Nouvelles du Japon : une histoire de bananes

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Après les avocats sans noyaux voilà maintenant les bananes avec une peau comestible : la banane Mongee, mot japonais qui se traduit par « Incroyable ». D’abord pour pouvoir manger leur peau ces bananes sont produites sans pesticides dans une ferme située dans le sud de l’île japonaise principale de Honshu. L’un des collaborateurs de cette ferme (D&T Farm) s’est amusé à soumettre les bananes à divers traitements physiques pour rendre la peau comestible et il a trouvé après de nombreuses tentatives qu’en refroidissant le fruit lentement jusqu’à la température de moins 60 °C, à peu près celle de la neige carbonique, puis en laissant décongeler lentement la peau s’amincit et elle peut être ingérée sans encombre.

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Il faut tout de même attendre que cette peau se recouvre de petites taches brunes ce qui signifie alors qu’elle est « à point ». Il paraît selon des dégustateurs que le fruit a acquis un goût d’ananas. Mais pour s’offrir un tel délice il faudra tout de même débourser entre 5 et 10 euros par banane …

Source et illustrations : D&T Farm ( https://www.dt-farm.com/media )

Un immense espoir pour sauver la banane

Depuis la fin des années 1990 une nouvelle souche de champignon phytopathogène, un fusarium (Fusarium oxysporum TR4), détecté pour la première fois en Asie du Sud-Est a atteint maintenant l’Australie, la Chine, l’Indonésie et jusqu’au Liban en passant par le Mozambique. Cette situation est d’autant plus inquiétante que le champignon s’est adapté à tous les fongicides connus y compris utilisés en cocktails et à très haute dose. Toutes les précautions de protection des plantations encore épargnées se sont avérées inefficaces et la panique s’installe progressivement chez les producteurs, en particulier en Afrique, la bananes étant parfois pour certains pays leur seule source de devises.

Devant l’urgence les biologistes, en particulier à l’Université de Brisbane, ont recherché quels pouvaient être les gènes associés à la résistance à ce champignon. Ils ont découvert deux gènes de résistance, l’un (RGA2) présent dans les bananiers dits « sauvages » qui n’ont pas de valeur commerciale mais font partie de la famille des Musa, nom scientifique du bananier et l’autre (Ced9) exprimé par le nématode bien connu des biologistes le Caenorhabditis elegans, un gène qui, pour faire court, inhibe la mort des cellules végétales lors d’une attaque par les champignons phytopathogènes. Ces deux gènes ont été introduits dans des plants de bananiers Cavendish sous le contrôle d’un promoteur d’expression issu du maïs et un certain nombre de lignées stables ont été établies d’abord au laboratoire et depuis trois ans des essais plein-champ ont été réalisés dans une plantation des Territoires du Nord à une cinquantaine de kilomètres au sud de Darwin sous la direction constante des spécialistes de l’Université de Brisbane.

Ce lieu particulier a été choisi car toutes les plantations locales de bananiers sont infestées par le TR4 depuis plusieurs années et cet environnement constitue en quelque sorte un contrôle idéal pour détecter une résistance parmi ces lignées génétiquement transformées. Les essais plein-champ ont été menés durant plusieurs années car le champignon peut rester à l’état latent durant de longues semaines. parmi toutes les lignées deux d’entre elles se sont révélées totalement résistantes au TR4 qu’elles contiennent l’un ou l’autre des gènes mentionnés ci-dessus ou voire les deux gènes.

La banane est le premier fruit commercialisé dans le monde entier en termes de tonnage et de valeur et ce résultat, le premier dans le monde, de l’établissement de lignées de bananes Cavendish résistantes au fusarium constitue une avancée majeure et un immense espoir pour les cultivateurs. Il reste cependant deux étapes essentielles à franchir. D’une part les propriétés des fruits au niveau du goût et de leur aptitude à la conservation. Ces travaux sont en cours de finalisation. L’autre étape critique est l’acceptation par les autorités de régulation d’un bananier transgénique pour un usage commercial mondial. Devant la catastrophe annoncée de l’infestation par le fusarium de toutes les bananeraies du monde (pour l’instant les Amériques sont encore épargnées par cette souche TR4) quelle sera l’attitude du consommateur quand il ne trouvera plus que des bananes génétiquement modifiées sur les étals de son super-marché habituel ? En ces temps de propagande insidieuse, mensongère et délétère des organisations écologistes qui ont exigé l’étiquetage des produits d’origine transgénique il est presque assuré que le public réagira négativement car pour lui une plante transgénique est fondamentalement dangereuse alors qu’il n’existe aucune preuve scientifique permettant de confirmer cette dangerosité.

Source et illustrations : Université de Brisbane et 10.1038/s41467-017-01670-6

Et aussi sur ce blog : https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/08/28/la-banane-en-reel-danger-de-mort/

Le paradoxe de la banane

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Le potassium est naturellement radioactif puisque 0,0117 % de ce métal est du potassium 40, l’isotope de demi-vie 1,25 milliard d’années, ce qui signifie que depuis que la Terre existe (environ 5 milliards d’années) plus de 90 % du potassium 40 a disparu sous forme de calcium et d’argon mais il en reste encore largement assez pour que notre propre corps soit carrément radioactif. Pour donner un ordre d’idée, le corps d’un adulte de 65 kilos est radioactif à concurrence de 4 à 5000 becquerels (Bq), ou désintégrations par secondes essentiellement dues au potassium 40. En se désintégrant le potassium 40 émet quatre vingt dix fois sur cent un électron et un antineutrino et le reste du temps un rayon gamma et un neutrino et ce rayon gamma est suffisamment énergétique pour que l’énergie totale émise par la désintégration de tout le potassium 40 du corps représente 26 micro sieverts. Ce n’est pas énorme mais tout de même … J’ai 68 ans et en faisant une approximation tout à fait valable d’une moyenne de 4000 Bq de potassium 40 dans mon corps depuis ma naissance, cela correspond à 8500 milliards de Bq ou en d’autres termes j’ai encaissé l’effroyable dose de radioactivité de 57000 sieverts et je ne m’en porte pas plus mal. Je signale à mes lecteurs qu’en plus du potassium 40 naturellement présent dans mon corps, j’ai été contaminé durant ma carrière de recherche en biologie par du carbone 14, du tritium (l’isotope radioactif de l’hydrogène), du phosphore 32 et surtout de l’iode 125 et je suis encore en vie ! Ces 26 micro sieverts qu’on encaisse naturellement à chaque instant de notre vie représentent la radioactivité naturelle contenue également sous forme de potassium 40 de 265 bananes. Mon corps est aussi radioactif que 265 bananes ! C’est une autre unité de dose radioactive plus parlante que le sievert appelée BED (acronyme signifiant Banana Equivalent Dose) et égale 0,1 microsievert ou 15 becquerels. Ceci n’est pas de l’humour, le BED, outre le fait que « bed » en anglais veut dire lit et n’allez pas croire que j’aie des mauvaises pensées, est une unité de vulgarisation de la dose de radioactivité à laquelle on est soumis tout au long de notre vie encore une fois à cause de ce potassium 40 omniprésent. Si vous vous shootez avec des noix de cajou ou des graines de tournesol en regardant un match de foot à la télévision, je prend cet exemple parce qu’enfin la saison de football a recommencé (et je m’en moque totalement), vous vous collez avec chaque pincée de graines deux ou trois bananes (BED) dans le ciboire. Certaines graines apéritives sont 500 fois plus riches en potassium que les bananes. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, si vous absorbez des trucs riches en potassium qui peuvent être par ailleurs dangereux pour votre santé pour d’autres raisons, ce n’est pas pour cela que la quantité totale de potassium radioactif de votre corps augmentera car l’organisme se débarrasse du potassium en excès à cause de l’homéostasie et vous allez enrichir les rivières et les océans avec le potassium que vous rejetez dans vos urines. J’ai dit océans ! C’est justement ce qui se passe en ce moment, et depuis le début de la catastrophe, à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, les eaux radioactives rejetées involontairement dans l’océan représentent 76 millions de bananes chaque heure depuis le tremblement de terre du 11 mars 2011. Si on fait un calcul simple mais qui va démontrer la pertinence de la BED, sachant que 145 millions de tonnes de bananes sont consommées chaque année dans le monde et qu’une banane (sans la peau) pèse environ 100 grammes, la fuite quotidienne de radioactivité de Fukushima-Daiichi représente à peine le quart de la radioactivité en potassium 40 de toutes les bananes consommées chaque jour dans le monde. Et si l’on veut établir une autre comparaison, la centrale nucléaire japonaise endommagée rejète chaque jour dans l’océan un dix-millième de la radioactivité totale que toutes les centrales électriques brûlant du charbon dans le monde rejètent dans la poussière, les fumées et les stocks gigantesques de cendres et de scories (radioactives) qui sont entre autres usages recyclées pour les revêtements routiers ou pour fabriquer des parpaings pour la construction. Les cendres et les fumées des centrales électriques brûlant du charbon contiennent en effet de l’uranium, du thorium du radium, du polonium et du radon, c’est tout à fait réjouissant. C’est le paradoxe de la banane : toutes les centrales électrique brûlant du charbon dans le monde (2500) représentent 760 milliards de bananes chaque jour, pas de quoi s’affoler ! Les rejets de radioactivité de la centrale de Fukushima-Daiichi dans l’océan représentent (en bananes) à peine le quart de la radioactivité que rejette une seule centrale électrique du genre de celles qui fleurissent en Allemagne, et pourtant Greenpeace ne dit rien ou plutôt non, s’empresse de critiquer l’attitude de TEPCO et du gouvernement japonais dans la gestion de l’accident de cette centrale nucléaire, oubliant soigneusement de mentionner le désastre écologique dans lequel est plongé l’Allemagne (et la Chine) en brûlant du charbon. Ces écolos sont vraiment des vraies bananes !!!

 

Inspiré d’un article paru dans Forbes