L’ablation des amygdales : un geste chirurgical abusif et inutile

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Dans la rubrique des pratiques médicales abusives ou injustifiées pour le plus grand malheur des patients mais le plus grand bonheur du corps médical (qui s’enrichit au passage) il y a l’ablation des amygdales. Sous prétexte qu’un enfant se plaint « trop » souvent de maux de gorge et que ses amygdales sont rouges et enflées le médecin généraliste ou à défaut le spécialiste préconisent l’amygdalectomie et les parents sont contents. De toutes les façons c’est la couverture sociale qui paie au moins dans la plupart des pays de l’OCDE, c’est-à-dire l’impôt.

Pendant des siècles les médecins ont pratiqué des saignées pour améliorer la santé des patients, pratique qui n’a jamais pu être justifiée scientifiquement. Ce geste totalement stupide était encore pratiqué dans les armées alliées durant la Grande Guerre jusqu’en 1915 pour « soulager » les soldats gazés dans les tranchées qui étaient moribonds et dont l’issue incertaine était tout simplement accélérée par une saignée supposée calmer leur bronchite provoquée par les gaz de combat comme par exemple l’ypérite.

L’ablation des amygdales relève du même obscurantisme des médecins qui se fiaient à des pratiques décrites dans les vieux grimoires de l’époque romaine. Claude Galien (Claudius Galenus, 121-201) qui formalisa la médecine de son époque par des écrits qui ont été considérés comme ayant une valeur scientifique irréfutable pendant des siècles était en faveur d’une ablation de la partie visible des amygdales. Cinq siècles plus tard Paulus Aegineta (625-690) un autre médecin auto-proclamé décrivit en détail l’ablation totale des amygdales, la partie visible de ces organes lymphoïdes appelées amygdales pharyngiennes ou encore végétations adénoïdes ou tonsilles, en un mots celles que l’on voit de part et d’autre de la luette. En 1509 le célèbre Ambroise Paré préconisa à nouveau ce type d’intervention. Au XIXe siècle ce geste chirurgical violent et douloureux – l’anesthésie n’existait pas encore – semblait réservé aux amygdales hypertrophiées qui gênaient la respiration et la déglutition. Mais les progrès de la chirurgie et surtout l’apparition de l’usage de produits anesthésiques au cours de la première guerre mondiale rendirent ensuite sa popularité à l’ablation des « végétations ».

Combien de fois ai-je entendu dans mon enfance le médecin dire à mes parents « ce petit a trop souvent mal à la gorge il faudra lui enlever les végétations ». En effet les amygdales, celles que l’on voit et celles que l’on ne voit pas (sous la langue et au niveau de la partie postérieure des fosses nasales), sont le premier rempart contre les infections. Depuis de nombreuses années, quand j’ai mal à la gorge, je me gargarise avec du rhum de l’île de Marie-Galante (59 degrés) et le mal disparaît en moins de 24 heures …

Pourquoi j’écris ce billet polémique, tout simplement parce que de nombreuses études réalisées sur des dizaines de milliers de cas et rassemblées par l’Institut Cochrane ont été confirmées par un dernier article paru dans le British Journal of General Practice (voir le lien en fin de billet) qui montrent sans ambiguïté que l’ablation des amygdales est totalement inutile et est fondée sur aucune évidence ni scientifique ni médicale. Aucune différence significative n’apparaît clairement au niveau de la récurrence des « maux de gorge » entre les groupes témoins et les groupes ayant subi une amygdalectomie. Si différences il y a elles relèvent des erreurs statistiques. Les études ont rassemblé 1630807 enfants de 0 à 15 ans entre 2005 et 2016. L’efficacité a été difficilement montrée pour 0,25 % des cas. Seules 2144 cas d’ablation des amygdales s’est révélée justifiée car leur hypertrophie provoquait des difficultés de déglutition ou de respiration. Ce geste médical est donc en majeure partie une « mode » exactement comme les saignées autrefois sans aucuns bénéfices tangibles pour la santé ou le confort.

Inspiré d’un article paru sur le site The Conversation et aussi : doi : 10.3399/bjgp18X699833 , illustration The Conversation