Bientôt le blé sera attaqué en Europe par un champignon dévastateur pandémique

Le brunissement du blé est une maladie initialement observée avec le riz en Asie dès les années 1950. Pour cette culture la maladie est communément appelée pyriculariose puisque l’agent pathogène qui en est responsable est principalement le champignon Pyricularia oryzae. Les nœuds des tiges sont préférentiellement attaqués entrainant la mort de la plante. Des symptômes similaires sont provoqués par le champignon Magnaporthe grisea. Depuis plusieurs années ce dernier champignon attaque également le blé, ce qui provoque des dégâts de plus en plus considérables. Au début des années 2000 l’entreprise japonaise Sumitomo Chemicals développa un fongicide efficace contre cette maladie du riz. Le produit appelé Isotianil avait été initialement mis au point par la société allemande Bayer au cours d’un projet important de synthèse d’isothiazoles afin de trouver de nouveaux fongicides et son développement fut repris par Sumitomo pour l’appliquer au traitement de la pyriculariose du riz. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un fongicide puisque ce composé est inactif sur le champignon cultivé in vitro. On considère que l’Isotianil présente des propriétés d’activation des défenses de la plante. Ces défenses de la plante sont corrélées directement à une surexpression d’un enzyme appelé lipoxygénase entrainant la mort du champignon.

Capture d’écran 2020-06-17 à 17.56.47

Jamais ce produit n’avait été utilisé contre la pyriculariose de blé provoquée par le même champignon Magnaporthe oryzae puisque l’occurence de cette maladie était rare. Elle apparut d’abord en Amérique du sud dans des régions où la culture du riz est également répandue. Il a suffi de quelques mutations du champignon pour qu’il devienne pathogène pour le blé. Les pertes de rendement peuvent atteindre plus de 50 %. À titre d’information la pyriculariose du riz provoque des chutes de rendement en Asie correspondant à la consommation de riz de 60 millions de personne et dans des pays comme le Japon, la Thaïlande ou la Chine où le riz est une culture à forte valeur ajoutée les pertes financières sont considérables. Dès 2010, conjointement avec Bayer, la firme Sumitomo commercialisa l’Isotianil pour la protection des cultures de riz mais il n’a jamais été homologué pour le blé. Or, après le Brésil, l’Uruguay puis l’Argentine ce sont maintenant le Bengladesh et l’Inde qui sont touchés. Parions qu’il ne faudra pas beaucoup d’années pour que l’Europe soit à son tour infectée.

Si j’ai écrit ce billet c’est aussi pour faire ressortir les effets pervers des procédures d’homologation des matières actives utilisées en agrochimie qui ont été récemment renforcées en raison du fameux principe de précaution. Pour information, l’Isotianil est inclus dans l’enrobage des semences de riz à raison de 10 milligrammes pour 100 kg de semences ! Il s’agit de quantités infinitésimales indétectables en plein-champ. Il en est de même pour les néo-nicotinoïdes qui ont alimenté la désinformation pendant des années jusqu’à leur interdiction totale dans certains pays européens au sujet de la mortalité des insectes pollinisateurs dont les abeilles à miel. Les doses de matière active appliquées par hectare de culture dépassent rarement 3 à 4 grammes. Au pire chaque plante, qu’il s’agisse de colza ou de graminées contiendra moins de 0,1 microgramme de néo-nicotinoïde et dans le cas de l’Isotianil il faut diviser par 10 cette teneur par plantule de riz ou de blé. Ce problème d’autorisation de mise sur le marché est exactement le reflet de ce qui se passe en médecine où encore une fois le principe de précaution mis en place par des gauchistes totalement ignorants des réalité de la science joue son rôle pervers. Je rappelle à mes lecteurs que c’est l’illustre Michel Barnier qui mit en place le principe de précaution en France, personnalité illustre par son incompétence en matière de négociations commerciales. Mais je m’égare.

Sources : Bayer et Sumitomo Chemicals, illustration Sumitomo

Remarques sur la doxycycline

Remarques sur la doxycycline

Un de mes lecteurs très fidèles m’a envoyé directement un commentaire au sujet des « molécules de Yamanaka » qui à juste titre soulève quelques questions importantes. Tout d’abord il ne s’agit pas de molécules au sens strict du terme puisque ce sont des facteurs de transcription, en d’autres termes des outils dont dispose la cellule pour initier et/ou moduler la synthèse d’ARNs messagers ou de signal à partir d’un gène codé par l’ADN. Les modulateurs agissant sur la production de facteurs de transcription peuvent être de diverses origines. Dans les travaux relatés sur ce blog (voir le lien) les biologistes du Salk Institute ont utilisé la doxycycline, un antibiotique tétracyclique :

388px-Doxycycline.svg.png

Les doses utilisées lors de cette étude qui, faut-il le rappeler a été effectuée sur des souris, sont très inférieures à celles prescrites pour observer un effet antibiotique. De surcroit la posologie était de 2 jours par semaine tout au cours de la vie de la souris et non pas sur une durée relativement courte comme tout antibiotique qui est administré rarement au delà de 6 à 10 jours consécutifs, sauf situations exceptionnelles.

C’est sur ce point que peut être justifiée la remarque de mon lecteur. Connait-on tous les effets au niveau moléculaire, c’est-à-dire de l’ADN et en particulier de l’expression des gènes, des antibiotiques couramment utilisés ? Et je me pose la question moi-même ! La doxycycline utilisée en particulier pour soigner l’acné est-elle aussi anodine que le prétendent les laboratoires pharmaceutiques ? N’y aurait-il pas des effets sur le long terme ? Tous les résultats et utilisations diverses de certaines molécules de synthèse ou naturelles autorisées à la vente doivent, selon mon humble avis, être agrégés afin d’éventuellement reconsidérer leur autorisation de mise sur le marché. Si la doxycycline induit la synthèse de facteurs de transcription chez la souris, il pourrait en être de même chez l’homme. Il y a donc me semble-t-il une urgence, dès qu’un fait nouveau apparaît dans la littérature scientifique, à reconsidérer cette autorisation de mise sur le marché de certains produits de synthèse (ou naturels) dont l’usage est reconnu comme sans danger.

Voilà du grain à moudre pour les législateurs …

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/12/27/lelixir-de-jouvence-pour-bientot-pas-si-sur/