Energie nucléaire : état des lieux succinct et perspectives.

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Selon le Directeur Général de l’agence internationale de l’énergie nucléaire (IAEA) Yukiya Amano (illustration) : « il sera difficile pour le monde entier d’atteindre les deux objectifs d’une production d’énergie suffisante et fiable en limitant dans le même temps l’augmentation globale des températures en dessous de 2 degrés C dans les décennies à venir sans augmenter la production d’énergie nucléaire. Les projections de l’IAEA indiquent que le potentiel de développement de l’énergie nucléaire reste élevé au moins jusqu’en 2050 mais cette expansion sera en déclin dans les prochaines années ».

De nombreuses études prometteuses sont en cours pour concrétiser de nouvelles générations de réacteurs nucléaires de taille intermédiaire ou modulaires et certains pays se focalisent sur la filière thorium. Cependant l’utilisation de l’uranium restera prépondérant dans les prochaines années. L’IAEA soutient le cycle du combustible et son optimisation depuis l’exploitation minière et la réhabilitation des mines jusqu’à l’enrichissement et le retraitement. L’abondance des gisements d’uranium est largement suffisante pour satisfaire la demande jusqu’en 2050 et au delà. En 2016 la production mondiale représentait 62221 tonnes d’uranium métal. Cette production est attendue pour décliner jusqu’à 55000 tonnes en 2035 et si la demande croissait d’ici cette date les réserves disponibles seraient suffisantes pour la satisfaire. Divers pays (dont la France) ont décidé de réduire la part du nucléaire dans leur source d’énergie électrique.

Pourtant l’IAEA maintient sa projection d’une part croissance de l’énergie nucléaire qui devrait atteindre 25 % du total de l’énergie électrique produite dans le monde en 2050. C’est-à-dire qu’il faudra que 1000 GWe de nouvelles capacités de production soient mises en place de maintenant à cette date. En d’autres termes cela signifie qu’il faudra qu’au moins 30 nouveaux réacteurs soient connectés au réseau chaque année dès les années 2030-2040 comme cela fut le cas au cours des années 1980. À l’heure actuelle la capacité de construction de nouvelles unités est d’environ 30 chaque année et les principaux défis rencontrés sont le support politique de ce programme, la confiance du public qui s’est dégradée depuis l’accident de Fukushima-Daiichi et aussi celle des investisseurs. Il y a aujourd’hui 451 réacteurs opérationnels dans le monde dans 30 pays et 58 réacteurs sont en construction. Trente autres pays envisagent d’introduire une part de nucléaire dans leur « paysage » énergétique.

Qu’en est-il de l’évolution des prix du « yellow cake », l’oxyde d’uranium U3O8, cotés sur le marché international ? Depuis l’accident de Fukushima-Daiichi et en dépit du programme nucléaire chinois vigoureux la demande en yellow cake a considérablement chuté passant d’environ 50 dollars la livre avant l’accident japonais à 20 dollars au début de l’année 2018 pour remonter aux alentours de 28 dollars le 25 octobre 2018. La plupart des producteurs d’uranium réduisent leur production pour maintenir un prix de marché acceptable. Cette situation déprimée a provoqué la fermeture de nombreuses mines confortant la position dominante du Kazakhstan – plus de 40 % du marché – s’en est retrouvée renforcée car le Canada dont l’exploitant Cameco de la plus grande mine au monde, MacArthur River, a décidé de stopper l’exploitation pour une durée indéterminée en attendant que les prix se stabilisent à un niveau assurant la rentabilité de la mine et des installations de production de yellow cake. De son côté le Kazakhstan a réduit sa production de 20 % pour faire pression sur les prix. La demande devrait s’accélérer dans la mesure où de nombreux réacteurs chinois devraient être bientôt connectés ainsi que la remise en fonctionnement progressive des unités de production électronucléaires japonaise. Enfin les contrats à terme entre la Chine, les USA et le Japon devraient bientôt expirer et c’est l’une des autres raisons qui pourrait pousser les prix vers le haut. Quel sera le prix de l’uranium dans les années à venir ? C’est une question qui n’a pas vraiment d’importance dans la mesure où cette source d’énergie est la moins polluante et le développement des réacteurs à neutrons rapides, l’une des filières permettant d’éliminer les transuraniens de haute activité, autorisera une rationalisation de l’ensemble de cette industrie. Comme le disait très justement Monsieur Amano ou bien on grillera tous comme des toasts (cf. Christine Lagarde, une autre experte en climatologie) ou alors le choix de l’énergie nucléaire s’imposera de lui-même.

J’ajouterai une remarque importante de mon cru. Les écologistes s’alarment à juste titre de la pollution créée par les navires gros porteurs, que ce soient les minéraliers, les super-tankers, les navires LNG ou les porte-containers qui sillonnent les océans. On peut rêver d’un monde apaisé dans lequel la paranoïa nucléaire des militaires aura disparu alors tous ces navires seront propulsés à l’aide de réacteurs nucléaires à plutonium, un métal fissile beaucoup moins onéreux que l’uranium-235. De tels réacteurs « brûlent » du matériel fissile de « qualité militaire » autrement dit avec lequel on peut fabriquer des bombes. Mais le souci est que ces mêmes écologistes sont aussi opposés à l’énergie nucléaire. Je n’assisterai pas de mon vivant à une telle conversion possible dans un monde sans aucune bombe nucléaire, l’un des souhaits de l’Assemblée générale des Nations-Unies.

Sources : IAEA, ZeroHedge. Note : pas de billet ce dimanche 28 octobre mais pas à cause du changement d’heure qui n’existe pas au Japon