Un pré-diagnostic simple des AVC maintenant disponible

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Chaque année 15 millions de personnes subissent un AVC (accident vasculaire cérébral), six millions en meurent et 5 autres millions restent handicapés à vie. Ces données terrifiantes ont conduit une petite société de haute technologie à se pencher sur le difficile problème de la détection précoce des risques d’AVC et du diagnostic des micro-ischémies cérébrales pré-existantes indicatrices d’un risque plus élevé d’accident circulatoire cérébral majeur. Ce diagnostic requiert un appareillage coûteux pour procéder à une imagerie par résonance magnétique nucléaire et bien que ces appareils soient en fonctionnement 24 heures sur 24 mais naturellement pas utilisés de manière optimale il est difficile d’y avoir accès pour un simple diagnotic de dépistage.

Une petite start-up américaine, CRV Medical, a eu l’idée d’appliquer un logiciel largement utilisé par les compagnies pétrolières de logging pour explorer rapidement et efficacement les flux sanguins des artères irriguant le cerveau.

Le logging fait appel à une analyse tridimensionnelle des données sismiques et soniques lors de la recherche de champs pétrolifères ou de gisements de minéraux et les logiciels d’analyse des infra-sons ont été adaptés et appliqués à l’analyse fine de ceux générés par le flux sanguin dans les artères carotides. Toute anomalie de ce flux sanguin est alors détectée, ce qui permet au praticien, à la suite d’un examen simple, rapide et précis que peut effectuer un auxiliaire médical non qualifié, de décider d’un traitement afin de prévenir la venue d’un grave AVC.

Le Cartotid Stenotic Scan (CSS) a reçu l’approbation de la Food and Drug Administration à la suite de nombreux essais qui ont confirmé la validité analytique du logiciel dont l’adaptation à ce type d’application a nécessité plusieurs années de travaux. Il s’agit d’un détecteur muni de plusieurs microphones et les signaux sont analysés en temps réel afin d’identifier rapidement les patients à risque. Chaque équipement d’un prix voisin de 50000 euros et d’une utilisation simple permettra de sauver des vies quand on sait que les AVC sont la deuxième cause de mortalité chez les personnes de plus de 60 ans et la sixième cause de mortalité dans la tranche d’age 15-59 ans.

Source et illustration : cvrmed.com/innovation/ via oilprice.com

L’exception irlandaise

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Une intéressante visualisation des causes de mortalité provient de l’IHME, l’Institute for Health Metrics and Evaluation hébergé par l’Université de Washington à Seattle. Je parlais de l’ « exception française » à propos du resveratrol il y a quelques jours sur ce blog, mais selon les données disponibles sur le site de l’IHME, en comparant les principaux pays européens, on s’aperçoit qu’en réalité il existe une exception irlandaise et ce fait semble inexpliqué puisqu’il n’y a pas de vignes en Irlande.

Ce sont peut-être la bière et le whisky irlandais qui font la différence. Il suffit d’examiner l’illustration ci-dessus pour se rendre compte qu’effectivement on vit mieux en Irlande, une façon de parler, qu’ailleurs en Europe. Les résultats sont exprimés en DALY pour cent mille habitants, en d’autres termes en nombre d’années de vie ajustées à la morbidité, une méthode statistique permettant de comparer l’ensemble des causes de mortalité. Même si on ne comprend pas l’anglais l’interprétation de ces données est frappante. En Irlande on meurt beaucoup moins de cancers et de maladies cardio-vasculaires que dans le reste des pays européens cités. On voit qu’en Grande-Bretagne, en Allemagne, Grèce, Finlande et Portugal, l’incidence des maladies cardio-vasculaires est évidente. A ce niveau-là la France pourrait faire figure de bon élève. Pour les autres causes de mortalité, il n’y a pas de différences très significatives entre ces pays.

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Une autre illustration intéressante tirée du même site ( http://www.healthdata.org/ ) montre la différence des causes de mortalité entre 1900 et nos jours aux USA, mais le même type de représentation est globalement valable pour l’Europe. En 1900 plus de la moitié de la population, tous âges confondus, mourait de maladies infectieuses, en particulier de diphtérie, d’infections pulmonaires et de tuberculose. L’avènement de la vaccination puis des antibiotiques a pratiquement fait disparaître ces causes de mortalité, on le sait, et amplifié arithmétiquement les incidences des cancers et des maladies cardiaques car les candidats à ces causes de décès étaient déjà mort en 1900 de maladies infectieuses. Si on redistribue équitablement ces cas de décès (en 1900) sur toutes les autres affections non infectieuses de l’époque, on constate que le nombre de décès par AVC aurait diminué : (106,9 x 2) x (600/1100) = 116 contre 41,8 DALY de nos jours. Toujours avec la même approche dont on peut d’ailleurs contester la validité, les maladies cardiovasculaires ont par contre fortement augmenté : (137,4 x 2) x (600/1100) =150 contre 192,9 aujourd’hui. Il est enfin évident qu’en suivant ce raisonnement le nombre de cancers a significativement augmenté depuis 1900 de près de 70 %. Inutile de faire des périphrases, le développement de la chimie depuis le début des années 30 dans tous les domaines y est certainement pour quelque chose. La sénilité qu’on appelle aujourd’hui maladie d’Alzheimer ou encore de Parkinson, en suivant toujours ce même raisonnement, aurait plutôt diminué mais comme l’espérance de vie a parallèlement fortement augmenté, il n’y a pas trop de quoi se réjouir, ni pour la sénilité, donc, ni pour les maladies cardio-vasculaires, ni pour les cas de cancer car plus on vieillit plus l’organisme se fragilise et plus on s’expose à ces occurrences de mortalité. Rien de vraiment réjouissant sinon d’aller se retirer dans les vertes collines de Wicklow ou du Derrynasaggart … 

L’open-data, avantages et inconvénients (en Grande-Bretagne)

Fluvastatine

Inutile de préciser que ce billet ne concerne pas la France puisque l’open data des données médicales ne semble pas être à l’ordre du jour dans l’Hexagone, probablement en raison de l’opposition de l’ordre des médecins, fâcheuse réminiscence des sombres heures fachisto-communistes du régime de Vichy, bref, je ne veux pas lasser mes lecteurs sur ce sujet. Il s’agit de la Grande-Bretagne avec son institution NICE, acronyme d’un organisme étatique (il y en a aussi en GB) qu’on désignerait en France sous le nom d’Institut Nationale de l’Excellence des Soins de Santé. NICE a pour but de faire parvenir électroniquement des directives au corps médical pour la prévention ou le traitement de telle ou telle pathologie et ces directives sont mises à jour périodiquement, environ tous les 5 ans. Le dernier projet de directive concerne le cholestérol ou pour être plus précis la version intermédiaire du document qui est libre d’accès et peut à tout moment être modifié avant sa version définitive qui tiendra compte des remarques et commentaires du corps médical. Il s’agit des thérapies de modification des lipides pour la prévention des accidents cardiovasculaires. Vous avez bien lu comme moi et il n’est pas difficile de comprendre qu’il s’agit de l’usage raisonné des statines.

J’ai disserté à plusieurs reprises dans mon blog des statines et il est facile de retrouver tous les billets sur ce sujet en entrant statine dans la fenêtre « recherche ». Je ne reparlerai pas ici de ce que je pense de ces médicaments mais de la démarche de NICE qui est exemplaire de ce que l’on peut et ne pas faire avec l’open-data médical. Le gouvernement anglais par le truchement de NICE s’attaque aux dépenses de santé moins élevées qu’en France mais la chasse aux économies est mieux organisée outre-Manche et la prévention permet de réaliser des économies substantielles. Pour les maladies cardiovasculaires, troisième cause de mortalité en GB, il n’y a qu’à prescrire des statines et éventuellement donner des conseils pour améliorer un peu son style de vie, moins manger, moins fumer et picoler, faire un peu d’exercice et manger cinq fruits et cinq légumes par jour, la litanie habituelle.

Pour les statines, en terme d’économies c’est bingo selon NICE qui se base sur une définition obscure du facteur de risque d’apparition de maladies cardiovasculaires directement issu du taux officiellement admissible du « mauvais » cholestérol circulant dosé à jeun ou pas, ça n’a pas d’importance, mais si, c’est écrit en toutes lettres dans le rapport : Lipid Modification(update) : NICE guideline DRAFT – Feb 2014. Jusqu’à la lecture de ce rapport je croyais que les analyses des lipides sanguins étaient faites sur un prélèvement à jeun mais je me trompe peut-être. Aucune indication claire sur ce facteur de risque mais NICE a décidé d’abaisser ce facteur de 20 à 10 % tant pis si des statines seront prescrites à des personnes en parfaite santé (jusqu’à 80 mg par jour), le système étatique de santé anglais ne pourra que mieux s’en porter, pas vraiment les patients mais c’est un autre problème qui ne concerne pas le ministre de la santé. Les laboratoires pharmaceutiques n’ayant jamais rendu publiques leurs résultats l’open-data a tout de même fait ressortir finalement des effets secondaires plus ou moins gênants comme des douleurs musculaires et des myopathies handicapantes, des pertes de mémoire, l’apparition de diabète de type 2 ou encore des troubles de l’érection chez l’homme. Peu importe puisque le but de ces recommandations est de réaliser des économies et de grossir par la même occasion les profits des laboratoires pharmaceutiques. Sans vouloir critiquer cet organisme (NICE) on s’aperçoit tout de même qu’il préconise l’usage des statines suivantes : Pravastatine (Bristol-Myers-Squibb – 1,3 Milliard de dollars), Simvastatine (Merck, deuxième statine la plus vendue dans le monde, pas de données économiques), Atorvastatine (Pfizer 12,5 milliards engrangés depuis son AMM, première statine vendue dans le monde) ou encore Rosuvastatine (Astra-Zeneca, 2,6 milliards rien qu’en 2013), bravo NICE, c’est du bon travail !

Mais là où l’open-data a tout de même du bon c’est l’étude statistique qu’il a permis de réaliser pour évaluer les réels bénéfices des statines. D’abord on sait qu’en 2010 par exemple il y a eu 80000 morts par infarctus et 49000 par AVC en GB. Partant des données disponibles sur plusieurs années, l’open-data a eu au moins l’intérêt de montrer que la prescription de statines ne diminuait pas significativement le nombre de décès par accidents cardiovasculaires, curieux tout de même. En d’autres termes, en réalisant des études statistiques sur des grands nombres, on sait mieux ce qu’on fait et on le fait mieux, on a évalué qu’il fallait traiter au moins 345 personnes par an pour prévenir au moins 1 accident cardiaque et si on combine infarctus et AVC au moins 245 personnes doivent être traitées pour éviter l’un ou l’autre des accidents. Enfin l’open-data a mis le doigt sur un point vraiment gênant, sur les analyses sanguines des patients ayant décédé de ces maladies cardiovasculaires aucune corrélation n’a pu être établie avec le taux de cholestérol circulant peu avant la mort ou post-mortem, en d’autres termes aucun bénéfice clinique clair des statines n’a pu être formellement démontré !

La question est alors, et mes lecteurs se la poseront certainement, qui se moque de qui et les autorités de santé sont-elles vraiment indépendantes du lobby de l’industrie pharmaceutique ? Ca se passe en Grande-Bretagne mais qu’en est-il en France, bonne question !

Sources : Guardian et Harvard Medical School, illustration Fluvastatine (Wikipedia)