Produire plus de viande et de lait en polluant moins !

Entre 1944 et 2007, l’élevage bovin (aux USA) a tellement progressé grâce à l’apport des biotechnologies qu’avec 5 fois moins de vaches laitières, 10 fois moins de pâturages et 35 % d’eau en moins on produit autant de lait. C’est incroyable mais vrai ! Pour la viande les progrès n’ont pas été aussi spectaculaires mais tout de même. Entre 1977 et 2007, l’avènement des biotechnologies dans l’élevage a permis de produire autant de viande avec 30 % de têtes de bétail en moins, 22 % d’eau en moins et un tiers de terres cultivées ou en pâture en moins. Dans le même temps l’empreinte carbone de l’élevage a été réduite de 16 %. Comment en est-on arrivé à de tels résultats ? C’est une combinaison de l’optimisation des récoltes, de la génétique du bétail qui a été améliorée par croisements judicieux, la nourriture scientifiquement ajustée et enfin les biotechnologies. L’une des conséquences directes sur l’environnement est naturellement une diminution significative des émissions de méthane (pétulance du bétail), d’ammoniac, d’oxydes d’azote au cours de la dénitrification du fumier, etc… Les biotechnologies ont enfin réduit le temps de vie du bétail à viande entre la naissance et l’abattoir.

Première biotechnologie, l’usage de ionophores comme la monensine permet de réguler la digestion et d’améliorer la qualité du rumen, l’équipement bactérien complexe des ruminants en éliminant certains parasites et en évitant une trop importante production de gaz au cours de la digestion en particulier le propionate et l’acétone. Que ces choses-là sont dites avec pudeur puisque l’ionophore monensine est en réalité un antibactérien également efficace contre divers parasites indésirables et est classé parmi les antibiotiques. Cette substance produite par un Streptomyces est autorisé en Europe pour réduire la production de gaz dans le rumen, un point c’est tout.

La deuxième biotechnologie utilisée dans l’élevage est la trenbolone, un puissant anabolisant stéroïdien que certains sportifs indélicats utilisent aussi dans le but d’accroître leur masse musculaire qu’ils se procurent auprès de vétérinaires complaisants quand ces derniers en ont dans leur placard à médicaments. La trenbolone est administrée sous forme d’implants dans l’oreille de l’animal. Une étiquette de plus sur l’oreille ne change pas grand chose à l’esthétique de la bête. La masse musculaire est ainsi très significativement augmentée. Pour en rajouter une couche, un mois et demi avant l’abattoir, la destination finale du bovin à viande, on le shoote avec des agonistes beta-adrénergiques, littéralement l’inverse des beta-bloquants utilisés par les hypertendus. Le plus courant des agonistes est le salbutamol, qu’on retrouve dans la Ventoline, un anti-asthmatique bien connu aussi. L’effet de ce produit est de faire fondre les graisses pour rendre la viande, en quelques semaines seulement, plus rouge et plus ferme, l’inverse de ce que les éleveurs japonais de Kobé recherchent car dans ce dernier cas la viande est persillée et fondante.

Pour les vaches laitières, les biotechnologies ont aussi amélioré, pas très spectaculairement mais tout de même assez pour que ce soit profitable, la production de lait d’environ 15 % sur une période de 300 jours. Dans ce cas, on injecte à la vache de la somatotropine recombinante désignée par l’acronyme rBST mais aussi très connue sous le nom de Posilac, marque déposée de … Monsanto, vous avez bien lu, la même société que celle du maïs ou du coton Bt ou encore du RoundUp. C’est tout simplement l’hormone de croissance produite par génie génétique avec des bactéries (E. coli) exactement comme l’hormone de croissance humaine injectable pour traiter les cas de nanisme hypophysaire. Les Américains se dédouanent en prétendant qu’au moins 20 autres pays dans le monde ont autorisé la rBST dans les fermes laitières, mais quels pays, mystère…

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Ce qui paraît presque comique dans cette histoire est que l’Europe est en pleine négociation avec les USA pour établir une sorte de zone de libre échange. Le gouvernement français a immédiatement réagi pour défendre « l’exception culturelle française », un truc que je n’ai pas encore compris parce qu’aucun journaliste ou politicien n’a su formuler une définition claire de ce qu’est cette exception. Mais pour le lait et le beurre (et les camemberts) de Normandie et les belles entrecôtes du Charolais, d' »exception agricole » niet, rien, nada … Est-ce que l’Europe va accepter l’importation de ces saloperies américaines ?

Affaire à suivre.

Source : Animal Frontier , crédit photo Wikipedia

(http://www.animalfrontiers.org/content/3/3/36.full#ref-8

Farine animale pour les poissons : attention danger !

En dehors de l’aspect financier évident, la réintroduction des farines animales dans la nourriture des poissons d’élevage, des carnassiers pour la plupart, ne peut pas présenter de dangers puisque ces farines proviennent d’animaux d’élevage, intensif ou non, je pense aux poulets, en tant que telle, mais les législateurs de Bruxelles semblent avoir oublié un aspect capital, la présence d’antibiotiques et de bien d’autres substances dans les carcasses transformées en granulés. L’affaire des viandes de bœuf frelatées ne constituait un danger que dans le cas où la viande de cheval aurait été lourdement contaminée avec de la phényl butazone. Mais dans le cas de la nourriture pour poissons, le problème est d’une toute autre ampleur puisque cette procédure introduit inévitablement des antibiotiques dans la nourriture que les poissons accumuleront dans leurs tissus. Le législateur répondra à cet argument en mettant en avant le fait que nous mangeons chaque jour des mets contaminés avec des antibiotiques et d’autres stéroïdes anabolisants même si leur usage est durement contrôlé voire interdit. Les bonnes intentions sont souvent perverses puisque la décision a été prise pour freiner le pillage systématique des océans pour nourrir des poissons d’élevage alors que rien, en théorie, ne s’oppose à cette pratique d’alimentation avec des résidus animaux qui existe depuis longtemps. Peut-être allons-nous assister à un autre scandale, plus insidieux, quand nous nous rendrons compte que les poissons d’élevage sont impropres à la consommation pour la raison que j’évoquais plus haut. Puisque le remplacement même partiel de la farine de poisson par des tourteaux végétaux est catastrophique pour l’équilibre alimentaire (voir : https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/01/03/la-malbouffe-des-saumons-delevage-se-repercute-sur-la-sante/), cette pratique nouvellement autorisée pourrait être encore plus dommageable pour la santé humaine.

A suivre …