L’origine des inégalités sociales

Aujourd’hui à peine 2 % de la population possède la moitié de la richesse mondiale. Cette émergence des super-riches interpelle aussi bien les économistes que les politiciens et le peuple tout entier, car jusqu’où peut aller une telle concentration de richesses entre si peu de mains. Et pourtant il s’agit d’un phénomène « vieux comme le monde » pour reprendre une expression bien connue des auteurs classiques. Des ethnologues se sont penché sur l’évolution de la richesse au cours des siècles et ils se sont particulèrement intéressé à l’émergence de l’agriculture et de l’élevage comme facteur favorisant la concentration de richesses dans les société anciennes. L’un des principaux paramètres permettant d’évaluer la richesse d’un individu dans les sociétés anciennes est la taille des maisons d’habitation et ce ne sont pas moins de 62 sites archéologiques tant en Eurasie qu’en Amérique du Nord qui ont été analysés. Ces sites s’étalent dans le temps entre 8000 ans avant l’ère présente jusqu’au milieu du XVIIIe siècle de notre ère auquel a été ajouté les chasseurs cueilleurs contemporains !Kung San d’Afrique.

Il est apparu que les inégalités avaient commencé à augmenter quand les sociétés évoluèrent de la chasse et la cueillette vers l’agriculture et l’élevage. Environ 2500 ans après l’apparition des premières plantes domestiquées et cultivées dans toutes les régions étudiées, que ce soit dans l’Ancien Monde comme dans le Nouveau Monde, le coefficient de Gini tournait autour de 0,35.

Le coefficient de Gini est un indice de calcul des disparités de revenu ou de richesse dans un groupe humain. Il atteint rarement la valeur 1 qui est celle théorique d’un groupe social de 100 personnes dont la richesse totale est détenue par une seule personne. Par exemple le coefficient Gini dans les pays de l’OCDE varie de 0,34 pour la Corée à 0,52 pour l’Italie, c’est-à-dire schématiquement qu’il y a plus de richesses détenue par un plus petit nombre en Italie qu’en Corée. Tant en Chine qu’au Moyen-Orient, en Europe ou en Egypte ce coefficient de Gini a toujours augmenté pendant les 6000 ans qui ont suivi l’apparition de l’agriculture que ce soit à Pompéi ou à Kahun en Egypte. Ce coefficient a alors atteint il y a 2000 ans la valeur de 0,6 loin des 0,8 actuels aux USA et 0,73 en Chine selon les Nations-Unies.

Le coefficient de Gini parmi les civilisations mésoaméricaines a toujours été inférieur au cours du temps à celui des sociétés du Vieux Monde pour une raison très simple à expliquer. Alors qu’en Amérique le travail était entièrement effectué par la force de l’homme, très rapidement après la conversion des sociétés européennes et moyen-orientales à l’agriculture et à l’élevage, celles-ci ont utilisé le boeuf pour cultiver la terre puis le cheval pour transporter les biens et les personnes. L’élevage est donc vite devenu un investissement d’avenir car il a permis de nourrir plus de monde en développant l’agriculture et le cheval a de son côté permis d’étendre les territoires pour y effectuer du commerce et de constituer des armées pour sécuriser les marchands qui allaient vendre les surplus de nourriture au loin. C’est ainsi que certaines familles ou clans sont devenus plus riches que d’autres parce qu’elles ont su investir sur l’avenir, le boeuf et le cheval étant rapidement devenus des monnaies d’échange. Dans certains sites d’Amérique du Nord les archéologues ont cependant découvert d’immenses demeures notamment en Colombie Britannique près des côtes de l’Océan. Ces demeures étaient la propriété de riches marchands de saumon alors que le cheval et le boeuf étaient inconnus. Les sites de pêche au saumon étaient transmis dans les familles de génération en génération. En Amérique du Sud les Moche et les Incas purent agrandir leurs empires en domestiquant les lamas et les alpagas pour les utiliser comme animaux de bât mais jamais de trait, ces animaux ne s’y prêtant pas en raison de leur configuration physique.

Il reste cependant nécessaire d’affiner les calculs du coefficient de Gini pour ces anciennes communautés car la taille des demeures ne suffit pas pour évaluer précisément ce coefficient. Par exemple les matériaux utilisés pour construire les maisons doivent être prises en compte. Les demeures construites avec des pierres taillées étaient non seulement plus solides que leurs contreparties en torchis mais elles représentaient aussi la richesse de leur propriétaire car il devait faire appel à des esclaves pour tailler les pierres et des professionnels pour construire ces maisons. Ce type d’évaluation de la richesse des communautés du passé n’en est qu’à ses balbutiements et il faudra encore rassembler de nombreuses données pour affiner les connaissances. La société gallo-romaine, depuis le Languedoc jusqu’à la Bourgogne, avait probablement atteint un coefficient de Gini élevé en raison des immenses maisons rurales des riches propriétaires terriens autour desquelles se développèrent des villages peuplés d’employés de ces propriétaires et de divers corps de métier associés à l’agriculture et l’élevage.

Source : Nature, illustration élevage en Egypte ancienne.

Histoire de Minoens et de Mycéniens

Des archéologues de l’Université de Cincinnati ont exploré la tombe d’un guerrier dans un verger d’oliviers de la municipalité de Pylos située dans le sud du Péloponnèse. Quinze-cent ans avant l’ère présente Pylos était le centre d’une grande province du riche empire mycénien, c’est-à-dire mille ans avant les guerres du Péloponnèse relatées par Homère qui opposèrent Troie et Athènes. au sud de cette ville se trouvait la Crête, berceau des Minoens et peu de données historiques concernent ce peuple ce qui fait que toute découverte archéologique d’importance présente un intérêt certain pour reconstruire l’histoire passée de cette partie de la Grèce actuelle et de ses relations avec les Minoens. Ce que l’on sait de la prospérité des Minoens est le fait qu’ils avaient en partie occupé le Péloponnèse depuis la Crète puis avec des guerriers chevronnés accaparaient les richesses des Mycéniens comme le relata Homère dans sa description du combat entre le guerrier Pylos et Agate. La civilisation Minoenne disparut après la cataclysmique explosion du Santorin mais de riches guerriers furent auparavant enterrés aux alentours de la ville actuelle de Pylos. Mais il se peut que le scénario soit exactement inverse et que les Mycéniens se soient approprié les richesses des Minoens …

L’équipe d’archéologues a découvert une pièce rare dans la tombe à laquelle ils ont attribué, selon la légende, la description du combat entre le guerrier de Pylos renommé Griffin et Agate ou Agasthenes, roi d’Elis, contrée située au nord de Pylos. Il s’agit d’un sceau d’à peine trois centimètres de large ciselé dans une pierre dure représentant ce combat légendaire qui a été trouvé dans cette tombe à côté d’autres artéfacts dont des anneaux en or et des armes diverses. L’analyse par imagerie fait apparaître la finesse des détails qui sont tout à fait surprenants pour une telle époque reculée. Bien que de petite taille cette pièce unique en son genre révèle de nombreuses informations sur le degré d’évolution des Minoens.

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Le guerrier enseveli dans cette tombe d’une exceptionnelle richesse fut nommé le « guerrier Griffin » en raison de la découverte à ses côtés d’une plaque en ivoire ornée d’un griffon, un animal mythique avec un corps de lion et une tête et des ailes d’aigle. Les Minoens avaient donc atteint un degré de civilisation et de création artistique qui n’avait rien à envier aux Mycéniens, les vrais fondateurs de la Grèce antique telle qu’on la connaît aujourd’hui par les écrits des historiens de l’époque de Périclès, mais c’était bien plus tard …

Source et illustrations : PhysOrg