L’asthme : une histoire d’enzyme et de génétique ?

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Les acariens qui pullulent sur les planchers et dans la literie, se nourrissant des débris de notre épiderme en continuel renouvellement sont les principaux facteurs d’apparition de l’asthme. C’est un fait reconnu. Le revêtement extérieur de ces acariens est constitué de chitine, un polymère de sucres rigide tel qu’on peut en trouver aussi dans les élytres de nombreux insectes. Cette chitine provenant d’acariens morts est également dégradée en partie par des bactéries et des champignons microscopiques et en quelque sorte réduite en fine poussière qui atteint les poumons quand on respire. Ces résidus provoquent une réaction allergique, une inflammation, au niveau des poumons. Or le génome de l’être humain possède un gène ancestral codant pour un enzyme spécialisé dans la dégradation ultime de ces résidus de chitine.

Pour mettre en évidence le rôle de cet enzyme dans la protection contre l’asthme une équipe de biologistes de l’Université de Californie à San Francisco dirigée par le Professeur Richard Locksley a manipulé génétiquement des souris afin qu’elles ne puissent plus exprimer cet enzyme particulier homologue de l’enzyme humain. Il s’est avéré qu’en l’absence de ce cette activité les souris devenaient sérieusement asthmatiques et leur espérance de vie était notablement diminuée. Cet enzyme (AMCase, acronyme de « acidic mammalian chitinase ») est sécrété continuellement par les cellules épithéliales du poumon et en son absence les résidus de chitine s’accumulent au niveau des voies respiratoires entrainant une fibrose de l’épithélium et un stress cellulaire provoquant la réaction asthmatique.

Selon cette étude (article en accès libre) l’asthme serait donc provoqué par un dysfonctionnement de l’expression de la chitinase au niveau pulmonaire, une explication qui va à l’encontre des autres approches de l’étude de l’asthme car au final certains individus seraient donc génétiquement prédisposés à l’asthme. Quelles que soient les précautions de propreté que l’on puisse prendre dans une maison, il y aura toujours des acariens et d’autres animalcules constitués de chitine qui provoqueront une réaction asthmatique et seules les personnes incapables de se protéger elles-mêmes de manière efficace contre ces résidus de chitine souffriront de cette réaction parfois handicapante.

Source et illustration : Cell, doi : 10.1016/j.cell.2017.03.044

Une protéine du necator pour traiter les allergies ? Peut-être pour bientôt

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Il y a deux ans j’avais relaté les travaux réalisés à l’Université James Cook à Cairns (Queensland) avec le ver parasite intestinal necator pour traiter de façon assez inattendue la maladie coeliaque (lien). Depuis lors le mécanisme de cette « protection » a été précisé en identifiant une protéine sécrétée par le ver parasite appelée AIP-2, acronyme d' »Anti inflammatory Protein ». Le gène codant pour cette protéine qui permet au ver parasite d’éteindre la réponse immunitaire de l’hôte afin de survivre sans encombre dans l’intestin a été identifié et a permis de produire la protéine recombinante en grandes quantités.

Des souris modèles de l’asthme ont été utilisées pour tester l’effet de cette protéine après injection parentérale et ça a parfaitement fonctionné ! Quand on sait que près de 30 % de la population mondiale souffre d’allergies variées, asthme, eczéma atopique, maladie coeliaque, etc … il y a tout lieu de penser que cette AIP-2 constitue un espoir certain. Le mécanisme d’action de cette petite protéine est paradoxal dans la mesure où au cours de l’infestation par le necator, le système immunitaire dans son ensemble semble stimulé alors que le parasite n’en souffre nullement et que l’hôte se voit protégé contre les réactions immunitaires associées aux allergies, dont en particulier l’asthme. Brièvement l’AIP-2 augmente l’apparition de lymphocytes T régulateurs, diminue l’infiltration pulmonaire par les cellules éosinophiles tout en ne provoquant pas de réaction adverse de la part des souris modèles, en d’autres termes pas de réaction immunitaire. Les lymphocytes T régulateurs jouent en effet un rôle anti-inflammatoire, ce qui peut donc expliquer l’effet de la protéine AIP-2.

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D’ors et déjà des investigations ont été réalisées sur des cellules humaines en culture et les résultats très prometteurs aboutiront probablement dans un proche avenir à des essais cliniques. Belle illustration de la découverte d’un nouvel outil pour traiter les réactions allergiques variées sans contraindre un patient à se faire intentionnellement parasiter par des necators …

Source et illustration : Science Translational Medicine, doi : 10.1126/scitranslmed.aaf8807 aimablement communiqué par le Docteur Lex Loukas qui est vivement remercié ici.

Note explicative de l’illustration. Coupes de tissu pulmonaire, PBS : témoin, OVA : réaction asthmatique aigüe en présence d’ovalbumine avec engorgement des bronchioles avec du mucus, AIP-2 : essai en présence d’ovalbumine avec traitement préventif d’AIP-2 par voie parentérale. Agrandissement 10 fois.

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/10/03/on-a-parfois-besoin-dun-plus-petit-que-soi-par-exemple-de-necator-il-fallait-y-penser/

Paracetamol pendant la grossesse : pas vraiment de danger.

 

Quand les médecins font des mathématiques, c’est affligeant !

Une étude « très » sérieuse réalisée conjointement par les Universités de Bristol et d’Oslo portant sur 114761 enfants pour qui le dossier médical de leurs mères avait été dûment enregistré dans le cadre d’une étude reliant les médicaments pris lors de la grossesse et les pathologies dont pouvaient souffrir les enfants a conclu à un effet néfaste du paracétamol sur ces derniers. La relation de cause à effet entre le paracétamol au cours de la grossesse et l’apparition d’allergie, dont l’asthme, a été établie de manière « indubitable ». Il faut lire l’article en détail pour comprendre que l’affirmation de ces médecins est une vaste supercherie. Mes lecteurs curieux peuvent se risquer à la lecture de cet article paru dans l’International Journal of Epidemiology qui est un exemple de mauvaise foi et de fausse science (voir le lien).

En effet, rien n’indique clairement qu’il puisse exister une relation entre la prise de paracétamol par la mère au cours de la grossesse et quel que soit l’état d’avancement de cette grossesse avec l’apparition d’asthme chez l’enfant. Le suivi des enfants n’a été réalisé qu’en fonction du paracétamol et non sur la base d’autres critères. L’échantillonnage des enfants diagnostiqués comme souffrant d’asthme était ciblé en trois catégories : quelques mois après la naissance, à trois ans et à sept ans et seuls les enfants en très bas âge ont semble-t-il été affectés par cette prise de paracétamol au cours de la grossesse.

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Les conclusions de ces travaux purement statistiques font ressortir que la prise de paracétamol durant la grossesse a une « influence certaine » sur l’apparition précoce de l’asthme chez l’enfant selon les conclusions des auteurs de cette étude. Cette influence est-elle significative ? On peut raisonnablement en douter car il faut avoir un oeil exercé pour décrypter les données présentées dans cet article : quelques points de pourcentage de différence, une différence significative ?

Je n’ai jamais été un féru de statistiques mais il paraît clair que cette différence relève du bruit de fond statistique … Cette étude aurait pu tout aussi bien montrer que manger du chocolat pendant la grossesse était un facteur favorable à l’apparition de l’asthme chez l’enfant. On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres avec de telles études statistiques. Comme en ce qui concerne le climat, la médecine dérive dangereusement vers des modélisations mathématiques et des analyses statistiques ex abrupto qui n’ont plus aucun lien avec la réalité. Méfiance !

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Notes relatives aux illustrations. 1 : reproduit ici un fragment du tableau 2 de l’article qui décrit les cas d’asthme chez les enfants de 3 ans. La deuxième colonne indique le pourcentage d’enfants atteints.

2 : exemple d’une relation de cause à effet : l’incidence du nombre de meurtres avec des produits ou des objets chauds sur l’âge de Miss America. Sans commentaire …

Source : doi: 10.1093/ije/dyv366

La papaye, les crèmes de beauté et l’eczéma, étrange rapprochement.

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Quand je résidais au Vanuatu, pays tropical où abondent les papayers, une des recettes locales pour attendrir la viande de bœuf charolais local fraichement abattu à l’abattoir de Mélé, un village proche de Port-Vila, consistait à envelopper un morceau de viande dans une feuille de cet arbuste pendant quelques heures. Je n’ai jamais pu m’expliquer par quel mécanisme cette feuille pouvait attendrir en profondeur un beef-steak aussi efficacement qu’un séjour de près d’une semaine dans une chambre froide. Certes, il existe dans le latex de la peau de la papaye, ce jus blanc qui coule quand on réalise une incision du fruit encore vert, un redoutable enzyme appelé papaïne. Les « belles » des îles des mers du sud se gomment parfois la peau du visage avec ce latex mais elles n’en abusent pas, quelques petites minutes seulement, car les effets de cet enzyme particulièrement actif et dévastateur pour les structures protéiques pourrait endommager leur peau durablement. En effet, pour comprendre les effets indésirables de la papaïne qui est un enzyme finalement loin d’être l’apanage de ce fruit que je n’ai jamais vraiment affectionné il faut préciser quelques détails. L’une des utilisations industrielles autorisées de la papaïne est l’attendrissement de la viande qui se présente sous forme d’une poudre directement préparée à partir du latex que je viens de mentionner. Certaines firmes se sont hasardé à incorporer cet enzyme dans des dentifrices mais sans résultats notoires. Un autre usage topique en médecine est le « nettoyage » des plaies variqueuses des personnes diabétiques mais il n’a jamais été approuvé en raison des risques d’allergie pouvant être mortelle comme une réaction anaphylactique fulgurante pouvant entrainer un arrêt cardiaque.

Cependant et malgré ce risque avéré certains cosméticiens proposent tout de même des crèmes dites rajeunissantes contenant cet enzyme à des femmes avides de paraître toujours jeunes, à leurs risques et périls cela va de soi … La papaïne, outre son effet consistant à détruire les protéines et donc, en application externe sur la peau, à désorganiser l’épiderme et surtout le derme, possède intrinsèquement un puissant pouvoir allergène et on imagine sans être un spécialiste en la matière à quel point son usage peut être dangereux.

Cette particularité de la papaïne à digérer sur place les protéines a été mise à profit plutôt inconsidérément par l’industrie cosmétique dans des crèmes dites de jeunesse, exfoliantes ou régénérantes qui éliminent en réalité les couches superficielles de cellules mortes de l’épiderme grâce à l’action de l’enzyme. Cette action dite protéolytique brise en effet les interactions entre les cellules afin qu’à la limite la peau se retrouve « à vif », une peau de bébé en quelque sorte ! Si la notice d’utilisation du tube de crème vante l’efficacité du produit exfoliant elle omet de mettre en garde l’utilisatrice contre les dangers de la papaïne. Non seulement la barrière de protection que constituent les cellules de l’épiderme est ainsi fragilisée mais l’organisme est de plus exposé au fort pouvoir allergène de l’enzyme, pouvoir qui persiste quand celui-ci est devenu inactif. La fragilisation de la barrière de protection de la peau par l’action de la papaïne – mais aussi l’usage abusif de détergents de confort qui fragilisent également l’épiderme – permet alors un accès aux autres allergènes communément présents dans une maison et le résultat encore plus redoutable est l’apparition de dermatoses très difficiles à traiter qu’on appelle eczémas atopiques.

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Le Docteur Erika Jensen-Jarolim de l’Université de Médecine de Vienne en Autriche a fait un rapprochement inattendu entre l’effet de la papaïne et certains allergènes domestiques dont en particulier les acariens. Ces minuscules cousins des araignées se nourrissent des cellules mortes de notre épiderme qui tombent au sol. Pour les digérer ils sécrètent un enzyme très proche de la papaïne et tout aussi allergène. Cette protéine se retrouve ensuite dans leurs excréments, une des composantes de la poussière de maison dont nous respirons de fines particules entrainant de l’asthme et qui collent à la peau et la conjonctive entrainant eczéma atopique et conjonctivites. Inutile de dire que si on a une peau fragilisée par des abus de savons agressifs, de détergents et par l’usage de crèmes exfoliantes, on s’est soigneusement préparé pour ces inconforts dont on aurait pu se passer très facilement  ! Tout ça parce qu’on a la peau fragilisée par des agressions délibérées et que des acariens du sol, non parasites (voir lien) et non fouisseurs comme celui de la gale contribuent à charger l’air de leurs fientes contenant encore cette protéine hautement allergène, air dans lequel on baigne en permanence et que l’on respire.

Sources : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25705851 , http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24662805 http://www.meduniwien.ac.at/homepage/1/news-and-topstories/?tx_ttnews%5Btt_news%5D=5548&cHash=8ac3c2795264a4c2154c207f1b1d5a22

Illustration : Dermatophagoides pteronyssinus, acarien commun des poussières de maison.

Revoir aussi : https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/08/31/et-si-on-parlait-des-demodex-une-nouvelle-marque-de-pret-a-porter-non-un-parasite-commun-pourtant-inconnu/

Allergies alimentaires … peut-être une piste sérieuse

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J’ai déjà écrit dans ce blog à propos des effets néfastes des antibiotiques et des produits sanitaires et hygiéniques communs dans une maison qui perturbent le système immunitaire des enfants et en particulier les antibiotiques administrés dès la première année en ce qui concerne l’apparition d’asthme et d’eczéma chez les enfants (billets des 20 mai et 10 juin de cette année). On commence à se faire une petite idée de ce qui se passe et où ça se passe selon une étude réalisée à l’Université de Chicago sur des souris, certes, mais les résultats obtenus sont parfaitement transposables à l’homme. Cette étude avait pour but de trouver une explication à l’augmentation alarmante des allergies alimentaires chez les enfants puisqu’on estime qu’entre 1997 et 2011 le nombre de cas a augmenté de 10 % par an et près d’un enfant sur 13 souffre d’allergies alimentaires avec comme symptômes des diarrhées, de l’eczéma, des éternuements à répétition et de la fièvre. On sait que l’usage abusif d’antibiotiques est l’une des causes de ces allergies et la relation avec les bactéries intestinales a tout de suite été suspectée, encore fallait-il apporter une explication validant cette hypothèse.

Le Docteur Cathryn Nagler, coordinatrice de cette étude parue dans PNAS ( DOI: 10.1073/pnas.1412008111 ), a comparé des souris élevées stérilement, donc sans flore intestinale, des souris normales et des souris normales traitées à la naissance avec des antibiotiques quant à la susceptibilité aux allergènes contenus dans les cacahuètes en mesurant le taux d’immunoglobulines E (IgE) dans le sang, un bon marqueur des réactions allergiques. Tous les résultats ont indiqué une forte corrélation entre le développement de l’allergie et l’appauvrissement relatif en une population particulière de bactéries intestinales appartenant à la superfamille des Clostridia. En introduisant en effet ces bactéries particulières soit chez les souris élevées stérilement, soit chez les souris traitées avec des antibiotiques, le taux d’immunoglobulines E diminuait rapidement alors que la réintroduction d’une autre famille de bactéries intestinales, les Bacteroides, n’était pas suivie d’effet notoire.

Pour qu’une allergie se développe, il faut que l’allergène puisse traverser la barrière intestinale et se retrouver dans le sang entrainant alors la réaction du système immunitaire. Une analyse génétique détaillée de ce qui se passe au niveau intestinal a montré que les Clostridium et seulement eux induisaient une forte production d’une interleukine particulière (IL-22) qui provoque une réduction de la perméabilité de la paroi intestinale. CQFD ? Pas tout à fait. Une preuve supplémentaire de cette intervention de l’IL-22 a été apportée en injectant des anticorps dirigés contre cette interleukine aux souris élevées stérilement à qui on avait inoculé les Clostridium et chez qui on avait observé une baisse spectaculaire du taux d’IgE. Comme on pouvait s’y attendre, ce taux d’IgE augmentait à nouveau indiquant donc que c’est bien cette interleukine qui est directement concernée dans le développement de l’allergie alimentaire. Les Clostridiums provoquent donc l’augmentation de la production d’IL-22 et diminuent la perméabilité de l’épithélium intestinal et ils ont été identifiés grâce à leur ADN ribosomaux 16S et pour les curieux on peut citer dans le désordre C. colinum, C.propionicum, C.nexile ou encore C.xylanolyticum. Pour l’anecdote, ces bactéries très communes dans l’intestin sont strictement anaérobies et le moindre contact avec l’oxygène leur est fatal. Elles sont aussi largement utilisées dans l’industrie pour de nombreuses productions. Les auteurs de cette étude ne cachent pas leur projet de mise au point d’une supplémentation directe sous forme de gélules pour rétablir une flore intestinale dégradée chez les sujets, en particulier les enfants, présentant des signes d’allergies alimentaires évidents. En effet, il n’existe actuellement aucun traitement satisfaisant pour soigner ces allergies qui se manifestent par des eczémas géants, des troubles respiratoires, des éternuements, de la fièvre et bien d’autres symptômes comme mentionné plus haut. Encore une fois, cette étude met le doigt sur l’usage abusif des antibiotiques et de leur effet destructeur sur la santé en général. Et pourtant les médecins qui semblent avoir perdu toute conscience professionnelle vont continuer à prescrire à tort et à travers des antibiotiques pour justement se donner bonne conscience et ne surtout pas ressentir de problèmes professionnels au cas où la « non-prescription » d’antibiotiques pourrait être considérée le cas échéant comme une faute professionnelle par les « clients ». Et cette attitude inconsidérée constitue un gouffre financier pour les organismes étatiques de protection sociale car non seulement le corps médical est complice mais les grandes compagnies pharmaceutiques sont aussi parties prenantes dans ce désastre sanitaire ! Il ne faut plus rembourser les antibiotiques sauf en cas de force majeure, cela mettra un terme à tous les abus du corps médical nuisibles à la santé de nos enfants …

Source : University of Chicago Medical Center

Pour l’asthme des enfants, il n’y a pas que les antibiotiques

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Il y a quelques jours j’écrivais un billet sur l’usage inconsidéré des antibiotiques chez les nourrissons et les enfants de moins d’un an, une étude ayant montré sans ambiguité qu’il existait une corrélation entre la fréquence des symptômes respiratoires liés à l’asthme et l’usage forcené d’antibiotiques avant l’âge de un an (voir le lien en fin de billet) et cette étude semble corroborée par une autre investigation réalisée à la Johns Hopkins University toujours sur les conditions d’apparition d’allergies et de troubles respiratoires liés à l’asthme et toujours chez l’enfant. Cette nouvelle étude s’est focalisée sur les conditions d’hygiène entourant les enfants au cours de leur première année de vie et nous allons voir qu’on va de surprises en surprises dans ce registre. On avait déjà constaté que des enfants vivant dans une ferme, au contact d’animaux, jouant dans la terre avec des morceaux de bois et des cailloux, étaient beaucoup moins sujets à des allergies et des troubles respiratoires surtout en établissant une comparaison avec des enfants du même âge vivant en milieu urbain ou péri-urbain plutôt aseptisé. Dans ce travail portant sur 467 enfant vivant dans un milieu urbain, Baltimore, Boston, New-York et St-Louis dont l’état de santé a été soigneusement noté durant les trois premières années de leur vie, il s’est avéré que la moindre exposition à des allergènes, des poussières ou des bactéries durant la première année de la vie avait pour conséquence de diminuer considérablement l’incidence des troubles respiratoires et des allergies. Cette observation n’est pas sans rappeler l’usage d’antibiotiques durant cette même période de la prime enfance. Les enquêteurs de la Johns Hopkins ont étudié les allergènes présents dans les maisons où vivaient ces enfants, ont réalisé des tests sous-cutanés et des analyses sanguines et ont prélevés des poussières dans 104 maisons différents sur les 467 que comportait l’étude afin d’identifier les bactéries auxquelles les enfants étaient en contact.

Il s’est avéré que s’il y avait dans les maisons un animal domestique, un chat, un chien ou un hamster dans une cage ou même la présence de cafards dans les cuisines, c’est vrai ( ! ), les enfants étaient systématiquement moins exposés à des problèmes d’asthme et ce d’autant plus que le nombre de sources d’allergènes était élevé, le tout avant le premier anniversaire des enfants. Seulement 17 % des enfants vivants dans des conditions sanitaires qui pourraient être qualifiées comme médiocres développaient des allergies et problèmes d’asthme alors que plus de la moitié des enfants n’ayant jamais été exposés à ces allergènes devenaient asthmatiques après la première année. Exactement la même observation a pu être faite en ce qui concerne la population bactérienne recueillie dans les poussières en contact avec ces enfants. Comme pour apporter un argument supplémentaire seulement 8 % des enfants qui à l’âge de trois ans présentaient des symptômes respiratoires associés à de l’asthme avaient été exposés à seulement l’un des allergènes cités plus haut. Cette étude montre clairement que l’enfant est plus apte à développer une défense immunitaire équilibrée avant l’âge d’un an en étant en contact avec des animaux domestiques, des poussières et des bactéries variées et que ce simple fait réduit les risques d’allergies et d’asthme tels qu’observés à l’âge de trois ans dans cette étude. L’ensemble de ces résultats est en parfaite concordance avec les effets néfastes de l’usage d’antibiotiques le plus souvent injustifiés avant l’âge d’une année. Trop d’hygiène nuit donc durablement à la santé des enfants, il faut laisser à l’organisme le libre soin de développer harmonieusement ses propres défenses immunitaires en évitant trop d’hygiène car il paraît maintenant avéré que tout se passe au cours de la première année de la vie.

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Source : Johns Hopkins Medicine News

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/20/antibiotiques-et-asthme-chez-lenfant-encore-un-scandale/

Antibiotiques et asthme chez l’enfant : encore un scandale !

Rhinovirus

Les enfants a qui on a prescrit des antibiotiques avant leur premier anniversaire sont plus exposés à des atopies, c’est un terme médical barbare qui recouvre la respiration dite « sifflante », l’asthme et certaines formes d’eczéma et c’est un réel problème qui perturbe non seulement l’enfant qui doit parfois se soumettre à vie à des anti-histaminiques mais également les parents qui doivent prendre soin de leur progéniture quotidiennement. Les médecins n’en ont cure, ils ont quasiment créé un marché captif bien juteux ! Mais la corrélation directe entre antibiotiques et atopies n’avait jamais été formellement prouvée jusqu’à une étude récente réalisée à l’université de Manchester qui a analysé les données recueillies par le Centre d’allergie et d’asthme associé à l’Université concernant plus de 1000 enfants suivis depuis la naissance jusqu’à l’âge de 11 ans avec leurs dossiers médicaux complets concernant les doses d’antibiotiques administrés, les diagnostics réalisés par des praticiens de respiration sifflante, d’asthme et d’allergies. On suspectait que l’administration parfois superflue d’antibiotiques aux enfants, en particulier avant l’âge d’un an pouvait favoriser l’apparition d’asthme mais aucune étude n’avait été décisive dans ses conclusions.

Pour ces 1000 enfants, étaient également inclus les résultats de recherche d’allergènes par tests sous-cutanés à 3, 5, 8 et 11 ans car l’asthme est souvent lié à des réactions allergiques à toutes sortes d’agents externes dont l’identification précise est parfois impossible. Pour aider les médecins dans cette analyse, tous les enfants ayant reçu au moins une prescription d’antibiotiques avaient été soumis à une analyse sanguine à l’age de 11 ans pour déterminer leur réponse immunitaire aux principaux agents pathogènes de l’enfance, à savoir rhinovirus (rhume), virus syncitial respiratoire (RSV, bronchite et bronchiolite), Hemophilus influenza et Streptococcus pneumoniae pour les bactéries affectant le rhino-pharynx et les poumons. Les échantillons sanguins ont aussi permis d’analyser les SNPs d’une région du chromosome 17 appelée 17q21 qui commande l’expression d’une série impressionnante de gènes impliqués dans toutes sortes de fonctions, depuis l’architecture de la glie dans le cerveau, les marqueurs du cancer du sein ou encore l’asthme chez l’enfant, autant dire qu’il s’agissait de rechercher une aiguille dans une grosse botte de foin malgré la richesse des données médicales. Heureusement que l’équipe de chercheurs disposait aussi d’un nombre suffisant d’enfants n’ayant jamais été traités avec des antibiotiques pour disposer de témoins au cours de cette étude.

Il est tout de suite apparu que les enfants traités avec des antibiotiques avant leur premier anniversaire étaient plus de deux fois plus sujets à une respiration sifflante ou de l’asthme caractérisé dûment diagnostiqués par les pédiatres. Plus troublant et totalement inattendu, ces mêmes enfants présentaient des taux de cytokines inférieurs à ceux des « témoins », les cytokines étant des marqueurs de défense immunitaire contre les affections virales. Preuve s’il en est que l’administration d’antibiotiques pour une affection virale est non seulement inefficace mais réduit inutilement la réponse immunitaire de l’organisme ! Pire encore, les enfant soumis à un traitement antibiotique présentaient une réponse immunitaire contre les bactéries citées plus haut sensiblement équivalente à celle des enfants « témoins » de l’étude, ce qui prouve que les antibiotiques sont d’une utilité très relative, l’organisme réagissant aux bactéries de manière équivalente, antibiotiques ou pas. Comme l’avait laissé sous-entendre une étude parue en 2007, l’administration d’antibiotiques est associée à la modification de l’expression du gène ORMDL3 qui code pour une protéine appelée filaggrine également régulée par la région 17q21 du chromosome 17 dont le rôle n’est pas totalement clarifié mais qui intervient dans le développement notamment de l’eczéma et cette modification de son expression est également systématiquement retrouvée chez les enfants asthmatiques auxquels ont été prescrits des antibiotiques avant leur premier anniversaire. Les antibiotiques semblent donc induire une plus grande sensibilité aux attaques virales, l’enfant se défend moins bien, sans pour autant modifier la réponse immunitaire aux bactéries.

Si tel était le cas, car il faudra affiner les recherches afin de vraiment prouver cette relation de cause à effet apparemment difficile à comprendre, mais les faits sont pourtant là, entre l’expression de certains gènes sous le contrôle de la région 17q21 et l’apparition d’allergies et d’asthme chez le jeune enfant, les médecins qui ordonnent des antibiotiques pour un simple rhume sont donc doublement coupables ! Non seulement ils semblent ignorer qu’un antibiotique n’a aucun effet sur un virus mais ils condamnent parfois à vie des enfants à des affections allergiques handicapantes tout en réduisant dramatiquement la réponse immunitaire aux virus communs du simple rhume ou de la bronchiolite et peut-être ultérieurement à bien d’autres virus, un comble pour ne pas dire un très gros scandale !

Source : The Lancet News Room et :

http://www.thelancet.com/journals/lanres/article/PIIS2213-2600(14)70096-7/abstract , illustration Wikipedia (rhinovirus)