La Vie en Rose …

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Lorsque j’écris un article sur ce blog je me réfère dans la très grande majorité des cas à une étude scientifique ou éventuellement à un autre billet paru sur un site que je considère comme étant sérieux. Mes lecteurs se sont rendus compte que j’aborde souvent des sujets concernant divers aspects de la sexualité et ces billets ne provoquent que très peu la verve de mes lecteurs commentateurs alors que la moindre note relative à la « crise » climatique est l’occasion d’un véritable forum d’opinion. Et pourtant la sexualité, comme l’argent, est au centre de la vie, personne ne peut le nier …

C’est en lisant un article paru sur Le Temps de Genève, quotidien qui n’a rien d’un tabloïd de caniveau, intitulé Peut-on manipuler les hormones de l’amour que m’est venue l’idée de disserter sur le lien entre amour et sexe que ce soit du point de vue de la femme ou de celui de l’homme. Comme tous les animaux nous nous reproduisons pour perpétuer notre espèce, c’est un comportement instinctif indéniable. Cet instinct existe aussi chez tous les animaux mais ce qui nous différencie des animaux, disons les mammifères dont nous faisons partie bien que cet instinct existe aussi chez les oursins ou les nématodes, c’est notre capacité à construire des raisonnements déductifs, c’est une différence qui est une conséquence de la complexité de notre cerveau. Nous savons que nous sommes mortels et les autres animaux, y compris les grands singes l’ignorent. Nous avons donné un sens à l’amour, les chimpanzés et les bonobos, leurs cousins, ne connaissent que le sexe.

Cette capacité de raisonnement, le propre de l’homme comme le disait je crois Descartes, a malheureusement été mal appliquée en ce qui concerne l’amour et le sexe, du moins sur le plan strictement sémantique. Dire qu’on « fait l’amour » parce qu’on aime est une désolante confusion de mots. L’acte sexuel dont la finalité est la reproduction n’a rien à voir avec l’amour. L’amour, allez je vais mettre un grand A, l’Amour, c’est un sentiment et le sexe est un processus très prosaïquement chimique. L’article de Camille Destraz, journaliste du Temps, publié en 2017 commence ainsi :

« Edith Piaf n’en avait peut-être pas conscience, mais ce qui lui faisait voir la vie en rose quand « il » la prenait dans ses bras et qu’il lui parlait tout bas, c’était un shoot de phényléthylamine ou une libération massive d’ocytocine ».

La phényléthylamine est un neuro-transmetteur qui est produit dans le cerveau à partir de l’acide aminé phénylalanine et elle provoque une sensation de besoin de récompense accompagnée d’une hyperactivité, pour faire court. La durée de vie de la phényléthylamine est très courte, quelques dizaines de seconde mais elle provoque la production de dopamine, un autre neuro-transmetteur puissant et structuralement très proche. L’une des conséquences de la production massive de dopamine est la somatisation dans le cortex frontal de ce besoin de récompense qui ne va pouvoir être satisfait que par le plaisir que procure l’acte sexuel, d’où l’amplification de ce désir de récompense qui conduit les partenaires à ce que les sexologues appellent les préliminaires comme par exemple un échange de baisers. D’ailleurs le baiser « amoureux » est aussi le propre de l’homme car aucun primate ne connaît ce comportement. Et alors la libération de l’ocytocine stockée dans des terminaisons neuronales de l’hypophyse provenant de l’hypothalamus provoque ce que l’on a coûtume d’appeler l’amour, en réalité la conséquence d’un processus chimique complexe dont le contrôle nous échappe totalement, et ce dès le début.

Etant ancien biologiste et ayant acquis dans le passé une solide expérience des femmes, je me suis toujours demandé si c’est la poule qui a fait l’oeuf ou l’oeuf qui a fait la poule, traduit dans le contexte du présent billet : si c’est du sexe que naît le sentiment amoureux ou si c’est le contraire. Cette réflexion fait donc ressortir deux aspects de la confusion entre amour et sexe, un acte que l’on appelle stupidement « faire l’amour ». Cette incertitude est exacerbée par le fait que l’amour-sentiment sans sexe c’est réservé aux curés, il n’y qu’à constater les dégats sociétaux des scandales de pédophilie qui n’ont eu de cesse de dégrader l’image de l’Eglise catholique dans le monde entier. D’ailleurs ceci prouve bien que l’homme est soumis à la chimie de son cerveau y compris les curés catholiques. Cet aparté mis à part il me paraît difficile d’imaginer qu’un couple hétéro- ou homo-sexuel puisse vivre une véritable histoire d’amour sans sexe. A contrario, le sexe sans amour ni émotion est réservé aux prostituées qui non seulement n’ « aiment » pas leur client mais n’éprouvent aucun plaisir lorsqu’elles exercent leur métier, par ailleurs très respectable. Que mes lecteurs ne se méprennent pas je n’ai jamais fait appel aux services de cette corporation « méprisée par les flics » (dixit Brassens).

Donc le sexe c’est de la chimie et l’amour-sentiment résulte au contraire d’un exercice cérébral avec une conotation inévitablement sexuelle qui permet au sentiment amoureux de perdurer. Est-ce la poule qui a fait l’oeuf ou le contraire, difficile de conclure puisque ces neuro-transmetteurs et l’ocytocine ont eux-mêmes un effet sur le cortex frontal, siège de toute réflexion chez l’être humain. Alors est-il possible comme le questionnait cet article de Temps de manipuler la chimie du cerveau ? Selon une sexologue et thérapeute de couple suisse (Anouk Truchot) « au fil des années l’hormone d’attachement (l’ocytocine) se renforce. On se sent bien quand le système limbique est calme, quand l’autre fait que la relation est nourrie. Le sentiment de sécurité libère l’ocytocine. Notre petit jardin relationnel doit être jardiné !  » Et elle ajoute :  » les petits riens qui font que l’on se sent aimé et en sécurité, le contact physique, les paroles valorisantes, le temps de qualité passé avec l’autre, les cadeaux, si si !, et les services rendus, oui ! changer les pneus de la voiture de son amoureux est une preuve d’amour. Un homme m’a dit un jour : si j’avais su pendant toutes ces années qu’il suffisait de passer l’aspirateur pour faire l’amour à ma femme … Tout est chimie et quand c’est le bon cocktail c’est bien« .

Illustration captée sur le journal Le Temps et https://www.youtube.com/watch?v=rzeLynj1GYM.

Libido du « troisième âge » et testostérone : encore une grosse arnaque …

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Chez les hommes le taux sanguin de testostérone diminue avec l’âge et à cette diminution ont été attribuées une diminution de la libido ainsi qu’une dégradation des performances sexuelles. Cette situation apparait au cours de la soixantaine et s’accentue avec les années. Le corps médical, jamais à court d’arguments pour faire vendre par les laboratoires pharmaceutiques des patchs permettant de rétablir un taux de testostérone circulante à des niveaux proches de ceux rencontrés normalement entre 20 et 40 ans, a donc préconisé selon une logique implacable la prescription de testostérone quand les patients commençaient à se plaindre du déclin inexorable de leurs désirs et de leur activité sexuelle.

La testostérone est un produit commercial trivial et son utilisation sous forme de patchs est une excellente source de revenu pour les laboratoires pharmaceutiques qui ont imaginé un marketing agressif en vantant les propriétés de cette hormone pour le maintien d’une forme physique satisfaisante – la testostérone est un anabolisant – et d’une activité sexuelle également pleine de succès. Mais y-a-t’il réellement une relation de cause à effet en ce qui concerne la libido et les performances sexuelles des hommes entrant dans ce qu’on appelle le « troisième âge » ?

Une étude parue dans le NEJM (New England Journal of Medicine) il y a quelques jours va à l’encontre de ce que prétendent beaucoup de médecins : l’administration de testostérone n’a aucun effet significatif sur la libido et les performances sexuelles des hommes âgés de plus de 60 ans, point barre.

Cette étude a été réalisée sur 790 hommes âgés de 65 ans et plus dont le taux de testostérone sanguin était inférieur à 275 nanogrammes par décilitre. L’application d’un gel contenant de la testostérone sous forme de patch a été poursuivie pendant une année à une concentration suffisante pour restaurer le taux de cette hormone normalement rencontré chez les hommes de moins de 40 ans. Au cours de cet essai, il fut demandé aux participants de décrire dans le détail quel bénéfice ils avaient ressenti quant à leur activité sexuelle après trois mois, puis six mois, neuf mois et enfin après une année de traitement. La moitié d’entre eux reçurent un placebo et les résultats des questionnaires furent analysés selon la procédure strictement codifiée de l’essai clinique en double-aveugle. Les sujets de l’étude comme les expérimentateurs ignoraient qui avait reçu de la testostérone ou le placebo.

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Comme l’indique l’illustration ci-dessus l’effet de la testostérone est négligeable : 20 % seulement des sujets ont déclaré éprouver une nette amélioration de leurs performances sexuelles (7,5 % pour le placebo) et moins de 30 % une légère amélioration de leur état (18 % pour le placebo). La grande majorité n’a pas ressenti d’amélioration sur ce point particulier bien qu’ayant par ailleurs été plutôt satisfaits en ce qui concernait leur activité physique en général.

Au risque de décevoir les endocrinologues et les sexologues, il paraît donc tout à fait inutile sinon illusoire de traiter les hommes appartenant à la catégorie du « troisième âge » avec de la testostérone pour améliorer leur libido ou leurs performances au lit. Ce n’est à nouveau qu’un business mensonger, un de plus, et cet article est là pour le prouver …

Source et illustration : NEJM, doi : 10.1056/NEJMoa1506119

Note : Inutile de mentionner que cette étude a été financée par ABBVie, un organisme qui ne dissimule pas ses liens commerciaux avec des compagnies pharmaceutiques comme par exemple Pfizer qui a repris les activités hormones stéroïdes d’UpJohn. Légende de la figure : beaucoup mieux, un peu mieux, pas de changement, un peu moins bien, pire.