Une nouvelle forme de polio ?

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J’ai eu le privilège il y a bien des années d’aller dîner chez Jonas Salk, l’inventeur du vaccin anti-poliomyélite, tout simplement parce que sa compagne était l’ultime maîtresse de Pablo Picasso, un française. Et au cours de ce dîner très informel il y avait également mon patron au Salk Institute (Prix Nobel de médecine, également Français, et Francis Crick (Prix Nobel avec James Watson pour la découverte de la structure de l’ADN) dont l’épouse était française. La langue adoptée au cours de cette soirée fut naturellement le français car Salk maîtrisait parfaitement la langue de Voltaire. Salk avait donc mis au point le vaccin antipolio, une maladie qui faisait des ravages dans la jeunesse américaine et dont le Président Kennedy souffrait des séquelles. Cette maladie fut presque éradiquée dans le monde et il ne reste plus que quelques foyers au Bangladesh et en Afghanistan, un espoir réel pour le bien-être de l’humanité toute entière. Car cette maladie tue rarement mais les séquelles sont terribles pour l’ensemble de la société. La vaccination est toujours obligatoire et c’est une excellente décision d’un point de vue sanitaire.

La poliomyélite se déclare le plus souvent comme une sorte de grippe mais ce n’est pas une grippe car le virus attaque les nerfs moteurs et provoque des paralysies parfois irréversibles. Depuis quelques semaines plus de 60 cas répartis dans 22 états américains de paralysies des membres chez des enfants à la suite d’un petit rhume ont été répertoriés. Soixante-cinq autres cas sont toujours en cours d’évaluation. Cette nouvelle maladie qui ressemble étrangement à la polio a été dénommée par le CDC (Center for Disease Control) myélite flacide aigüe. Déjà en 2014 et 2016 des cas similaires ont été décrits et un entérovirus apparenté à celui de la poliomyélite appelé D68 (EV-D68) a été considéré comme la cause de cette nouvelle maladie. Le fait que seulement quelques enfants soient atteints de paralysie sévères et parfois irréversibles n’est pas encore très clair. Ce qui est acquis est que le virus se transmet par la salive et les sécrétions nasales en provoquant tous les symptômes d’un rhume léger que le corps médical diagnostique comme tel.

Jusqu’à ce jour un seul patient a été diagnostiqué comme porteur du virus dans son liquide céphalo-rachidien ce qui trouble encore plus le corps médical qui ne sait pas diagnostiquer dans les temps cette nouvelle maladie. À la fin de l’année 2016 vingt-neuf enfants dans 12 pays européens différents ont aussi été diagnostiqués comme souffrant de cette même attaque virale paralysante. Des biologistes de l’Université du Colorado à Denver, ville où eut lieu la plus sévère épidémie de myélite flacide aigüe en 2016 a montré que cette souche de virus provoquait des paralysies chez la souris en attaquant les cellules neuronales et que la présence du virus pouvait être facilement vérifiée dans le mucus provenant de la trachée.

La ressemblance avec la polio qui ne provoquait des paralysie que dans moins de 1 % des cas est troublante. Peut-être existe-t-il une prédisposition génétique. Le CDC a rapproché ces cas de ceux de l’entérovirus 71 qui provoque des inflammations de la muqueuse buccale et peut également être à l’origine de myélite flacide aigüe. Pour l’instant il n’existe pas de vaccins contre l’EV-D68 mais en existera-t-il un à l’avenir compte tenu de la rareté des cas de paralysie ? Nul ne le sait.

Source et illustration : Science

Thérapie génique et brevets

 

J’avais argumenté dans mon blog des agissements pour le moins contestables de la société Myriad de Salt Lake City dans un précédent article de ce présent blog qui avait tout simplement breveté deux gènes humains dont les mutations accroissaient les risques de cancers notamment du sein : https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/04/14/quand-nos-genes-sont-brevetes-sans-que-nous-le-sachions/ . C’était aller un peu trop loin et les plaintes de nombreux particuliers et organismes américains ont conduit la Cour Suprême Américaine à statuer :

 

USA/L’ADN humain ne peut pas être breveté (Cour suprême des Etats-Unis)

Washington (awp/afp) – L’ADN humain est un produit de la nature et ne peut pas être breveté, a tranché jeudi la Cour suprême des Etats-Unis, estimant que seul l’ADN complémentaire, c’est-à-dire synthétisé, pouvait l’être. Une société de biotechnologies avait revendiqué la propriété de deux gènes liés aux cancers de l’ovaire et du sein. Il s’agit en particulier du gène défectueux identifié chez Angelina Jolie, à cause duquel elle a subi une ablation des seins pour prévenir un risque très élevé de cancer. La haute Cour a ainsi tranché dans une intense bataille juridique contre Myriad, une société de biotechnologies qui a déposé neuf brevets pour ces deux gènes qu’elle a isolés dans les années 90 et dont les mutations héréditaires accroissent fortement le risque de développer le cancer du sein ou de l’ovaire. Dans cette décision très attendue pour la recherche génétique, la plus haute juridiction du pays a jugé que « l’ADN produite naturellement est un produit de la nature et n’est pas éligible pour un brevet, simplement parce qu’il a été isolé ». Myriad a « découvert un gène important et nécessaire mais les découvertes aussi révolutionnaires, innovantes et brillantes soient-elles, ne s’appliquent pas en soi » à la loi sur les brevets. En vertu de ce texte, « les lois de la nature, les phénomènes naturels et les idées abstraites sont des outils fondamentaux du travail scientifique et technologique qui n’entrent pas dans le domaine de la protection des brevets ». Mais la haute Cour a permis à certains brevets de Myriad de survivre, ceux sur l’ADN complémentaire, c’est-à-dire copié de l’ADN d’une cellule et artificiellement synthétisé. Elle a jugé que « l’ADN complémentaire peut être breveté car il n’est pas produit naturellement ». Dans ce cas, « le technicien de laboratoire crée sans nul doute quelque chose de nouveau », a écrit le juge Clarence Thomas, dans l’arrêt de la Cour pris à l’unanimité des neuf juges.

rp

(AWP / 13.06.2013 17h27)

Cette sage décision de la Cour Suprême des USA met donc un terme à une polémique qui n’avait pas lieu d’être. Maintenant, le fait de breveter un gène synthétisé en laboratoire en vue de diagnostics est une autre facette du même débat qui ne devrait pas concerner que l’humain mais également tous les organismes vivants quels qu’ils soient. Cependant, la biologie moléculaire d’aujourd’hui permet d’élucider la totalité du génome de n’importe quelle plante, bactérie ou mammifère en quelques jours. Les données scientifiques ainsi recueillies sont dans le domaine public via le NIH et n’importe quelle séquence spécifique d’ADN peut être reproduite soit à l’aide de machines, soit par génie génétique. Le gène de la toxine du Bacillus thuringiensis utilisé par Monsanto n’est pas en lui-même breveté, la construction ayant permis de l’incorporer comme entité génétique fonctionnelle dans le maïs, le coton ou le soja pour rendre ces cultures résistantes aux ravageurs fait au contraire  l’objet de brevets. De même que les thérapies géniques de plus en plus utilisées dans le cas de certaines maladies dites orphelines elles-mêmes résultant de mutations au niveau de gènes bien identifiés utilisent des copies de gènes le plus souvent intégrés dans un virus, le plus communément utilisé étant un adénovirus qui sert donc de vecteur, et la technologie (le traitement thérapeutique) fait naturellement l’objet d’un brevet. Il s’agit d’une construction intégrant le gène palliant le défaut dans l’ADN du virus qui a tendance à s’intégrer à l’ADN cellulaire et ainsi exprimer la protéine déficiente. Entre parenthèses, un tel traitement par thérapie génique transforme stricto sensu le malade en OGM ! Mais cette fois-ci on peut espérer qu’il n’y aura pas d’imbéciles animés par une idéologie obscurantiste gauchisante pour manifester devant le Ministère de la Santé afin obtenir l’interdiction des thérapies géniques qui peuvent sauver des vies ou au moins améliorer le quotidien des malades. En effet, le traitement de la déficience en lipoprotéine lipase (pancréatite chronique incurable) avec le gène authentique (copié) intégré dans un adénovirus peu immunogène par lui-même a été autorisé par l’instance européenne de la santé (EMA pour European Medicines Agency) et la FDA américaine. On se trouve donc au cœur du problème soulevé par la biologie moléculaire contemporaine et la décision de la Cour Suprême Américaine a donc pris une sage décision. Mais au fait, si on avait injecté avec un adénovirus les gènes authentiques BRCA 1 et 2 à Angelina Jolie, peut-être n’aurait-elle pas eu besoin de se faire enlever les nichons …