« Intelligence artificielle » : un abus de langage !

« Intelligence artificielle » : un abus de langage !

En complément au billet relatif au microbiome et au microbiote intestinal il m’est venu l’idée de disserter brièvement au sujet des avancées récentes de la biologie. En ce qui concerne ce microbiote l’analyse des matières fécales est réalisée de manière entièrement automatique que ce soit au niveau de l’identification des gènes bactériens impliqués dans l’une ou l’autre des voies métaboliques ainsi que l’analyse de ces métabolites. Comme pour le séquençage de l’ADN et aussi des ARN ribosomaux de ces mêmes bactéries il s’agit de robots en charge de préparer les échantillons et de les analyser. Il n’y a dans la pratique plus d’intervention humaine. Les résultats sont ensuite analysés par des ordinateurs puissants dans lesquels ont été introduits des logiciels sophistiqués à même d’analyser les informations fournies par les machines de séquençage et les spectrographes de masse miniaturisés présents dans le système pour identifier les métabolites présents dans ces matières fécales.

Cet équipement peut tout aussi bien être utilisé pour des analyses du sang ou d’autres fluides corporels. Les ordinateurs, outre ceux qui sont dédiés au pilotage des équipements, analysent les données, les « informations » pour être plus précis. En anglais le mot information se traduit par « intelligence » alors que le mot français ou wallon, romand ou québécois intelligence se traduit en anglais par le mot « cleverness ». Le mot anglais intelligence signifie en français stricto sensu « échange d’informations ». Dans le cas d’un système complexe d’analyse d’échantillons biologiques l’ordinateur collecte et analyse les informations et donc les renseignements relatifs à ces échantillons puis réalise lui-même un diagnostic de l’état d’équilibre (ou de déséquilibre) de ces échantillons car il peut être équipé d’un algorithme écrit de telle manière que ce diagnostic soit le plus précis possible. Il va au final imprimer un résultat indiquant au médecin qu’il serait judicieux que le patient X dont les matières fécales et leur microbiote ont conduit aux résultats x mange plus souvent des yaourts ou boive plus (ou moins) de jus d’orange.

Cet ordinateur est-il pour autant intelligent ? En d’autres termes s’agit-il de ce que l’on appelle abusivement de l’ « intelligence artificielle » ? Certainement pas ! La machine – puisqu’on parle aussi de « machine learning » – n’a fait que ce que l’opérateur lui a dit de faire : une simple analyse des informations et des renseignements que lui ont fourni les divers équipements d’analyses biologiques et chimiques et à partir de ces informations des algorithmes ont été utilisés pour rendre un diagnostic. Il en est de même pour de nombreux procédés industriels automatisés. Les ordinateurs ne sont pas « intelligents » ils ne font que traiter des informations ou des renseignements. Utiliser le terme « intelligence artificielle » est tout simplement un abus de langage, une mauvaise traduction de l’anglais vers le français mais aussi d’autres langues d’origine latine comme l’espagnol (inteligencia artificial). Et même un ordinateur jouant au jeu de go ou aux échecs n’est pas intelligent, il ne raisonne pas, il fait ce que l’opérateur lui a dit de faire et les algorithmes traitent les informations ou renseignements que lui envoie le jeu de go ou d’échecs pour continuer à prendre des décisions en suivant ces algorithmes. Et s’il y a eu quelque part l’intervention d’une intelligence c’était celle de l’opérateur informaticien qui a écrit ces algorithmes et les lignes de programmes. Les récents accidents de la circulation provoqués par des automobiles autonomes sont là pour le prouver, les algorithmes introduits dans les systèmes de pilotage de ces véhicules n’ont pas tout prévu et la voiture autonome est nullement « intelligente » comme le prétendent abusivement certaines personnes. Le jour où les avions seront pilotés par des robots je cesserai de voyager en avion …

L’ « intelligence artificielle » : un abus de langage

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Tous les développeurs et programmeurs en informatiques utilisent quotidiennement des algorithmes. Inutile d’avoir la prétention de décrire ici ce qu’est un algorithme, un excellent article de Wikipedia l’a fait pour vous : ( https://en.wikipedia.org/wiki/Algorithm ). Quand Cédric Villani, mathématicien français prestigieux distingué par la médaille Fields, l’équivalent du prix Nobel pour cette discipline, et devenu député LREM, a été chargé d’étudier l’impact et l’avenir de l’intelligence artificielle il s’est rendu compte que moins de 30 % de la population interrogée ignorait ce qu’était un algorithme. Pourtant dans la vie quotidienne chacun d’entre nous fait des choix avec ou sans un bout de papier pour clarifier ses idées et construit mentalement un algorithme.

Prenons un exemple qui est une prose de mon cru. Je pars en vacances avec ma voiture qui consomme X litres pour 100 kilomètres. J’ai le choix entre l’autoroute sur laquelle je roulerai naturellement le plus vite possible pour gagner du temps. Si j’utilise la route nationale, je roulerai moins rapidement et je consommerai moins de carburant mais je serai obligé de faire une halte pour m’alimenter dans un restaurant. L’avantage financier pourrait alors disparaître. Mais je peux aussi prendre une sacoche avec du pain, du jambon, du fromage et de l’eau. Si j’utilise l’autoroute je devrai acquitter aussi un péage … etc. Ce simple raisonnement qui conduit au final à une décision est un algorithme mental que j’aurais pu donc écrire sur un bout de papier !

Ce qui m’a interpellé dans l’interview de Villani (lien ci-dessous sur Thinkerview) est que l’utilisation d’algorithmes informatiques sophistiqués est appelée intelligence artificielle. Pour ma part cette classification est un peu rapide car aucun ordinateur n’est capable d’émettre des jugements de valeur : il ne fait que ce qui est inscrit dans son programme, celui qui a été écrit par une équipe de développeurs informatiques. L’intelligence artificielle n’existe pas et n’existera jamais. Villani le suggère à demi-mot en disant qu’un ordinateur ne peut pas « avoir de sentiments » et ne le pourra probablement jamais. Ouf ! C’est rassurant mais pas autant qu’on pourrait le croire car ce que l’on appelle intelligence artificielle réside dans le fait qu’un gros ordinateur « raisonne » plus vite qu’un cerveau humain quand il s’agit de traiter un grand nombre de données. Voilà, à mon humble avis, la définition de l’intelligence artificielle dont on parle presque quotidiennement comme si la calculatrice de Blaise Pascal n’était pas une machine intelligente !

Enfin un autre aspect de l’intelligence artificielle qui inquiète Villani est la quantité d’énergie monstrueuse qu’utilisent les serveurs informatiques et les ordinateurs connectés à ces serveurs qui à terme commanderont toutes sortes d’objets « connectés », depuis les pace-makers jusqu’aux réfrigérateurs sans naturellement oublier les moteurs de recherche qui sont capables – toujours à l’aide d’algorithmes – de « profiler » n’importe quelle personne en fonction de ses recherches sur internet ou du type de musique qu’elle écoute sur Youtube, ce qu’a très bien souligné Villani, ou encore comme Amazon le fait en proposant à ses clients habitués des produits entrant dans la catégorie leurs achats passés.

Ma conclusion et elle ne concerne que moi-même est que l’intelligence artificielle n’est qu’un concept sémantique abusif. Illustration Cédric Villani, capture d’écran de https://youtube.com/watch?v=LMRdn_MQWxM