Paludisme et manipulation génétique : combien faudra-t-il de morts pour qu’une avancée décisive soit autorisée ?

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Le titre de ce billet résume la situation qui prévaut de par le monde quand il s’agit de transgenèse. Les manipulations génétiques ne sont pas du tout en état de grâce du fait de l’opposition systématique et totalement obtuse car sans aucun fondement scientifique de groupes de pression politisés qu’il est inutile de nommer ici. Le principe de base de cette opposition irraisonnée est que les biologistes modifient l’état naturel et qu’ils se comportent donc comme en quelque sorte des sorciers maléfiques. Je pèse mes mots. Cette opposition aux techniques modernes de transgenèse relève du plus pur obscurantisme et l’objet de ce billet est d’en faire encore la démonstration.

Le riz doré dont j’ai écrit à plusieurs reprises des articles constitue un exemple évident de la volonté rétrograde des organisations de protection de la nature qui rêvent d’un retour à l’ère préindustrielle, technologique et scientifique. Si aujourd’hui, compte tenu de l’emprise des groupes de pression écologistes politiques, il fallait homologuer le vaccin contre la variole, celui-ci serait refusé ! C’est exactement ainsi. La variole a tué plus d’êtres humains que n’importe quelles guerres et ce serait tant mieux si cette maladie réapparaissait et faisait à nouveau des ravages car plus personne n’est vacciné puisque cette maladie a été éradiquée de la planète grâce à la vaccination.

Venons-en à l’objet de ce billet qui concerne le paludisme ou malaria, c’est selon, une maladie qui tue chaque année un million de personnes : vous aves bien lu, un million de personnes selon les dernières statistiques de l’OMS, l’un des rares organismes des Nations-Unies qui soit encore crédible. La majorité des morts sont de pauvres gens malnutris, des enfants en bas âge, d’Afrique, du Pakistan ou du Brésil dont on se contrefout dans les salons dorés des ministères et des organisations supra-nationales. C’est tout de même regrettable qu’on ait consacré autant d’argent pour combattre le SIDA qui aurait pu finalement tuer autant de gens (voire plus) que le paludisme. Sauf que le SIDA n’atteint pas seulement les pauvres mais aussi les nantis ! Il y avait donc moralement une urgence à investir des milliards de dollars pour circonscrire cette maladie qui se transmets par les relations sexuelles, ce qui concerne tout le monde et pas seulement les plus démunis de la planète … suivez mon regard.

Bref, les écologistes vont être maintenant pris à leur propre piège. Refuser la culture du riz doré est criminel, refuser bientôt la dispersion d’un moustique génétiquement modifié pour ne plus pouvoir transmettre le paludisme fera carrément désordre ou plutôt non, ce sera une attitude conforme aux idéaux de ces organisations malthusiennes : éliminer les pauvres de la planète et juguler par tous les moyens l’accroissement de la population en reniant tout progrès technologique contraire aux desseins de la nature. La question est donc la suivante : dans quelle mesure sera-t-il possible d’autoriser la dispersion de moustiques génétiquement modifiés équipés d’armes biologiques les interdisant de répandre la malaria ? Combien de dizaines de millions de morts supplémentaires faudra-t-il pour que soit enfin autorisée la dispersion de ces moustiques qui viennent d’être mis au point dans les laboratoires de biologie cellulaire de l’Université de Californie ?

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C’est en utilisant l’outil révolutionnaire appelé CRISPR dont j’ai déjà mentionné dans ce blog l’aspect révolutionnaire, qu’une équipe de biologistes en tandem entre les Universités de Californie de San Diego et d’Irvine est arrivée à créer un moustique qui détruit les ookinetes, ces larves spéciales du Plasmodium falciparum qui se trouvent dans les glandes salivaires du moustique qui transmet la malaria. Il fallait en effet trouver un stratagème pour incorporer deux gènes dans les chromosomes du moustique dont l’expression soit stimulée quand les femelles piquent quelqu’un pour s’abreuver de sang afin de permettre la maturation des œufs, un processus qui en réalité n’a rien à voir avec la transmission du parasite, le plasmodium, car en définitive le moustique s’en passerait très bien. C’est en effet l’homme qui est le réservoir naturel du parasite mais celui-ci ne peut être transmis d’homme à homme que par l’intermédiaire du moustique, l’anophèle. Une sorte ce cercle vicieux sophistiqué comme l’indique l’illustration ci-dessus.

La stratégie a consisté à introduire une série de gènes en pratiquant de la très haute couture moléculaire au niveau de l’ADN, c’est-à-dire de manière ciblée, des gènes, deux pour être plus précis, l’un (m1C3) codant pour un anticorps dirigé contre une protéine de l’enveloppe de l’ookinète et l’autre (M2A10) dirigé contre une protéine du sporozoïte. Ces deux gènes ont été inclus dans un véhicule d’ADN circulaire contenant également le gène codant pour l’enzyme Cas9 associé au CRISPR et une partie codant pour l’ARN (gRNA) qui dirige le CRISPR vers un site spécifique de coupure pour que cet assemblage soit intégré dans un des chromosomes du moustique et non pas au hasard. Le site d’insertion a en effet été choisi de telle manière qu’on puisse reconnaître quel moustique a bien intégré ces informations. Il s’agissait d’un enzyme impliqué dans la pigmentation des yeux de la bête adulte. Les manipulations ont été réalisées par micro-injection dans des œufs de l’anophèle An. stephensi, une espèce qui contribue à répandre la malaria dans les zones urbaines de l’Inde en particulier mais sévit aussi depuis l’Egypte jusqu’à la Chine.

Après 4 générations il s’est avéré que 99,5 % de la descendance, mâle et femelle, avait acquis ces caractères de manière stable et non mendélienne c’est-à-dire que ces gènes étaient devenus, pour faire bref, constitutifs. Les curieux peuvent lire l’article des PNAS en accès libre mais voici le diagramme résumant la « manipulation » par CRISPR interposé :

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Qu’attendre de cette avancée dans la lutte contre la malaria, pour l’instant peu de choses sinon que cette approche ne pourra être validée qu’en milieu réel. Les auteurs de l’article concluent qu’il faudra une combinaison de techniques pour espérer non pas éradiquer la malaria de la planète mais en réduire l’incidence. Ce ne sera que la conjugaison de l’approche prophylactique, des médicaments, des vaccins, des insecticides et de cette technologie alternative de modification génétique du vecteur qui pourra être couronnée de succès. La route à parcourir reste encore longue, des millions de victimes, mais y a-t-il une réelle motivation des Occidentaux dans cette lutte sinon celle des scientifiques ? Parce qu’après tout ces victimes de la malaria, ce sont des pauvres dans des pays pauvres et les pauvres, tout le monde s’en fout …

http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1521077112

Le moustique porteur de la malaria est surtout attiré par le CO2

 

Par expérience (personnelle) les moustiques véhiculant le parasite de la malaria sont attirés par la présence humaine et donc l’odeur de notre corps. C’est un fait prouvé, mais contrairement à ce que l’on croit les moustiques ne sont pas du tout attirés par la lumière surtout quand celle-ci est chaude, en d’autres termes quand cette lumière provient de lampes à incandescence. Il s’agit aussi d’une constatation personnelle datant de mon séjour à la très presbytérienne Onesua High School dans l’île d’Efate. J’habitais sur le campus de l’école dans une petite maison dont les moustiquaires étaient en plutôt mauvais état et pour ne pas me faire dévorer les chevilles quand je travaillais à corriger les copies de mes gentils élèves mélanésiens le seul moyen efficace que j’avais trouvé pour me protéger était de mettre une lampe à kérosène sous la table. Les moustiques étaient tout simplement aveuglés et ne détectaient plus le rayonnement infra-rouge provenant de mon anatomie. Cependant ils détectaient encore l’odeur corporelle que je dégageais autour de moi.

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L’anophèle, puisque c’est bien de cette sorte de moustique dont il s’agit, celui qui véhicule la malaria, se nourrit, pour les femelles du moins, presque exclusivement de sang humain afin de permettre la maturation des œufs. Et pour perfectionner le vampirisme de ce moustique l’odeur humaine fait que les femelles anophèles ont tendance à entrer dans une maison et y séjourner jusqu’à une météorologie propice. Donc la femelle anophèle a bien fait les choses. Elle attend le bulletin météo qui lui indiquera que dans 48 heures il pleuvra et qu’il sera alors temps de sucer un peu du sang de n’importe quelle personne pénétrant dans la maison. Au pire, ayant voleté et convolé en justes noces avec un mâle au grand jour, elle s’attaquera in extremis à un passant si elle se trouve à l’extérieur et n’a pas trouvé de quoi se rassasier dans les temps dans une maison où elle aura attendu sournoisement sa proie.

Reste un troisième signal émis par l’homme et attirant le moustique, le gaz carbonique labellisé « qualité effet de serre ». Mais fallait-il encore montrer quelle était la séquence de signaux chimiques attirant le moustique. L’anophèle est plutôt un moustique nocturne mais, attiré par l’odeur de la peau humaine, il entre dans les maisons de jour et attend sa proie. Le Docteur Ring T. Cardé de l’université de Californie à Riverside a imaginé un tunnel dans lequel il place des moustiques (Anopheles gambiae) et observe le comportement de ces animaux volants fort peu sympathiques. En disposant des carrés de coton ayant recueilli des odeurs de peau, les moustiques arrivent mais ne cherchent pas précisément à se poser sur ces carrés de coton signalant pourtant une présence humaine. Ils attendent patiemment leur proie. Un système simple envoie des effluves de gaz carbonique à des concentrations variables simulant la respiration humaine. Le moustique va en quelques minutes localiser la source de CO2 avec d’autant plus de réussite que la concentration en ce gaz est élevée, du genre de celle qu’on exhale en respirant.

L’expérience a montré que le moustique réagissait de manière extrêmement spécifique à une augmentation en CO2 de l’ordre de 0,015 % supérieure à la concentration ambiante de l’atmosphère soit 60 ppb ou parties par milliard, ou encore 0,06 ppm. La stratégie du moustique est donc diabolique en tous points. Il est attiré par l’odeur humaine et entre dans les maisons, qu’elles soient habitées ou non et attend le signal « CO2 » et ne piquera que si dans les 48 heures à venir il y a une bonne probabilité de pluie pour trouver de l’eau et y déposer ses œufs. Finalement ces expériences mettent en partie en doute le rayonnement infra-rouge provenant de notre corps et susceptible d’être un autre facteur d’importance pour attirer les moustiques.

Source : Journal of Chemical Ecology DOI 10.1007/s10886-014-0542-x (article aimable communiqué par le Dr Cardé)

Depuis Ogasawara Village