L’Europe s’en est allée : Adresse d’Emmanuel Todd à l’Allemagne

Copié-collé de la traduction d’un entretien publié par le Spiegel le 4 août dernier trouvé sur le blog de Xipetotec (site Mediapart)

SPIEGEL : Monsieur Todd, en 1976, vous avez prédit la fin de la domination soviétique dans votre livre La chute finale basé sur des analyses démographiques et sociales. Le pronostic audacieux de l’époque vous a fait connaître internationalement d’un seul coup. Croyez-vous à la dissolution de l’Union européenne aujourd’hui ?

Todd : L’Europe est dans un état lamentable : déchirée, divisée, malheureuse. Ses élites dirigeantes sont prises dans un sentiment d’impuissance. Ce que nous vivons maintenant me rend très triste. Mais ça ne me surprend pas du tout. C’était prévisible. De plus, c’était inévitable.

SPIEGEL : Pourquoi ? Après la guerre froide et la division de l’Europe, l’Union européenne, qui ne cesse de s’étendre et de devenir plus attrayante, a semblé grandir dans l’unité pendant longtemps, jusqu’à devenir une union politique à part entière.

Todd : J’adopte une vision anthropologique de l’histoire. Institutionnaliser un certain degré de coopération entre les nations européennes était un objectif à la fois ambitieux et raisonnable. Mais en tant que spécialiste des structures familiales et donc des systèmes moraux, des modes de vie, je ne me suis jamais abandonné à l’idée romantique selon laquelle les Européens seraient tous culturellement équivalents et que l’Europe pourrait devenir une zone homogène. L’UE devient victime de sa propre sacralisation et se surestime excessivement.

SPIEGEL : Où et quand détectez-vous la rupture ?

Todd : En fait, depuis 1992, lorsque le projet d’union monétaire a pris forme et que l’idée d’unifier finalement le continent par le biais de la monnaie est apparue. Je me suis dit que l’Europe était mal partie. Car dès lors, la métaphysique européenne s’opposait à la réalité du monde.

SPIEGEL : Dès le début, il y a eu peu d’objections à l’euro. Il s’agissait principalement de technocrates et d’économistes.

Todd : Je pense qu’ils visaient au-delà de l’essence – même s’ils n’avaient pas tort. Contrairement aux hypothèses marxistes, le cours de l’histoire ne peut être réduit au développement économique. Certains changements cruciaux se produisent dans des couches plus profondes de la vie sociale. L’Europe risque de se désintégrer à nouveau dans ses différentes parties parce que la politique et l’économie politique, en tant qu’idéologie dominante, n’a pas voulu tenir compte de la diversité du continent. Ils ont dit aux Français d’être comme les Allemands. Mais ils ne le peuvent pas, même s’ils le veulent. Les Allemands se sont vu refuser le droit d’être Allemands. On a nié que l’Allemagne travaille plus efficacement que la France et qu’elle est capable d’efforts collectifs considérables. Il a été immédiatement nié que beaucoup moins d’enfants naissent en Allemagne. De telles particularités et des particularités similaires peuvent être trouvées dans tous les pays à des fins pratiques. L’idéologie européenne a prévalu sur l’empirisme. L’UE s’est engagée dans une impasse de déni de la réalité.

SPIEGEL : A Paris comme à Berlin sont lancés des Mantra contre la crise : plus d’Europe, plus de communautarisation, plus de courage pour aller de l’avant. Que suggérez-vous ?

Todd : Il n’est pas possible de comprendre le malaise sur le continent européen si nous restons piégés dans les deux principes les plus importants qui se trouvaient au début du processus de construction européenne : la croyance en la primauté de l’économie prétendument dominante et l’hypothèse d’un développement commun des nations vers une société de consommation unifiée. Dans un monde où l’économie aurait été le moteur de l’histoire et où les pays auraient adapté leurs performances économiques du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est du continent, le projet aurait été un succès. Mais notre monde est différent.

SPIEGEL : Elle a également été couronnée de succès pendant des décennies, l’harmonisation des conditions de vie a progressé. Pourquoi l’adaptation politique et culturelle n’a-t-elle pas suivi ?

Todd : La théorie de la convergence a fonctionné aussi longtemps que l’Europe de l’Ouest a d’abord comblé le fossé économique avec les États-Unis, puis espéré intégrer l’Europe de l’Est. Entre-temps, la tendance s’est inversée. La marche vers l’inégalité se poursuit, sous l’impulsion de la doctrine du libre-échange et de la mondialisation. Le libre-échange ne crée pas automatiquement plus de prospérité pour tous, mais oblige les pays industrialisés à une concurrence acharnée, ce qui mène finalement à une guerre économique et commerciale, comme nous devons maintenant en faire l’expérience. En Europe, l’union monétaire exacerbe une fois de plus de façon dramatique les effets du libre-échange : tout le monde doit participer à la même course, mais avec des handicaps différents.

SPIEGEL : Pour l’Allemagne, la poursuite de l’existence de l’Union européenne est devenue depuis longtemps une raison d’État. Aucun homme politique allemand ne veut qu’on dise qu’il est un trouble-fête européen.

Todd : Je ne le nie pas. On m’a souvent accusé d’être Antiallemand. Je ne le suis pas. Au contraire, j’admire beaucoup l’Allemagne. Mais ce dont nous avons besoin en Europe, c’est d’une Allemagne lucide et consciente de son rôle. L’Allemagne n’est pas la seule responsable de la transformation kafkaïenne de l’UE. Mais sa propre pesanteur est ici un facteur important, car l’Allemagne est orientée vers des valeurs universelles qu’elle nie en même temps et qui, par conséquent, déploient leurs effets sans scrupule et sans inhibition.

SPIEGEL : Comment ? Nous avons plutôt l’impression que l’Allemagne doit être incitée à assumer ses responsabilités.

Todd : Je suis français, mais contrairement à mes concitoyens, en tant que scientifique, je ne suis pas guidé par le postulat d’un homme universel abstrait qui est l’héritage de la Révolution française. L’homme est universel, mais il vit dans des systèmes familiaux, sociaux et religieux différents qui déterminent son existence concrète. Chaque système, chaque culture représente une solution possible à l’insécurité de l’existence humaine, et chacun a des avantages et des inconvénients. L’économie doit être comprise comme une superstructure consciente, mais sa conception dépend de processus inconscients et subconscients. L’abstraction universaliste a eu des conséquences désastreuses pour l’Europe. L’Allemagne est obligée de s’identifier à un Occident abstrait qui défend le dogme de l’individualisme et croit en des lois et des recettes économiques universellement valables.

SPIEGEL : Avec tout le respect que je vous dois, n’est-ce pas vous qui fuyez dans la métaphysique ou, pire encore, dans la mystique nationale ? Vous cherchez un être allemand ou l’âme allemande qui isole le pays du reste de l’Europe et du monde ?

Todd : Le dogmatisme, la démesure et l’hybris sont très allemands, du moins du point de vue des autres. C’est précisément ce que l’Europe a connu à nouveau pendant la crise migratoire et le comportement aventureux de Mme Merkel. L’augmentation soudaine de l’importance de l’Allemagne en Europe et dans le monde, qui n’était pas le résultat d’un projet conscient, mais plutôt la conséquence inévitable de la réunification et de l’efficacité économique, a mis en avant un pays qui ne se considérait plus comme le chef de file de l’Union européenne. L’Allemagne a été aveuglée simultanément par deux idées abstraites : l’universalisme économique américain et l’universalisme politique français. Mais tout ce qu’elle a pu proposer à ses partenaires européens dans la crise financière, ce sont ses propres mesures économiques, qui incarnent un ordre social autoritaire et inégalitaire avec une forte intégration de l’individu.

SPIEGEL : Ce qui n’est pas forcément une erreur.

Todd : Mais elles ne peuvent pas être appliquées dogmatiquement. En Italie et en Grèce l' »économie sociale de marché à l’allemande » n’a aucun sens. En France, le terme « ordolibéralisme » est associé à une politique économique allemande répressive et est maintenant aussi négatif que le mot « ultra », ou encore « néolibéralisme. » Tenter d’imposer sur les autres fondements anthropologiques de ces pays un concept économique abouti en Allemagne ne peut qu’accroître les différences entre les nations.

SPIEGEL : Vous n’avez certainement pas oublié que l’union monétaire n’était pas le résultat d’une perfide ruse de guerre allemande.

Todd : C’est absolument clair, c’était une tentative totalement inadaptée des socialistes français sous le président François Mitterrand de construire un rempart contre la domination économique des Allemands. Il aurait été préférable pour tout le monde que l’Allemagne ait envisagé une perspective raisonnable pour les différentes nations sous une forme modérée et assumé un rôle de leadership flexible qui aurait pris en compte les différences anthropologiques et culturelles sur le continent. Établir la même norme juridique et économique pour tous, d’un point de vue moral, c’est certes impeccable, mais en pratique cela conduit à un cauchemar pour tous.

SPIEGEL : Personne ne veut niveler l’Europe, surtout pas la Chancelière. Sa rhétorique politique n’évoque pas seulement l’unité, mais aussi la diversité de l’Europe. Et le fait que les sociétés sont différentes dans leurs valeurs et leurs formes organisationnelles est un truisme. Pourquoi sommes-nous néanmoins confrontés à une spirale d’aliénation et de ressentiment croissants ?

Todd : Parce que l’universalisme du taux de profit exige que la diversité anthropologique du monde soit ignorée. L’économisme exige une vision uniforme des sociétés. Mais lorsque ces sociétés sont mises en concurrence les unes avec les autres, contraintes de s’adapter et menacées de désintégration, elles finissent par se replier sur elles-mêmes d’une manière ou d’une autre.

SPIEGEL : La mondialisation comme moyen de lutte contre le nationalisme précède un virage dialectique ?

Todd : Le stress économique en Europe signifie que les Italiens deviennent plus italiens, les Anglais plus anglais, les Français plus français et les Allemands plus allemands. Ils se souviennent naturellement de leurs valeurs et particularités originales. Trop avancé, le libre-échange favorise la xénophobie universelle, le libéralisme sans barrières et le particularisme national. Le retrait dans les frontières, combiné à un effondrement soudain, est présenté à l’Europe et au monde d’une manière effrayante par l’image du président américain Donald Trump.

SPIEGEL : Une idée aussi diffuse que la nature nationale d’un peuple ne peut être comprise scientifiquement. Quelles structures profondes et objectivement vérifiables maintiennent les différences entre les nations en Europe, même si tout le monde s’efforce de mener une bonne vie dans la prospérité ?

Todd : Bien sûr, l’identité nationale ne doit pas être réduite à son caractère populaire. Mais depuis l’âge de pierre, différents systèmes familiaux se sont développés et se sont répandus à travers l’histoire de l’humanité, qui, à ce jour, ont une influence profonde sur les mentalités, les valeurs, la morale, les coutumes et donc le comportement. Ils sont beaucoup plus anciens que les religions qui interagissent avec eux d’une manière complexe, parce que chaque religion a quelque chose à dire sur la sexualité, la reproduction, la relation de l’homme et de la femme. Dans un sens, la famille et la religion forment l’inconnu des sociétés, tandis que l’économie et la politique ont lieu à la surface de l’histoire, dans le domaine de la conscience. La nation n’est que la forme actuelle tardive de l’intégration humaine dans un groupe sans lequel la vie de l’Homo sapiens depuis la nuit des temps, depuis les chasseurs et les cueilleurs itinérants, est inconcevable.

SPIEGEL : Les systèmes familiaux modernes ne sont-ils pas partout les mêmes, l’influence de la religion n’est-elle pas en déclin partout en Europe ?

Todd : Certes, mais sans que les politiciens en soient conscients, les structures familiales – selon le pays – libéral ou autoritaire, individualiste ou social, égalitaire ou inégalitaire – engendrent à leur tour des valeurs politiques, des idéologies, des succès éducatifs et du dynamisme économique. Je ne sous-estime pas l’économie, il y a une logique de marché. Mais nous ne devons pas oublier que l’être humain n’agit pas dans le vide, mais qu’il est doté de capacités et poursuit des objectifs fixés par la famille, la religion et l’éducation. Dans ses profondeurs, la vie sociale va au-delà de la simple intégration dans un système économique. L’appartenance nationale est une constante structurelle dont nous devons rester conscients du mode d’action au lieu de fantasmer sur sa disparition possible, ce rêve ultime des élites de la globalisation.

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En rouge, famille souche ; en bleu, famille nucléaire et égalitaire, mais nucléaire absolue en Angleterre ; en rose, famille communautaire.

(notez que la carte n’inclut pas l’Est de l’Ukraine, qui est communautaire)


SPIEGEL : Dans la révolte populiste, le national revient de l’inconscient avec un pouvoir perturbateur ?

Todd : Nous avons peur parce que l’économie politique réalise le tour de force de répandre une fausse conscience qui ignore ou déclare obsolète les couches profondes de la vie sociale. La première priorité est déclarée secondaire, la cause et l’effet sont inversés. Je prétends que cette fausse conscience est la plus prononcée en Allemagne, parce que depuis la monstruosité du national-socialisme, elle a peur de ses idiosyncrasies. Mais elle ne peut pas se changer. La montée de l’Alternative pour l’Allemagne [parti AfD] me semble également être l’aboutissement d’un long processus de répression et de déni continu de la réalité et d’oubli de l’histoire par les élites.

SPIEGEL : Il y a de bonnes raisons de se méfier des orientations allemandes particulières. Quelle est la prétendue particularité anthropologique ou même l’altérité de l’Allemagne ?

Todd : L’Allemagne est spéciale, mais en aucun cas unique. Il est important que le monde germanophone ne soit historiquement pas plus le territoire de la famille d’origine que celui de la famille nucléaire, celui des Etats-Unis, de l’Angleterre et de certaines parties de la France. La famille nucléaire pure se compose d’un couple marié et de leurs enfants, qui quittent la maison de leurs parents à l’âge adulte et établissent à leur tour des ménages indépendants par leur mariage. Ce type de famille, qui couvre tous les pays anglo-américains et domine le Bassin parisien en France, est essentiellement libéral, individualiste, féministe et égalitaire. La famille souche préfère le fils, généralement le fils aîné, qui hérite de la plupart des biens familiaux. Ce type peut être attribué au Japon, à la Corée, à l’Allemagne, à la Catalogne, mais aussi au sud-ouest de la France. Cela vous interroge-t-il ?

SPIEGEL : Pensez-vous que les sociétés familiales souche posent un problème dans les temps modernes ? Peut-on en déduire des valeurs telles que la liberté et l’égalité en termes de hiérarchie et d’inégalité ? Le point commun des générations sous un même toit et l’inégalité de traitement dans le droit successoral ne se retrouvent plus guère dans les sociétés urbaines modernes.

Todd : Des valeurs telles que l’autorité, la hiérarchie, l’inégalité, la discipline, la classification de l’individu dans le groupe familial ont étrangement survécu au déclin des grands ménages ruraux, où elles étaient clairement reconnaissables. Tout comme en Europe, après la disparition des pratiques religieuses, un zombie-catholicisme et un zombie-protestantisme survivent encore. En tout état de cause, deux phénomènes peuvent être observés au début du troisième millénaire : les nations dans lesquelles la famille était autrefois souche se caractérisent par un dynamisme économique et technologique constant, tandis que d’autre part elles vivent une crise démographique profonde conduisant au vieillissement de la société et à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée.

SPIEGEL : Depuis les Lumières, l’image de soi de l’Occident est basée sur l’idée d’un individu autonome qui décide et agit librement sans contraintes extérieures. Voulez-vous sérieusement attribuer les crises actuelles au contraste entre une entreprise familiale sur la base de la famille souche et celle des zones aux structures familiales égalitaires ?

Todd : L’identification culturelle et philosophique à l’idéal de liberté est elle-même déterminée. La continuation subliminale des valeurs de la tribu et de la famille nucléaire menace de briser l’unité du « monde occidental ». Après 1945, elle avait émergé davantage de la victoire militaire des Etats-Unis que de toute convergence culturelle. Le fait que, dans de nombreux pays européens, les valeurs d’autorité et d’inégalité reviennent, donne au continent un visage nouveau et en même temps ancien. La démocratie libérale est sur le point de se transformer en un concept creux, dépourvu de ses valeurs fondamentales qui étaient la souveraineté populaire, l’égalité des peuples et leur droit au bonheur. Sans l’hypothèse d’un retour de l’anthropologiquement réprimé, de l’inconscient familial, cette transformation et la montée de la « démocratie illibérale » ne peut être comprise. L’autoritarisme d’origine familiale, souvent renforcé par l’héritage religieux, domine les sociétés européennes locales et ramène la carte politico-idéologique à celle de l’Entre-deux-guerres.

SPIEGEL : L’Allemagne a relativement bien résisté pendant longtemps à la tournure antilibérale des démocraties. Pourquoi s’est-elle développée de plus en plus en Europe contre sa volonté, pour devenir un modèle ?

Todd : La culture autoritaire et collective en Allemagne a permis le gel des salaires et une politique de désinflation compétitive, pour assurer la compétitivité des entreprises, qui est essentiellement nationaliste dans son orientation. Là encore, je constate que toute activité économique a un fondement anthropologique. Le développement d’un énorme excédent commercial dans un pays où le taux de natalité des citoyens est de 1,46 n’est pas en train de façonner un avenir raisonnable ! Les politiciens allemands passent beaucoup de temps à négocier des détails mineurs, mais ils ont du mal à trouver une ligne commune, un projet commun. Vous pouvez penser ce que vous voulez de Donald Trump, il a raison sur un point : il a identifié la Chine et l’Allemagne comme des ennemis dans la guerre économique mondiale.

SPIEGEL : Alors l’Allemagne n’a qu’un seul bon et fiable ami à nos côtés – La France ?

Todd : Trump a créé les conditions pour un saut de l’Europe vers l’inconnu. Le fait que les États-Unis se détournent de l’Europe, l’hostilité ouverte de Trump à l’égard de l’UE, peut inciter l’Allemagne et la France à se sentir pleinement justifiés en tant que dirigeants d’une Europe émancipée, avec tous les risques qu’une telle attitude comporterait. Le danger de l’orgueil, combiné à la peur de la liberté, nous ferait revenir pleinement à l’histoire allemande et européenne.

SPIEGEL : (Pour l’instant, on dirait plutôt qu’Emmanuel Macron voudrait emmener Angela Merkel à la chasse).

Todd : Pour moi, Macron est issu d’une élite française petite-bourgeoise qui agit de manière particulièrement irresponsable parce qu’elle n’a plus de réel pouvoir de décision en matière économique et géopolitique et compense son impuissance dans la pratique par l’intransigeance théorique.

SPIEGEL : Par exemple ?

Todd : L’attitude rigide de la France à l’égard du Brexit pourrait mettre l’Allemagne en conflit avec la Grande-Bretagne. Il incomberait à la chancelière de permettre aux Britanniques de quitter l’UE en douceur. La position tout aussi intransigeante de la France dans le différend douanier et commercial de l’UE avec les États-Unis pourrait nuire gravement à l’ensemble de l’Europe, et en particulier à l’Allemagne. En tant que plus grand pays exportateur, l’Allemagne a beaucoup plus à perdre que la France.

SPIEGEL : vous appelez maintenant l’Allemagne à se méfier de la France ?

Todd : Le rationalisme français, l’obsession française de l’uniformité administrative qui domine également la Commission de Bruxelles, empêche une réflexion raisonnable sur des solutions pragmatiques à la crise européenne. Il serait urgent de mettre en place un leadership européen souple et flexible qui tiendrait mieux compte des réalités de nos diverses sociétés.

SPIEGEL : Êtes-vous en train de dire que ce serait une erreur de supposer qu’avec la France comme partenaire, l’Allemagne est du bon côté de l’histoire ?


Todd : En tout cas, les Allemands se trompent s’ils pensent que la France représente la démocratie libérale. Ce n’est pas le cas. En France, les partis politiques, sans lesquels il n’y a pas de choix entre des alternatives, sont implosés. La bureaucratie et la fonction publique sont devenues indépendantes. C’est dans cet esprit que Macron agit. Il fait entrer la France dans une nouvelle phase autoritaire de son histoire et suit le style monarchique de Louis XIV ou le style bonapartiste des deux Napoléons. Dans sa forme actuelle, la France est un mauvais exemple pour l’Allemagne, un exemple beaucoup plus dangereux que Viktor Orbán en Hongrie, parce que la France se présente dans la splendeur historique d’une nation qui aurait apporté une contribution décisive à l’invention de la démocratie libérale. C’est un canular intellectuel. Le bon partenaire critique, démocratique et libéral pour l’Allemagne serait la Grande-Bretagne, même et surtout après le Brexit. La France et Macron, qui est actuellement le seul et le plus loyal allié de l’Allemagne, pourrait s’avérer être son esprit maléfique en fin de compte. Ne dites pas que je ne vous aurai pas prévenu.

SPIEGEL : Monsieur Todd, nous tenons à vous remercier.


L’Europe va plonger avant la fin de cette année dans une crise économique majeure

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Alors que l’Iran a déposé un recours auprès de la Cour de Justice Internationale (organisme dépendant des Nations-Unies) pour obtenir la suspension des sanctions US contre ses exportations de pétrole, l’Union Européenne se prépare au choc économique qu’elle devra subir lorsque les sanctions américaines seront entièrement appliquées le 4 novembre prochain. Les intentions américaines sont claires : réduire à zéro les exportations de pétrole iraniennes et mettre à genoux l’économie et la finance iraniennes. La conséquence sera une augmentation du prix du pétrole et les décisions de la Maison-Blanche affecteront les économies de bien d’autres pays. Les pays de l’Union Européenne encaisseront le choc ou bien se battront-elles contre les USA ?

L’Iran est le troisième plus important producteur de pétrole de l’OPEP après l’Arabie Saoudite et l’Irak avec une production quotidienne de 4 millions de barils. En ce moment de vastes régions du monde, Amérique du Nord, Europe et Asie du Sud-Est entrevoient une embellie économique qui a eu pour conséquence une augmentation de consommation de pétrole de 1,5 millions de barils par jour depuis 2017, augmentation qui a eu pour effet une augmentation du prix du pétrole. Comme l’Iran l’a déjà signalé, s’il est contraint de réduire ses exportations à zéro (l’objectif de la Maison-Blanche) l’OPEP ne pourra pas faire face à la demande des pays importateurs. La conséquence sera une tension sur les prix qui aura pour effet d’entraver la croissance économique de tous les pays importateurs. Les USA doivent donc s’assurer, avant de mettre en place leur embargo sur le pétrole iranien, que le marché mondial du pétrole soit approvisionné. Mais à la vue de la demande actuelle en pétrole cet objectif n’est qu’un voeu pieux car les exportations du Vénézuela s’effondrent et l’OPEP a conclu un accord avec la Russie pour réduire de 1,8 millions de barils par jour la production par rapport à celle de 2017.

Les firmes pétrolières occidentales cessent déjà leurs opérations en Iran et les sanctions américaines atteignent les pays alliés des USA en particulier l’Union Européenne. Le bloc européen est dépendant des importations de pétrole à hauteur de 98 % et avec un euro qui commence à se déprécier par rapport au dollar, une augmentation du prix du pétrole ne pourra qu’aggraver la situation économique de l’Europe. Un pétrole plus coûteux va tout de suite compliquer la situation de l’économie allemande, fer de lance de l’ensemble de l’économie européenne. La politique exportatrice de l’Allemagne est en effet très sensible aux chocs économiques extérieurs. Les commandes de produits manufacturés allemands ont déjà considérablement réduit et selon des enquêtes récentes réalisées auprès des entreprises allemandes celles-ci indiquent qu’une augmentation du prix du pétrole sera gravement dommageable pour l’ensemble du tissu industriel allemand.

Si l’Europe doit craindre un effet négatif des sanctions contre l’Iran, la législation extra-territoriale américaine doit être également redoutée par les entreprises européennes : en se retirant du marché iranien elles vont de facto perdre des dizaines de milliards de dollars en raison des accords d’investissements sur le long terme ayant été conclus depuis la mise en place du traité qui a été dénoncé par les USA. Le cas de Total est emblématique. Cette société a signé un accord pluriannuel de 5 milliards de dollars avec l’Iran pour l’exploitation de l’immense gisement gazier de South Pars. Aujourd’hui Total se bat pour désinvestir en Iran avant la date du 4 novembre 2018. Dans cette perspective Total et Shell viennent de cesser toute importation de pétrole iranien. Les autres raffineurs européens ont également sensiblement réduit leurs achats de pétrole iranien alors que les gouvernement des pays européens tentent d’imaginer un statut de blocage des sanctions américaines pour protéger les entreprises européennes actives sur le sol iranien. Jean-Claude Junker a par exemple déclaré que « c’est une devoir pour l’Union Européenne de protéger le marché en Iran en particulier des petites et moyennes entreprises européennes ». Cette décision est entrée en vigueur le 7 août mais elle n’est pas claire car Bruxelles négocie toujours une protection de ces entreprises de taille moyenne. La décision européenne n’est pas seulement une résistance de principe mais elle repose sur une nécessité économique.

En effet l’Europe va se trouvée confrontée à deux défis avant la fin de cette année : non seulement les sanctions américaines contre l’Iran qui prendront effet le 4 novembre mais fin octobre les sanctions contre le géant russe de l’aluminium Rusal prendront également effet. Ainsi les pays membres de l’UE seront exposés à deux chocs : une raréfaction du pétrole et de l’aluminium, un véritable ouragan pour les indicateurs économiques.

Exactement comme pour l’Iran les USA n’ont pas consulté leurs partenaires européens en mettant en place au mois d’avril les sanctions contre Rusal. Presque immédiatement les marchés de la bauxite et de l’aluminium métal sont devenus chaotiques avec des prix à la hausse qui vont se répercuter sur les consommateurs finaux. Les acteurs du marché de l’aluminium de chaque côté de l’Atlantique ont tenté de rechercher d’autres fournisseurs sans grand succès et les négociants ont accepté d’emblée une augmentation de 20 % de l’aluminium métal. En Allemagne l’autorité Wirtschafts Vereinigung Metalle qui représente 655 entreprises métallurgiques a averti du risque de voir de nombreuses petites entreprises baisser le rideau en raison de l’augmentation du prix de l’aluminium mettant en danger une multitude d’autres petites et moyennes entreprises du pays. Le futur d’une myriade de petites entreprises sous-traitantes de grosses entités industrielles comme Daimler ou Volkswagen qui représentent 13 % de la force de travail européenne pourrait être compromis. Elles représentent, seulement en Allemagne, 60 % des emplois … Avec une augmentation prévisible du prix du pétrole autant dire que l’économie européenne – et allemande en particulier – va vivre une période noire avec des conséquences sur l’emploi incalculables.

La politique commerciale américaine choisie par le Président Donald Trump est clairement en conflit avec les intérêts essentiels des pays membres de l’Union Européenne : le pétrole et l’aluminium sont essentiels pour maintenir la santé de l’économie. Cette rafale de sanctions décidée par la Maison-Blanche doit être prise pour ce qu’elle est réellement : une menace existentielle pour la multitude d’entreprises européennes qui concourent au maintien de l’Union Européenne. Il reste à espérer que les autorités de Bruxelles ne baisseront pas leur culotte devant la Maison-Blanche (l’expression est de mon cru, en anglais « One can hope the Europeans will not waver in their determination to stand up to the White House« ).

Traduction par votre serviteur d’un article de Scott Belinski paru sur le site Oilprice.com il y a trois jours. Les ajouts entre parenthèses ne sont pas de l’auteur mais de votre serviteur pour une meilleure compréhension du texte original.

La fin de l’eurozone pour après-demain ? Non, pour demain !

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Le fringant Président français qui veut tout changer en Europe se heurte au refus de l’Allemagne et les Allemands dispose de tous les arguments pour s’opposer aux gesticulations incompréhensibles d’Emmanuel Macron alors qu’il est censé parfaitement connaître les fusions-acquisitions dans le monde de l’entreprise après être passé chez Rothschild, et il ne semble pas non plus connaître le mécanisme du Target 2, c’est un comble !

En bref le Target 2 est un mécanisme qui a été créé pour faciliter les transactions trans-frontalières entre Etats à l’intérieur de l’eurozone. Le système fonctionne correctement et a atteint les objectifs qui avaient été précisés dans les traités. Pour ceux qui critiquent ce système le Target 2 signifie que la Deutsche Bundesbank consent des prêts à long terme non assurés (sauf en théorie par la Banque Centrale Européenne) et à taux nul aux autres banques centrales des autres Etats membres de l’eurozone, en particulier les « pays cigales » du sud : Italie, Espagne, France, Portugal et Grèce. On peut aussi résumer le rôle du Target 2 par une boutade : « Vous voulez acheter une voiture allemande, c’est simple l’Allemagne vous prêtera de l’argent à taux zéro ». Or ces prêts, en raison de la nature même du Target 2, ne sont pas assurés sur les marchés financiers ! En d’autres termes il n’y a pas de swaps sur les risques de défaut (CDS) des pays précités alors qu’aucun d’entre eux n’a les moyens de rembourser ces « prêts » à l’Allemagne mais aussi aux Pays-Bas et à la Finlande, deux autres pays européens créditeurs. Le total de ces « prêts » – qui n’en sont pas puisqu’ils n’ont pas été émis sur les marchés financiers – se monte 1157 milliards d’euros et ils sont théoriquement garantis par la Banque Centrale Européenne, il faut le répéter ici car la BCE n’est pas censée rembourser des impayés à un pays de l’eurozone, ce n’est pas prévu par les traités …

Où l’Italie va-t-elle trouver 464 milliards d’euros alors qu’elle est par ailleurs couverte de dettes sur les marchés, où l’Espagne trouvera-t-elle 376 milliards elle aussi lourdement endettée par ailleurs et où la France trouvera-t-elle 132 milliards alors qu’elle emprunte sur les marchés pour rembourser ses créances arrivant à maturité ? Nul ne le sait. Mais ce qui pourrait arriver n’est pas très réjouissant pour les « pays cigales » qui vivent clairement au dessus de leurs moyens, incapables de se réformer en profondeur.

Ce que préconise Macron est stupide et relève plus du rêve que de la réalité : il veut que l’Allemagne annule les dettes commerciales des pays précités or le gouvernement allemand ne veut pas en entendre parler et les gouvernements italien, espagnol et portugais essuieront le même refus catégorique. Laisser la situation économique de ces pays se dégrader encore plus avec encore plus de chômage et une croissance économique nulle voire une récession ? Cette situation n’est pas tenable sur le long terme puisque les faits ont montré que pour ces 4 pays le résultats de leur politique économique est désastreux : pour 4 euros empruntés sur les marchés financiers ils ne réussissent qu’à réaliser un euro de croissance supplémentaire. Aucune entreprise ne survivrait à une telle situation et Macron le sait très bien ! Quand François Fillon a déclaré que la France était en faillite il s’est fait descendre par le « Deep State » européen !

La troisième solution paraît évidente et incontournable : l’Allemagne va sortir de l’euro puis se « payer sur la bête » en exerçant son hégémonie, non pas militaire mais commerciale, sur le reste des pays européens avec les Pays-Bas, la Finlande et quelques autres pays gravitant dans sa sphère d’influence. Il est facile de comprendre dès lors pourquoi l’Allemagne veut se rapprocher des pays de l’est européen et de la Russie : il vaut mieux commercer avec des pays en qui on peut accorder sa confiance et qui sont solvables plutôt qu’à de mauvais payeurs ! Emmanuel Macron devrait connaître cette règle basique, lui qui est passé par la banque Rothschild …

Adapté d’un article de Mish Shedlock, illustration Mish Shedlock (themaven.net)

Voir aussi : https://www.youtube.com/watch?v=b5sOUKFRqkQ avec Charles Gave

Et maintenant les trains à hydrogène : l’imbécillité humaine n’a vraiment pas de limite …

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L’inénarable laryngophoniste qui sert à la France d’énergique ministre et qui donc, par définition, ne peut pas tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler puisque ses mots sortent hors de tout contrôle de son larynx en une bouillie verbale qui ferait saliver un psychiatre a maintenant focalisé ses pulsions sur l’élément chimique le plus abondant sur notre planète Terre, entièrement renouvelable, non polluant et … pas cher ( ? ) l’hydrogène. Lavoisier découvrit l’hydrogène et il finit la tête sous la lame de l’échafaud. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour couper celle de cet individu malfaisant pour l’ensemble de l’économie française qui ne fait rien d’autre dans ses délires énergétiques que de suivre le catastrophique plan Energiewende allemand.

Pour preuve l’Allemagne, qui n’en est pas à une erreur près dans ses élucubrations de « transition énergétique » et qui vient de racheter à prix bradé la division ferroviaire d’Alstom a mis un gros coup de pouce pour développer un train de banlieue propulsé par des piles à hydrogène, il fallait y penser. Le seul argument pour soutenir cette filiaire tient au seul fait, comme le démontra magistralement Lavoisier, que le rejet de la combustion de l’hydrogène n’est que de l’eau et cette propreté est tellement convaincante pour le public, totalement aveuglé par la propagande écologiste, que le laryngophoniste a trouvé là le prétexte pour se lancer à fond dans le « tout hydrogène » !

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Inutile de reprendre les arguments imparables de Michel Gay parus sur le site Contrepoints (voir le lien) mais il est opportun de reprendre ici un schéma concocté par un de ces multiples « laboratoires » bidon qui, forts des subventions gouvernementales fédérales américaines, vantent les bienfaits de l’hydrogène, le Florida Solar Energy Center (Université de Floride). Pour cette société c’est clair, la seule technologie qui « tient la route » pour la production massive d’hydrogène à « faible coût » est l’énergie photovoltaïque (voir le lien). Ce qui n’a pas l’air de préoccuper les décideurs et qui n’apparaît nulle part dans les calculs globaux du coût de l’hydrogène et de son utilisation dans un train, par exemple, est le ridicule rendement d’une pile à hydrogène sans oublier également le tout aussi ridicule rendement de la production électrique par un panneau solaire. mais qu’à cela ne tienne puisque l’argent des contribuables est « gratuit » et qu’il serait ridicule de s’en priver !

Source et illustrations : notalotofpeopleknowthat.wordpress.com

Lien : http://www.fsec.ucf.edu/en/consumer/hydrogen/basics/production.htm

Note. L’article de Michel Gay sur le site Contrepoints explique en détail l’imbécilité totale du « plan hydrogène » : https://www.contrepoints.org/2018/06/04/215595-lhydrogene-cet-hallucinogene

Transition énergétique : les effets secondaires en Allemagne …

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Une information dont les grands médias main-stream ne disent pas un mot et qui est particulièrement significative de la politique insensée de transition énergétique est la détresse de plus en plus répandue de la « pauvreté énergétique » des citoyens allemands. C’est un phénomène de société dans le pays le plus riche d’Europe qui traduit bien l’incohérence des décisions prises par les politiciens poussés le dos au mur par le parti écologiste de l’Allemagne. À la suite de l’accident de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima-Daiichi l’Allemagne s’est lancée à grands frais dans la reconversion de son énergie nucléaire en moulins à vent. Pour atteindre ce but le prix de l’énergie électrique a plus que doublé en quelques années sans parler des investissements pharaoniques qui ont parallèlement contraint les énergéticiens à maintenir des centrales ultra-polluantes brûlant du charbon de mauvaise qualité pour pallier aux intermittences des énergies dites « renouvelables ».

Résultat de cette lubie : plus de 300000 foyers allemands ne peuvent plus payer leur note d’électricité et plus de 60000 n’ont également pas pu payer leur note de gaz naturel provenant de Russie en plein milieu de l’hiver. On ne va tout de même pas incriminer les Russes ! Seul le quotidien Spiegel a mentionné cette situation à demi-mots car ça fait désordre. En dépit du fait que l’Allemagne a installé tellement de moulins à vent et de panneaux solaires dont la puissance nominale est suffisante pour assurer l’alimentation électrique de tout le pays par jour de grand soleil et de bon vent, le pays n’a pas été capable depuis le début de ce programme extravagant de transition énergétique de réduire d’un gramme ses émissions de carbone sans parler ici de la pollution …

Ça s’appelle aussi la transition de la justice sociale : les grandes compagnies impliquées dans cette transition énergétique s’en mettent plein les poches sur le dos des contribuables et des consommateurs d’énergie mais les pauvres et les un peu moins pauvres sont les laissés pour compte du rêve écologiste démesuré allemand. Voilà ce à quoi doivent se préparer les Français dès les toutes prochaines années au nom du sauvetage du climat. Du grand n’importe quoi !

Source : blog de Pierre Gosselin, illustration : Spiegel du 26 mai 2018

L’Allemagne a maintenant son Don Qixote !

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Le puissant Ministre de l’Économie allemand, Peter Altmaier, a reconnu que l’Energiewende (en français transition « énergétique écologique et responsable ») était une vue de l’esprit, rien que ça …

Il y a une dizaine d’années l’Allemagne opta résolument pour les énergies renouvelables afin de réduire la consommation de charbon largement utilisée pour la production d’électricité. Puis survint le grand tremblement de terre du Kanto au Japon qui provoqua l’accident de la centrale électro-nucléaire de Fukushima-Daiichi. C’est alors que le gouvernement allemand décida d’abandonner la technologie nucléaire ce qui accéléra l’ « Energiewende ». Aujourd’hui avec plus de 100 gigawatts de capacité de puissance dite « renouvelable » installée et plus de 150 milliards d’euros d’investissements, l’Allemagne émet toujours autant de CO2 dans l’atmosphère car les sources d’énergie renouvelables ne sont pas fiables en raison du caractère aléatoire de leur production.

Selon Altmaier le gouvernement a abusé de la confiance des citoyens car il faudra encore plusieurs décennies pour développer des technologies susceptibles de stocker suffisamment d’énergie pour pallier aux nuits sans soleil – c’est une évidence – et aux journées sans vent, c’est une autre évidence que semblent ignorer les écologistes. La programmation de l’Energiewende a été, toujours selon le Ministre, faite en dépit du bon sens sans intégrer un réseau correctement pensé et conçu pour être adapté à l’apport intermittent des énergies renouvelables. Pour lui, les « Verts » ont des idées mais elles ont des limites et elles créént des problèmes bien pires que la solution toute théorique des énergies renouvelables. Par exemple une isolation thermique excessive des logement, un aspect prôné par les « Verts » pour économiser de l’énergie et inscrit dans la loi allemande est souvent catastrophique. Les logements deviennent tout simplement insalubres en raison de l’accumulation d’humidité !

Pour Altmaier il suffit de constater que les deux pays les plus avides d’énergie, les USA et la Chine – on pourrait aussi ajouter le Japon – ont bien compris que la course aux énergies vertes était perdue d’avance et qu’ils feront toujours appel aux combustibles fossiles carbonés, en particulier le charbon, pour maintenir leur industrie à un niveau compétitif sur le plan international. Maintenir l’Energiewende pourrait détruire la compétitivité de l’industrie allemande. L’Allemagne, comme le concluait le Ministre doit donc changer de politique et songer à abandonner tout simplement les moulins à vent et autres panneaux solaires car ce n’est qu’un rêve !

Source : Die Welt via le blog de Pierre Gosselin, illustration Peter Altmaier

La guerre commerciale dans tous ses états : le cas de Volkswagen

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Après le « dieselgate » Volkswagen s’est retrouvé aux USA dans une situation catastrophique. Outre les amendes infligées par les Etats-Unis (4,3 milliards de dollars d’amendes fédérales) la firme allemande, propriétaire d’Audi, s’est trouvée confrontée à une punition émanant des tribunaux ayant traité une gigantesque « class-action » au sujet des véhicules diesel « trafiqués » pour passer les tests de pollution complètement drastiques donc par essence même (sans jeu de mots) inatteignables en raison de la technologie diesel qui produit fatalement des oxydes d’azote tout simplement parce qu’il y a de l’azote dans l’air !

Volkswagen et Audi ont racheté aux Américains 350000 véhicules qu’ils stockent dans 37 endroits différents (illustration) et qu’ils doivent entretenir dans le but de les revendre à d’hypothétiques acheteurs dans des pays moins regardants en ce qui concerne la pollution. Cette opération a déjà coûté à la firme allemande la coquette somme de 7,4 milliards de dollars mais ce n’est qu’un début dans les déboires astronomiques de Volkswagen. En effet, cette firme s’est engagée à provisionner 25 autres milliards de dollars pour indemniser les clients américains d’ici la fin du mois de juin 2019. Ça fait beaucoup d’argent pour satisfaire la paranoïa américaine et en particulier californienne, Etat qui a levé le juteux lièvre des moteurs diesel de VW.

Quand on garde en mémoire le fait que le marché automobile américain ne vit qu’à crédit, par conséquent qu’une monstrueuse « bulle » de crédit automobile est à la limite d’éclater et que la majorité des véhicules pour particulier vendus ces derniers mois sont des SUV à essence made in USA n’importe quel individu soucieux de l’environnement est en droit de se poser des questions existentielles !

Les exigences légales ont obligé VW ces derniers mois à envoyer 437273 lettres à des propriétaires de véhicules diesel pour les indemniser et racheter leurs véhicules. Ils devront d’ici la fin de ce mois de juin 2018 débourser encore 8 milliards de dollars. Comme on peut le comprendre aisément il s’agit d’une véritable vendetta commerciale contre les automobiles européennes et le gouvernement fédéral américain se frotte les mains en utilisant les tribunaux pour mettre en place sa politique « America First ». Tous les pays producteurs de voitures automobiles seront tôt ou tard concernés, que ce soit le Japon, l’Europe, la Corée …

La situation de VW est tout aussi critique en Allemagne. En effet, les municipalités bien-pensantes veulent interdire les véhicules diesel dans les grandes villes suivant le modèle démagogique d’Anne Hidalgo à Paris. Du coup le prix des voitures diesel d’occasion s’effondre et par conséquent les concessionnaires auto n’ont plus un client : il est plus logique d’acheter une voiture diesel d’occasion presque neuve à prix bradé plutôt qu’un véhicule neuf à essence. Pour continuer à faire fonctionner leurs usines BMW et VW proposent de racheter les voitures diesel et de les échanger contre des voitures essence. La situation des constructeurs auto allemands devient donc particulièrement critique et c’est un très mauvais signe pour l’industrie allemande en général !

Source et illustration (Victorville, Californie, le 28 mars 2018) : Reuters et Challenges : http://www.challenges.fr/automobile/actu-auto/interdiction-diesel-en-allemagne-bmw-et-volkswagen-rachetent-votre-diesel_578399

Note. Lors de l’éclatement du scandale du dieselgate j’avais laissé un billet sur ce blog qui allait à contre-courant des informations et je maintiens mon point de vue : https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/10/04/volkswagen-a-fraude-intentionnellement-pas-si-sur/ .