Docteur, ma fille souffre d’acné, que faut-il faire ?

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La réponse est dorénavant « rien puisque c’est génétique ». L’acné est la résultante d’un dysfonctionnement des follicules pileux réunissant la production de sébum, la kératinisation de ces follicules, une inflammation et enfin une colonisation de ces follicules par une bactérie, Propionibacterium acnes, conduisant à des infections récurrentes au niveau du visage, de la poitrine et du haut du dos. cette maladie apparaît au cours de l’adolescence et peut parfois persister durant plusieurs années en laissant des cicatrices visibles chez plus de 20 % des patients. De plus l’acné peut entrainer de sérieuses conséquences psychologiques telles qu’un état dépressif pouvant parfois aller jusqu’au suicide. Il existe des traitements éliminant la présence de bactéries mais ils sont le plus souvent inefficaces. Des analyses génétiques ont montré que l’acné est associé à des mutations sur au moins trois loci dans la population européenne et deux dans la population chinoise.

Une récente investigation génétique concernant des sujet souffrant d’acné sévère a montré l’implication de 15 loci génomiques impliqués dans le développement de l’acné car ils contribuent à une variation de la structure et à l’intégrité de l’unité pilo-sébacée de la peau. Ces résultats ont été acquis en analysant l’ADN de 3823 sujets souffrant d’acné sévère en comparaison de 16144 sujets sains, analyses comprenant 7,4 millions de mutations ponctuelles (SNPs, acronyme de single nucleotide polymorphism)) afin de déterminer celles qui sont associées aux allèles déterminant le dysfonctionnement des follicules pileux. L’un des gènes affecté par une mutation code pour une protéine de signal qui contribue à la régulation de l’agencement des cellules constituant le follicule pileux et ce gène est plus exprimé chez les hommes que chez les femmes. Cette différenciation selon le sexe n’a pas été retrouvée avec les autres SNPs identifiées. Une autre SNP bien identifiée concerne un facteur de transcription dont l’importance est critique au cours de la morphogenèse du follicule pileux et il a été identifié dans certaines pathologies du derme.

Il a été difficile enfin d’attribuer clairement un rôle aux 12 loci pourtant bien identifiés statistiquement comme étant liés à l’apparition de l’acné.

Cette pathologie est donc essentiellement d’origine génétique, une origine qui favorise la colonisation bactérienne provoquant des infections récurrentes. Un traitement raisonné de l’acné consisterait en définitive à maintenir un développement harmonieux du follicule pileux. L’imagination des biologistes arrivera peut-être un jour à venir à bout de cette pathologie qui empoisonne la vie de nombreux adolescents.

Source : Nature Communications DOI: 10.1038/s41467-018-07459-5 , illustration Wikipedia.

Acné ou thrombose pulmonaire, encore un choix cornélien !

Androcur, Diane-35, Lumalia, Minerva, Evepar, Climène, Holgyème … comme ça sonne bien aux oreilles et je suis toujours autant étonné par la créativité des chimistes pour trouver un nom « vendeur » à leurs poisons* ! En réalité il s’agit d’une combinaison de deux contraceptifs largement utilisés pour combattre aussi l’acné et c’est sur ce dernier point que le bât blesse. Ces spécialités, un petit milliard de dollars de chiffre d’affaire encore que les données ne soient pas totalement transparentes pour ce qui est du seul traitement de l’acné, sont notoirement connues pour provoquer des thromboses pulmonaires. Les deux molécules actives, le 17-alpha-éthinylestradiol et la cyprotérone, cette fois un analogue sur-dosé de la progestérone, combinés, présentent des propriétés anti-androgènes chez l’homme avec comme conséquence une diminution de la sécrétion de testostérone (voir un de mes récents billets) et chez la femme des effets contraceptifs reconnus. Mais l’usage de cet anticonceptionnel a été détourné pour combattre l’acné juvénile qui est lié au statut hormonal, tant chez la femme que chez l’homme. Les laboratoires pharmaceutiques se contentent de préciser dans la notice d’utilisation que les personnes « prédisposées aux thromboses veineuses doivent s’abstenir et privilégier un traitement topique de l’acné. Comme c’est dit en termes rassurants, on croirait un curé qui dit à ses ouailles de donner pour la paroisse, le salut de leur âme sera assuré. Naturellement, les suspicions de l’Agence Française du médicament, échaudée par l’affaire du Mediator dont l’usage avait aussi été détourné comme coupe-faim, l’avaient conduite à prendre la décision d’interdire ce médicament (Diane-35 en France et commercialisé par Bayer) compte tenu des risques de thrombose pulmonaire. La Commission Européenne, qui comme chacun sait est envahie par les lobbyistes de toute nature, depuis McDonald jusqu’à Greenpeace (suivez mon regard), a désavoué l’Agence Française de sécurité du médicament et enjoint Bayer de continuer la commercialisation de ce produit. La Miss Touraine a certainement apprécié. On se souvient du fameux et inoubliable « responsable mais pas coupable » au sujet du sang contaminé, à n’en pas douter la Ministre renverra sa responsabilité sur la Commission Européenne et tant pis pour les ados acnéiques. Autant dire que l’industrie pharmaceutique, toute puissante, dicte sa loi et la Commission n’a qu’à bien se tenir !

Les Suisses sont plus prudents à propos du Diane-35, on y trouve dans la notice d’utilisation : 

« Plusieurs facteurs de risques de thromboses artérielles ou veineuses, migraines, diabète avec altérations vasculaires, pancréatite, affections hépatiques, tumeurs hépatiques, maladies malignes des organes génitaux ou du sein, saignements vaginaux, … »

Quant au traitement de l’acné …

* Note : Les industriels de la chimie et de la pharmacie organisent des concours internes pour trouver un nom commercial à attribuer à un nouveau produit. La petite liste en tête de ce billet est une brillante illustration de la créativité mortifère de cette industrie. 

Source : Le Point en ligne