L’impact de l’homme sur le climat et la biodiversité

DSCF5114 - copie.JPG

La plus vieille forêt primaire d’Europe se trouve dans l’île de Tenerife, c’est la laurisylva du massif volcanique d’Anaga, jamais spoliée depuis 5 millions d’années sinon par quelques routes et sentiers de randonnée de création récente. Cette forêt n’a survécu aussi longtemps que grâce à des conditions climatiques particulières résultant des alizés presque constants, des vents de nord-est chargés d’humidité qui, en remontant le long de la ligne de relief, font subir à l’air une décompression s’accompagnant donc d’un refroidissement qui à son tour entraine une condensation de la vapeur d’eau. Cette forêt bénéficie donc tout au long de l’année d’une humidité relative importante qui la classe parmi les forêts sub-tropicales humides alors que le climat y est plutôt tempéré. Il s’agit d’un biotope particulier où l’on rencontre des arbres et arbustes apparentés au laurier, des lauracées et d’autres arbustes proches de l’ajonc ou du genêt ainsi que des fleurs géantes proches du dendelion qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Comme dans beaucoup d’îles de par le monde soumises au même type de phénomène météorologique, dans certaines parties du Japon, en Nouvelle-Calédonie ou en Nouvelle-Zélande, la forêt d’Anaga a perduré presque intacte depuis l’émergence du massif volcanique qui fut l’un des premiers socles de l’île de Tenerife.

Aujourd’hui il est incontestable que cette forêt est la plus ancienne d’Europe, bien plus ancienne que les forêts de Pologne ou de Scandinavie qui n’existaient pas il y a 20000 ans car il n’y avait que des glaciers dans ces contrées.

Capture d’écran 2016-06-13 à 08.46.10.png

Curieusement le changement climatique qui eut pour résultat une montée du niveau des océans de plus de 100 mètres il y a environ 15000 ans (Dryas récent) à la suite de la fonte des calottes glaciaires qui recouvraient une grande partie de l’Europe et de l’Amérique du Nord n’a pas été pris en considération par les auteurs d’une étude parue dans les PNAS relatant l’influence de la présence humaine sur les biotopes. Tout ce qu’a retenu cette étude émanant des Universités de Stanford, de Brisbane et d’Oxford parmi bien d’autres est la singulière et déplorable agression de l’homme sur l’environnement. Parmi les dommages irrémédiables de la « colonisation » de la planète par l’homme il est rappelé dans cette étude que les oiseaux incapables de voler comme le moa en Nouvelle-Zélande ou le mammouth laineux dans le nord de l’Europe ont été exterminés par l’homme jusqu’à leur disparition définitive, mais pas seulement. Certaines espèces de graminées ont disparu de la surface du globe après l’avènement de l’agriculture qui a profondément modifié les biotopes naturels.

En un mot l’homme est nuisible pour la planète non pas depuis le début de l’ère industrielle qu’on appelle l’anthropocène mais depuis beaucoup plus longtemps, depuis l’apparition de l’espèce Homo sapiens sapiens venu d’Afrique il y a environ 100000 ans. Il est donc facile de culpabiliser l’homme quand on énumère les disparitions successives des grands mammifères. Le bison d’Amérique, réservoir de protéines pour les amérindiens et intelligemment contrôlé par ces derniers pendant des millénaires échappa de justesse à sa disparition quand les hordes génocidaires des généraux Sherman et Sheridan décidèrent de les exterminer pour accélérer l’éradication des Indiens des grandes plaines américaines qui en tiraient l’essentiel de leur subsistance. L’article du PNAS n’en parle même pas.

L’émergence de l’agriculture a profondément modifié l’ensemble des biotopes. Un exemple cité dans cette étude est plutôt caricatural. Le nombre de chiens, le premier animal domestiqué par l’homme, est estimé aujourd’hui entre sept-cent millions et un milliard dans le monde, ce qui bien évidemment réduit d’autant la biodiversité relative puisque le chien est un carnivore. Il est certain que le petit teckel de Madame Chien-chien va systématiquement attaquer les pigeons dans les squares des grandes villes !

Le pire dommage créé par l’homme est donc l’agriculture puisque son extension a été par le passé synonyme de déforestation. Vient ensuite l’occupation des continents et des îles qui toujours selon cet article ont été défigurés par l’homme et les animaux qu’il a domestiqué, en particulier le chien. Selon ce pamphlet qui n’est même pas un article de recherche mais une compilation supposée exhaustive de la littérature (148 références d’articles choisis à dessein) concernant les dégâts créés par l’homme sur l’ensemble de la Terre. La disparition de la mégafaune est illustrée ci-dessous :

Capture d’écran 2016-06-12 à 11.55.33.png

L’article est en accès libre, cela va de soi puisqu’il s’agit d’une vaste propagande dans la droite ligne du malthusianisme des écologistes politisés. Il est déplorable que les PNAS s’abaissent ainsi en dénonçant le milliard de chiens sur Terre, un chien pour 7 personnes …

Source : http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1525200113 en accès libre.

Illustration : la forêt d’Anaga à Tenerife avec le volcan Teide en arrière plan. Photo prise par votre serviteur à la fin du mois de mars 2016.

Les envahisseurs marins

Plus de 90 % des marchandises sont transportées d’un point à l’autre du globe par voie maritime or un bateau n’a pas été conçu pour naviguer à vide et même plein de fret, un porte-conteneurs doit équilibrer l’assiette du bâtiment à l’aide d’eau de mer pompée dans les ballasts. On estime que dans le monde plus de dix mille milliards de mètres cubes d’eau de mer sont ainsi transportés chaque année d’un endroit à l’autre du globe terrestre. Et si le « dégazage » des bateaux (rejet des eaux des ballasts) transportant du pétrole est maintenant contrôlé afin de réduire la pollution par les hydrocarbures, il n’en est pas de même de l’eau de mer qui contient des œufs de toutes sortes de créatures marines, des larves variées et aussi des bactéries, des virus et des amibes. Le rejet des eaux de ballasts a pour conséquence catastrophique de modifier parfois dangereusement et durablement des biotopes lointains et fragiles par des espèces totalement étrangères provenant de l’autre bout de la planète. On s’est par exemple aperçu que la population d’anchois de la Mer Noire a été décimée par une méduse prédatrice et invasive (Mnemiopsis) dans les années 80 et a été retrouvée ensuite dans le mer Baltique en 1990 provoquant le même type de désastre sur les populations de harengs. Or cette petite méduse provient des côtes du sud des Etats-Unis. Il en est de même pour d’autres espèces invasives comme des crevettes, des crabes ou des moules transportées par les eaux de ballasts. La crevette rouge (Hemimysis anomala) originaire de la Mer Noire se retrouve maintenant dans l’estuaire du Saint-Laurent et envahit les grands lacs nord-américains en détruisant systématique la faune locale. Le crabe chinois (Eriocheir sinensis, voir la photo) originaire des littoraux coréens et chinois, comme son nom l’indique a envahi la presque totalité des côtes de l’Atlantique nord et de la mer du Nord ainsi que les fleuves tributaires comme le Rhin. Prédateur et fouisseur, ce crabe pose de réels problèmes dans les parcs à huitres ou à moules et fragilise des digues et des rives de canaux et de rivières.

Enfin les eaux de ballasts transportent des amibes pathogènes comme Giardia duodenalis qui provoque des diarrhées pouvant être mortelles (giardiase) ainsi que des virus pouvant rendre dangereux voire mortels des coquillages comestibles comme des huitres, moules ou palourdes. Un dernier exemple suffira pour illustrer le problème : au début des années 90, un cargo en provenance du golfe du Bengale a vidé au large du Pérou ses eaux de ballast polluées par la bactérie responsable du choléra (Vibrio cholerae) qui s’est retrouvée dans des fruits de mer variés entrainant une épidémie de choléra qui a duré trois ans et tué 12000 personnes ! Bref, les eaux de ballasts pompées et rejetées sans précaution représentent un danger économique, de santé humaine et écologique mondial qui coûte très cher à l’économie en général car chaque jour plus de 7000 espèces marines voyagent incognito chaque jour, chaque heure dans le monde entier. Une conférence s’est ouverte hier à Londres sous les auspices de l’Organisation Maritime Internationale pour tenter de trouver des solutions à ce problème majeur et peu connu du grand public et arrêter si possible une convention contraignante qui puisse être mise en place rapidement. Or, pour entrer en vigueur, cette convention doit être signée par au moins trente pays représentant au moins 35 % du tonnage de la marine marchande mondiale. Fin avril de cette année 36 pays étaient signataires mais le tonnage correspondant ne représentait encore que 29 % du total mondial. Des pays trainent les pieds comme les USA, le Royaume-Uni, l’Allemagne ou je Japon mais le blocage provient des pays dits « pavillons de complaisance » comme Chypre, Malte, le Panama et les Bahamas et aussi la Suisse … Le Panama est le premier pavillon de complaisance après le Libéria, les Iles Marshall, les Bahamas et Malte. Le Libéria a pourtant signé la convention mais on comprend que les USA trainent les pieds puisque les Marshall et les Bahamas sont des territoires … américains.

A moins d’une réelle prise de conscience collective, la situation restera celle qu’elle est aujourd’hui alors que le coût moyen du traitement des eaux de ballast (filtration, électrolyse produisant de l’hypochlorite de sodium (constituant de l’eau de Javel) ou à la limite traitement chimique non polluant, serait d’environ deux cents de dollar par mètre cube avec un investissement initial variant entre 150 et 500 000 dollars selon la taille du navire alors que les dégâts occasionnés par les espèces invasives sur les biotopes marins ont été évalués par le WWF à 70 cents de dollar soit plus de 50 milliards de dollars pour le monde entier ou pour être plus parlant l’équivalent du PIB de la Bulgarie !

800px-EriocheirSinensis1

Sources : WWF, Le Temps (Genève), crédit photo : Wikipedia (crabe chinois)