Quand le Tamiflu fait voler des oiseaux noirs … hallucinant !

Roche HQ in Basel, Switzerland

Le titre de ce billet n’est pas une plaisanterie. Ma petite-fille, à Tokyo, sous traitement au Tamiflu, pour une rhino-pharyngite banale, prescrit par le médecin (japonais), un paranoïaque des médications, voyait des oiseaux noirs l’attaquer. Elle avait des hallucinations. C’est justement hallucinant d’apprendre de Cochrane Collaboration (voir le lien, disponible aussi en français) que la société Roche, propriétaire du Tamiflu a délibérément éludé, caché et truqué les données des essais cliniques en phase 3 relatives au Tamiflu. L’argument de Roche était soit-disant une réduction des complications pulmonaires lors d’un traitement de la grippe avec le Tamiflu. Or Cochrane a finalement obtenu sous la pression de plus de 14000 scientifiques académiques « toutes » les données (ou presque) relatives à ces essais cliniques. La surprise est d’abord que Roche n’a pas enfreint la loi en dissimulant ses essais car ces derniers sont effectués dans la plus pure opacité et c’est parfaitement légal. On hallucine complètement !

Les doutes sur l’efficacité du Tamiflu ont été révélés en 2009 avec la menace d’une pandémie grippale. Les pays de l’OCDE ont dépensé des dizaines de milliards de dollars pour se munir de stocks de Tamiflu mais les gouvernements anglais et australien, dans le doute, ont mandaté Cochrane Collaboration pour effectuer une étude détaillée sur l’efficacité clinique du Tamiflu et, Ô stupeur, le pot-aux-roses s’est montré être de taille. Les statistiques provenant des hôpitaux ne montraient en rien une amélioration des malades traités avec le Tamiflu. De plus un médecin japonais, Keiji Hayashi révéla que l’étude sur laquelle s’était basé Cochrane Collaboration pour donner son avis autorisé sur l’efficacité du Tamiflu provenait d’une unique étude provenant de Roche agrégeant 10 précédents essais cliniques d’évaluation. Or deux essais cliniques seulement avaient été publiés, les autres avaient purement et simplement été passés au broyeur ! Complètement hallucinant !

Tous les travaux de Cochrane Collaboration sont disponibles en ligne et indiquent clairement comment les essais sont analysés, n’importe quel lecteur peut aisément comprendre comment les essais ont été effectués et peut émettre des critiques en contactant directement cette organisation internationale sans but lucratif. C’est ce qu’a fait Hayashi, halluciné par la malhonnêteté flagrante des laboratoires Roche qui, sentant le danger, ont obligé Cochrane Collaboration a signer un agrément de confidentialité, ce qui est contraire à la philosophie de cette organisation. Le directeur des affections respiratoires de Cochrane s’émut de cette situation et ses demandes réitérées d’éclaircissement de la part de Roche restèrent lettres mortes. Et pour cause, il est tout à fait légal d’exiger un accord de secret pour un médicament en cours de développement et pas question de laisser un laboratoire ou une organisation indépendants effectuer des essais sans l’accord du propriétaire du produit. Pourtant des résultats contradictoires commencèrent à semer une certaine confusion. D’abord une efficacité loin d’être prouvée auprès des malades selon la FDA (Food and Drug Administration), mais au contraire reconnue par un autre organisme nord-américain, le CDCR (Center for Disease Control and Prevention), alors que l’équivalent japonais ne se prononçait pas et que l’EMA (European Medicine Agency) plaidait plutôt en faveur de Roche. Ces avis contradictoires révèlent l’effet très efficace, non pas du Tamiflu, mais de la pression exercée directement par les laboratoires Roche sur ces organismes auxquels le législateur fait appel pour les certifications des médicaments. Cochrane n’en est pas restée là et une analyse plus fine des données fournies par Roche montrèrent que les essais avaient été conduits avec des sujets dans des environnements qui n’avaient rien à voir avec les conditions hospitalières réelles, en d’autres termes l’efficacité clinique n’était pas prouvée, loin de là. De plus, et là on hallucine, la règle du double-aveugle était transgressée, les pilules de placebo ayant une couleur différente que celle des pilules de matière active ! Pire, l’évaluation de l’état respiratoire des sujets ayant participé aux études n’était pas jugée par un médecin, généraliste ou spécialiste peu importe, mais selon la propre évaluation de ces participants, proprement hallucinant ! Il n’y a pas un grand effort à faire pour comprendre quel degré de truquage Roche avait atteint, du genre  si la pilule est bleue vous dites que vous vous sentez mieux, si elle est verte déclarez que vous n’avez pas ressenti d’amélioration, aussi simple que ça, hallucinant ! Naturellement si les participants avaient l’impression d’être attaqués par des oiseaux noirs, ça ne relevait pas de la mission ultime de l’étude …

Finalement Cochrane Collaboration a obtenu quelques documents des laboratoires Roche en … 2013 et 30 milliards de dollars plus tard dépensés en pure perte. Le dernier rapport de Cochrane Collaboration publié le 10 avril 2014 indique que le Tamiflu n’a aucun effet sur les complications respiratoires consécutives à une grippe, qu’il n’a jamais réduit les hospitalisations pour « faits » de grippe, qu’il réduit les symptômes de la grippe d’une durée d’une demi-journée à au mieux une journée ! Hallucinant quand on prend en considération les effets secondaires multiples de ce médicament. Le Tamiflu provoque des vomissements (45 personnes sur 1000), des maux de tête (31 sur 1000), des troubles psychiatriques comme des oiseaux noirs hitchcockiens (11 personnes sur 1000), ça fait tout de même une personne sur dix qui souffre d’effets secondaires parfois sévères et cela sans que le virus soit vraiment affecté, hallucinant ! Et quand on sait que Roche a fabriqué suffisamment de Tamiflu pour que 80 % de la population de la planète puisse être traitée, on apprécie la puissance de la peur irrationnelle que représente la grippe dans les esprits, peur qui est admirablement exploitée par les laboratoires pharmaceutiques quitte à mépriser les règles éthiques les plus élémentaires ainsi que les codes de bonne conduite scientifique ! Hallucinant !

Ce véritable scandale du Tamiflu a tout de même permis de faire évoluer la situation sur les essais cliniques. L’open data est déjà mis en place de manière contraignante au moins en Grande-Bretagne et en Australie et très bientôt aux USA et au Canada. Il faut espérer que l’Union Européenne adoptera la même attitude nonobstant le puissant lobbying des compagnies pharmaceutiques. Quant à la France et le Japon, l’open data n’est pas encore à l’ordre du jour, hallucinant !

 

Sources : The Telegraph, illustration de Bloomberg et

http://www.cochrane.org/features/tamiflu-relenza-how-effective-are-they

Ce billet a été publié sur le site MN dimanche 13 avril http://www.mauvaisenouvelle.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui connaissait les vertus antivirales du plaqueminier alias kaki ?

 

Des biologistes de l’Université d’Hiroshima ont mis en évidence les effets antiviraux spectaculaires des tannins du fruit vert du kaki, un fruit très populaire au Japon qui peut être accommodé de multiples manières et être aussi dégusté à la petite cuillère quand il est presque complètement pourri. Je ne partage pas, et de loin, les gouts culinaires des Japonais, mais me faire manger un kaki pour soigner une bonne grippe me demanderait un gros effort d’auto-persuasion.

Ces chercheurs d’Hiroshima ont testé les extraits de tannins du fruit du kaki sur une multitude de virus mis en contact de cellules humaines en culture et le résultat est bluffant. A des doses qu’on pourrait qualifier d’homéopathiques, en d’autres termes si l’on voulait retrouver les substances introduites dans les essais, ce serait impossible alors que les virus sont tous morts. Parmi les virus étudiés, citons six virus à enveloppe : influenza H3N2, grippe aviaire H5N3, herpes simplex, stomatite vésiculaire, Sendai et Newcastle et six virus sans enveloppe : polio, coxsackie, adenovirus, rotavirus le calicivirus félin et le norovirus de la souris. L’extrait alcoolique de kaki est létal pour tous ces virus alors qu’aucun autre extrait similaire de plantes ou de fruits réputés riches en tannins, acacia, café, thé vert ou des tannins synthétiques genre pyrogallol ciblent, certes, certains de ces virus, mais jamais de manière aussi systématique et infinitésimale (6 log de dilution) que l’extrait de kaki. Manger des kakis protégerait donc des attaques virales, et j’emploie le conditionnel puisque ces études ont été réalisées en laboratoire sur des cultures de cellules et non sur des animaux et a fortiori chez l’homme. Pourtant, il serait intéressant mais extrèmement complexe de réaliser une étude sur des populations de Japonais consommateurs réguliers de kakis, au moins en automne, pour établir une corrélation avec la fréquence d’affections virales. Pourquoi ne pas donner des kakis aux enfants pour prévenir les maladies infantiles virales comme la varicelle, la rubéole ou la scarlatine et même la bonne vieille grippe saisonnière. Est-ce que les Japonais, grands amateurs de thé vert, sont moins sensible à certains virus puisque l’extrait de thé vert est presque aussi efficace que l’extrait de kaki excepté pour le virus de la cocksackie (syndrome bouche-main-pied) et l’adénovirus (dermatoses, pharyngites, pneumonies, conjonctivites) … rien ne le prouve parce qu’aucune étude n’a été entreprise dans ce sens.

 

Note : 1 log de dilution est une dilution au 1/10e, 6 log, au 1 millionnième

Source : PlosOne