L’avenir des voitures électriques (partie 3 : le nickel)

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Le nickel est un composant important des batteries Li-ion puisque la cathode de la batterie contient plus de 70 % de nickel. Il existe dans le monde plusieurs gisements importants de nickel mais le plus grands en terme de réserves est celui de Norilsk. Le minerai, une chalcopyrite, est riche en cuivre, nickel, cobalt, palladium et platine et provient de l’éruption volcanique cataclysmique qui eut lieu il y a 250 millions d’années au nord de la Sibérie centrale. La société Norilsk, en réalité Nornickel car Norilsk est le nom de la ville de près de 150000 habitants située au delà du cercle polaire à l’est de la péninsule de Taymir, est le leader mondial de la production de nickel. Il s’agit du gisement le plus important de nickel et la société Norilsk va donc influer sur le prix mondial du nickel mais aussi du cobalt dans les prochaines années avec le développement tant des batteries pour voitures électriques que pour les installations de stockage des énergies intermittentes d’origines éolienne et solaire. Les enjeux sont tellement immenses que deux milliardaires russes, devenus milliardaires en reprenant les « combinats indutriels » de l’ère soviétique et en les développant judicieusement (sans entrer dans les détails) contrôlent de facto ce marché. L’actionnaire majoritaire de Nornickel est un dénommé Oleg Deripaska mais le principal actionnaire de United Co. Rusal, le géant de l’aluminium russe, Vladimir Potanin désire se faire une place dans ce marché particulièrement prometteur. Le Président Vladimir Poutine, conscient de l’enjeu économique immense des activités de Norilsk, a placé une troisième oligarque dans la bataille de prise de contrôle de Nornickel en facilitant l’achat d’un peu plus de 6 % des actions de Norilsk par la holding de Roman Abramovich. La manoeuvre parait claire et en réalité c’est le Kremlin qui a pris le contrôle de la bataille engagée entre Deripaska et Potanin car ni l’un ni l’autre ne pourront dominer Norilsk :

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Il n’est pas nécessaire de remarquer que la Russie joue déjà un rôle central dans le marché des matières premières et ce rôle ne pourra que s’amplifier dans le cadre de la révolution énergétique qui se met en place dans les pays de l’OCDE. Inutile d’épiloguer pour comprendre le véritable agenda géostratégique et impérialiste des USA qui aimeraient bien mettre la main sur ces ressources russes.

Source et illustration : Bloomberg

L’avenir des voitures électriques (partie 2 : le cobalt)

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Comme l’indique le schéma ci-dessus (source : Bloomberg) les batteries Li-ion contiennent finalement que peu de lithium. Par contre elles renferment des quantités importantes de nickel mais aussi de cobalt. Le cobalt est produit par retraitement des boues d’extraction du cuivre ou du nickel car ce métal est le plus souvent associé à ces métaux dans les minerais comme les pyrites dans le cas du cuivre. Les principaux « gisements » de cobalt économiquements purifiables à partir de ces boues se trouvent au Zaïre (Katanga), en République Centrafricaine, dans la région de Norilsk en Sibérie centrale et au Canada pour les mines de cuivre et dans une bien moindre mesure en Nouvelle-Calédonie pour les mines de nickel. Il n’y a pas trop de souci à se faire car les estimations font état de réserves mondiales importantes de cobalt de l’ordre de 7 millions de tonnes. Dans une voiture Tesla modèle S il y a environ 11 kg de cobalt embarqué comme constituant des batteries …

Outre les batteries Li-ion la deuxième plus importante utilisation du cobalt est la fabrication de super-alliages utilisés pour les moteurs d’avions et les turbines à gaz. Le marché du cobalt représente aujourd’hui en valeur, avec la montée en puissance de celui des voitures électriques, environ 40 milliards de dollars et ce marché atteindra au tournant du milieu de la prochaine décennies 75 milliards de dollars. Mais dans le même temps le recyclage des batteries des voitures électriques, et c’est déjà le cas pour les petits accumulateurs des téléphones et des ordinateurs portables, représentera alors un source substantielle de cobalt. Ce sera là l’apothéose de l’économie « circulaire » si chère aux écologistes comme Monsieur Hulot.

Ces 11 kilos de cobalt (en valeur environ 800 dollars) que contiennent les batteries des Tesla S mais aussi bien celles des smart-phones que des vélos représentent aujourd’hui près de 50 % de leur prix ou encore 12 fois celui du lithium et 5 fois celui du nickel que contiennent ces batteries. Autant dire que les petits malins optimisant le recyclage du cobalt à l’échelle industrielle auraient eu de beaux jours devant eux. Malheureusement l’activité du recyclage est déjà contrôlée par la firme canadienne American Manganese située à Vancouver, le marché du cobalt lui-même étant dominé par la multinationale des matières premières Glencore et la société China Molybdenum Co. Il est en effet bien plus profitable de recycler des batteries qui contiennent 12 % de cobalt que du minerai qui n’en contient que 1 à 2 % même si ce minerai est par ailleurs valorisé en cuivre ou en nickel.

Petit aparté, au Katanga certains filons de pyrites de cuivre sont particulièrement riches en cobalt, parfois jusqu’à 15 %. L’extraction quasiment à main nue de blocs de minerais constitue souvent une activité familiale. Le minerai est revendu à des petits grossistes locaux qui eux-mêmes négocient avec des usines de traitement artisanales. Près de 30 % de la production de cobalt du Zaïre fait l’objet de contrebande et échappe totalement au contrôle de l’Etat central. Naturellement les écologistes et Amnesty International ont dénoncé le travail des enfants dans ces mines « sauvages ». Il faut remettre les choses à leur place : les enfants travaillent effectivement, mais pour contribuer à assurer la subsistance de leur famille.

Unicore, une firme belge, cette fois et ce n’est pas une blague, s’est d’ors et déjà positionnée dnas le recyclage du cobalt mais aussi du nickel des batteries de voitures électriques. Cette société basée à Bruxelles a passé des accords avec Toyota et Tesla pour le recyclage, le marché commençe à décoller et il atteindra son plein régime autour des années 2025 quand le volume de batteries à recycler sera devenu suffisant. Et c’est encore une histoire de gros sous car le cobalt extrait par recyclage reviendra à 60 centimes de dollar par kilo et il sera revendu aux fabricants de batterie au prix « modique » de 40 dollars par kilo – 3 fois moins que le prix global du cobalt extrait des minerais au prix de fin 2017 !

Il y a aussi un autre recyclage des batteries de voitures envisagé pour le stockage de l’électricité produite avec des panneaux solaires des habitations individuelles dans les pays en développement ne disposant pas encore de réseaux électriques couvrant tout leur territoire. Ces pays font le plus souvent appel au charbon pour la production d’électricité et tout cet engouement pour le recyclage à venir, si cher à Hulot, sera aussi très utile pour que les quelques grandes compagnies déjà positionnées dans ce secteur réalisent des profits monstrueux sans pour autant créer des milliers d’emplois nouveaux (comme le prétendent les écologistes) car cette activité sera largement robotisée … « Bienvenue dans un monde meilleur », la devise de Rhône-Poulenc qui a longtemps sponsorisé le petit Nicolas pour ses explorations en hélicoptère … L’écologie et la voiture « propre » n’apporteront que des bénéfices gigantesques à quelques grands groupes industriels, un point c’est tout.

Source partielle et illustration : Bloomberg

Prochain billet : le nickel