Retour sur l’autisme : origine virale confirmée

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La campagne de dénigrement infondée contre la vaccination est toujours d’actualité et il ne se passe pas une semaine sans que les antivaxxers hurlent d’horreur et en profitent pour organiser des class-actions à l’encontre des fabricants de vaccins car leur enfant souffre de troubles du comportement apparentés à l’autisme (autism spectrum disorder ou ASD). Ça se passe naturellement aux USA, un pays qui n’hésite pas à trainer en justice des banques étrangères parce qu’elle ont eu la maladresse de réaliser un business en dollars US non conforme aux intérêts du pays. Les Etats-Unis sont en effet le pays du monde le plus judiciarisé et poursuivre les fabricants de vaccins est un business comme un autre, as usual.

En ce qui concerne l’autisme, le corps médical et les biologistes ont maintenant rassemblé des évidences indéniables : l’autisme est favorisé sinon provoqué par de légères malformations du cortex cérébral en particulier au niveau de l’aire de Broca. Les causes de ces malformations restent largement inconnues. Les mouvements anti-vaccin refusent de se rendre à l’évidence et accusent les fabricants de vaccins d’inclure dans la formulation de leurs produits de l’hydroxyde d’aluminium ou d’autres adjuvants qui provoquent l’autisme.

Une étude réalisée conjointement par l’Université Columbia à New-York et l’Université d’Oslo et publiée il y a quelques jours dans la revue mSphere (voir le doi, en accès libre) démonte en grande partie les arguments des mouvements anti-vaccins.

La prévalence de l’ASD est de l’ordre de 1 à 2 % et atteint plus de garçons que de filles. Entre 1999 et 2008 l’organisation norvégienne de la santé a suivi médicalement 114000 enfants et leurs parents, 95244 mères et 75500 pères et détecté 412 mères ayant mis au monde un enfant souffrant d’ASD dont les échantillons sanguins prélevés en cours et à l’issue de grossesse avaient été conservés. Les contrôles étaient un lot de 463 mères ayant mis au monde durant la même période un enfant ne présentant aucun symptôme d’ASD.

L’étude des anticorps présents dans les échantillon sanguins a montré sans ambiguïté que l’autisme était systématiquement lié à la présence durant la grossesse d’un taux élevé d’anticorps dirigés contre le virus de l’herpès (HSV-2) et dans une bien moindre mesure d’anticorps dirigés contre le cytomégalovirus (CMV). La recherche d’anticorps a également inclus la toxoplasmose, la rubéole et l’herpès de type 1 qui affecte la bouche alors que le type 2 affecte l’appareil génito-urinaire.

Ce résultat rend perplexe dans la mesure où une femme sur 5 en âge de procréer est porteuse du virus HSV-2. Les biologistes considèrent donc que si la présence du virus au cours de la grossesse détectée par les taux élevés d’anticorps est incontestablement un facteur aggravant conduisant à l’apparition d’ASD, il doit exister un autre paramètres favorisant l’autisme chez l’enfant. Les recherches s’orientent donc vers l’élucidation de la production de cytokines et d’anticorps maternels traversant la barrière placentaire lors de la réaction immunitaire dirigées contre le HSV-2 en cours de grossesse. Il s’agirait donc alors du facteur génétique suspecté depuis longtemps.

Ces travaux confirment donc que la cause de l’ASD est prénatale et qu’en aucun cas les vaccins sont à incriminer comme le prétend la rumeur. D’ailleurs la société GSK réalise actuellement des essais en phase III pour le développement d’un vaccin conte le HSV-2. Le débat sur l’origine de l’autisme sera donc clos.

Source : mSphere, doi : 10.1128/mSphere.00016-17 en accès libre, illustration : herpes simplex virus

Autisme : c’est l’âge des parents qui en est la cause première !

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Une étude réalisée au Danemark portant sur 1 787 447 enfants nés entre 1978 et 2009 a permis d’établir une relation entre l’autisme,les troubles bipolaires et la schizophrénie chez les enfants et l’âge des parents lors de la conception de ces enfants. Autant l’âge de la mère que celle du père ont été étudiées ainsi que la différence d’âge entre père et mère.

Au delà de 28 ans la mère expose son enfant à l’autisme de manière significative alors que les troubles psychiatriques classés dans la catégorie de la schizophrénie semblent au contraire diminuer avec l’âge. Il en est de même pour l’âge du père, un facteur aggravant l’apparition de l’autisme chez l’enfant alors qu’encore une fois il n’y a pas de corrélation pour la schizophrénie et les troubles bipolaires.

Curieusement cette étude a également montré que la différence d’âge entre père et mère avait une incidence marquée dans l’apparition de ces troubles, cette fois-ci que ce soit pour l’autisme comme pour les troubles bipolaires ou la schizophrénie. Plus curieusement encore les femmes ayant des enfants très jeunes, moins de 25 ans, exposent ces derniers à des troubles psychiatriques du genre schizophrénie.

Dans les pays de l’OCDE, les femmes ont de plus en plus tendance à procréer tardivement, parfois au delà de 40 ans … Plutôt que d’incriminer les vaccins ou les pesticides pour expliquer l’apparition de l’autisme chez les enfants, ne faudrait-il pas reconsidérer la situation à la suite de cette étude parfaitement bien documentée qui démontre encore une fois que l’autisme est un symptôme apparaissant durant la vie in utero et est nullement lié à des facteurs environnementaux auxquels l’enfant peut être exposé après la naissance ? Il est clair que les « qualités »  tant de la conception que de la gestation sont des facteurs déterminants toujours selon cette étude …

Source et illustration : Evolution, Medicine and Public Health, doi: 10.1093/emph/eow023

L’autisme : une petite malformation du cortex cérébral

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L’autisme dont la fréquence est d’environ une personne sur 100 atteint 5 fois plus les garçons que les filles et cette pathologie d’origine encore largement inconnue aurait tendance à augmenter mais cette observation peut être contestée en raison des progrès réalisés dans sa détection. Il n’existe aucun traitement pour améliorer ce trouble psychiatrique plus ou moins handicapant. Très brièvement l’autisme est un trouble apparaissant dès l’âge de six mois et bien établi à l’âge de deux ans dont le principal symptôme est un déficit communicationnel de l’enfant entrainant de ce fait un repli sur lui-même. Sur le plan génétique les tentatives d’explication de l’autisme se sont révélées décevantes. Quant aux facteurs environnementaux, y compris l’administration de vaccins, ayant pu interférer avec le développement cérébral avant ou après la naissance, il n’y a pas de conclusions claires qui puissent étayer une origine de l’autisme liée à ces derniers. Enfin, de nombreuses études ont fait état de discrètes modifications des replis du cortex chez les enfants autistes sans qu’une quelconque relation de cause à effet ait pu être avancée.

Une récente étude réalisée à l’Université Aix-Marseille en liaison avec l’Hôpital de la Timone à Marseille sous la direction du Docteur Christine Deruelle vient de lever un coin du voile mystérieux de l’autisme qui tendrait à prouver que l’origine de cette maladie psychiatrique est liée à un défaut du repli des circonvolutions du cortex cérébral au niveau des aires du langage en particulier l’aire de Broca. De nombreux travaux réalisés en imagerie du cerveau par résonance magnétique nucléaire ont montré que les enfants autistes présentaient des modifications sans que jamais il ait pu être mis en évidence de manière décisive une origine anatomique. C’est ce que vient de réaliser l’équipe du docteur Deruelle en cartographiant par IRM les cerveaux de 59 enfants diagnostiqués autistes, 21 enfants souffrant de troubles psychologiques autres que l’autisme et 22 enfants normaux, tous âgés de 18 à 110 mois. Comme l’occurence de l’autisme est plus fréquente chez les garçons, tous les sujets ayant participé à cette étude étaient donc des garçons.

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Pour comprendre la signification des résultats obtenus il faut faire un bref rappel de la structure du cortex cérébral. Le volume du cerveau est limité par la boite crânienne, la surface du cortex n’a donc pu se développer qu’en s’organisant en replis formant des fissures (sulcus en latin) de profondeurs variées que les anatomistes appellent des pits, un mot d’origine anglo-saxonne pouvant se traduire par puits. Ces fissures se forment au cours du troisième trimestre de la gestation mais le développement du cortex continue au cours des deux premières années après la naissance et ces fissures évoluent encore contribuant à la bonne mise en place de l’organisation neuronale finale du cortex.

Un traitement informatique des données IRM permet de quantifier la profondeur des fissures du cortex cérébral dont, il faut le rappeler, l’épaisseur n’est que de quelques millimètres, la partie du cerveau où se trouvent les fameuses « petites cellules grises » si souvent vantées par Hercule Poirot au cours de ses enquêtes policières.

La profondeur de ces replis discrets du cortex est donc directement liée à l’activité cérébrale sensorielle ou cognitive. L’ étude par imagerie par résonance magnétique réalisée à Marseille a montré que la profondeur de ces replis était significativement altérée chez les enfants autistes. Les « puits » (sulcal pits) au niveau de l’aire de Broca ou aire de Brodmann 45 sont moins profonds chez les enfants autistes. Il n’est pas difficile de comprendre que les enfants souffrant d’autisme disposent dans cette aire particulière du cerveau d’un déficit en neurones puisque la surface du cortex y est géométriquement réduite (voir la note explicative de la figure tirée de l’article cité en référence).

Quelles sont les causes de cette malformation discrète mais évidente du cortex conduisant à l’autisme ? Cette étude n’aborde pas le sujet car il est extrêmement complexe et multifactoriel. Finalement l’autisme ne serait qu’un petit incident apparaissant au cours du développement du cerveau depuis le troisième tiers de la vie foetale jusqu’à l’âge de deux ans dont on ne connaîtra peut-être jamais les causes …

Source et illustration : Biological Psychiatry, http://dx.doi.org/10.1016/j.bpsc.2015.11.003 Article aimablement communiqué par le Docteur Deruelle qui est chaleureusement remerciée ici. Autre illustration du cerveau (aire de Broca) Wikipedia.

Note. Graphique : différence de profondeur des fissures (sulcal pits) en centimètres entre les contrôles (CTR), les enfants autistes (AD, autism disease) et les enfants souffrant d’autres troubles du développement PDD-NOS), deep : profond, shallow : peu profond . Partie droite, représentations des parties gauche et droite du cortex. En jaune les différences non significatives entre les trois groupes, en rouge, différence significative. Partie inférieure : zoom de la fissure de l’aire de Broca symbolisée par un point noir jouxtant la grande fissure de Sylvius, échelle colorée de -1 à +1 centimètre.

Autisme et pseudo-science médicale irresponsable

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En 1998, le Docteur Andrew Wakefield publia dans le British Medical Journal une étude totalement frauduleuse sur les liens entre l’autisme et le vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole. Cette étude fut reprise à la lettre par les journalistes et il en résulta une campagne anti-vaccination massive. Il est en effet très efficace de répandre la terreur auprès de la population mais les conséquences peuvent être catastrophiques. Pour les pseudo-scientifiques du genre Wakefield, l’autisme est du pain-béni car la presse de caniveau à sensation et les réseaux sociaux sont un support parfait pour que les individus, le plus souvent totalement ignorants, s’auto-persuadent que tel ou tel produit chimique, tel ou tel environnement sont des facteurs favorisant l’autisme … à se demander si le changement climatique et les aurores boréales ne sont pas aussi favorables à l’apparition de ce trouble psychique.

Une nouvelle étude, encore une du même genre, sur les liens entre l’autisme et l’utilisation d’anti-dépresseurs durant la grossesse a fait la une des journaux il y a quelques jours (voir le lien). Brièvement cette étude sans aucune signification statistique portant sur 145456 grossesses montra que pour 22 enfants souffrant d’autisme à l’âge de 3 ans sur un total de 32 une corrélation avait pu être établie avec l’utilisation par la mère d’anti-dépresseurs au cours des deuxième et troisième trimestres de grossesse, et pas n’importe quels antidépresseurs, seulement ceux inhibant la recapture de la sérotonine. Le représentant le plus connu de cette famille de produits est le Prozac, un antidépresseur très populaire. Quid des 145434 autres enfants ? Autant dire que les résultats de cette étude sont totalement dénués de signification car il s’agit tout simplement du « bruit de fond statistique » qui a été manipulé dans le seul but de faire ressortir un lien de causalité qui n’existe évidemment pas entre antidépresseur durant la grossesse et autisme.

Les travaux dirigés par Anick Bérard de l’Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine ont été mis immédiatement en doute par un juge fédéral américain qui avait déjà condamné le manque de rigueur scientifique d’une étude liant le Zoloft (sertraline) de Pfizer à des malformations foetales. Le Zoloft est aussi un antidépresseur ayant le même mode d’action que le Prozac. Toujours est-il que la polémique s’amplifie d’autant plus irrationnellement que le Docteur Bérard se complait à recevoir les parents d’enfants autistes et de préparer leur dossier afin qu’ils déposent une plainte contre les laboratoires pharmaceutiques si la mère a eu la mauvaise idée de prendre un antidépresseur durant sa grossesse. Il y a comme un relent de conflit d’intérêt. Mais quand cette personne amalgame les effets de la thalidomide et des anti-dépresseurs, on en arrive à de l’authentique mauvaise science comme malheureusement dans bien d’autres domaines n’ayant rien à voir avec la médecine ou la pharmacie …

Liens : Wired et JAMA, doi : 10.1001/jamapediatrics.2015.3356

Quand les écolos se prennent les pieds dans le tapis …

 

J’avais une haute opinion de Paul Craig Roberts dont je lis le blog régulièrement (www.paulcraigroberts.com) jusqu’à sa mention de la communication de Stephanie Seneff du MIT qui clame que le glyphosate, matière active du RoundUp est une cause de l’autisme (voir le lien en fin de billet). Il faut resituer qui est cette Stephanie Seneff. Toute titulaire d’un PhD qu’elle soit, cette personne est une scientifique senior dans le Laboratoire des Sciences Informatiques et d’Intelligence Artificielle du MIT. Elle n’a jamais entrepris une quelconque recherche sur le glyphosate. Cependant elle est une militante anti-OGM déclarée. Ce n’est pas une raison pour que PC Roberts fasse référence à son pamphlet dénué de toute argumentation scientifique et basé sur des allégations qui n’ont jamais pu être vérifiées à moins qu’il ait accepté les yeux fermés de se faire contaminer par cette idéologue bornée et nocive.

Rappelons quelques faits à propos du glyphosate. Il s’agit d’un puissant inhibiteur d’un enzyme de la voie de biosynthèse des aminoacides aromatiques dérivant de l’acide shikimique. Or cette voie de biosynthèse est absente chez les animaux et seules les plantes, les champignons et les microorganismes en sont pourvus. Cependant, la persistance du glyphosate dans le sol est très courte et les effets de cet herbicide sur les bactéries du sol est négligeable. Le glyphosate est l’herbicide présentant la plus faible toxicité pour les animaux, y compris les poissons, les oiseaux et les insectes. Lors de l’application de glyphosate, la plante meurt du fait de l’accumulation intra-cellulaire de shikimate. Enfin les plantes génétiquement modifiées pour résister au glyphosate sur-expriment l’enzyme cible appelé EPSP synthase et en aucun cas l’herbicide s’accumule dans ces plantes modifiées. Cet a priori est sorti d’on ne sait où pour confondre les esprits en assimilant glyphosate et plantes génétiquement modifiées.

Toutes les études réalisées depuis le début des années 2000 n’ont jamais pu mettre en évidence d’effets adverses du glyphosate sur la santé animale ou humaine dans quelque domaine de la santé que ce soit :

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10854122

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22202229

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21798302

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22683395

L’argumentaire de Seneff pour déclarer péremptoirement qu’ « en 2025 la moitié des enfants seront autistes » (sic) est basé sur le graphique suivant qui confond causalité et corrélation :

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À la vue d’un tel amalgame Seneff affirme que la corrélation entre les deux courbes est une preuve de causalité. Cette démarche est totalement dénuée de fondement scientifique. Il s’agit d’une vulgaire manipulation ! Prenons un contre-exemple établissant une corrélation encore meilleure entre l’autisme et la vente de produits dits « bio » (organic en anglais) :

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On peut tout aussi bien affirmer que la consommation de produits bio, exempts de plantes génétiquement modifiées ou des produits en dérivant et exempts de pesticides, donc de glyphosate, favorisent aussi l’apparition de l’autisme ! C’est du gros foutage de gueule, pour rester à la limite de la politesse … Mais c’est la manière d’agir des activistes idéologiquement déformés par des groupes de pression dont le seul but est de discréditer toute forme de progrès scientifique et technique et de répandre la peur dans les esprits. Cette fois-ci cette activiste anti-OGM s’est bien pris les pieds dans le tapis !

http://www.anh-usa.org/half-of-all-children-will-be-autistic-by-2025-warns-senior-research-scientist-at-mit/print/

Mutations et maladies psychiatriques, un début d’explication

L’ADN, cette énorme molécule support de l’hérédité qui se trouve dans le noyau des cellules, subit au cours de sa copie, lors de la multiplication cellulaire, des erreurs un peu comme les copistes des monastères du Moyen-Age dont la vue pouvait être déclinante introduisaient des erreurs qu’on appellerait aujourd’hui typographiques. Avec l’ADN, c’est exactement la même situation. Au cours de la multiplication cellulaire, en particulier au stade embryonnaire, il faut qu’en un temps record cette énorme molécule soit recopiée à chaque division et c’est souvent à ce moment-là que des erreurs s’introduisent. Si l’erreur introduite dans une séquence codante pour une protéine vitale conduit à une lecture erronée, ça peut être grave, c’est par exemple le cas de la thalassémie, un défaut de l’hémoglobine, mais comme l’ADN comporte également de nombreuses zones non codantes mais intervenant dans divers processus de régulation, des erreurs peuvent résulter en des effets insoupçonnés. Cette mauvaise copie s’appelle SNP, acronyme de Single Nucleotide Polymorphism bien décrit par la figure ci-après (Wikipedia) où l’on voit le changement d’une seule des « bases » A, T, G ou C.

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Heureusement que chaque gène comporte deux copies et que le code génétique est quelque peu dégénéré en ce sens que plusieurs codons de trois bases peuvent avoir la même signification quand ces SNPs ont lieu dans des régions codantes, mais pour les régions non codantes de l’ADN, c’était un peu le mystère jusqu’à la généralisation d’automates de séquençage ultra-rapides qui permettent de relier maintenant les SNPs à l’occurrence de diverses pathologies, en particulier psychiatriques. Il faut oublier les déclarations tonitruantes des journalistes en mal de scoop qui relataient le fait qu’on avait découvert Le Gène de l’homosexualité ou Le Gène de l’alcoolisme. Il s’agissait d’une grave erreur d’interprétation car on sait maintenant qu’une pathologie donnée, dont la cause initiale comme par exemple pour la thalassémie pour reprendre cet exemple, est induite par une multitude de SNPs le plus souvent dans des zones non codantes de l’ADN. C’est ce qui ressort d’une vaste étude collaborative réalisée par les laboratoires de recherche de 20 pays pour tenter d’établir un lien entre divers désordres psychiatriques et les SNPs les plus courants dont la banque de données la plus récente en répertorie plus de 50 millions. Plutôt que de classer arbitrairement les maladies psychiatriques l’étude des SNPs a permis au contraire d’établir des corrélations troublantes entre ces maladies.

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Pour rendre l’illustration plus lisible, il faut décoder, sans jeu de mot, la signification des diverses abréviations utilisées – les scientifiques adorent les abréviations parce qu’ils peuvent raconter en un espace restreint beaucoup plus de choses – chacune étant une des principales maladies ou désordres psychiatriques. ADHD (Attention Deficit Hyperactive Disorder) est le désordre d’hyperactivité et de manque d’attention surtout observé chez les enfants, c’est un trouble comportemental qui disparaît souvent lors de l’adolescence. BPD (trouble bipolaire) maintenant relativement bien circonscrit grâce à des traitements à base de lithium, SCZ ou schizophrénie, l’un des troubles psychiatriques le plus grave, MDD (Major Depressive Disorder) la dépression nerveuse et enfin ASD, l’autisme. L’ADN de plusieurs milliers de malades présentant les troubles listés ici a été entièrement séquencé et les SNPs ont été comparés en détail. Les barres vert foncé indiquent le taux de similitude des SNPs pour chacun des cinq principaux désordres psychiatriques. Par exemple, pour le trouble bipolaire (BPD) 25 % des SNPs se situaient sur des points identiques de l’ADN ce qui est une corrélation modeste mais pessimiste si on rapproche ce résultat des études réalisées avec des jumeaux homozygotes ou des cohortes familiales prédisposées à de type de trouble qui montrent en réalité une héritabilité de plus de 75 %. Un tel résultat indique que de nombreux autres facteurs déclenchants restent encore inconnus. Il en est de même pour la schizophrénie (23 % par analyse des SNPs, 81 % chez les jumeaux), pour les troubles d’hyper-activité, 28 et 75 %, l’autisme, 14 et 80 % et enfin la dépression 14 et 37 %, ce qui montre clairement que la dépression nerveuse est la moins bien corrélée et donc beaucoup plus liée à des facteurs externes et non génétiques, ce qui paraît compréhensible : les enseignants des écoles, en France, sujets à des dépressions nerveuses récurrentes, n’ont heureusement pas tous des gros problèmes de SNPs aggravants ! Un autre résultat intéressant de cette étude est l’absence de corrélation entre la schizophrénie et l’autisme comme n’importe quel psychiatre peut le comprendre aisément mais par contre une assez bonne concordance entre l’autisme (ASD) et le désordre d’hyper-activité (ADHD), deux symptômes qui pourraient avoir des causes communes au niveau, au moins, des SNPs. Ces corrélations sont indiquées par les barres vert clair de la figure reproduite à partir de la News Letter du NIMH (National Institute of Mental Health) mais ces résultats devront être affinés sur un échantillon de plusieurs dizaines de milliers de personnes, la présente étude ayant impliqué seulement quelques milliers de personnes.

Et si le mercure n’était pas aussi toxique qu’on le croit …

On associe l’ingestion de méthyl-mercure à des désordres mentaux tels que l’autisme dont on ignore d’ailleurs toujours les causes précises et il est depuis une dizaine d’années recommandé aux femmes enceintes de ne pas manger trop de poissons pélagiques, pour la plupart en bout de chaine alimentaire océanique (voir l’illustration) dont le thon albacore, qui accumulent le méthyl-mercure dans leurs muscles. Pourquoi cette recommandation, parce qu’on craint un effet toxique du méthyl-mercure sur le fœtus et en particulier sur le développement du cerveau.Mais c’est un peu comme l’effet de serre du gaz carbonique, on n’a jamais montré d’évidente relation de cause à effet. Pour en avoir, comme on dit, le cœur net, une équipe de médecins de l’Université de Rochester, NY a mené une enquête détaillée dans la République des Seychelles parce que les habitants de cet archipel plus connu des touristes que des scientifiques mangent des quantités extravagantes de poisson, les touristes aussi mais quand ils rentrent dans leurs contrées natales embrumées et pluvieuses, ils se remettent vite au hamburger d’où l’impossibilité de mener une étude épidémiologique sur les effets du mercure dans des pays où l’éventail de nourriture protéinée fausserait les statistiques et les protocoles d’étude. Cette étude a débuté en 1986 sur 1784 enfants observés depuis leur naissance jusqu’à aujourd’hui, en ayant pris soin d’échantillonner quelques cheveux de la mère au moment de la naissance afin d’y mesurer la quantité de mercure, le cheveu accumulant particulièrement bien le méthyl-mercure. Les enfants ont ensuite été suivi à l’école par leurs professeurs (les Seychelles font partie de ces pays ayant un taux de scolarisation de 100%) et ils ont également été soumis à divers tests afin d’évaluer leurs facultés cognitives, sachant que leurs mères, au moment de leur naissance, montraient des taux de mercure dans leurs cheveux très supérieurs (jusqu’à dix fois plus) à ce que l’on considère comme la limite acceptable pour la bonne santé du foetus. Dans cet échantillon étudié, il fut tenu compte également du fait que toute la population avait été vaccinée et que les vaccins contenaient du Thimérosal, un mercuriel contenant de l’éthyl-mercure. Or l’éthyl-mercure, contrairement à son petit frère le méthyl-mercure, est rapidement éliminé dans les urines et ne s’accumule pas dans l’organisme. Le thimérosal est un agent stabilisateur des vaccins qui a été interdit à la fin des années 90 en raison de soupçons de dangerosité. Mais revenons à cette étude sur cette population « sentinelle » des Seychelles. En éliminant tous les facteurs pouvant perturber la bonne interprétation des résultats, l’équipe de l’Université de Rochester n’a pas pu établir d’effets du mercure (sous forme de méthyl-mercure dans les poissons) sur les capacités cognitives des enfants. Les auteurs écrivent même ceci : « Nous avons plutôt observé un effet inverse, une association bénéfique (du mercure) avec le degré de sociabilité des enfants (…) qui peut être attribuée à des effets inconnus ou non quantifiables des nutriments contenus dans les poissons marins ». Les médecins en ont donc conclu que les poissons pélagiques contiennent des ingrédients qui protègent l’enfant au cours de la grossesse puis plus tard lors de la croissance de ce dernier. On peut incriminer la qualité de l’étude et le nombre réduit d’enfants impliqués dans cette étude pas toujours réalisée en suivant des critères précis de la part des professeurs ou des parents et dans le doute, les autorités américaines ont maintenu leur alarme auprès des femmes enceintes de ne pas trop manger de poissons pélagiques. Pour ma part, je continuerai à baver pour un tartare de « yellow fin » (thon jaune ou albacore) pêché quelques heures avant de le déguster dans mon restaurant local préféré sans état d’âme. 

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Source : US News and World Reports, Forbes, crédit photo, Forbes

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=Autism+Spectrum+Disorder+Phenotypes+and+Prenatal+Exposure+to+Methylmercury