Suite du billet sur l’Académie des Sciences

Les sages du Quai Conti ont donc estimé, ce doit être vrai comme tout ce qu’ils disent, que la facture énergétique de la France s’élevait à 60 milliards d’euros par an dont 14 milliards pour le seul gaz naturel importé (2012) et que le nucléaire permettait d’épargner 20 milliards supplémentaires. Le coût de l’énergie représente donc 4 % du PIB français : (60 + 20)/1900. Ces 60 milliards qui partent en Algérie, en Russie, au Gabon, en Angola et ailleurs représentent en gros le montant du déficit commercial de la France, dont peu de ministres se préoccupent, on parle des déficits mais personne n’a l’air d’apprécier le péril qui menace la maison France avec ce déficit commercial devenu aussi chronique que le déficit budgétaire. Le Ministre du Redressement se contente d’aboyer de temps en temps à la lune en déclarant que tout ça c’est de la faute de l’euro trop surévalué. On se demande si ce ministre est capable d’utiliser une calculette quand il se lance dans de telles diatribes contre la monnaie unique. Aujourd’hui le Brent est à 110,08 dollars et l’euro s’affiche à 1,3554 dollar et comme tous les pays que j’ai cité plus haut facturent les hydrocarbures qu’ils nous fournissent en dollars, la facture énergétique de la France au cours du jour du dollar est donc de 81,32 milliards de dollars. Certes ce calcul n’a pas grande valeur puisque la majorité des approvisionnements en pétrole est l’objet de contrats à terme, le Brent à 110 dollars concerne le marché spot. Le ministre du Redressement (dont on ne sait pas trop quoi) et le ministre des finances (on devrait dire de la faillite) qui se plaignent d’un euro trop ferme devraient comprendre que si 1 euro valait 1 dollar la facture énergétique serait de 81,32 milliards d’euros soit 1,12 point de PIB supplémentaire. Le ministre rétorquerait que toute l’industrie s’en porterait bien mieux car les exportations verraient une embellie qu’aucun plan de relance ne pourrait atteindre. Peut-être mais pour digérer une telle dévaluation de l’euro qui renchérirait également bien d’autres produits importés, il faudrait une croissance immédiate du PIB de plusieurs points de pourcentage … C’est tout simplement du rêve et quand on est ministre on n’a pas le droit de rêver !

Heureusement que les spécialistes auto-proclamés du climat réunis à Varsovie et qui s’empiffrent en ce moment de harengs de la Baltique arrosés de vodka aux frais des contribuables de la planète prévoient dans leurs rêves un réchauffement généralisé, au moins les dépenses de chauffage diminueront et comme selon eux c’est pour bientôt, il n’y a pas trop de souci à se faire.

Pas de chance, le puissant anticyclone fermement installé pour plusieurs jours sur les Iles Britanniques va favoriser une migration d’air polaire sur l’Europe et la baisse des températures se ressentira même en plaine en attendant de nouvelles chutes de neige en fin de semaine prochaine. Les « experts » du climat ne l’avaient pas prévu …

L’Académie des Sciences politiquement incorrecte !

Un rapport émanant des sages de l’Académie des Sciences préconise la mise en œuvre d’une évaluation des potentialités de méthane récupérable du sous-sol français par fracturation hydraulique. A la lecture de ce bref rapport on n’apprend rien de très nouveau sinon que le code minier français devrait être modifié (très légèrement) pour que les propriétaires du sol puissent percevoir une indemnité compensatoire en cas d’exploitation. L’Etat reste toujours propriétaire du sous-sol et de ses richesses. Pour le reste, encore un rapport de plus qui ira dans la broyeuse du ministère dirigé par l’ancien faucheur d’OGM …

Mais ce rapport a au moins le mérite de démonter des idées reçues et de préciser certains faits économiques qui plaident en faveur d’une évaluation sinon d’une exploitation à terme de cette richesse. On découvre que près de la moitié du territoire métropolitain est potentiellement riche en méthane et son exploitation pourrait satisfaire entre 75 et 300 ans de consommation au rythme actuel soit une réserve théorique compte tenu des données géologiques disponibles de 5100 milliards de mètre-cube (180 trillions de pied-cube), à peu de chose près les mêmes réserves que la Pologne. On y apprend aussi que l’une des critiques des écologistes est une pollution éventuelle des aquifères existants. On y apprend aussi que parmi les deux million et demi de puits (pétrole ou gaz) de par le monde plus d’un million d’entre eux utilisent la fracturation hydraulique et ce depuis 1949 et le nombre d’incidents ou de pollutions à déplorer est infime mais naturellement non nul comme pour tout process industriel.

Pour ce qui est de l’impact général sur l’environnement les sages du Quai Conti se sont largement inspiré d’un rapport de la Royal Society paru en 2012 qui a abouti à l’exploitation de méthane au Pays de Galle dès cette année 2013 ( http://royalsociety.org/uploadedFiles/Royal_Society_Content/policy/projects/shale-gas/2012-06-28-Shale-gas.pdf ). En somme un cahier des charges approprié et respecté permettrait d’éviter tout incident majeur en cours d’exploitation.

Les sages insistent sur la renaissance de l’industrie nord-américaine favorisée par une énergie bon marché et accessible et on découvre, si comme moi on n’était pas suffisamment informé, que la France importe la quasi totalité des hydrocarbures dont elle a besoin à part quelques milliers de barils de pétrole extraits dans le bassin Parisien, l’exploitation de Lacq qui avait débuté en 1951 ayant été définitivement arrêtée le 14 octobre 2013. Les sages rappellent à ce propos les nombreuses difficultés rencontrées à Lacq en raison de la forte teneur en hydrogène sulfuré qui fit d’ailleurs que la SNPA, l’ancêtre de Total, devint un gros producteur de soufre !

D’autres faits mentionnés par les sages : La facture énergétique de la France s’élève à 60 milliards d’euros par an, l’énergie nucléaire permet au pays d’économiser 20 milliards d’euros par an en devises. Les énergies renouvelables sont encore loin d’atteindre leur but ultime qui est de ralentir la production de gaz carbonique puisque ces énergies sont diluées et intermittentes ce qui oblige les fournisseurs d’électricité à produire de l’électricité à partir de gaz naturel pour pallier à ces inconvénients. Le développement des énergies renouvelables s’accompagne donc paradoxalement d’une augmentation de la consommation d’hydrocarbures. La remarque des sages, qui ne fait que reprendre un certain nombre d’autres études, constitue donc un véritable pavé dans la mare verte et tranquille des écologistes campés sur leurs certitudes idéologiques totalement déconnectées des réalités économiques … et environnementales ! Les sages insistent aussi sur le fait que le programme gouvernemental de réduction de la part du nucléaire dans le paysage énergétique français ne pourrait se faire qu’en exploitant le méthane du sous-sol français car ce serait proprement intenable économiquement, à moins de rouvrir des mines de charbon mais on n’en est pas encore là d’autant plus que les cours internationaux du charbon ont chuté depuis que les USA bradent le leur.

Une autre bête noire des écologistes est l’ « énorme consommation d’eau » nécessaire à la fracturation des roches mères susceptibles de contenir du méthane. Là encore c’est un florilège d’idées reçues qui est battu en brêche. Pour extraire 1 giga joule (ou 1 Million de Btu, british thermal unit) il faut entre 2 et 20 l d’eau pour une exploitation gazière conventionnelle, de 30 à 80 litres pour le gaz par fracturation et de 20 à 120 litres pour le charbon. Pour les biocarburants il faut environ 1000 litres par giga joule. Vive les biocarburants, c’est bon pour les ressources en eau ! Pour remettre ces grandeurs à leur place, il faut 15000 m3 d’eau par an pour une exploitation par fracturation. La ville de Paris consomme 200 millions de m3 par an et un terrain de golf trois étoiles 90000 m3 … Pour les risques sismiques induits, les Anglais ont réalisé des études détaillées et ne considèrent pas ce point précis comme un danger.

Comme tous les rapports celui-ci terminera sa carrière sous la poussière et l’économie française déjà bien chancelante finira aussi en poussière.