Est-on prédisposé aux drogues, à la cigarette ou encore à l’alcool ?

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C’est une théorie comme une autre que de dire qu’on est dès l’adolescence et plus encore à l’âge adulte attiré par les drogues douces et moins douces, la cigarette ou l’alcool. Et on a coûtume de dire qu’il existe une prédisposition à ces penchants déviants. Mais les évidences scientifiques sont plutôt minces et tenter d’en trouver une consiste à se pencher sur le système très complexe de la boucle plaisir-récompense du cerveau. On a maintenant une assez bonne idée de la manière dont notre cerveau gère le désir et la récompense le plus souvent à notre insu mais comme ce système est extrèmement complexe (voir la figure) les hypothèses sur le développement de l’addiction aux drogues et à leur prédisposition n’ont encore pas trouvé de preuves claires. Ce que l’on sait par contre c’est le rôle central de l’oxytocine dans cet environnement puisque cette hormone, l’une des rares hormones avec la vasopressine synthétisées toutes deux par l’hypophyse antérieure qui fasse partie de la panoplie des neurotransmetteurs en ayant un effet direct sur l’activité cérébrale mais également qui soit exportée dans l’ensemble de l’organisme et conduise à des effets très variés. L’oxytocine, juste pour un très bref rappel, est liée aux contractions utérines lors de l’accouchement mais cette hormone remplit bien d’autres fonctions corrélées au plaisir sexuel ou aux mécanismes de la récompense, au fonctionnement harmonieux du système immunitaire et bien d’autres mécanismes comme les fonctions cognitives.

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Une équipe de biologiste de l’Université d’Adélaïde a procédé à une revue de l’ensemble des articles scientifiques qui liaient l’oxytocine et l’usage de drogues ou d’alcool. Il en ressort une idée révolutionnaire à l’examen de la recherche mondiale sur l’oxytocine, aussi connue sous le nom d’«hormone de l’amour» ou de «drogue de liaison » en raison de son rôle important dans l’amélioration des interactions sociales, du comportement maternel et du partenariat en général. Il ressort de cette étude que la prédisposition dont il est question dépend d’un certain nombre de facteurs existant avant la fin de la gestation, entre le huitième et le neuvième mois, et la première enfance c’est-à-dire jusqu’à l’âge de cinq ans quand le système de l’oxytocine est définitivement mis en place. Les perturbations du système qui conduira ensuite à une plus forte addiction aux drogues peuvent être d’origines variées mais le plus souvent on retrouve des situations de stress ou de souffrance du nouveau-né qui vont finalement influer sur le comportement de l’adolescent et de l’adulte. L’une des observations assez intrigantes est l’effet différent des drogues sur le genre (puisqu’on parle de cette théorie) en d’autre termes le sexe. Et ce n’est pas difficile à comprendre puisque la femme produit des quantités significatives d’oxytocine lors du cycle menstruel par le corps jaune qui entoure l’ovocyte lors de l’ovulation alors que l’homme se contente d’une sécrétion discrète par les testicules, en dehors naturellement de l’hypophyse. Or en ce qui concerne l’usage de drogue, la femme a un comportement plutôt modéré si on le compare à celui de l’homme mais elle devient beaucoup plus rapidement dépendante car l’usage de drogues perturbe plus profondément son système oxytocine et altère donc plus profondément par voie de conséquence la boucle récompense-plaisir (dopamine reward system dans la figure) et c’est cette observation, parmi bien d’autres, qui a conduit les biologistes australiens à formuler cette synthèse des effets de l’oxytocine qui n’apporte fondamentalement rien de nouveau mais facilite tout de même la compréhension de la chimie de notre organisme dont tout le reste dépend. Dans la figure, HPA est l’axe hypothalamus-hypophyse-surrénales et cet ensemble interagit également avec le système sérotonine et le système dopamine mais il s’agissait dans cet article de faire surtout ressortir les effets de l’oxytocine.

En conclusion de cette étude il ressort qu’il faut prendre un soin particulier de l’enfant quelques semaines avant la naissance, la mère devant s’abstenir de toute drogues psychotropes ou d’alcool voire de cigarettes, mais ces soins apportés à l’enfant ne doivent pas non plus l’exposer à trop de stress de toutes sortes jusqu’à la mise en place définitive du système de l’oxytocine vers l’âge de cinq ans environ.

Sources : Sciencedirect.com et University of Adelaide

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0091305713002219?via=ihub

 

 

 

 

 

 

Oui, l’obésité est une maladie !

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Dans deux billets précédents de ce blog, j’ai disserté de régulation au niveau cellulaire et particulièrement neuronal. Comme c’est le cerveau qui commande tout et qu’on en est parfois un esclave incapable de réagir, il est intéressant de faire le rapprochement entre l’addiction aux drogues et aux aliments riches en sucres et en graisses, car le mécanisme d’addiction est strictement identique et échappe à notre volonté. On sait qu’un individu qui utilise une drogue comme de la morphine ou de la cocaïne développe rapidement une dépendance contre laquelle il ne peut plus lutter car son cerveau ou plus précisément une région particulière de ce dernier appelée nucleus accumbens lui ordonne en quelque sorte de continuer à se droguer. Comme il est impossible d’effectuer des expérimentations directement sur le cerveau humain, on doit trouver un modèle de laboratoire pour tenter d’expliquer ce qui se passe vraiment dans le cerveau et quels sont précisément les mécanismes qui développent cette dépendance que l’on pourrait alors mieux atteindre pharmacologiquement. Et il n’y a pas que les drogues auxquelles on se rend accroc, il y a aussi … la nourriture. C’est dans cette direction que des élèves d’un collège du Connecticut ont collaboré avec des biologistes en utilisant des rats et des petits sablés au chocolat fourrés avec une crème à la vanille très populaires aux USA et appelés Oreo (voir la photo) mais l’étude aurait pu être tout aussi bien réalisée avec les fameux macarons de Dalloyau sans faire ici de publicité pour ce pâtissier parisien mondialement connu. Il faut que ces gâteaux soient riches, très riches, en graisses et en sucre pour que l’expérience réussisse. Dans une sorte de labyrinthe construit par ces collégiens on a mis d’un côté des Oreo et de l’autre de vulgaires galettes croustillantes au riz, pas de quoi tenter un rat sauf s’il a vraiment faim. Dans l’expérience, les rats vont systématiquement et le plus vite possible, les rats apprennent très rapidement ce qu’il faut faire, du côté des Oreo et s’en gavent littéralement. Ils arrivent même à enlever une partie du biscuit pour commencer à se délecter en premier lieu avec la crème à la vanille plus riche en sucres et en graisses et ils deviennent complètement esclaves de leur cerveau, de leur nucleus accumbens, le centre du plaisir et de l’addiction du cerveau. En laboratoire cette fois, les biologistes ont reproduit le même type d’expérience avec d’autres rats mais avec de la cocaïne ou de la morphine : même résultat. Plus encore, l’analyse des ARN messagers récemment produits dans le cerveau, dont en particulier cette région cérébrale bien précise, a montré qu’une protéine était synthétisée plus que toutes les autres au cours de ce processus de plaisir ou de satisfaction alimentaire ou à l’aide de drogues. Et cette protéine appelée C-fos est un facteur de transcription qui intervient dans la mise en place de toute une série de signaux de régulations au niveau des neurones et de bien d’autres cellules. Que se passe-t-il alors dans le processus de mise en place de la dépendance, c’est toute la question à laquelle l’expérience décrite n’a pas encore répondu et ne répondra peut-être jamais car tenter d’interférer avec un facteur de transcription aux fonctions multiples peut être bénéfique mais également dangereux. Ce que l’on sait des fonctions de ce facteur de transcription provient d’études réalisées avec certaines cellules cancéreuses qui le produisent en grande quantité, induisant une amplification du métabolisme cellulaire. De là à dire que son rôle dans la mise en place du mécanisme de dépendance lié au plaisir dans le cerveau est identique ne serait pas loin de la réalité puisque l’activité neuronale est très significativement accrue au cours de la sensation de plaisir (drogue, nourriture, sexe) dans le nucleus accumbens afin, peut-être, d’imprimer noir sur blanc dans la mémoire (voir l’illustration du logo de Nabisco) ce besoin pour créer la dépendance. Cette interprétation a d’ailleurs été partiellement validée avec des rats génétiquement modifiés et incapables de produire ce facteur de transcription :  ils devenaient beaucoup moins sensibles à l’addiction, à la cocaïne dans cette expérience précise. L’application la plus prometteuse pour tenter de moduler l’apparition du facteur C-fos serait de réduire la sensation de plaisir et de récompense apparaissant quand on se goinfre de trucs trop gras et trop sucrés, la principale cause de l’obésité favorisée justement par cette sensation de plaisir. L’obésité est en effet devenue un fléau de société aux USA et dans bien d’autres pays alors que l’usage de stupéfiants ou d’excitants comme la cocaïne reste marginal en comparaison du nombre de personnes en surpoids ou obèses. Mais interférer avec des mécanismes de régulations cellulaires et dans le cas présent neuronales n’est pas sans danger comme le montre l’illustration en lien ici (http://en.wikipedia.org/wiki/File:Signal_transduction_pathways.svg) car tout peut en effet être modifié dans le bon sens mais aussi avec des effets indésirables prépondérants. C’est déjà le cas avec de nombreux médicaments utilisés dans le traitement de maladies nerveuses, terme générique large qui engloberait finalement l’abus compulsif de nourriture conduisant à l’obésité.

Source : Connecticut College