Un virus des plantes pathogène pour les abeilles, du jamais vu !

On connait les virus de la grippe qui est transmissible des oiseaux aux porcs et à l’homme. Il y a aussi le virus du Sida dont le réservoir naturel est le singe. L’hôte du virus Ebola serait la chauve-souris mais jamais on n’avait décrit un virus de plante qui devienne pathogène pour un insecte, en l’occurrence l’abeille Apis millifera. C’est ce que viennent de découvrir des équipes de biologistes chinoises et américaines travaillant en collaboration pour élucider les diverses causes de la mortalité des abeilles. Il faut rappeler que ces recherches intenses sont justifiées par le fait que les abeilles pollinisent près de cent cultures d’importance économique représentant un chiffre d’affaire (uniquement aux USA) de près de 15 milliards de dollars !

On sait que certains insecticides notamment de la famille des néonicotinoïdes contribuent à la mortalité des abeilles et on a récemment découvert des synergies entre ces insecticides et des pesticides utilisés par les apiculteurs pour combattre le varroa ou encore les moisissures qui peuvent envahir les ruches. Ces synergies ont été décrites dans un récent article de PlosOne (voir le lien en fin de billet) qui mentionne également pour la première fois un effet toxique d’un des composants des formulations des pesticides, en particulier le N-methyl-2-pyrrolidone, supposé jusqu’à ce jour comme « inerte ». Or ce n’est pas le cas puisque ce produit est toxique pour le couvain.

Ce qu’on ignorait par contre jusqu’à ce jour c’est la pathogénicité du TRSV (acronyme de Tobacco Ring Spot Virus) chez les abeilles. On suspectait que le virus était transmis de plante à plante, pas seulement le tabac puisque ce virus attaque une bonne soixantaine de plantes différentes, par les pucerons, les nématodes mais aussi les abeilles. Ce virus provoque des taches de chlorose qui réduisent la photosynthèse dans les feuilles et affaiblit la plante. Mais la découverte de la multiplication d’un virus normalement phytopathogène dans toutes les parties du corps de l’abeille en particulier dans les ailes, les antennes, les nerfs et l’hémolymphe (le sang des insectes) à l’exception des glandes salivaires et du tube digestif bouscule complètement les a priori de la virologie. Comme on pouvait s’y attendre le même virus a été aussi retrouvé dans le tractus digestif du varroa qui se nourrit de l’hémolymphe de l’abeille.

Parmi dix ruches examinées au cours de l’étude, six ont été entièrement détruites par le virus et les 4 autres ont été affaiblies au point de ne plus pouvoir prospérer correctement sans aucune autre cause pouvant expliquer ce déclin. Le TRSV est un virus à ARN relativement complexe et bien adapté pour être un pathogène des plantes comme par exemple le soja, l’une des cultures les plus affectées, et pour devenir pathogène chez un insecte il doit s’adapter génétiquement afin de pouvoir pénétrer à l’intérieur du nouvel hôte puis infecter les cellules de cet hôte, pouvoir se multiplier à l’intérieur des cellules infectées et enfin être capable de se répliquer dans différents types de cellules, les ailes, les pattes, l’hémolymphe. Ca fait beaucoup de conditions mais comme tous les virus à ARN, comme ceux de la grippe aviaire ou porcine, la fréquence de mutation est très élevée et l’adaptation à un nouvel environnement extrèmement rapide. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un jour ou un autre la transmission d’homme à homme des virus de la grippe aviaire apparaîtra inévitablement à la suite d’une infime mutation génétique.

Si le TRSV, comme d’autres virus spécifiques de l’abeille, peut contribuer à la disparition des colonies d’abeilles, ce dernier phénomène particulièrement alarmant reste encore largement inexpliqué et très probablement multifactoriel. Il n’en reste pas moins que cette étude constitue la première description du transfert d’un agent pathogène du règne végétal vers le règne animal.

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http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0077547

 

Abeilles : encore des preuves contre les pesticides !

J’avais mentionné dans un précédent billet que les bourdons importés pour polliniser les cultures sous serres ne répondaient pas toujours aux critères sanitaires imposés par les règlements en vigueur et que compte tenu du surcoût que représentait une inspection sanitaire détaillée, celle-ci était tout simplement négligée. Tant pis pour les bourdons mais surtout tant pis pour les abeilles qui, exposées aux bourdons infectés, contractent diverses maladies dont des bactéries détruisant le tractus intestinal des ouvrières et des butineuses sans épargner la reine et mettant en danger la survie de la ruche. L’un des parasites transporté par les bourdons est le Nosema spp. apis, un parasite unicellulaire classé parmi les champignons qui affaiblit les butineuses à tel point qu’elles ne peuvent plus revenir à la ruche. On a attribué ce comportement des butineuses à l’abus de pesticides, mais on comprend ainsi que le déclin inexorable des abeilles est multifactoriel. La sensibilité des abeilles aux parasites est exacerbée par les pesticides mais jamais une étude détaillée n’avait été vraiment conduite pour le prouver sur le terrain.

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C’est ce que vient de publier une équipe de biologistes de l’Université du Maryland à College Park. L’étude a été effectuée avec des ruches placées au milieu de cultures maraîchères et fruitières variées, comprenant des amandiers, des pommiers, cassis et canneberge ainsi que des concombres, pastèques et courges. Cette étude a été réalisée dans plusieurs Etats dont la Californie, le New-Jersey, le Delaware ou encore la Pennsylvanie. D’une part l’analyse des pollens ramenés à la ruche par les butineuses a montré qu’ils contenaient tous des pesticides et parfois jusqu’à trente pesticides différents comprenant des fongicides, des insecticides et même des herbicides pour un quart des échantillons de pollens analysés. Je n’ai pas l’intention d’ennuyer mes lecteurs mais il semble intéressant de noter les diverses familles de pesticides trouvés parfois à des doses supérieures à celles dites sub-létales. Dans l’énumération qui suit, les données entre parenthèse représentent le pourcentage d’échantillons de pollen contaminés par le pesticide en question : oxadiazines (10,5), néonicotinoïdes (15,8), carbamates (31,6), cyclodiènes (52,6), formamidines (52,6), organophosphates (63,2) et pyréthroïdes (100). Ca fait carrément peur surtout quand on sait que tous ces produits aux noms évocateurs se retrouvent dans le miel avec lequel on fait des tartines au petit déjeuner pour nos enfants et petits-enfants. Sans vouloir abuser de la patience de mes lecteurs il faut tout de même mentionner que huit fongicides différents ont été détectés dont un, le chlorothalonil, à une dose quatre fois supérieure à la dose sublétale admise (LD50) et 21 insecticides différents pratiquement tous présents à des doses supérieures à la LD50 en particulier les pyréthroïdes et les néonicotinoïdes. Pire encore, dans une étude séparée pour déterminer ceux parmi les pesticides détectés dans le pollen lesquels pouvaient avoir une incidence sur l’infection des abeilles par le Nosema, 22 d’entre eux (parmi les 35 détectés) augmentaient significativement le risque d’infection et en particulier le chlorothalonil, le résidu le plus abondant trouvé dans tous les pollens étudiés et qui est pourtant un fongicide. Un autre fait marquant révélé par cette étude est la tendance des abeilles à récolter le pollen des cultures qu’elles « connaissent » comme celui des amandiers ou des pommiers et à ne récolter que le nectar des autres cultures en particulier de la canneberge, mais pas pour les concombres, les citrouilles ou les pastèques, et se contenter de récolter le pollen des fleurs sauvages se trouvant près des champs cultivés. Cette observation précieuse montre que ce ne sont pas nécessairement les pesticides répandus sur les cultures qui nuisent aux abeilles mais ces mêmes pesticides se trouvant « par erreur » sur les fleurs sauvages et transportés par le vent lors des applications par pulvérisation. On comprend dès lors la nécessité pour les agriculteurs de respecter des règles très strictes lors des applications de pesticides afin de préserver la viabilité des abeilles, comme par exemple l’absence totale de vent. Enfin, l’effet délétère des fongicides tels que le chlorothalonil ou la pyraclostrobine sur la susceptibilité des abeilles au Nosema constitue un fait nouveau. Ce genre de situation n’avait été observé qu’avec l’utilisation de pesticides dirigés contre le varroa. Les biologistes auteurs de cette étude parue dans PlosOne insistent aussi sur le fait que les divers pesticides retrouvés dans le pollen à des doses incroyablement élevées puissent agir en synergie pour finalement détruire les ruchers en peu de temps. Si les abeilles pouvaient (encore) parler, elle remercieraient chaleureusement les chimistes qui n’ont aucun état d’âme sinon de réaliser des profits … après les abeilles le déluge, ou plutôt non, la famine … 

Source: PlosOne, crédit photo: Université du Maryland

Pauvres abeilles

 

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Les abeilles et bien d’autres insectes pollinisateurs sont déjà malmenés par les insecticides systémiques notamment utilisés dans l’enrobage des semences comme les néo-nicotinoïdes, j’en ai parlé dans un précédent billet. Le Fipronil est aussi enfin banni dans toute l’Europe depuis ce mardi mais curieusement les Anglais se sont abstenus par deux fois quand les Européens ont pris ces décisions et pourtant le déclin des populations d’abeille outre-Manche est tout aussi catastrophique qu’en Europe continentale. En Grande-Bretagne, comme les deux tiers des cultures ont besoin d’insectes pollinisateurs pour qu’on puisse avoir par exemple des fruits, des tomates, des melons, des haricots verts, des petits pois, ou encore des aubergines et bien d’autres productions maraîchères les producteurs importent des bourdons qu’ils lâchent dans les serres afin d’effectuer la pollinisation. Il existe une réglementation très stricte sur l’état sanitaire des bourdons importés, un business très florissant, afin qu’ils ne répandent pas de maladies parasitaires. Mais les marchands de bourdons, si on peut parler ainsi de cette corporation peu banale, ne sont pas très regardants et les documents d’exportation sont remplis sans qu’ils aient vérifié dans le détail l’état de santé de ces utiles petites bêtes. Un test ADN pourrait pourtant être effectué rapidement et efficacement pour déterminer la présence de parasites ou de virus, mais ça coûte cher (environ 5000 dollars) et les marchands de bourdons ne le font pas et se contentent d’un examen à la va-vite à la loupe sur quelques bourdons et le tour est joué. Les importateurs ne sont pas trop regardants aussi. Plus des deux tiers des colonies de bourdons importées sont infectées par des champignons transmissibles aux abeilles comme les Nosema, les Ascosphaera, un autre champignon microscopique qui détruit les couvains ainsi qu’une bactérie fatale également pour ces mêmes couvains (Paenibacillus) et enfin un virus qui provoque une atrophie des ailes. Bref, c’est comme si on voulait éradiquer les abeilles et les bourdons en répandant sur le marché des insectes malades pour tuer le peu qui reste en bonne santé, déjà affaibli par les insecticides. Normalement la directive européenne 2003/881/CE enjoint les importateurs de bourdons à exiger un certificat sanitaire approuvé par les autorités douanières mais le laxisme est de mise : comment contrôler plus d’un million de nids de bourdons chaque année voyageant de par le monde et finissant dans les serres à fruits et légumes, dont 50000 en Grande-Bretagne ? La tâche est tout simplement impossible malgré l’enjeu économique car la disparition concomitante des abeilles constituerait une catastrophe économique à grande échelle. On peut au moins, en conclusion, féliciter les écologistes professionnels anglais qui ont pris la peine de lancer cette alarme …

Source : J. Applied Ecology, photo : Wikipedia

Comment le « Gaucho » tue les abeilles : le voile enfin levé !

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Le néonicotinoïde imidacloprid, un insecticide matière active du Gaucho. est considéré comme un neurotoxique puisqu’il est connu pour agir sur les récepteurs de l’acétylcholine, neurotransmetteur essentiel. De plus les néonicotinoïdes sont systémiques, c’est-à-dire qu’ils se répandent dans toute la plante. Cette remarque est importante puisque toutes les parties aériennes de la plante, dont les fleurs, le nectar et le pollen deviennent toxiques pour les insectes butineurs. Cependant, les quantités retrouvées sont tellement infimes que les fabricants de néonicotinoïdes ont utilisé cet argument pour affirmer – et on va le constater à tort – leur innocuité pour les populations d’abeilles en réorientant leurs arguments vers d’autres causes comme les virus ou d’autres parasites. Je me suis intéressé dans mon blog sur ce point particulier en ne mâchant pas mes propos : il suffit d’entrer « abeilles » dans l’onglet recherche pour retrouver mes billets. Puisque les néonicotinoïdes sont des neurotoxiques, le débat est-il clos ? Il n’en est rien, bien au contraire, et c’est même inquiétant à la vue des résultats qui viennent d’être publiés dans la revue PlosOne datée du 2 juillet obtenus par une équipe de biologistes de l’Université de Nottingham en Grande-Bretagne. Si l’imidacloprid est un neurotoxique, il est également un puissant perturbateur de l’expression des gènes, et en particulier des larves des abeilles, ce qui est beaucoup plus grave qu’on ne le supposait. L’étude a été réalisée minutieusement en mettant dans la hausse d’une ruche du sirop de sucre contenant 2 microgrammes d’imidacloprid par litre pendant quinze jours et en comparant l’expression des gènes et les profils des acides gras des larves avec celle d’une ruche témoin. C’est grâce à la puissance d’analyse des machines modernes que la découverte a pu être obtenue en analysant 300 ARN messagers de transcription différents et en analysant finement par spectrographie de masse couplée à un chromatographe en phase liquide les acides gras que l’effet de l’imidacloprid sur l’expression des gènes a pu être montré de manière non équivoque. L’expression de certains gènes est altérée et l’inverse a aussi été noté. Par exemple l’enzyme P450 impliqué dans de nombreux processus de détoxification est sur-exprimé, on pouvait un peu s’y attendre, mais d’autres enzymes du métabolisme central des sucres ou des acides gras voient leur expression complètement modifiée conduisant à un développement défectueux et à la mort des larves comme à une espérance de vie abrégée des abeilles adultes par une fragilisation de leur activité musculaire puisque le métabolisme des sucres est altéré, non pas au niveau des activités enzymatiques elles-mêmes mais de l’expression des gènes correspondants. Puisque les activités enzymatiques n’ont pas été isolément étudiées, une analyse des acides gras des larves a permis de corréler ces perturbations avec le profil des acides gras (voir les figures 2 et 4 de l’article de Kamila Derecka et al.) profondément modifié dans le cas de l’exposition à l’imidacloprid. Les auteurs de cette étude parfaitement documentée en déduisent que les néonicotinoïdes non seulement tuent en raison de leurs propriétés neurotoxiques mais également en perturbant l’expression des gènes et donc l’ensemble du métabolisme des abeilles, une observation jusque là inconnue qui explique parfaitement l’affaiblissement des ruchers même en présence de traces infimes de produit. Cette mauvaise santé induite rend les abeilles plus sensibles à d’autres facteurs de stress. Les auteurs insistent sur le fait que l’on pourrait assister à brève échéance à l’extinction pure et simple des insectes pollinisateurs. Quant à l’effet de l’imidacloprid sur les abeilles adultes, le fait qu’elles tardent à revenir dans la ruche peut parfaitement s’expliquer par une perturbation du métabolisme énergétique, les abeilles se fatigant tout simplement plus rapidement, comme l’analyse des ARN messagers des larves l’a clairement montré. Les néonicotinoïdes sont autorisés dans 120 pays et représentent aujourd’hui près du tiers de tous les insecticides utilisés, afin de préserver les insectes pollinisateurs, dont les abeilles, il est urgent de décider de leur totale interdiction sur l’ensemble de la planète quoique puissent en penser les agro-chimistes dont les mensonges répétés commencent à devenir insupportables surtout en regard de ces nouveaux résultats, car pourquoi ces substances n’auraient-elles pas aussi un effet analogue chez les vertébrés dont l’homme ? Sur la photo, les larves que l’on voit dans les alvéoles sont condamnées à une mort lente …

 

Lien vers l’article :

http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0068191

Abeilles, suite …

Comme je le mentionnais dans un précédent billet, trois néonicotinoïdes ont été en partie interdits pendant deux ans après un vote houleux et non « qualifié » de la Commission Européenne. Sans attendre l’UIPP, pour les non initiés L’union des industries de la protection des plantes c’est-à-dire les chimistes, a fait savoir que cette décision relevait d’une nouvelle utilisation excessive du principe de précaution (sic) et la FNSEA s’est jointe aux jérémiades de l’UIPP. C’est presque à pleurer de voir avec quelle absence de la plus élémentaire honnêteté ces deux organisations plus ou moins syndicales ont réagi justement en argumentant dans la direction par laquelle elles se sont mises en défaut pour n’avoir pas pris les précautions nécessaires quand ces produits ont été commercialisés. Or l’AMM est délivrée par des organismes supposés impartiaux et indépendants, et je dis bien supposés parce que tout un chacun connaissant cette industrie sait que ce n’est pas le cas : les scribouillards qui examinent les demandes d’AMM sont corrompus avant même d’avoir ouvert les dossiers d’autorisation constitués de rapports et d’études totalement bidon du genre Séralini. Le mépris total que ces organismes (UIPP et FNSEA pour la France) manifestent est scandaleux. Sous prétexte de promouvoir à grands renforts de publicité mensongère « l’agriculture raisonnée » en faisant de leur argumentation clé l’utilisation de moindres quantités de pesticides dans les parcelles cultivées, je le mentionnais dans mon précédent billet, ces organismes mentent tout simplement en méprisant toute éthique scientifique pourtant à la base de l’honnêteté sans ordonner d’études complémentaires, d’une part, mais surtout en méprisant ou feignant d’ignorer le retour d’expérience des apiculteurs ou d’autres organismes académiques comme le spipoll (http://www.spipoll.org) qui a mis à contribution des dizaines de milliers d’observateurs pour effectuer un suivi des insectes pollinisateurs. De qui se moque-t-on ? C’est la question qui doit être posée. Certes je suis dubitatif quant à la validité du principe de précaution qui peut constituer une sérieuse entrave au progrès scientifique et technique, je suis également opposé aux campagnes tonitruantes des écologistes à propos de tout et n’importe quoi (ils ne manqueront pas de s’approprier le vote mitigé de la Commission européenne à leur profit) mais je persiste dans mon argumentation en criant haut et fort que la très puissante industrie chimique n’a qu’un souci, faire des profits sans se soucier à aucun moment de la santé humaine et de la santé animale, je veux parler ici des abeilles …

Néonicotinoïdes : la mauvaise foi des agro-chimistes !

Beekeepers report higher loss rates In bee population

Crédit photo : Guardian

Des rumeurs de plus en plus insistantes font état de l’usage d’armes chimiques en Syrie, nommément du Sarin ou peut-être du Tabun, et tant Israël que les USA parlent de ligne rouge à ne pas franchir. Mais pour les insectes pollinisateurs, l’usage de neurotoxines n’a pas l’air d’alarmer les politiciens qui sont susceptibles d’être au service des citoyens, ces derniers se déclarant à plus de 70 % contre l’usage des néonicotinoïdes commercialisés par Syngenta et Bayer. Toutes les études réalisées par des milliers de scientifiques universitaires en collaboration avec les apiculteurs de nombreux pays ont montré que les néonicotinoïdes désorientaient les butineuses conduisant à la mort certaine de la ruche. Comme pour l’industrie pharmaceutique (voir : http://www.contrepoints.org/2013/04/27/122835-bad-pharma-le-cote-sombre-de-lindustrie-pharmaceutique ) l’industrie phytosanitaire falsifie les études réalisées à l’emporte-pièce sur de courtes périodes et avec des données statistiques truquées. Aucune étude sur le long terme n’a été sérieusement conduite avec les néonicotinoïdes utilisés entre autres usages pour l’enrobage des semences et efficaces à des doses terrifiantes de quelques grammes à l’hectare, comme le sarin ou le tabun dont quelques microgrammes suffisent pour tuer un homme. Quand ces molécules ont été mises au point, les chimistes ont clamé haut et fort qu’enfin l’agriculture devenait propre et respectueuse de l’environnement puisque les quantités de pesticides utilisées étaient infinitésimales. C’est un argument fallacieux qui nie le fait que les insectes, et pas seulement les abeilles, sont exterminés avec des quantités extrèmement faibles de ces produits, très inférieures au milliardième de gramme ! Des quantités même plus décelables dans l’environnement, mais encore létales pour les abeilles, les bourdons et autres insectes pourtant essentiels pour assurer la production agricole correcte de plus de 70 % des denrées alimentaires. Là où la mauvaise foi des chimistes atteint une ligne rouge, pour reprendre les termes des politiciens à propos des neurotoxines de combat, c’est que leurs arguments de marketing reposent justement sur ces très faibles quantités utilisées. Or, ils n’ont jamais réalisé d’études de toxicité avec de tels ordres de grandeur puisqu’elles sont tout simplement irréalisables en laboratoire et si elles l’étaient seraient extrèmement coûteuses, seuls les innombrables retours d’observation in situ ont permis d’incriminer sans ambiguité l’impact de ces néonicotinoïdes sur les rûchers. Et comme pour en rajouter une couche, ces chimistes avancent l’argument encore plus malhonnête que les dites neurotoxines sont utilisées principalement sur des cultures qui ne nécessitent pas d’insectes pollinisateurs comme le blé, l’orge, l’avoine ou le maïs hybride F1. C’est une prouesse de mauvaise foi de la part des laboratoires pharmaceutiques comme Servier pour le Mediator, comme Merck pour le Vioxx et aujourd’hui comme Bayer ou Syngenta pour les néonicotinoïdes.

Ce n’est pas à la Commission Européenne de statuer comme elle doit le faire demain 29 avril sur un moratoire de deux ans (ridicule!) sur l’usage de ces insecticides, car elle est trop perméable au lobbying intense de ces géants de la chimie, c’est au moins au Parlement de Strasbourg de se saisir de ce dossier ou mieux encore de consulter l’ensemble de l’Union Européenne par référendum pour oui ou non laisser agir ces criminels en toute impunité.

Lien : http://www.guardian.co.uk/environment/2013/apr/28/europe-insecticides-ban-save-bees

Mortalité des abeilles, on en est encore au point zéro.

 

En appliquant des méthodes éprouvées d’épidémiologie appliquées en santé humaine ou animale, des entomologistes de l’Université de Caroline du Nord à Raleigh ont mis en évidence une maladie indépendante des virus qui déciment les abeilles et également du Varroa. Il s’agit du syndrome idiopathique de la maladie du couvain (en anglais Idiopathic brood disease syndrome, IBDS) au cours duquel les larves semblent avoir fondu au fond des alvéoles ou s’être desséchées et ce syndrome est aussi associé à un « événement » concernant la survie de la reine qui devient incapable de pondre correctement et finit par mourir, mettant en danger la colonie. Indépendamment des affections virales, ce syndrome conduit à la mort de la colonie puisque la population d’abeilles, ouvrières et butineuses, n’est plus normalement renouvelée  Les colonies étudiées mouraient avant le pic d’infestation par le Varroa (septembre-octobre) et n’ont pas pu être corréllées avec les viroses courantes et bien connues des apiculteurs. Il s’agit donc bien d’un syndrome sans lien avec ces derniers facteurs de disparition des ruchers (virus et Varroa) directement lié à la mortalité de la reine, ce dernier cas étant normalement pris en charge par les ouvrières pour obtenir une nouvelle reine aussi rapidement que possible.

Comme je ne suis pas apiculteur ni entomologiste de formation, je ne peux pas aller plus avant dans mon billet et je laisse à mes lecteurs (apiculteurs) le soin de lire l’article cité en référence. Cependant cette étude ouvre une porte vers la compréhension du phénomène multifactoriel de la disparition des abeilles qui contribuent à la pollinisation de 35 % des cultures vivrières dans le monde en appliquant les règles strictes d’une approche épidémiologique classique. Reste maintenant à déterminer les causes primaires de l’IBDS, si par exemple certains pesticides en seraient la cause directe ou indirecte.

Source : http://www.cals.ncsu.edu/entomology/apiculture/pdfs/vanEngelsdorp_et.al.2012b%20copy.pdf

Abeilles: conclusions inquiétantes de l’EFSA sur l’impact des pesticides

 

BRUXELLES – La Commission européenne pourrait proposer d’interdire l’utilisation de certains pesticides après les conclusions inquiétantes rendues mercredi par l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sur leur impact létal pour les abeilles.

L’EFSA a rendu mercredi des conclusions inquiétantes sur l’impact de trois types de produits sur le nectar et le pollen, a expliqué Frédéric Vincent, porte-parole de Tonio Borg, commissaire européen en charge de la Santé et des Consommateurs.

Il a indiqué que cet avis avait été demandé par la Commission.

Une lettre va être adressée cette semaine au groupe allemand Bayer et au suisse Syngenta, qui produisent les pesticides comportant les trois néonicotinoïdes incriminés –clothianidin, imidacloprid et thiamethoxam–, notamment le Cruiser OSR, pour leur demander de réagir à ce rapport, a annoncé M. Vincent, précisant que les deux groupes avaient jusqu’au 25 janvier pour répondre.

D’autre part, la Commission européenne a décidé d’inscrire le sujet à l’ordre du jour de la réunion du comité permanent de l’UE en charge de ces questions prévue le 31 janvier. La Commission, avec les Etats membres, prendra les mesures qui s’imposent, a conclu le porte-parole.

Des Etats membres ont déjà pris des mesures au plan national. La France a ainsi retiré le 29 juillet l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du Cruiser OSR utilisé en traitement de semence pour le colza. Reste son usage pour le maïs qui, bien que contesté, n’a pas été à ce stade définitivement banni.

L’Italie et l’Allemagne interdisent l’usage des pesticides incriminés seulement pour le maïs, les Pays-Bas pour traiter les plantes qui attirent les abeilles, et la Slovénie pour toutes les plantes.

L’idée de la Commission européenne est d’arrêter une ligne de conduite au niveau de l’UE et d’aller si nécessaire vers une interdiction des produits incriminés.

Au fil des ans, les études scientifiques ont permis d’établir que les pesticides dits systémiques ou néonicotinoïdes ont bien un impact létal sur les abeilles, qu’ils désorientent, au point que certaines ne savent plus revenir à leurs ruches. En une quinzaine d’années, leur mortalité est passée de 5 à 30%.

Les apiculteurs ont déjà obtenu le retrait du Régent et du Gaucho (Bayer). Les fabricants insistent de leur côté sur l’impact économique de la suppression de leurs pesticides.

L’entreprise est prête à coopérer avec la Commission européenne et les Etats membres de l’UE et à développer des solutions pragmatiques pour aborder les lacunes en termes de données évoquées par l’EFSA, a réagi le groupe allemand dans un communiqué.

Sa division d’agrochimie, Bayer CropScience, rappelle que les nombreuses données rassemblées par le groupe ont été examinées par l’UE et les Etats membres et confirment que ses produits ne présentent aucun risque inacceptable.

Nous sommes convaincus que les nouvelles conclusions de l’EFSA ne changent rien à la qualité et à la validité de cette évaluation des risques, a ajouté le groupe.

Selon lui, la recherche a montré que plusieurs facteurs expliquent le déclin de la population des abeilles, le principal étant un acarien parasite de l’espèce Varroa.

Bayer CropScience s’engage à une utilisation responsable des néonicotinoïdes et investit dans un programme destiné à réduire leurs effets sur les abeilles, a encore affirmé l’entreprise.

L’agrochimiste suisse Syngenta a de son côté vigoureusement contesté les conclusions de l’EFSA.

Il est clair pour nous que l’EFSA s’est trouvée sous pression politique pour produire une évaluation hâtive et insuffisante, a déclaré John Atkin, le directeur opérationnel de Syngenta.

Le rapport n’a pas tenu compte des études scientifiques exhaustives qui ont précédé le lancement des néonicotinoïdes, ni des rapports de surveillance effectués dans les champs sur plusieurs années, selon le groupe suisse.

Ce rapport n’est pas digne de l’EFSA et de ses scientifiques, a ajouté John Atkin.

Syngenta mettra tous les moyens à sa disposition pour défendre l’utilisation de ce type de produit, a précisé le groupe dans un communiqué.

Une interdiction des néonicotinoïdes pourrait menacer 50.000 emplois et se traduire par un perte économique de 17 milliards d’euros à travers l’Europe sur les cinq prochaines années, selon l’agrochimiste bâlois.


(©AFP / 16 janvier 2013 18h22)

On croit rêver en lisant cette dépêche d’agence pour diverses raisons que je vais tenter d’énumérer et expliquer pour mes lecteurs.

Les néonicotinoïdes commercialisés par Syngenta et Bayer sont des insecticides systémiques, c’est-à-dire qu’ils se répandent dans toute la plante par l’intermédiaire de la sève. Ils sont utilisés notamment dans l’enrobage des semences et se retrouvent donc au niveau des fleurs au moment où justement les insectes pollinisateurs, dont les abeilles, viennent récupérer le pollen et le transporter vers d’autres fleurs au cours de leur mission de collecte de nourriture pour la ruche ou le nid des bourdons (par exemple) et la présence de traces de ces pesticides va désorienter les abeilles qui ne retrouveront pas leur ruche et seront alors condamnées à une mort certaine.

Voilà un peu ce qui se passe dans la réalité. Les grandes compagnies chimiques dont la dépêche d’agence cite le nom nient la réalité en prétendant sans aucune preuve à l’appui que le peu de pesticide susceptible de se retrouver au niveau des infloraisons ne peut pas expliquer la décimation des abeilles pourtant observée par les apiculteurs. On ne peut pas dire que les apiculteurs agissent sciemment contre les chimistes, ils ont simplement observé que leurs colonies d’abeilles étaient décimées, un point c’est tout. Les grands groupes chimiques semblent ignorer quel serait le désastre résultant de la disparition des insectes pollinisateurs : chute des rendements agricoles, pénuries alimentaires pires qu’une grande sécheresse, et bien sûr une frofonde crise du monde agricole. Ces éléments sont prouvés et diverses études de prospective impartiale l’ont montré.

Si l’interdiction des néonicotinoïdes devait être décidée, et j’espère qu’elle le sera, ces entreprises prétendent que cette interdiction risquera la perte de 50000 emplois et une perte financière de 17 milliards d’euros.

Alors là, je ris à en pleurer !

Autant chez Syngenta que Bayer, au plus une centaine de personnes dans chacune des sociétés est concernée par la production de ces pesticides et disons qu’une autre centaine de personnes est concernée par la formulation et l’encapsulation des semences si ces dernières sociétés sont impliquées dans la commercialisation des semences dites enrobées. Disons 400 et j’hallucine quand ces gens-là prétendent qu’il en résulterait une perte de 50000 emplois, premier mensonge. Pour la perte financière, sachant que les profits réalisés sont incroyablement élevés (la matière active revient à une dizaine de dollars par kilogramme et est revendue sous forme d’enrobage quelques dizaines de milliers de dollars) ils font un calcul arithmétique fallacieux prenant en compte la perte qui pourrait être induite par l’interdiction de l’usage de ces produits, mais une perte de profits et non pas une perte au niveau des coûts de production puisqu’ils sont dérisoires comme je l’ai mentionné ci-dessus. C’est donc un deuxième mensonge flagrant. Les dirigeants européens préoccupés à juste titre par la protection des insectes pollinisateurs vont-ils baisser leur culotte devant les lobbyistes agressifs qui rodent dans les couloirs des instances européennes tant à Bruxelles qu’à Strasbourg ou vont-ils enfin assumer leurs responsabilités ?

A suivre …