Testostérone et civilisation : un rapprochement inattendu !

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Si l’Homo sapiens sapiens apparut de façon incontestable il y a 200000 ans en Afrique de l’Ouest et dans diverses régions du sud du même continent, ce même homme moderne n’atteint l’Eurasie qu’il y à un peu moins de 100000 ans, à 20000 années près ce n’est si important pour comprendre l’évolution de notre ancêtre direct. En effet, au cours de ces deux cent mille années, nous avons continué à évoluer avec parallèlement l’apparition du langage et de la création artistique mais aussi la confection d’armes pour assurer aux cellules familiales une subsistance carnée qui contribua au développement harmonieux du cerveau. Cette longue période de transition estimée à environ 150000 années vit en effet l’apparition de comportements impliquant un certain esprit innovant, l’émergence de la notion d’abstraction et la symbolique telle qu’on a pu en découvrir quelques preuves avec l’activité artistique présente de manière continue depuis 80000 ans, en gros la première datation incontestée des plus anciennes œuvres d’art abstrait trouvées en Afrique du Sud. Mais ce n’est pas tout, la propension à vivre en groupes organisés a conduit nos ancêtres à devenir socialement tolérants, ce qui est une condition importante pour que puissent apparaître la possibilité de vie dans des groupes humains plus nombreux capables de coopérer culturellement. Cette évolution a été mise en évidence indirectement en étudiant quelques 1400 crânes anciens, de la dernière période du Pléistocène jusqu’à nos jours.

Cette étude réalisée par une équipe de paléo-anthropologues de l’Université Duke aux USA a montré que l’évolution de nos proches ancêtres révélait une « féminisation » progressive du crâne. Or quand on dit « féminisation » de crâne, en particulier la disparition progressive des arcades sourcilières proéminentes, on pense tout de suite à une diminution des taux de testostérone circulant dans l’organisme. En effet, la testostérone intervient dans la mise en place des caractères sexuels secondaires tels que l’ossature plus robuste chez l’homme que chez la femme, personne ne peut le contester. Il apparaît aussi que le crâne lui-même devint plus arrondi et selon les résultats de cette étude plus féminisé. Or la testostérone joue un rôle central dans l’agressivité d’une manière générale et de forts taux de cette hormone sexuelle ne joue pas en faveur des rapprochements sociaux et de l’harmonie des groupes humains. L’étude ne mentionne pas si cette évolution provient d’une diminution de la synthèse de testostérone ou d’un abaissement de la densité de ses récepteurs. C’est ce qui explique cet aplanissement du front et la forme arrondi du crâne, cette « féminisation » de l’homme qui apporta plus de civilité et donc une plus forte propension au développement de sociétés organisées et harmonieuses.

Pour argumenter leur étude les anthropologues de la Duke University ont établi un parallèle avec l’évolution des renards de Sibérie qui après quelques générations de sélection sont devenus moins peureux et moins agressifs au fur et à mesure que leur production de testostérone diminuait. Et il en est de même chez les primates : par exemple le taux de testostérone des bonobos qui agrémentent leur vie quotidienne de civilités à caractère sexuel et sont dénués de toute agressivité ont un taux de testostérone bien inférieur à celui des chimpanzés, par nature beaucoup plus agressifs alors que ces deux espèces de primates ont divergé il y a moins de deux millions d’années. Les chimpanzés sont soumis à de fortes « bouffées » de testostérone durant leur puberté ce qui n’est pas du tout le cas chez les bonobos. Parallèlement les bonobos, au cours d’un épisode de stress à caractère social ne produisent pas plus de testostérone mais au contraire des chimpanzés du cortisol, un autre hormone stéroïde ayant un effet plutôt relaxant.

Cette évolution se traduit presque visuellement entre le chimpanzé et le bonobo. Il est en effet rare que les deux arcades sourcilières se rejoignent chez le bonobo alors qu’au contraire ce trait est la règle chez le chimpanzé. L’étude a porté sur 13 crânes de plus de 80000 ans, 41 crânes datés entre dix et trente-huit mille ans et 1367 crânes d’hommes modernes du XXe siècle répartis entre 30 ethnies différentes. Les résultats ont montré une évolution de l’ossature crânienne en faveur d’une diminution du taux de testostérone apparaissant clairement il y a environ 50000 ans. Cette période correspond à l’apparition d’outils sophistiqués confectionnés avec des bois de cervidés, des éclats de silex chauffés pour en améliorer la dureté, l’apparition également de matériel de pêche sophistiqué tels que des harpons et aussi et surtout la maîtrise du feu et donc de la consommation de viandes cuites, le feu ne servant plus uniquement à effaroucher les bêtes sauvages et les éloigner mais aussi et surtout à renforcer la cohésion sociale des groupes humains. On peut sans peine imaginer que l’apparition du langage est concomitante à cette évolution qui favorisa donc l’émergence de groupes humains plus structurés et plus denses, l’agressivité naturelle due à de trop forts taux de testostérone ayant été atténuée par une diminution de cette dernière. Chaque individu devenait ainsi plus social, plus ouvert à des collaborations avec les autres et en définitive plus à même d’apprendre des autres membres de son groupe, ce qui eut pour conséquence un développement continu de ce qu’on pourrait appeler le génie de l’homme.

Il va sans dire, mais cette étude ne le dit pas, que beaucoup de politiciens produisent de nos jours beaucoup trop de testostérone et que leur agressivité est devenue un commun dénominateur mettant en péril les acquis de centaines de milliers d’années d’évolution.

Source : Duke University Press Release

Le contrôle de la bonne humeur dans le cerveau …

Quand je me hasarde sur mon blog à des commentaires politiques, climatiques ou économiques, je me rends compte en réalité que ce n’est pas vraiment mon domaine de prédilection mais il m’arrive parfois d’avoir une envie irrésistible de cracher mon venin en lisant, atterré, que la France est maintenant sur une pente descendante qui va donner le vertige à bien des insouciants faisant le plein de soleil sur les plages ou à la campagne car il faudra payer les impôts à la rentrée, c’est promis, et pour beaucoup ce sera douloureux, très douloureux, surtout pour ceux qui n’ont jamais été habitués à faire un chèque à la Trésorerie du coin, quelques millions de nouveaux contribuables paraît-il, bref, ils vont sentir passer leur douleur et leur cerveau en sera tout tourneboulé. Et pourtant, le cerveau, cet organe dont on découvre jour après jour les mécanismes intimes de fonctionnement nous réserve encore des surprises, et pour encore des années. Si l’emprise des évènements sur l’humeur d’un individu est réelle, en fait tout est affaire de chimie dans le cerveau. Bien que j’aie nullement envie d’ennuyer mes lecteurs avec ces quelques rappels de chimie du cerveau, ils sont néanmoins utiles pour la bonne compréhension de la suite de mon exposé. Il y a dans le cerveau trois neurotransmetteurs associés à la bonne humeur, le stress et la sensation de bien-être : la sérotonine, la norépinéphrine et la dopamine. La sérotonine

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issue de l’aminoacide essentiel appelé tryptophane est considérée comme contribuant au bien-être ou à la satisfaction, dont la satisfaction « digestive » puisque cette petite molécule (voir la formule) est très active au niveau de l’intestin. Quelle plus grande satisfaction qu’une bonne digestion après un excellent repas ! La seconde substance qui contrôle notre humeur, qu’on le veuille ou non, c’est comme ça car tout est de la chimie, est la norépinéphrine aussi appelée noradrénaline.

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Adrénaline ? Ca rappelle quelque chose du genre, se faire du souci, avoir le cœur qui bat trop vite, ou sentir des sueurs froides couler le long du dos. La norépinéphrine est le neurotransmetteur du stress. La norépinéphrine est issue d’un autre aminoacide, la tyrosine mais je n’entrerai pas dans les détails. Reste un troisième neurotransmetteur important, la dopamine.

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La dopamine joue un rôle essentiel dans de nombreuses fonctions cérébrales depuis le contrôle de la locomotion (voir la maladie de Parkinson), la motivation, les mécanismes de la récompense, le plaisir sexuel et même la lactation, j’en ai parlé dans plusieurs précédents billets. Bref, si on examine rapidement les formules chimiques de ces trois neurotransmetteurs, on s’aperçoit qu’ils ont en commun un groupe d’atomes appelé fonction amine (-NH2) et comme il faut aussi que le cerveau gère correctement l’abondance de ces trois composés, il existe un système très efficace qui consiste à détruire tout simplement ces derniers à l’aide d’une activité enzymatique dédiée qu’on appelle la mono-amine oxydase (MAO-A), encore faut-il que cette activité soit optimale sinon l’humeur pourrait changer du tout au tout et on pourrait devenir agressif ou au contraire totalement morose ou encore « parkinsonien » avant l’âge … Le cerveau a mis au point un système très sophistiqué pour réguler la teneur en ces trois neurotransmetteurs en agissant directement sur la MAO-A que l’on vient juste de découvrir au RIKEN Brain Science Institute à Wako dans la préfecture de Saitama au Japon. Je ne voudrais pas fatiguer mes lecteurs par une longue dissertation au sujet de cette découverte car celle-ci est parfaitement illustrée à l’aide des deux schémas reproduits à partir du lien indiqué. Pas assez de MAO-A, l’agressivité devient un trait dominant du comportement, trop de MAO-A on est au contraire anxieux et on a tendance à rechercher une certaine entraide. Ces travaux ont été menés à bien en utilisant des souris dont le gène RING, qui code pour un enzyme participant à la dégradation de la MAO-A (ubiquitin proteasomal system) a été modifié et ces souris sont devenues incapables de moduler la teneur en ce dernier enzyme, précipitant l’apparition de troubles comportementaux sérieux en raison du manque total de contrôle de la teneur respective en ces trois neurotransmetteurs dont il était question plus haut. Peut-être, pour en revenir au début de mon billet, quand certains citoyens recevront leur feuille d’impôts au retour de leurs vacances, tout va se dérégler dans leur cerveau, mais espérons que le calme l’emportera sur l’agressivité …

Aruga

 

MAOA-ubiquitination

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