Acné ou thrombose pulmonaire, encore un choix cornélien !

Androcur, Diane-35, Lumalia, Minerva, Evepar, Climène, Holgyème … comme ça sonne bien aux oreilles et je suis toujours autant étonné par la créativité des chimistes pour trouver un nom « vendeur » à leurs poisons* ! En réalité il s’agit d’une combinaison de deux contraceptifs largement utilisés pour combattre aussi l’acné et c’est sur ce dernier point que le bât blesse. Ces spécialités, un petit milliard de dollars de chiffre d’affaire encore que les données ne soient pas totalement transparentes pour ce qui est du seul traitement de l’acné, sont notoirement connues pour provoquer des thromboses pulmonaires. Les deux molécules actives, le 17-alpha-éthinylestradiol et la cyprotérone, cette fois un analogue sur-dosé de la progestérone, combinés, présentent des propriétés anti-androgènes chez l’homme avec comme conséquence une diminution de la sécrétion de testostérone (voir un de mes récents billets) et chez la femme des effets contraceptifs reconnus. Mais l’usage de cet anticonceptionnel a été détourné pour combattre l’acné juvénile qui est lié au statut hormonal, tant chez la femme que chez l’homme. Les laboratoires pharmaceutiques se contentent de préciser dans la notice d’utilisation que les personnes « prédisposées aux thromboses veineuses doivent s’abstenir et privilégier un traitement topique de l’acné. Comme c’est dit en termes rassurants, on croirait un curé qui dit à ses ouailles de donner pour la paroisse, le salut de leur âme sera assuré. Naturellement, les suspicions de l’Agence Française du médicament, échaudée par l’affaire du Mediator dont l’usage avait aussi été détourné comme coupe-faim, l’avaient conduite à prendre la décision d’interdire ce médicament (Diane-35 en France et commercialisé par Bayer) compte tenu des risques de thrombose pulmonaire. La Commission Européenne, qui comme chacun sait est envahie par les lobbyistes de toute nature, depuis McDonald jusqu’à Greenpeace (suivez mon regard), a désavoué l’Agence Française de sécurité du médicament et enjoint Bayer de continuer la commercialisation de ce produit. La Miss Touraine a certainement apprécié. On se souvient du fameux et inoubliable « responsable mais pas coupable » au sujet du sang contaminé, à n’en pas douter la Ministre renverra sa responsabilité sur la Commission Européenne et tant pis pour les ados acnéiques. Autant dire que l’industrie pharmaceutique, toute puissante, dicte sa loi et la Commission n’a qu’à bien se tenir !

Les Suisses sont plus prudents à propos du Diane-35, on y trouve dans la notice d’utilisation : 

« Plusieurs facteurs de risques de thromboses artérielles ou veineuses, migraines, diabète avec altérations vasculaires, pancréatite, affections hépatiques, tumeurs hépatiques, maladies malignes des organes génitaux ou du sein, saignements vaginaux, … »

Quant au traitement de l’acné …

* Note : Les industriels de la chimie et de la pharmacie organisent des concours internes pour trouver un nom commercial à attribuer à un nouveau produit. La petite liste en tête de ce billet est une brillante illustration de la créativité mortifère de cette industrie. 

Source : Le Point en ligne