Prescrire des statines : 50 % de diagnostics erronés !!!

Il y a quelques jours j’ai disserté sur ce blog du danger qui guette l’humanité au sujet de la surconsommation d’antibiotiques. J’avais aussi abordé sur ce blog le problème de la prescription inconsidérée des statines et des directives des organismes de santé publique qui abaissent le seuil d’alerte du cholestérol dans le sang pour le plus grand bénéfice des laboratoires pharmaceutiques en dépit des effets secondaires de ces produits. J’ai écrit 6 billets relatifs aux statines et mes lecteurs peuvent les retrouver en utilisant l’onglet recherche sur le site de ce blog.

Les statines sont des inhibiteurs d’un enzyme impliqué dans la synthèse du cholestérol essentiellement au niveau du foie, l’HMG-CoA-réductase (HMGCR). Et le cholestérol, le « mauvais », celui qui est véhiculé dans le sang par les lipoprotéines de faible densité (LDL), est considéré comme un facteur à risque pour le développement des plaques d’athéromes dans les artères pouvant conduire à de graves problèmes cardiaques. Quand un médecin requiert une analyse sanguine celle-ci précise maintenant le cholestérol lié à des lipoprotéines de haute densité (HDL) et celui lié à des LDLs. Les LDLs sont constituées d’une protéine monstrueuse comprenant une chaine polypeptidique de 4563 acides aminés qui se recouvre littéralement de molécules de cholestérol (illustration) et d’autres lipides pour que ces derniers parviennent aux cellules qui en ont besoin pour toutes sortes de fonctions. Cette protéine est l’apolipoprotéine B (ApoB) et elle est synthétisée également dans le foie et dans une moindre mesure au niveau des intestins.

Le corps médical et les biologistes ne se sont pas vraiment intéressé à la quantité d’ApoB dans le sang comme éventuel facteur de risque de maladies cardiovasculaires mais la situation est en train de changer et elle réserve des surprises. C’est une étude dirigée par le Docteur Brian Ference paru dans le numéro du mois de septembre du JAMA (JAMA (2017), 318(10), 947-956) qui vient de semer le trouble dans les certitudes acquises au sujet des LDLs, du cholestérol et des statines.

Au niveau du foie et du sang le cholestérol est transféré depuis les HDLs sur les ApoBs des LDLs par une autre protéine appelée CETP, acronyme de cholesteryl ester transfer protein. L’étude parue dans le JAMA s’est penchée sur les dossiers médicaux de 189539 personnes entre les années 2011 et 2015, période durant laquelle 62240 cas de problèmes de coronaires ont été identifiés. Elle a fait ressortir qu’en réalité le problème du cholestérol sanguin ne résidait pas seulement au niveau des LDLs mais aussi et surtout au niveau de la quantité d’ApoB retrouvée dans le sang car il s’agit d’une mesure directe du nombre de LDLs dans le sang et non plus seulement de la quantité de cholestérol liée à ces LDLs.

L’étude a montré que des variants du gène codant pour la CETP avaient pour résultat un nombre inférieur de LDLs dans le sang et donc un taux inférieur de « mauvais » cholestérol. De ce fait ces sujets étaient moins enclins à développer des problèmes cardiovasculaires. Par contre ils ont aussi repéré des sujets dont l’HMG-CoA-réductase (HMGCR) était sous-exprimée et bien que ces patients présentent un taux affaibli de LDLs ils n’étaient pas pour autant à l’abri d’un accident cardiaque bien qu’ayant par ailleurs un taux d’ApoB normal.

C’est un peu compliqué mais il apparaît donc que pronostiquer un risque de maladie cardiovasculaire en se basant uniquement sur la teneur en cholestérol lié aux LDLs s’avère être erroné. Le corps médical prescrit des statines alors que cette prescription n’a pas lieu d’être pour près de 50 % des patients selon cette étude et a contrario des patients présentant un taux normal de LDLs mais un taux élevé d’ApoB – qui n’est pas recherchée dans les échantillons sanguins – présentent de ce fait des risques élevés de problèmes cardiovasculaires ! Il n’existe pas de produits pour moduler la production d’ApoB. Certaines molécules chimiques sont en cours de développement pour contrecarrer l’activité de la CETP mais pour certaines d’entre elles les essais cliniques en phase III ont dû être abandonnés en raison d’effets indésirables sur la tension artérielle. Les laboratoires pharmaceutiques uniquement motivés par l’appât du gain se sont à l’évidence fourvoyés avec les statines – 50 % de mauvais diagnostics c’est beaucoup – et maintenant ils tentent de rattraper leur dérapage en se focalisant sur les ApoBs, où est l’honnêteté éthique et déontologique dans cette affaire de statines ?

Sources : JAMA et Science magasine (www.sciencemag.org). Illustration LDL avec sa monstrueuse protéine en jaune recouverte de lipides (violet) et de cholestérol (bleu).