La fin prochaine de la malbouffe industrielle ?

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La FDA américaine a finalement admis que les « trans-fat » ou acides gras « trans » apparaissant lors de l’hydrogénation des graisses végétales pour fabriquer par exemple de la margarine qui ne rancit pas sont mauvaises pour la santé. Dans trois ans ces produits industriels contre nature seront définitivement interdits, du moins sur le territoire américain. L’Europe traine encore les pieds car les écologistes dont le rôle devrait pourtant être de se pencher sur ce grave problème s’occupent plus de politique et d’autres sornettes que de la santé des consommateurs. L’EFSA (European Food Safety Authority) publie des documents, certes, mais il semble que la santé des consommateurs ne soit pas sa préoccupation première. Ce sont les OGMs et l’étiquetage des denrées alimentaires qui préoccupe ces fonctionnaires qui au final ne servent pas à grand-chose. On est d’ailleurs étonné de l’inertie de cette administration comprenant une multitude de comités et de « task-forces » dédiées à des problèmes secondaires alors que les vrais sujets sont mis de côté. Et ce n’est pas un hasard car comme la plupart des institutions européennes l’EFSA est soumise au lobbying incessant des géants du secteur agroalimentaire. Aller obliger par une directive administrative un producteur industriel de beurre de cacahuète à ne plus commercialiser que le produit non hydrogéné, il répondra que c’est impossible car en 48 heures son produit sentira tellement mauvais qu’il sera devenu immangeable et il rétorquera au législateur que c’est pour cette raison que le beurre de cacahuète est hydrogéné, peu importe la santé du consommateur.

L’industrie agro-alimentaire entre les mains de gigantesques multinationales a fait en sorte que le consommateur soit satisfait par un produit quel qu’il soit comme les doughnuts par exemple. Si cette pâtisserie était fabriquée avec des graisses non hydrogénées, beurre ou graisses animales, il faudrait la vendre le jour de sa fabrication or c’est tout simplement impossible ! Des milliers d’aliments industriels préparés avec des acides gras « trans » peuvent séjourner plusieurs jours sur les linéaires des supermarchés et effectuer un retour en arrière pour préserver la santé des consommateurs semble irréaliste tant les habitudes des industriels mais aussi des consommateurs ont rendu ces produits irremplaçables … et il y en a des milliers !

Et il n’y a pas que les acides gras trans, le cas du sirop de maïs enrichi en fructose est presque caricatural car ce produit est infiniment moins coûteux que le sucre de betterave ou de canne et à l’abri de la fluctuation des cours de ces deux cultures car le maïs est la première céréale en volume produite dans le monde. La production industrielle à grande échelle de sirop de maïs consiste à effectuer des traitements enzymatiques du sucre après hydrolyse acide de l’amidon et il existe deux qualités de sirop, le grade 42 et le grade 55 correspondant aux pourcentages de fructose effectivement présent dans le mélange. Les raisons justifiant cette production industrielle contre nature sont de deux ordres : manipuler un sucre liquide plutôt que cristallisé est plus simple industriellement et le pouvoir sucrant du mélange est 1,5 fois plus élevé que celui du sucre de canne ou de betterave. Or comme pour les acides gras trans qui sont l’une des causes premières d’inflammations en particulier des artères, le fructose est un puissant perturbateur de la régulation de la glycémie, d’une part, et du métabolisme des graisses d’autre part car le fructose ne peut être avantageusement métabolisé que pour la synthèse d’acides gras.

On est devant un cocktail mortel quand une préparation industrielle contient ces deux vrais poisons que constituent les acides gras « trans » et le sirop de maïs pour la plus grande satisfaction des papilles gustatives mais pas du tout pour la santé de l’organisme. L’émergence industrielle des huiles hydrogénées fut favorisée par une campagne publicitaire à la limite de l’honnêteté qui prétendait que les acides gras insaturés étaient nocifs pour les artères, or l’effet des acides gras trans est exactement le contraire de celui dont on incriminait les acides gras insaturés : augmentation des triglycérides et du « mauvais » cholestérol dans le sang ! Il aura fallu exactement 12 ans pour que la FDA et l’EFSA lancent une alerte qui ne sera effectivement respectée qu’en 2018. Combien de personnes sont mortes d’accidents coronariens depuis la fin des années 50 et l’apparition des premières margarines, substituts bon marché du beurre ? C’est une bonne question à laquelle personne n’osera répondre.

Ce que l’on peut dire de cette histoire est que la science louvoie et oscille entre ce qui semble être deux extrêmes : tout est bon ou tout est mauvais. La science bio-médicale n’est pas une discipline figée mais elle évolue avec la sophistication des moyens modernes d’investigation. La nutrition est devenue une discipline scientifique à part entière et il est donc nécessaire de faire évoluer les (mauvaises) habitudes prises par le consommateur sous l’impulsion implacable du marketing organisé par les industriels de la malbouffe. Le corps médical insiste sur le fait que pour préserver sa santé il faut varier la nourriture et se nourrir modérément mais aussi et surtout revenir à une nourriture plus saine qu’on prépare à la maison avec des ingrédients traditionnels. Bon appétit !

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Note : depuis le début des années 2000 la consommation de sirop de maïs a légèrement diminué aux USA et celle de sucre de table (betterave ou canne) augmenté. Pour ce qui concerne les sirops de maïs (HFCS) cette diminution n’est pas un effet direct des régulations de la FDA mais une utilisation du maïs pour produire de l’éthanol qui est incorporé à raison de 10 % dans de nombreux véhicules automobiles selon les régulations mises en place :

Source : Science News

Les « trans-fats » altèrent les performances intellectuelles

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L’une des premières communications scientifiques du congrès de l’American Heart Association de cet automne a décrit les dommages induits par la consommation d’acides gras « trans » sur la mémoire non plus des personnes du troisième âge mais des hommes de moins de 45 ans. L’étude a en effet été réalisée sur un échantillon de 1000 hommes par la faculté de médecine de l’Université de San Diego et indépendamment de critères tels que l’âge, l’éducation, l’origine ethnique ou même un état dépressif, la consommation d’acides gras trans a systématiquement altéré l’aptitude de ces personnes à réussir un test simple de mémorisation de mots écrits sur 104 cartes différentes.

Le test pourtant très simple consistait à retrouver les mots dupliqués dans cette collection de cartes. Le régime alimentaire de chacun des sujets a été épluché soigneusement pour déterminer la quantité d’acides gras trans dans leur alimentation. Il s’est avéré que plus la quantité d’acides gras trans consommés était élevée plus le nombre d’erreurs augmentait. Or on sait que les acides gras trans perturbent le métabolisme énergétique cellulaire et amplifie le stress oxidatif. Dans le Laboratoire du Docteur Beatrice Golomb il a été aussi montré récemment que le chocolat noir réduisait ce stress oxidatif et améliorait les fonctions cognitives. Avec les acides gras trans c’est exactement le contraire qui se produit. Or on sait maintenant que ces acides gras sont mal reconnus par l’organisme et favorisent le développement de maladies cardiovasculaires, d’obésité et de cancers.

Pourtant les industriels de l’agro-alimentaire continuent à les utiliser dans de nombreux produits alimentaires pré-cuisinés, dans les fast-foods, les pizzas congelées, les crèmes en tout petits pots qu’on ajoute à son café qui n’ont plus rien à voir avec de la vraie crème et bien d’autres produits industriels.

Le Docteur Golomb n’y va pas par quatre chemins en déclarant, je cite : « Les trans-fats se sont avérées très étroitement liées à une dégradation de la mémoire chez des hommes jeunes en pleine activité professionnelle. Du point de vue de la santé la consommation de trans-fats a été liée à un surpoids, à plus d’agressivité et à des troubles cardiaques. Comme je le dis à mes patients, les trans-fats augmentent peut-être la durée de vie de certains aliments sur les linéaires des supermarchés, mais elles réduisent la durée de vie des gens ». Une étude similaire réalisées sur des femmes ménopausées a montré les mêmes résultats catastrophiques et une autre étude est en cours sur un échantillon de femmes de 20 à 45 ans pour préciser si on observe les mêmes effets en relation avec leur statut hormonal différent. Les acides gras trans ou trans-fats proviennent essentiellement du processus d’hydrogénation des triglycérides permettant d’obtenir une matière grasse solide à la température ambiante (margarine) contrairement aux huiles et largement utilisée dans la préparation de nombreux produits alimentaires pré-cuisinés ainsi que de nombreuses pâtisseries.

Bon appétit !

Source : American Heart Association et http://newsroom.heart.org/file?fid=544fa4e7ee750e20dd007750, illustration : margarine (Wikipedia).