Les tests génétiques pour tous ? Attention à la dangereuse dérive

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Puisque je vais parler de Mark Cuban dans ce billet il faut présenter le personnage. Né en 1958 ce businessman américain est propriétaire de l’équipe de basket de Dallas, les Mavericks, de la chaine de cinéma Landmark et des studios Magnolia Pictures. Il a aussi investi dans une série TV très populaire aux USA, Shark Tank, et son seul but dans la vie est de faire de l’argent pour monter dans le classement des millionnaires de Forbes car il n’y est que 603ème. Toute opportunité est bonne à prendre et c’est encore plus payant quand on la lance soi-même pour ensuite en récupérer les bénéfices. Cuban s’est fendu de quelques tweets pour inciter le vulgum pecus un peu à l’aise financièrement à se soumettre à des tests sanguins et génétiques, car la mutilation volontaire d’Angelina Jolie a marqué les esprits et il faut saisir la balle au bond. Cuban va droit au but, en basket-ball on dirait un panier à 4 points, en déclarant, je cite : « Si vous avez les moyens de vous faire faire une analyse sanguine multiparamètres, autant le faire tous les trois mois comme ça vous aurez vite une idée de la « ligne de base » de votre santé » et d’ajouter : « Créez votre propre profil de santé et son histoire, ça vous aidera à disposer d’une base de données personnelle qui vous sera utile ainsi qu’à vos enfants et petits-enfants, car le gros problème avec la médecine actuelle c’est qu’on attend d’être malade pour avoir son sang (et ses gènes) analysé ».

Par analyse de sang Cuban englobe évidemment les tests génétiques outre les paramètres nombreux et variés du sang lui-même. Et c’est là que se situe le problème. Un médecin préconisera éventuellement une analyse détaillée du sang dans des cas de fatigue ou à la suite d’un malaise d’origine indéterminée mais procéder à des analyses sanguines systématiques est excessif pour diverses raisons. Si certains paramètres comme les enzymes du foie ou la glycémie à jeun révèlent d’emblée des risques de maladie, les autres paramètres ne sont analysés que lorsqu’une pathologie a été détectée. Par exemple une très légère variation de la ferritine sérique n’est pas systématiquement un signal d’anémie car d’autres causes comme une inflammation peuvent influer sur le taux de ferritine. Qu’apporterait de plus une analyse trimestrielle de tous les paramètres sanguins ? Aucun bénéfice pour la santé. L’exemple de l’aspirine prise quotidiennement pour prévenir les accidents cardiovasculaires est justifiée si on est un sujet à risque mais l’évaluation des risques est sujette à caution. Le médecin applique un principe mathématique consistant à lier le nombre de personnes à examiner et éventuellement traiter afin de diminuer le taux de morbidité ( http://www.cebm.net/number-needed-to-treat-nnt/ ) mais ce principe est loin de pouvoir être appliqué à tous les individus. Le dépistage du cancer du sein, du colon ou du poumon chez les fumeurs est justifié depuis que l’on a reconnu que cette approche était fructueuse mais ce n’est encore pas le cas pour tous les patients. Le cas d’Angelina Jolie est emblématique dans la mesure où les antécédents familiaux de cette star étaient avérés mais de là à soumettre toute une population à ce genre de recherche génétique serait abusif quoiqu’en pense Cuban. Quant à la multiplication des analyses sanguines, le médecin praticien se trouvera confronté à des faux positifs qui aggraveront les coûts de diagnostic. Ce n’est donc pas parce que les progrès technologiques dans le domaine de l’analyse médicale permettent d’entreprendre rapidement ces dosages que la santé de la population s’en trouvera améliorée. Que Cuban s’occupe de son club de basket et cesse d’utiliser sa notoriété pour susciter des angoisses inutiles chez ceux qui auront eu l’imprudence de suivre ses conseils, imprudence pour leur santé et pour leur porte-feuille.

Inspiré d’un article paru dans The Daily Beast. Autres liens :

http://www.forbes.com/sites/danmunro/2015/04/05/mark-cuban-ignites-digital-health-firestorm-on-twitter/

http://www.cancer.org/cancer/news/us-task-force-makes-recommendations-for-lung-cancer-screening

http://www.nytimes.com/2013/05/14/opinion/my-medical-choice.html

http://well.blogs.nytimes.com/2012/01/16/daily-aspirin-is-not-for-everyone-study-suggests/?_r=0

Trisomies et autres gènes : Entre tests de dépistage et tests de diagnostic il faudra choisir …

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Depuis la montée en puissance des machines d’analyse automatique d’ADN toutes les portes vers l’inconnu génétique se sont ouvertes, pour le pire mais aussi pour le meilleur. Par exemple il ne faut pas se leurrer car ces techniques d’analyse pourraient aboutir à une certaine forme d’eugénisme sophistiqué et basé non plus sur l’apparence, en d’autres termes le phénotype ou l’expression visible de nos gènes, mais sur le contenu génétique de chacun de nous. L’époque où le bel aryen blond aux yeux bleus était sélectionné pour établir un peuple pur est révolue. Les robots d’analyse de l’ADN répondent déjà, moyennant quelques milliers de dollars, à vos angoisses existentielles. Angelina Jolie a repoussé les limites du nombrilisme en se faisant enlever les deux glandes mammaires et maintenant les ovaires parce qu’elle dispose malencontreusement des deux allèles du gène BRCA1 prédisposant aux cancers du sein et des ovaires. Cette actrice fort belle par ailleurs incarne le nombrilisme, certes, mais aussi une forme d’eugénisme redoutable. Elle a ouvert une porte dangereuse et la publicité qui a entouré son choix de mutilation volontaire va certainement motiver des centaines de milliers de femmes dans le même sens, à savoir la recherche des éléments d’information génétique risqués. La boite de Pandore est donc ouverte pour le plus grand profit d’une société comme Illumina par ailleurs fabricant des robots de séquençage d’ADN et leader dans ce domaine.

C’était pour le pire des aspects de cette nouvelle technologie issue de la biologie moléculaire mais il y a aussi « le meilleur » si l’on peut dire les choses ainsi.

La détection prénatale de la trisomie 21 ou syndrome de Down (et des trisomies 13 et 18) constitue une préoccupation sociétale majeure. Il y a encore trente ans les femmes enceintes dites à risque, nullipares et ayant dépassé l’âge de 35 ans, n’étaient pas systématiquement soumises à la recherche de la trisomie car il s’agissait d’un protocole relativement lourd. L’intervention appelée amniocentèse consistait (et consiste toujours) à prélever un échantillon de liquide amniotique dans l’utérus et n’était pas anodine puisque cette opération conduisait pour une femme sur 600 à une fausse-couche. Il fallait ensuite cultiver les fibroblastes fœtaux recueillis tant bien que mal et établir un caryotype en faisant un cliché au microscope de cellules en cours de doublement (mitose). Il fallait ensuite faire un tirage photographique des chromosomes et les classer en découpant la photographie pour déterminer si tout était normal. Il fallait avoir un œil assez exercé pour effectuer ce genre de travail qui était monstrueusement coûteux mais la détection de la trisomie 21, comme des trisomies 13 et 18, beaucoup plus rares, en justifiait l’infrastructure généralement hospitalière occupant à plein temps plusieurs personnes. L’amniocentèse ne pouvait pas être pratiquée avant trois mois et demi de grossesse afin de ne pas endommager le placenta ou au pire le fœtus.

Avec le développement des techniques automatiques et rapides de séquençage de l’ADN ou de l’ARN, on s’est rendu rapidement compte que dans le sang maternel on retrouvait de l’ADN foetal qui pouvait être amplifié et séquencé. Il n’est donc pas difficile de comprendre les enjeux économiques d’une telle approche et les grands laboratoires pharmaceutiques se sont bien entendu précipité sur l’opportunité à saisir en particulier les laboratoires Roche qui expérimentent un test appelé Harmony déjà utilisé chez près de 16000 femmes enceintes présentant peu de risques de trisomie car toutes âgées de 30 ans au maximum. Le corps médical, toujours un peu réticent devant l’innovation, a conseillé aux femmes dont le test Harmony révélait une trisomie 21 de se soumettre à une amniocentèse de contrôle. Le test de Roche identifia tous les 38 cas confirmés par la suite alors que l’approche traditionnelle n’en avait révélé que 30. Pour bien comprendre ce dont il s’agit ces 16000 femmes faisaient partie à leur insu d’un essai clinique en phase 3 et avaient donc vu leur sang analysé et subi une amniocentèse. Neuf faux positifs ont été identifiés mais parmi ces 16000 femmes le test ne fut pas réalisable pour 600 d’entre elles en raison de la faible teneur en ADN foetal dans le sang maternel. S’il s’agit d’une étude supposée réalisée pour promouvoir le test Harmony de Roche et financée par ce dernier, d’autres start-up impliquées avant ce géant du diagnostic dans le dépistage des trisomies ne tolèreront pas cette attitude agressive de Roche auprès du corps médical. Car il y a de gros problèmes de protection industrielle entre la société Sequenom et Ariosa. Ariosa a été racheté par Roche mais le test mis au point par cette société, justement le test Harmony, contrefait un brevet déposé par Sequenom. La situation est douteuse dans la mesure où Sequenom a acquis les droits du brevet faisant l’objet de litiges auprès de la société Isis et ce brevet expire en 2017. Autant dire qu’il y a urgence à se positionner.

Encore une fois l’efficacité de ces tests varie selon les études, les faux positifs variant de 0,01 à 0,2 %, ce qui laisse une grande marge pour confirmer au final le test par une amniocentèse, business is business. Enfin, le corps médical ne peut pas se permettre de prendre des risques ni professionnels vis-à-vis de ses patientes ni juridiquement. S’agit-il de tests de dépistage ou de diagnostic ? La confusion n’a pas lieu d’être puisque la nuance n’apparaît plus, dans le cas de la détection des trisomies à l’aide des techniques modernes de la biologie moléculaire. Il s’agit en effet d’un dépistage rapide, précoce (moins de dix semaines après les dernières règles), non invasif et déjà remarquablement fiable. La biologie moléculaire devra rester un outil pour le corps médical qui a parfaitement raison d’évoluer lentement et prudemment, car cette technologie permettra beaucoup d’autres diagnostics (et dépistages rendus ainsi possibles) qui feront partie du quotidien dans quelques années.

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Source : Thomson Reuters et New England Journal of Medicine et pour les curieux en ce qui concerne les faux-positifs cet article en libre accès : http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1408408#t=articleTop

La propagande anti-vaccins s’organise !

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Louis Pasteur doit se retourner dans sa tombe tant la propagande anti-vaccins prend des proportions inquiétantes. Tous les moyens sont bons pour décrédibiliser une approche médicale qui a fait ses preuves depuis un siècle. C’est Yahoo News qui s’y met en répandant des rumeurs infondées, jugez par vous-même :

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Le site Medscape a décrit 128 cas d’effets secondaires sérieux sur 10 millions de vaccination protégeant contre l’HPV sans que l’on n’ait pu établir une relation causale avérée. La société Merck est carrément traitée de criminelle en bande organisée ! L’autisme est devenu le cheval de Troie de la campagne anti-vaccins. D’après NaturalNews la rumeur apparue en 2009 (Andrew Wakefield) sur le danger des vaccins provoquant une encéphalite cause d’autisme avait paraît-il été confirmée par des études sérieuses selon un gourou anglais enseignant la chiropractie pédiatrique à propos du vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et ceci en dépit des études périodiquement réalisées par Cochrane Library. Ces études n’ont jamais pu identifier de relation de cause à effet entre autisme et le ROR. Wakefield avait osé publier de fausses études dans le très respecté journal The Lancet en 1998. L’article en question fut retiré en … 2010 et un autre article paru dans le British Medical Journal en 2011 indiquait clairement que le papier de Wakefield était totalement frauduleux, en quelque sorte du Séralinisme médical, mais qui a eu des conséquences désastreuses et d’autant plus graves qu’il alimente toujours la rumeur et les campagnes anti-vaccins.

NaturalNews est le site web d’un dénommé Mike Adams consacré aux médecines alternatives et qui décrit périodiquement des théories de complots en tous genre. Pour situer le bonhomme, ses articles concernent par exemple les dangers du fluor ajouté dans l’eau potable du robinet, le danger du glutamate de sodium (j’en ai disserté dans un récent billet de ce blog), la toxicité des vaccins, et la létalité des plantes transgéniques. Sur les plantes génétiquement modifiées, il n’y va pas avec le dos d’une petite cuillère, je cite :

« Les collaborateurs de Monsanto ont accepté d’accélérer les crimes haineux commis contre l’humanité sous la fausse promesse que l’on peut nourrir le monde avec des OGMs toxiques. C’est un devoir moral et même une obligation pour tous, partout dans le monde, de s’activer à exterminer ces gens qui se sont engagé dans des crimes haineux contre l’humanité ». Adams compare le CEO de Monsanto à Hitler, rien que ça !

Pour mieux cerner la personnalité de cet individu dont le site web est consulté par des dizaines de millions d’internautes dans le monde entier, quand Angelina Jolie a décidé de se soumettre volontairement à une ablation des glandes mammaires en mai 2013 car elle est porteuse des deux allèles du gène BRCA1 provoquant à coup sûr un cancer du sein, Adams écrivit sur son site :

« Des millions de femmes sont porteuses du gène BRCA1 et n’ont jamais de cancer du sein parce qu’elles vivent sainement, ont une alimentation anti-cancer, pratiquent des exercices physiques, se protègent du soleil et évitent tous les produits chimiques cancérigènes ». Ce 11 août 2014, ce même site web préconisait un traitement homéopathique contre le virus Ebola. Le billet fut vite retiré en raison de sa monstruosité, mais fin août Adams insistait sur la véracité du traitement préventif contre le même virus avec des plantes.

Yahoo relayé par Google fait la promotion du site NaturalNews sur le net y compris en envoyant des e-mails à ses abonnés du genre :

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N’en jetez plus la coupe est pleine ! Des dizaines d’autres exemples de fausses rumeurs, d’affirmations mensongères et de conseils dangereux deviennent progressivement la vérité reprise par des médias totalement lobotomisés qui vantent les bienfaits de la naturothérapie, de l’homéopathie, de l’acupuncture et de bien d’autres pratiques obscurantistes. À force d’en parler et de le répéter des dizaines de millions de gogos finissent par y croire. C’est exactement le même processus pour le réchauffement climatique et la théorie de l’effet de serre : puisque 2500 « scientifiques » le disent, c’est donc vrai et finalement puisque le monde entier y croit, ce doit être incontestablement vrai … Finalement l’humanité est en pleine régression, c’est bien triste. D’ailleurs quand je vois une personne assise à la terrasse d’un McDo ou d’un Burger King manger son épouvantable merde dégoulinant de sauce à deux mains, ce spectacle me fait invariablement penser à un primate dans un zoo, n’est-ce pas là une preuve flagrante que l’humanité régresse ?

Source : Science-Based Medicine, 2 octobre 2014

De sérieux doutes pour un traitement définitif du cancer

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« Le cancer est aussi vieux que l’existence des organismes multicellulaires apparus sur la Terre et il ne sera jamais éradiqué ». C’est ce qu’a déclaré de manière lapidaire le Professeur Thomas Bosch de l’Université de Kiel en Allemagne. Autant dire que ce n’est pas rassurant du tout. Malgré les immenses progrès réalisés à l’aide des outils modernes de la génétique moléculaire qui ont permis d’identifier les gènes impliqués directement dans l’apparition de nombreux cancers et les avancées thérapeutiques conséquentes tant en chimiothérapie qu’en immunologie ciblée, il faut se rendre à l’évidence et c’est difficile à admettre, on n’arrivera probablement jamais à bout de cette maladie qui atteint des dizaines de millions de personnes dans le monde chaque année. Et quand ce sont des biologistes spécialisés depuis de nombreuses années dans la recherche sur le cancer qui font ce genre de déclarations il y a de bonnes raisons de les croire. Si on classe à part les tumeurs d’origine virale comme le cancer du col de l’utérus, la plupart des cancers sont liés à un dysfonctionnement d’un ou plusieurs gènes. On a tous encore en mémoire l’ablation volontaire des deux glandes mammaires d’Angelina Jolie (ci-dessus dans le film l’Echange) parce qu’elle est porteuse de mutations sur les gènes BRCA 1 et 2 afin d’éviter justement de souffrir de cancers du sein. La génétique moderne a en effet identifiée le rôle de ces gènes qui codent pour des protéines dites suppresseurs de tumeurs. Bien que ne se trouvant pas sur le chromosome X – les gènes BRCA 1 et 2 sont respectivement localisés sur les chromosomes 17 et 13 – ils participent à un mécanisme complexe qui inactive l’un des deux chromosomes X de la femelle et donc chez la femme dans le cas des humains. Tant pis pour les adeptes de la théorie du genre mais la femme et l’homme sont différents génétiquement, c’est comme ça.

Bref, toute cette entrée en matière pour dire que de nombreux cancers sont d’origine génétique et cette situation ne date pas d’aujourd’hui.

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L’équipe du Professeur Bosch a en effet découvert que les gènes impliqués chez l’homme dans l’apparition de cancers sont déjà présents dans des organismes multicellulaires primitifs comme l’hydre d’eau douce, un polype archaïque commun apparenté aux coraux bien connu des zoologistes. C’est un animal très ancien, bien que doté d’un système nerveux rudimentaire, dont le tissu est constitué de cellules épidermiques isolant les cellules internes qui ont une fonction digestive dans le corps tubulaire surmonté de tentacules munies de dards urticants pour attraper des proies. Le génome de l’hydre a été partiellement élucidé en 2010 (voir le lien, open access) et il a créé de nombreuses surprises. D’abord il code pour 20000 protéines différents ce qui n’est pas négligeable pour un organisme aussi simple. Bien que l’hydre soit très éloignée des vertébrés et a fortiori de l’homme, le fait que cette créature primitive (je me répète) soit capable de se multiplier par bourgeonnement et d’être donc quasiment immortelle, bien que pouvant également se reproduire de manière sexuée fait qu’elle possède aussi des cellules souches ne serait-ce que pour produire des gamètes lors de cette reproduction sexuée. L’équipe du Professeur Bosch a découvert que l’hydre développait aussi des tumeurs et les cellules de ces tumeurs sont toutes du type des cellules germinales précurseurs des gamètes femelles (les ovules) et qu’elles ressemblent étrangement aux cancers des ovaires chez la femme.

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Le fait que l’architecture de l’hydre soit très simple – deux couches de cellules – a permis de mettre facilement en évidence le caractère invasif de ces cellules cancéreuses comme c’est le cas pour de nombreuses cellules cancéreuses chez l’homme. Cette propriété invasive ainsi que l’apparition de la malignité sont donc le résultat d’une très ancienne évolution et c’est là tout l’intérêt des résultats de ces travaux car rechercher les causes des cancers dès l’origine de l’évolution animale permettra peut-être d’y voir plus clair sans que l’on puisse pour autant affirmer qu’on arrivera un jour à maîtriser ce mal. Il reste néanmoins que 44 gènes de l’hydre exprimés dans les tumeurs présentent des analogies avec les gènes exprimés dans les cellules malignes humaines.

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Le résultat illustré par la figure (tirée de l’article de Nature, voir le DOI) provient de l’analyse des principaux composants (PC) du transcriptome, c’est-à-dire des ARN messagers (transcripts) présents dans les cellules tumorales permettant ainsi d’identifier les gènes exprimés après leur séquençage à l’aide de machines automatiques. On aboutit ainsi à ce que l’on appelle une « signature » spécifique de la tumeur mais ce résultat apparemment simple a représenté tout de même l’analyse de 690540 séquences dont la contiguïté a été précisée pour 31473 d’entre elles. Il y a une divergence claire entre les transcripts de la tumeur et leurs homologues asexué (hydre normale) ou femelle car ils sont différents également de ces derniers y compris des femelles produisant des gamètes.

Ce travail montre ainsi clairement que les causes de cancer semblent universellement résider dans une dérégulation de l’expression des gènes au niveau des facteurs de transcription. Or quand on sait que le génome humain code pour 2500 facteurs de transcription différents (voir le lien sur ce blog), soit 5 % de l’ensemble de nos gènes transcrits et traduits, il est facile de comprendre que la lutte contre le cancer a encore de beaux jours devant elle …

Sources : Nature ( DOI: 10.1038/ncomms5222) et Christian-Albrechts-Universität zu Kiel press release

http://www.nature.com/nature/journal/v464/n7288/full/nature08830.mlLien sur ce blog : https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/03/28/un-genome-400-sortes-de-cellules-comment-ca-marche/

Thérapie génique et brevets

 

J’avais argumenté dans mon blog des agissements pour le moins contestables de la société Myriad de Salt Lake City dans un précédent article de ce présent blog qui avait tout simplement breveté deux gènes humains dont les mutations accroissaient les risques de cancers notamment du sein : https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/04/14/quand-nos-genes-sont-brevetes-sans-que-nous-le-sachions/ . C’était aller un peu trop loin et les plaintes de nombreux particuliers et organismes américains ont conduit la Cour Suprême Américaine à statuer :

 

USA/L’ADN humain ne peut pas être breveté (Cour suprême des Etats-Unis)

Washington (awp/afp) – L’ADN humain est un produit de la nature et ne peut pas être breveté, a tranché jeudi la Cour suprême des Etats-Unis, estimant que seul l’ADN complémentaire, c’est-à-dire synthétisé, pouvait l’être. Une société de biotechnologies avait revendiqué la propriété de deux gènes liés aux cancers de l’ovaire et du sein. Il s’agit en particulier du gène défectueux identifié chez Angelina Jolie, à cause duquel elle a subi une ablation des seins pour prévenir un risque très élevé de cancer. La haute Cour a ainsi tranché dans une intense bataille juridique contre Myriad, une société de biotechnologies qui a déposé neuf brevets pour ces deux gènes qu’elle a isolés dans les années 90 et dont les mutations héréditaires accroissent fortement le risque de développer le cancer du sein ou de l’ovaire. Dans cette décision très attendue pour la recherche génétique, la plus haute juridiction du pays a jugé que « l’ADN produite naturellement est un produit de la nature et n’est pas éligible pour un brevet, simplement parce qu’il a été isolé ». Myriad a « découvert un gène important et nécessaire mais les découvertes aussi révolutionnaires, innovantes et brillantes soient-elles, ne s’appliquent pas en soi » à la loi sur les brevets. En vertu de ce texte, « les lois de la nature, les phénomènes naturels et les idées abstraites sont des outils fondamentaux du travail scientifique et technologique qui n’entrent pas dans le domaine de la protection des brevets ». Mais la haute Cour a permis à certains brevets de Myriad de survivre, ceux sur l’ADN complémentaire, c’est-à-dire copié de l’ADN d’une cellule et artificiellement synthétisé. Elle a jugé que « l’ADN complémentaire peut être breveté car il n’est pas produit naturellement ». Dans ce cas, « le technicien de laboratoire crée sans nul doute quelque chose de nouveau », a écrit le juge Clarence Thomas, dans l’arrêt de la Cour pris à l’unanimité des neuf juges.

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(AWP / 13.06.2013 17h27)

Cette sage décision de la Cour Suprême des USA met donc un terme à une polémique qui n’avait pas lieu d’être. Maintenant, le fait de breveter un gène synthétisé en laboratoire en vue de diagnostics est une autre facette du même débat qui ne devrait pas concerner que l’humain mais également tous les organismes vivants quels qu’ils soient. Cependant, la biologie moléculaire d’aujourd’hui permet d’élucider la totalité du génome de n’importe quelle plante, bactérie ou mammifère en quelques jours. Les données scientifiques ainsi recueillies sont dans le domaine public via le NIH et n’importe quelle séquence spécifique d’ADN peut être reproduite soit à l’aide de machines, soit par génie génétique. Le gène de la toxine du Bacillus thuringiensis utilisé par Monsanto n’est pas en lui-même breveté, la construction ayant permis de l’incorporer comme entité génétique fonctionnelle dans le maïs, le coton ou le soja pour rendre ces cultures résistantes aux ravageurs fait au contraire  l’objet de brevets. De même que les thérapies géniques de plus en plus utilisées dans le cas de certaines maladies dites orphelines elles-mêmes résultant de mutations au niveau de gènes bien identifiés utilisent des copies de gènes le plus souvent intégrés dans un virus, le plus communément utilisé étant un adénovirus qui sert donc de vecteur, et la technologie (le traitement thérapeutique) fait naturellement l’objet d’un brevet. Il s’agit d’une construction intégrant le gène palliant le défaut dans l’ADN du virus qui a tendance à s’intégrer à l’ADN cellulaire et ainsi exprimer la protéine déficiente. Entre parenthèses, un tel traitement par thérapie génique transforme stricto sensu le malade en OGM ! Mais cette fois-ci on peut espérer qu’il n’y aura pas d’imbéciles animés par une idéologie obscurantiste gauchisante pour manifester devant le Ministère de la Santé afin obtenir l’interdiction des thérapies géniques qui peuvent sauver des vies ou au moins améliorer le quotidien des malades. En effet, le traitement de la déficience en lipoprotéine lipase (pancréatite chronique incurable) avec le gène authentique (copié) intégré dans un adénovirus peu immunogène par lui-même a été autorisé par l’instance européenne de la santé (EMA pour European Medicines Agency) et la FDA américaine. On se trouve donc au cœur du problème soulevé par la biologie moléculaire contemporaine et la décision de la Cour Suprême Américaine a donc pris une sage décision. Mais au fait, si on avait injecté avec un adénovirus les gènes authentiques BRCA 1 et 2 à Angelina Jolie, peut-être n’aurait-elle pas eu besoin de se faire enlever les nichons …