Retour aux origines ! Insectarien c’est très « tendance » !

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Régresser ? Non pas, mais retourner aux origines comme quand nos lointains ancêtres, à défaut de gibier, se nourrissaient de sauterelles ou de larves de termites selon l’endroit qu’ils avaient choisi pour vivre. Le rêve de Greenpeace, un monde sans élevages industriels, sans viande plus ou moins artificielle comme les chicken nuggets, sans colorants, sans rehausseurs de goût ni conservateurs, sans pesticides. Et c’est la nouvelle mode, « tendance », « in », manger des insectes, n’importe lesquels, ils sont presque tous bons pour la santé et … l’environnement. De plus ces bestioles se reproduisent à une vitesse astronomique, il y en a de partout, du vrai renouvelable, en un mot de l’écolo « durable » puisque la biomasse coléoptérique ou hémiptérique serait très supérieure à la biomasse humaine sur notre planète. Certes toutes ces petites bêtes dégagent du CO2 mais infiniment moins qu’un bœuf ou un cochon, ce n’est donc que du bonheur !

Même l’Organisation des Nations-Unies, le temple de la bien-pensance dans de nombreux domaines, a déclaré que les insectes étaient bons pour la santé et l’environnement. Les insectes n’ont pas attendu les déclarations de l’ONU pour coloniser la terre entière y compris les quelques 2000 d’entre eux déclarés bons pour la santé. Je ne sais pas si je vais me décider à supprimer le bacon qui accompagne mes œufs au plat du petit-déjeuner par un petit tas de sauterelles grillées, ce serait pourtant tellement écolo-compatible ! Je me souviens m’être risqué à manger des « cucarachas » à Tijuana. Il s’agissait en fait d’un truc craquant sous la dent entouré de chocolat noir, une petite barre protéinée au chocolat, rien à voir avec cette saloperie toxique de Kit-Kat, mais un bon gros cafard noir comme il en pullule en Californie grillé sur une poêle à frire sans matière grasse ajoutée et trempé dans du chocolat fondu … Après tout on mange bien des crevettes, des escargots et des grenouilles (du moins les Français) alors pourquoi pas des insectes !

La mode écolo fait donc fureur dans ce nouveau domaine de la gastronomie et toutes sortes de petites sociétés fleurissent et prospèrent en proposant des poudres d’insectes, des barres chocolatées aux insectes, des biscuits à la poudre d’insectes, des boissons énergisantes à la poudre de grillon (voir photo ci-dessous) et ce business d’un genre nouveau fait fureur dans les fitness-clubs et les bars branchés de New-York ou de San Francisco parce qu’on est là dans le vrai écolo durable et renouvelable, du solide, du tangible, pas de la théorie fumeuse. Plus besoin de redouter la présence d’antennes ou de pattes, c’est broyé, c’est nature et c’est bon pour la santé : pas beaucoup de sucre, des fibres, que des bons acides gras et une teneur en protéines défiant toute concurrence ! Cent grammes de poudre de grillon c’est 13 grammes de protéines alors qu’un œuf ne contient que 7 grammes de protéines, que du bonheur je vous dis ! La société Exo (exoprotein.com) propose pour 36 dollars 12 barres chocolatées fourrées à la poudre de grillon. Chaque barre contient 10 grammes de protéines de grillon (cricket en anglais à ne pas confondre avec le criquet, l’une des plaies bibliques d’Egypte) mais la bonne vieille sauterelle ferait tout aussi bien l’affaire. Les fourmis et les larves de termites vont bientôt concurrencer le grillon pourtant très facile à élever.

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Bref, il faut néanmoins ne pas trop s’aventurer à récolter soi-même ses propres insectes lors d’une promenade champêtre car certains d’entre eux sont toxiques et enfin la société Exo met en garde l’amateur de poudre de grillon, l’organisme doit prendre le temps de s’accoutumer à ce nouvel aliment, donc pas de précipitation non plus, même si on est très pressé de collaborer concrètement au développement durable écolo-approuvé et labellisé par Greenpeace avec une pastille verte ou le WWF avec un petit panda. René Redzepi, chef au restaurant Noma du Claridge de Londres s’est risqué à proposer des fourmis vivantes à la crème fraiche, une mise en appétit avec une coupe de Laurent Perrier millésimé … On n’est plus vraiment dans l’écolo-compatible mais tout est permis si c’est « tendance ». Bon appétit !

Liens : http://www.bloomberg.com/news/2012-07-30/london-cocktail-marathon-awaits-olympics-drinkers-review.html

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Obésité, le cas des îles Cook et de Nauru

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Je suis tombé par hasard sur un article paru dans la revue « Public Health Nutrition » datée du mois d’août qui décrit l’influence des facteurs externes à l’organisation sociétale traditionnelle favorisant l’apparition de l’obésité. Le cas des îles Cook et de Nauru constitue un extraordinaire laboratoire pour apprécier cette influence. L’obésité est une véritable calamité dans les nations îliennes, que ce soit dans les Caraïbes ou dans le Pacifique. Dans les îles du Pacifique, l’indice de masse corporelle (BMI) s’est accru de 6kg par mètre carré entre 1980 et 2008. L’indice de masse corporelle, pour rappel, est le quotient du poids exprimé en kg par le carré de la taille exprimée en mètres. Il y a d’autres paramètres pour quantifier l’obésité comme le tour de taille ou le tour de hanche mais l’étude relatée ici s’est focalisée sur le BMI. Ces îles sont devenues très dépendantes des importations de denrées alimentaires pour diverses raisons sociétales.

La population de Nauru atteint à peine dix mille habitants et l’exploitation minière du phosphate de cet atoll a réduit la surface cultivable de manière dramatique. Après la première guerre mondiale, Nauru passa de l’administration allemande à celle de la Couronne britannique qui mandata l’Australie pour y détacher un Haut Commissionnaire. Les Australiens se frottèrent les mains puisqu’ils pouvaient continuer à exploiter le phosphate pour fertiliser leurs terres. L’Australie acheta le phosphate de Nauru à prix coûtant jusqu’en 1968 quand ce micro-état accéda à l’indépendance. Jusqu’à l’indépendance il y avait à Nauru autant d’expatriés que d’indigènes et cette situation devint encore plus marquée après l’indépendance puisque le statut de paradis fiscal du pays attira un grand nombre d’investisseurs, de banquiers et d’importateurs en tous genres et la dette du pays s’amplifia considérablement avec le déclin annoncé des ressources minières. Mais l’influence occidentale avait profondément modifié l’organisation traditionnelle de la société indigène avec l’introduction de l’ensemble des « bienfaits » occidentaux y compris les fast-foods, les supermarchés et la télévision.

L’archipel des Cook, une quinzaine de petites îles, compte également une dizaine de milliers d’habitants. Les Cook étaient un protectorat anglais depuis le XIXe siècle et acquirent leur indépendance en 1965. La principale source de revenu du pays est maintenant le tourisme, le coprah étant tombé en désuétude en raison du coût insensé de l’exploitation des noix de coco. Je rappelle à mes lecteurs que le coprah nécessite le ramassage des noix tombées au sol. Il faut ensuite les casser, extirper manuellement la pulpe puis la sécher au soleil plusieurs jours sur des claies aménagées de telle manière qu’on puisse les protéger avec un haut-vent mobile en cas de pluie soudaine et enfin les presser pour en tirer l’huile. L’industrie touristique requiert une sorte de reconstitution locale des besoins des touristes habitués dans leur pays à des modes de vie éloignés des modes de vie traditionnels des îliens et cette évolution a naturellement entrainé une modification profonde du mode de vie des indigènes. Comme pour Nauru, de nombreuses chroniques et études ethnologiques sont disponibles et ont permis d’établir des comparaisons entre le mode de vie ancestral et la situation actuelle. Le développement alarmant de l’obésité dans ces îles a fait l’objet de toutes sortes d’hypothèses pour certaines complètement farfelues comme par exemple la nécessité d’accumuler des réserves caloriques pour aller en pirogue à rames d’île en île afin de commercer ou encore de faire face aux périodes de famine. Certaines îles du Pacifique sud étaient très dépendantes de la production de l’arbre à pain, or cette production végétale n’est pas constante et il faut pourvoir aux besoins alimentaires lorsque l’arbre ne produit pas de fruit, environ six mois par an. On ne trouve pas de fruit d’arbre à pain sur les linéaires des super-marchés occidentaux mais je peux affirmer à mes lecteurs que l’un des plus extraordinaires mets qu’il m’a été donné de déguster est une purée d’arbre à pain mélangé avec du lait de coco pour accompagner une carangue grillée …

Bref, la civilisation occidentale a donc bousculé les habitudes alimentaires des îliens ainsi que leur structure sociale tribale ancestrale et ce ne sont ni les prédispositions génétiques ni leur isolement qui a favorisé l’apparition de diabète et de désordres pondéraux. A Nauru les fruits du pandanus, très riches en amidon, ont été délaissés, le fruit de l’arbre à pain fermenté également alors que ces productions locales permettaient aisément de subsister. Aujourd’hui ces micro-états sont devenus totalement dépendants des importations de nourriture frelatée. La consommation de poisson cru a pratiquement disparu au profit de thon en conserve conditionné dans une huile dont on ignore le plus souvent l’origine précise.

L’arrivée des Occidentaux a enfin modifié l’attitude ancestrale du partage de la nourriture et des biens. Dans la plupart des îles du Pacifique, la notion de propriété est un concept plutôt vague car la terre est un bien communautaire et les produits des jardins est par voie de conséquence communautaire. On est accueilli dans un village et on vous invite à partager le repas communautaire car personne n’est « propriétaire » de la nourriture disponible. Les missionnaires et la scolarisation ont joué un rôle loin d’être négligeable dans cette évolution en occidentalisant le mode de vie traditionnel et les rôles de la famille, du clan et du chef de village ont finalement disparu au profit d’une culture de consommation, d’asservissement par la télévision et ses publicités incessantes vantant des boissons ou des pâtisseries hautement préjudiciables à la santé disponibles dans n’importe quel petit supermarché. Il est tellement plus facile de se nourrir à peu de frais et peu d’efforts physiques en achetant des mets industriels importés ! Le désœuvrement chronique a également joué un rôle dans l’apparition de l’obésité dans ces îles malgré quelques timides tentatives de sensibilisation dans les écoles et les mairies. Les habitants ont fini par délaisser leurs jardins en forêt et sont devenus progressivement complètement dépendants des importations de nourriture.

En conclusion, la modification fondamentale des habitudes de vie apportée par les Occidentaux dans ces îles a conduit à une dégradation généralisée de l’état de santé des indigènes malgré des campagnes soutenues pour promouvoir l’exercice physique, le retour aux aliments traditionnels et une hygiène de vie en général. Le mal est fait et cette étude est une démonstration incontestable de ce que peut déséquilibrer puis finalement détruire l’introduction de nouveaux modes de vies dans de petites communautés. Om peut presque comparer ce phénomène à l’introduction de plantes étrangères comme certaines lianes qui finissent par venir à bout de pans entiers de forêt tropicale en asphyxiant de grands arbres qui résistaient pourtant aux cyclones ravageurs coutumiers dans ces régions …

Source : Public Health Nutrition ( doi:10.1017/S136898001400175X ) illustration : habitants de Nauru.

 

De la salade d’algues ? Pourquoi pas …

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Plus de la moitié de l’oxygène de l’atmosphère provient du recyclage du « méchant » CO2 par les micro algues, en d’autres termes le phytoplancton. Il a fallu des centaines de millions d’années pour que notre atmosphère arrive à être composée de 20 % d’oxygène afin que nous puissions respirer sans entrave et nous devons remercier le plancton pour ce bienfait. Pourtant les algues ont une très mauvaise réputation, elles empoisonnent l’existence des aquariophiles, elle peut ruiner la saison touristique d’une station balnéaire en s’accumulant sur les plages, ce phénomène étant d’ailleurs dangereux parce qu’il produit de grandes quantités de gaz toxiques, et enfin les algues enragent les propriétaires de piscine car il est parfois difficile de s’en débarrasser. Il est vrai qu’en des millions d’années les algues se sont adapté à toutes sortes d’environnements, des plus insipides aux plus hostiles puisqu’on en trouve naturellement dans les océans mais aussi dans des lacs à la salinité extrême et plus étonnant encore tout près des geysers où la vapeur expulsée des entrailles de la Terre peut atteindre beaucoup plus de cent degrés. Les algues possèdent cet immense avantage de ne pas entrer en compétition avec les cultures traditionnelles puisqu’elles n’ont même pas besoin d’un sol pour se multiplier. Il leur faut de l’eau et du soleil !

Bien que beaucoup de peuples utilisent déjà des algues dans leur alimentation quotidienne, on pense naturellement aux mets délicats de la cuisine japonaise, notamment les sushis, mais les micro-algues sont des nouvelles venues dans l’alimentation, en particulier les spirulines (illustration ci-dessus, cliché ESA) qu’on retrouve dans certaines boissons aux fruits ou aux légumes proposées par Green Machine sous le nom de Naked ( http://nakedjuice.com/our-products/juice/green-machine ). Certains produits de cette société contiennent jusqu’à 1,3 grammes de spiruline par bouteille. Les micro-algues sont aussi très riches en acides gras dits omega-3, normal puisque dans la chaine alimentaire marine, l’apport initial en ces acides gras provient justement du phytoplancton. On a songé a ajouter dans les laits pour enfants des extraits de micro-algues puisque le lait maternel est relativement pauvre en ces mêmes omega-3. Il est difficile d’imaginer une société comme Nestlé se lancer dans une telle aventure car il pourrait y avoir une réaction négative de la part des mères de famille, leurs poupons chéris ne sont tout de même pas des poissons ! Pour la nourriture animale, en particulier pour les poulets et les poules pondeuses, des essais ont démontré la pertinence d’une supplémentation avec des micro-algues conduisant à un enrichissement en carotènes et une diminution de la teneur en cholestérol des œufs.

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Tout le problème avec les micro-algues est de passer du stade expérimental au laboratoire à l’échelle industrielle pour une raison qui semblerait très simple à solutionner mais qui représente en réalité un défi technologique.

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Si la croissance des algues est rapide, la maîtrise de celle-ci a conduit à imaginer des bassins de culture en plein air ressemblant à un circuit automobile afin de ne jamais atteindre une concentration en algues trop importante qui finirait par inhiber la croissance de ces dernières par obscurcissement du milieu aquatique et donc une réduction de l’activité photosynthétique. Si cette configuration des bassins de culture où l’eau ne cesse de circuler pour être prélevée en fin de parcours, traitée par filtration pour récupérer les algues et réinjectée en continu dans le circuit, la concentration en algues obtenue n’est pas satisfaisante et fait apparaître alors d’autres soucis technologiques au niveau du processus de filtration qui serait d’autant plus efficace que la concentration en algues est élevée, ce qui n’est justement pas possible pour atteindre une croissance optimale des algues. Reste la culture en circuit fermé ou dans des réacteurs du type de ceux utilisés pour la croissance des bactéries mais en tout état de cause, la solution sera trouvé prochainement et il faut se préparer d’ors et déjà à la consommation de micro-algues qu’on arrive à produire aujourd’hui pour deux euros par kilo, rien à voir avec la viande de bœuf !

Billet inspiré d’un article de Business Insider, illustrations Wikipedia et ESA

L’arbre aux baguettes de tambour

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Ce n’est pas une blague ! Les gousses sèches du Moringa oleifera, un arbre originaire du nord de l’Inde, peuvent être utilisées pour battre le tambour mais ce n’est pas l’usage qu’on fait de cet arbre répandu dans toutes les zones tropicales et subtropicales de la planète, justement là où plus d’un milliard et demi de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et souffrent de malnutrition chronique. Le moringa est un arbre à tout faire, les feuilles peuvent être consommées comme des légumes et sont particulièrement riches en vitamines, fer, et manganèse. Elles sont plus riches que les oranges en vitamine C ! Les gousses immatures sont encore plus riches en toutes ces vitamines et de plus la vitamine C qu’elles contiennent n’est pas détruite par la cuisson, une sorte d’exception de la nature. Quant aux graines, elles peuvent être consommées comme n’importe quel haricot ou grillées comme les cacahuètes et renferment une huile très riche en acide oléique qui ne rancit pas et peut être avantageusement utilisée pour cuisiner.

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Mais l’une des propriétés du moringa est celle des tourteaux obtenus après pressage des graines pour produire de l’huile, environ 250 litres par hectare planté de moringa. Par comparaison le colza, qui est une brassicacée comme le moringa, produit environ 1400 litres d’huile par hectare mais requiert des intrants (engrais) et des traitements avec des pesticides alors que le moringa est un arbuste robuste résistant à la sécheresse. Le tourteau des graines de moringa contient un agent floculant qui est traditionnellement utilisé pour purifier l’eau. Une récente étude parue dans Current Protocols in Microbiology (accès libre) précise l’usage du tourteau de moringa dans ce but précis avec protocoles à l’appui testés sur le terrain dans divers pays d’Afrique et d’Amérique du Sud ( DOI: 10.1002/9780471729259.mc01g02s33 ). En effet, le pouvoir floculant est beaucoup plus puissant que par exemple l’hydroxyde ou le sulfate d’aluminium utilisés pour clarifier l’eau des piscines. Et dans un village équipé d’une petite presse, genre presse à coprah manuelle ou motorisée, la production de ce résidu est précieux pour clarifier l’eau des puits ou des rivières souvent très polluée. Cependant si l’élimination des particules en suspension peut atteindre dans le meilleur des cas 99,5 % une ébullition permettra d’obtenir une eau potable ne présentant plus aucun risque pour les enfants en termes de dysenteries et autres diarrhées qui constituent une des causes majeures de mortalité infantiles dans les pays tropicaux et subtropicaux. Les agents de floculation du moringa sont des petits polypeptides chargés positivement qui fixent les microparticules sur lesquelles sont adsorbées les bactéries et les virus indésirables.

Le moringa est donc un arbre aux multiples usage revisité par l’organisation Safe Water International ( http://www.safewaterintl.org ).

Un gâchis alimentaire innommable !

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Près du tiers des denrées alimentaires qu’on trouve sur les linéaires des supérettes et des supermarchés est purement et simplement jeté, environ 4 milliards de tonnes chaque année en l’Europe, soit la faramineuse somme de 350 milliards d’euros, estimation la moins pessimiste selon le journal Comprehensive Reviews in Food Science, qui part dans les décharges d’ordures et les fours d’incinération. Cette somme est équivalente au produit national brut de la Belgique ! Tout ceci a un coût qui est répercuté sur le prix de la nourriture effectivement vendue. En d’autres termes, le consommateur achète ses denrées alimentaires 30 % plus chères pour compenser ces pertes obligatoires en raison de la législation en vigueur. Ou encore, seulement pour l’Europe, tout ce gaspillage permettrait de nourrir gratuitement et confortablement plus de 100 millions de personnes par exemple dans le continent Africain voisin, hors coûts de transport, naturellement ! On estime que ce gaspillage dans l’ensemble des pays de l’OCDE permettrait de nourrir gratuitement 1 milliard de personnes dans le monde ! Pourquoi un tel scandale existe-t-il ? D’abord il résulte d’une application du principe de précaution afin d’éviter des intoxications parmi les populations à risque, enfants, personnes immunodéprimées et vieillards, en raison de dispositions réglementaires qui ont en quelque sorte institutionnalisé ce principe. On peut ou ne pas adhérer à cette démarche mais il y a tout de même des limites qui sont vite dépassées car les industriels de l’agro-alimentaires en profitent largement pour se frotter les mains et remplir leurs porte-feuilles déjà bien garnis avec la malbouffe dont ils inondent le marché. Les législateurs, violemment sollicités pour satisfaire les exigences de ce secteur industriel, ont trouvé un stratagème qui les a affranchi de toute responsabilité morale dans ce scandale en laissant planer une incertitude sémantique dans l’étiquetage des denrées alimentaires, périssables ou non, ce qui donne une toute autre dimension à ce problème. Il y a trois étiquetages utilisés pour semer la confusion chez le consommateur et accélérer la mise au rebut des produits tout en faisant que l’industriel et le revendeurs sont protégés juridiquement et moralement. La mention « à vendre avant telle date » ou « date limite de vente » est la plus importante pour le revendeur mais elle n’indique en aucun cas si le produit en question est encore susceptible d’être consommé. C’est une date butoir décidée par le législateur en accord avec l’industriel et on peut imaginer sans peine qu’il y a collusion ou conflit d’intérêts évidents. L’autre mention « à consommer jusqu’à … », sous-entendu sans risque, est plus précise mais les critères mis en place pour faire figurer cette indication sur un produit alimentaire sont loin d’être clairs compte tenu de l’amélioration des conditions d’empaquetage, des conditions d’hygiène des ateliers de productions, du respect de la chaine du froid pour tous les produits devant être conservés à une température précise et enfin des techniques modernes d’amélioration de la conservation de certains produits comme l’irradiation par les rayons gamma largement développée pour de nombreux produits ou le conditionnement sous atmosphère inerte.

Après ces « dates limites » de vente ou de consommation, il y a une autre mention encore plus confuse qui est « meilleur avant telle date ». Apparemment cette précision pourrait faire penser qu’on laisse au consommateur le soin de prendre lui-même le risque de s’intoxiquer, dans le pire des cas, ou de ne pas être pleinement satisfait de la qualité du produit, dans le meilleur des cas, car cette indication fait référence aux propriétés organoleptiques du produit et non à sa qualité sanitaire. Cette mention peut aussi vouloir dire que le revendeur peut laisser le produit sur les linéaires puisque rien n’indique clairement qu’après la date effectivement indiquée il ne doit plus être consommé, « meilleur » étant un terme suggestif plutôt vague. En conséquence l’industriel de l’agroalimentaire et le revendeur se protègent grâce à ces indications sibyllines qui non seulement sèment le trouble dans l’esprit du consommateur mais favorisent d’autant plus le gaspillage.

Il y a le cas particulier des œufs pour lesquels certains producteurs ont pris la peine d’imprimer sur la coquille la date de ponte. Or rien n’indique pendant combien de jours ou de semaines après cette date de ponte les œufs restent « meilleurs » ou « à consommer avant » telle date et il n’y a pas non plus de « date limite » de vente. Pour certains produits comme le miel, on nage en plein délire puisqu’il s’agit d’un produit presque totalement déshydraté et afficher une date limite de vente est une aberration sinon une escroquerie (voir le lien sur ce blog) et il en est de même pour de nombreux produits secs comme la farine qui, convenablement conditionnée peut se conserver plusieurs années. Eh bien non, il y a aussi sur les sacs de farine une date limite de vente, j’ai vérifié hier par curiosité dans mon supermarché préféré, et c’est la même chose pour le sucre ! Les boites de conserve variées sont également étiquetées avec une date limite de vente (voir l’illustration), comme les cornichons au vinaigre … Une énumération exhaustive est inutile.

On comprend donc sans peine que tout ce gâchis réglementairement organisé profite à l’industrie agroalimentaire au détriment des consommateurs entretenant parallèlement une famine chronique de centaines de millions de personnes. En effet, comme s’il fallait que les pays développés (OCDE) se donnent bonne conscience, l’aide alimentaire sous l’égide du HCR par exemple est dûment estampillée avec des inscriptions sur les sacs de farine ou les bidons d’huile « Product of USA » ou encore « Don de la Communauté Européenne » avec les drapeaux respectifs, la bannière étoilée et le cercle d’étoiles sur fond bleu. On distribue généreusement quelques dizaines de milliers de tonnes de denrées alimentaires à des peuples misérables dont une grande partie est détournée par des organisations mafieuses locales et dans le même temps on jette sans aucun état d’âme des milliards de tonnes de produits parfaitement propres à la consommation. Tout va très bien dans un monde ravagé par le mercantilisme de connivence !

Source : Comprehensive Reviews in Food Science

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/08/30/la-date-limite-de-vente-des-oeufs-et-du-miel/

D’autres nouvelles du Japon

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Depuis le décès d’Alexander Imich né en 1903 à New-York dimanche dernier, officiellement le plus vieil homme de la planète se trouve être Sakari Momori. Il est Japonais, il est âgé de 111 ans et il se porte bien, merci. Et ce n’est pas étonnant puisque le Japon est le pays développé qui compte le plus de centenaires au monde. Le Japon est en effet le pays du monde où l’espérance de vie est la plus longue. Les statistiques le prouvent et les statistiques japonaises n’ont rien à voir avec celles de leurs contreparties chinoises (ou françaises) qui sont pour le moins entachées de grossiers arrangements surtout quand elles concernent l’économie, mais ce n’est pas le sujet du présent billet …

L’espérance de vie des femmes japonaises est de 87 ans, c’est une moyenne statistique et celle des hommes de 80 ans, en gros 6 années de plus que pour l’ensemble des autres pays de l’OCDE ! Mais ce n’est pas tout, les Japonais peuvent vivre jusqu’à l’âge de 75 ans en exerçant encore des tâches difficiles physiquement comme par exemple ouvriers dans le bâtiment. J’ai moi-même vu partir à la retraite un fabricant traditionnel de tofu qui avait au bas mot près de 90 ans et son épouse du même âge ou presque livrait encore le tofu à ses clients en vélo et ces deux « vieux » vivaient en plein de Tokyo ! C’est vrai, je n’invente rien.

La question est donc la suivante, pourquoi les Japonais vivent plus longtemps que tous les autres ? Et la réponse est d’une évidence triviale, c’est l’alimentation, Madame Michu ! Par expérience personnelle, lorsque je séjourne à Tokyo, les mets que prépare la belle-mère de mon fils sont légers, variés et le plus souvent agréables au regard, ce qui est beaucoup plus important qu’on a tendance à le croire. Il y a le bol de riz collant à portée de baguettes et des condiments dont on n’a pas du tout besoin d’abuser, des préparations délicates qui ne nagent pas dans l’huile ou une autre quelconque matière grasse d’origine inconnue, un mélange subtil de légumes et de viandes ou de poissons équilibré naturellement par la cuisinière. Le choix est simple, si mon petit-fils n’aime pas ce qu’on lui propose autant s’abstenir et je peux assurer mes lecteurs qu’il se régale de choses que je refuse toujours d’ingérer, peut-être à tort … Bien que je ne me plierai pas à la consommation de poisson séché au petit-déjeuner ou d’algues et de champignons bizarres ou encore de légumes inconnus au goût et à la texture vraiment déroutants, j’ai quelques hésitations à manger du tofu qui n’est ni meilleur ni pire que la levure fraîche que je m’administre volontairement tous les jours. Bref, le régime alimentaire des Japonais est sain et équilibré, constitué de portions congrues, d’un faible apport calorique mais tout de même agréable à contempler et c’est peut-être là le secret de la longévité des Japonais. Plutôt que de se goinfrer il est préférable de savourer des mets délicats, parfois surprenants, après tout un sushi qui représente un concentré du style culinaire japonaise, ce qui est la réalité quotidienne, n’est rien d’autre qu’une petite boulette de riz collant sur laquelle on a entreposé une infime portion de chair de poisson crue. Le régime alimentaire japonais quotidien et communément respecté est un régime équilibré, peu enrichi en calories inutiles et c’est très certainement le point le plus important de la longévité des Japonais ! On prétend que ce sont les algues, le poisson et des légumes variés qui font que les Japonais vivent plus longtemps et en bonne santé, c’est en réalité le style de vie général des Japonais qui explique leur longévité.

Illustration : Misao Okawa goutant son gâteau d’anniversaire à Osaka.

Sources : Kyodo et Reuters

L’obscurantisme a toujours droit de cité

Dans la presse de caniveau réservée (surtout) aux femmes où on trouve toutes sortes de recommandations culinaires, des recettes (pas du tout culinaires) pour rester jeune et mince, des conseils élaborés pour atteindre le bonheur conjugal ou sexuel, il existe une rubrique qui fait état d’un relation « évidente » entre les groupes sanguins et les régimes alimentaires que l’organisme peut accepter sans créer de troubles ou de maladies. Mais c’est vrai ! Selon que le groupe sanguin (découverte de Karl Landsteiner) est A, AB, B ou O il ne faut pas se nourrir de la même façon parce que certains, en fait pratiquement tous les aliments contiennent des lectines qui peuvent selon l’illuminé nommé D’Adamo (ne pas confondre avec le chanteur) interférer avec les antigènes de surface des hématies. Il s’agit d’une théorie aussi fumeuse que la théorie de l’effet de serre qui a permis à cet individu de réaliser de confortables profits en vendant ses opuscules à l’usage des personnes soucieuses de leur santé. Un récent article paru dans PlosOne démontre, preuves scientifiques à l’appui que cette théorie du groupe sanguin dans l’alimentation est une vaste fumisterie. Une étude réalisé par l’Université de Toronto sur 1455 personnes n’a pas réussi à mettre en évidence des différences, selon l’alimentation, entre les divers groupes sanguins après une analyse de nombreux paramètres liés aux risques « cardiométaboliques », en d’autres termes les triglycérides bons et mauvais, les LDL, le cholestérol bon et mauvais, le sucre, la pression artérielle, l’indice de masse corporelle, etc.

Rien, aucune corrélation claire n’a pu être dégagée de cette étude.

Dans la même veine, ce genre de fumisterie existe dans un registre un peu différent au Japon. La théorie du ketsueki-gata dit que le groupe sanguin influe sur la personnalité, le tempérament et l’esprit social de l’individu. Sans entrer dans les détails, cette théorie est apparue au Japon, alors pays colonisateur de la Corée et d’une partie de la Chine, quand les médecins se sont rendus compte que les continentaux, par opposition aux Japonais insulaires, étaient plus souvent de groupe O. Si aucune preuve scientifique de ces allégations à caractère raciste n’a pu être apportée, il n’en reste pas moins que le ketsueki-gata fait encore partie des mythes japonais.

L’obscurantisme est donc toujours de mise dans un monde connecté où toutes les informations sont disponibles en temps réel …