d’adresser à l’État des pétitions pour obtenir réparation de torts subis (sans risque de punition ou de représailles) »

Comme on peut le constater, autant en Alabama qu’en France, en Chine, en Russie, à Cuba, au Zimbabwe et en Corée du Nord, la liberté d’expression se dégrade, surtout si l’espace de liberté que constitue Internet avec sa blogosphère est menacé.

Vais-je être poursuivi un jour parce que j’attaque à longueur de billets les inepties des climatologues subventionnés outrageusement par l’ONU, la commercialisation de pesticides dangereux pour les abeilles par des sociétés sans foi ni loi, les même sociétés répandant des informations mensongères sur le bien-fondé de la prescription de statines pour diminuer le taux de LDL, ou encore Greenpeace, WWF et d’autres ONG pour le moins opaques comme Criigen ou Criirad (en France) qui sont le véhicule d’une idéologie marxisante directement issue des facultés de sciences humaines ou on n’apprend rien d’autre que le constructivisme totalitaire ? Dois-je un jour être emprisonné parce que j’appelle le président « capitaine de pédalo » et le ministre des finances « moscou-vichy », dois-je être poursuivi un jour parce que j’appelle tout simplement un chat « un chat » et une chatte « une foufounne » ?

Quelques jours avant la défection de Snowden, je dénonçais les exactions de Google, Facebook et d’autres organismes sévissant sur internet qui ont été carrément obligés de collaborer avec la NSA, ce que Snowden a révélé par la suite, dois-je être condamné en tant que blogueur pour révéler ces informations ? Dois-je être poursuivi pour révéler que Chirac a réactivé la série d’essais nucléaires de Mururoa ajournée par Mitterand pour de bonnes raisons que je connais dans le détail mais dont personne n’a jamais parlé, secret défense oblige ?

Si on ôte par un moyen ou un autre la liberté d’expression aux blogueurs, la démocratie sera en danger et ces dites démocraties deviendront des Etats totalitaires ! C’est triste et effrayant …

Quand la chasse aux sorcières (les blogueurs) s’organise !

L’histoire remonte à août 2011 et vient de s’accélérer on peut dire à l’échelle planétaire puisqu’un blogueur suisse et un blogueur américain sont poursuivis par la justice française via l’AMF, l’autorité des marchés financiers, à la suite d’une plainte de la Société Générale considérant que ces blogueurs avaient véhiculé de fausses informations sur l’état de santé financier de cette banque. Ces informations avaient provoqué une chute de près de 20 % du titre de SocGen au cours de la séance du 10 août 2011. Et cette histoire refait surface maintenant avec les condamnations du blogueur Jean-Pierre Chevallier à payer une amende de 10000 euros et du blogueur américain Mike Shedlock à 8000 euros. Chevallier ou tout au moins son blog est domicilié en Suisse (chevalier.biz et http://www.jpchevallier.com/) et Shedlock aux USA (globaleconomicanalysis.blogspot.com) .

Quelle faute ont commis ces deux blogueurs dont le sérieux des analyses est reconnu ? Ils ont osé recalculer l’exposition des banques françaises à l’effet de levier c’est-à-dire le ratio entre les actifs et les capitaux propres en tenant compte de ce qu’ils appellent à juste titre les facteurs de risque que comportent certains actifs, comme par exemple détenir de la dette grecque (c’était en 2011) à partir des données disponibles au public provenant des trois principales banques françaises, Société Générale, BNP et Crédit Agricole. Chevallier avait trouvé respectivement pour ces trois banques des ratios de 50/1, 27/1 et 49/1 ! Le Crédit Agricole, sérieusement empêtré dans la crise économique grecque n’avait pas relevé le gant ni la BNP plutôt mieux « nantie » que les consoeurs. La Société Générale ne l’a pas entendu de cette oreille et a déposé une plainte contre Chevallier et Sheldock qui avait repris l’information de Chevallier en la confirmant. Après la mise en place progressive des accords de Bâle III l’effet de levier s’est réduit et aujourd’hui ceux-ci sont de 24/1 pour BNP, 23/1 pour SocGen et encore 49/1 pour Crédit Agricole si on prend en compte dans les 1600 milliards d’euros d’actif du groupe les 500 milliards de l’activité assurance et dans le cas contraire le levier n’est plus alors que de 33/1.

C’est certain que ça fait désordre quand on compare la santé de ces banques avec celle de leurs homologues américaines dont la moyenne de levier est de 17/1 et cela révèle également la grande fragilité des banques françaises soumises à une fiscalité outrageusement élevée en comparaison des autres établissements bancaires ou financiers européens ou américains. De plus les trois banques françaises totalisent une exposition de 490 milliards d’euros dans des pays européens dits à risque par ces analystes, soit 7 % de tous les actifs bancaires français ou en d’autres termes le quart du PIB de la France ! Combien ces banques détiennent de dette française et cette dette est-elle considérée comme à risque au même titre que celles de pays comme le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, Malte, la Slovénie ou d’autres pays de l’Union Européenne ? Mystère ! Les stress-tests n’ont pas l’air de prendre en compte les facteurs de risque et quand des blogueurs spécialisés se permettent de le faire ils sont poursuivis en justice.

C’est la chasse aux sorcières qui s’organise lentement pour museler tous ceux qui dérangent le système. En France, le délit d’opinion va devenir la règle comme en Corée du Nord. Internet va finir par être muselé alors qu’il constitue encore un espace de liberté jusque là inviolé (sauf par les services d’espionnage et en toute illégalité) et où il est encore possible d’émettre une opinion politiquement incorrecte, mais jusqu’à quand ?

L’avenir est de plus en plus sombre car ces révélations déplaisantes à propos des banques françaises cachent l’énorme iceberg de pertes et de prises de risque inconsidérées avec l’accord tacite des politiciens. Comme le dit H16, et je suis totalement en accord avec lui, ce pays est foutu !