De la salade d’algues ? Pourquoi pas …

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Plus de la moitié de l’oxygène de l’atmosphère provient du recyclage du « méchant » CO2 par les micro algues, en d’autres termes le phytoplancton. Il a fallu des centaines de millions d’années pour que notre atmosphère arrive à être composée de 20 % d’oxygène afin que nous puissions respirer sans entrave et nous devons remercier le plancton pour ce bienfait. Pourtant les algues ont une très mauvaise réputation, elles empoisonnent l’existence des aquariophiles, elle peut ruiner la saison touristique d’une station balnéaire en s’accumulant sur les plages, ce phénomène étant d’ailleurs dangereux parce qu’il produit de grandes quantités de gaz toxiques, et enfin les algues enragent les propriétaires de piscine car il est parfois difficile de s’en débarrasser. Il est vrai qu’en des millions d’années les algues se sont adapté à toutes sortes d’environnements, des plus insipides aux plus hostiles puisqu’on en trouve naturellement dans les océans mais aussi dans des lacs à la salinité extrême et plus étonnant encore tout près des geysers où la vapeur expulsée des entrailles de la Terre peut atteindre beaucoup plus de cent degrés. Les algues possèdent cet immense avantage de ne pas entrer en compétition avec les cultures traditionnelles puisqu’elles n’ont même pas besoin d’un sol pour se multiplier. Il leur faut de l’eau et du soleil !

Bien que beaucoup de peuples utilisent déjà des algues dans leur alimentation quotidienne, on pense naturellement aux mets délicats de la cuisine japonaise, notamment les sushis, mais les micro-algues sont des nouvelles venues dans l’alimentation, en particulier les spirulines (illustration ci-dessus, cliché ESA) qu’on retrouve dans certaines boissons aux fruits ou aux légumes proposées par Green Machine sous le nom de Naked ( http://nakedjuice.com/our-products/juice/green-machine ). Certains produits de cette société contiennent jusqu’à 1,3 grammes de spiruline par bouteille. Les micro-algues sont aussi très riches en acides gras dits omega-3, normal puisque dans la chaine alimentaire marine, l’apport initial en ces acides gras provient justement du phytoplancton. On a songé a ajouter dans les laits pour enfants des extraits de micro-algues puisque le lait maternel est relativement pauvre en ces mêmes omega-3. Il est difficile d’imaginer une société comme Nestlé se lancer dans une telle aventure car il pourrait y avoir une réaction négative de la part des mères de famille, leurs poupons chéris ne sont tout de même pas des poissons ! Pour la nourriture animale, en particulier pour les poulets et les poules pondeuses, des essais ont démontré la pertinence d’une supplémentation avec des micro-algues conduisant à un enrichissement en carotènes et une diminution de la teneur en cholestérol des œufs.

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Tout le problème avec les micro-algues est de passer du stade expérimental au laboratoire à l’échelle industrielle pour une raison qui semblerait très simple à solutionner mais qui représente en réalité un défi technologique.

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Si la croissance des algues est rapide, la maîtrise de celle-ci a conduit à imaginer des bassins de culture en plein air ressemblant à un circuit automobile afin de ne jamais atteindre une concentration en algues trop importante qui finirait par inhiber la croissance de ces dernières par obscurcissement du milieu aquatique et donc une réduction de l’activité photosynthétique. Si cette configuration des bassins de culture où l’eau ne cesse de circuler pour être prélevée en fin de parcours, traitée par filtration pour récupérer les algues et réinjectée en continu dans le circuit, la concentration en algues obtenue n’est pas satisfaisante et fait apparaître alors d’autres soucis technologiques au niveau du processus de filtration qui serait d’autant plus efficace que la concentration en algues est élevée, ce qui n’est justement pas possible pour atteindre une croissance optimale des algues. Reste la culture en circuit fermé ou dans des réacteurs du type de ceux utilisés pour la croissance des bactéries mais en tout état de cause, la solution sera trouvé prochainement et il faut se préparer d’ors et déjà à la consommation de micro-algues qu’on arrive à produire aujourd’hui pour deux euros par kilo, rien à voir avec la viande de bœuf !

Billet inspiré d’un article de Business Insider, illustrations Wikipedia et ESA

L’arbre aux baguettes de tambour

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Ce n’est pas une blague ! Les gousses sèches du Moringa oleifera, un arbre originaire du nord de l’Inde, peuvent être utilisées pour battre le tambour mais ce n’est pas l’usage qu’on fait de cet arbre répandu dans toutes les zones tropicales et subtropicales de la planète, justement là où plus d’un milliard et demi de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et souffrent de malnutrition chronique. Le moringa est un arbre à tout faire, les feuilles peuvent être consommées comme des légumes et sont particulièrement riches en vitamines, fer, et manganèse. Elles sont plus riches que les oranges en vitamine C ! Les gousses immatures sont encore plus riches en toutes ces vitamines et de plus la vitamine C qu’elles contiennent n’est pas détruite par la cuisson, une sorte d’exception de la nature. Quant aux graines, elles peuvent être consommées comme n’importe quel haricot ou grillées comme les cacahuètes et renferment une huile très riche en acide oléique qui ne rancit pas et peut être avantageusement utilisée pour cuisiner.

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Mais l’une des propriétés du moringa est celle des tourteaux obtenus après pressage des graines pour produire de l’huile, environ 250 litres par hectare planté de moringa. Par comparaison le colza, qui est une brassicacée comme le moringa, produit environ 1400 litres d’huile par hectare mais requiert des intrants (engrais) et des traitements avec des pesticides alors que le moringa est un arbuste robuste résistant à la sécheresse. Le tourteau des graines de moringa contient un agent floculant qui est traditionnellement utilisé pour purifier l’eau. Une récente étude parue dans Current Protocols in Microbiology (accès libre) précise l’usage du tourteau de moringa dans ce but précis avec protocoles à l’appui testés sur le terrain dans divers pays d’Afrique et d’Amérique du Sud ( DOI: 10.1002/9780471729259.mc01g02s33 ). En effet, le pouvoir floculant est beaucoup plus puissant que par exemple l’hydroxyde ou le sulfate d’aluminium utilisés pour clarifier l’eau des piscines. Et dans un village équipé d’une petite presse, genre presse à coprah manuelle ou motorisée, la production de ce résidu est précieux pour clarifier l’eau des puits ou des rivières souvent très polluée. Cependant si l’élimination des particules en suspension peut atteindre dans le meilleur des cas 99,5 % une ébullition permettra d’obtenir une eau potable ne présentant plus aucun risque pour les enfants en termes de dysenteries et autres diarrhées qui constituent une des causes majeures de mortalité infantiles dans les pays tropicaux et subtropicaux. Les agents de floculation du moringa sont des petits polypeptides chargés positivement qui fixent les microparticules sur lesquelles sont adsorbées les bactéries et les virus indésirables.

Le moringa est donc un arbre aux multiples usage revisité par l’organisation Safe Water International ( http://www.safewaterintl.org ).

Vers un contrôle biologique du principal pathogène du riz

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La moitié de la population mondiale dépend du riz (Oryza sativa) pour sa nourriture quotidienne et cette simple constatation explique que de nombreux travaux sur les ravageurs du riz sont sans cesse entrepris dans une multitude de laboratoires et instituts de recherche de par le monde car la culture intensive évoque aussi la présence de ravageurs variés, non pas les oiseaux et les rats que les Chinois ont soigneusement exterminé dans les années 70 pour améliorer substantiellement le rendement des cultures, mais aussi et surtout les champignons phytopathogènes. L’un des plus problématiques ravageurs du riz est en effet un champignon (Magnaporthe oryzae) qui provoque une maladie spécifique du riz appelée la pyriculariose. Il n’existe pas de traitements efficaces contre ce phytopathogène mis à part un fongicide récemment autorisé appelé Carpropamid dont l’efficacité est médiocre. Cette maladie se manifeste surtout pendant les périodes de relative sécheresse durant lesquelles le riz subit un stress hydrique non seulement en raison du manque d’eau mais également parce que les engrais à base de nitrate d’ammonium se transforment alors partiellement en ammoniac rendant dans ces conditions le riz encore plus susceptible aux attaques fongiques. Aucun pays même tropical n’est à l’abri d’une période de sécheresse et la situation peut devenir rapidement alarmante.

On estime que dans certains pays relativement tempérés producteurs de riz la pyriculariose affecte en volume plus du tiers des récoltes. Le champignon qui en est la cause est considéré comme le premier ravageur du riz dans le monde et la recherche en agro-biologie pour tenter de juguler ce problème est extrêmement active. C’est pourquoi quand des résultats nouveaux apparaissent ils font évidemment la une des journaux d’information scientifique. Quelques scoops récents relatifs à des variétés hybrides résistantes à la pyriculariose ont fait long feu car le champignon semble s’adapter très rapidement aux nouvelles conditions de son environnement ainsi qu’aux nouveaux fongicides qui ont peu d’effet sur son cycle de développement. Comme la croissance du riz est favorisée par la présence d’eau une direction de recherche a été de se pencher sur l’environnement bactérien dans lequel pousse cette graminée. Les agriculteurs n’ignorent pas que les plantes interagissent avec le sol non seulement pour y puiser des nutriments mais également avec les bactéries qui s’y trouvent et c’est dans cette direction qu’une équipe de biologistes de l’Université du Delaware a orienté ses travaux en identifiant dans un premier temps la communauté bactérienne d’échantillons de sol prélevés dans des champs de riz californien où est cultivée la variété de riz M-104 adaptée aux périodes de relative sécheresse mais qui est également très sensible à la pyriculariose (« blast disease » en anglais) pour les raisons évoquées plus haut. Le « microbiome » de l’environnement du riz a été identifié par séquençage des ARNs ribosomiques 16S (mes lecteurs savent de quoi il s’agit) combiné à une analyse des acides gras d’origine microbienne. La démarche expérimentale adoptée par ces biologistes ressemble un peu aux travaux réalisés sur la population bactérienne intestinale qui est bénéfique pour la santé humaine mais la comparaison est naturellement éloignée.

On sait que parfois des bactéries sont directement impliquées dans certains mécanismes de défense des plantes contre les champignons. Un des exemples les plus connus est la résistance de l’oeillet bien connu des fleuristes à la flétrissure causée par le champignon pathogène Fusarium qui est induite par la bactérie du sol très commune Pseudomonas fluorescens. Et justement, par un hasard qui n’en est en fait pas un, ces biologistes du Delaware ont identifié un Pseudomonas intéressant parmi 1284 bactéries différentes identifiées dans le sol californien sur lequel poussait le riz. Cette souche cataloguée EA105 possède la propriété de vivre non seulement autour des racines du riz mais également d’envahir la plante sans pour autant perturber sa croissance normale tout en produisant des composés volatils du genre cyanure, ce n’est pas très bon pour la plante mais pas bon non plus pour le champignon, ou encore des produits soufrés qui après examen n’ont pas vraiment interféré avec l’agressivité du champignon réglée comme du papier à musique. En réalité l’effet de cette bactérie est indirect car elle induit chez le riz la production de deux composés qui inhibent fortement la pénétration du champignon dans les cellules végétales. Il s’agit de l’acide jasmonique et de l’éthylène que beaucoup de plantes sont capables de synthétiser de par leur équipement métabolique beaucoup plus sophistiqué que celui des humains.

L’acide jasmonique est justement impliqué dans de nombreux mécanismes de défense de la plante dans des situations de stress. Quant à l’éthylène il s’agit presque d’une hormone végétale qui intervient dans de nombreux schémas métaboliques végétaux y compris dans les mécanismes de défense de la plante contre les stress. Pour mémoire l’éthylène est l’agent qui déclenche le murissement des bananes, un processus déjà connu des anciens Egyptiens ! Enfin, la même bactérie induit une production d’acide salicylique mais son intervention dans la défense du riz aux attaques du champignon est moins significative que l’acide jasmonique ou l’éthylène. Pour ce qui est du cyanure produit simultanément avec l’éthylène par la même voie métabolique (voir l’illustration) les bénéfices que peut en tirer le riz pour sa défense sont naturellement mitigés car le cyanure est peut-être létal pour le champignon mais il l’est aussi pour le riz, naturellement à hautes doses.

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La perspective entrevue par ces travaux est assez claire. Enrichir les sols en Pseudomonas chlororaphis EA105, c’est l’identité complète de la bestiole identifiée comme bénéfique pour le riz à l’issue de ces travaux, constituerait une avancée prometteuse pour combattre efficacement la pyriculariose qui sévit et fait des ravages dans 85 pays répartis dans le monde entier. L’incidence d’une inoculation des sols préparés pour recevoir du riz en culture par cette bactérie représente un potentiel considérable pour sécuriser l’alimentation de centaines de millions de personnes dans le monde.

Source open data : http://www.biomedcentral.com/1471-2229/14/130#

Une arme chimique du citronnier se retourne contre lui

 

Les hommes ont inventé les armes chimiques pour s’entretuer au cours de la Grande Guerre dont on va célébrer cette année le centenaire de sa déclaration, comme si on devait célébrer le début de ce genre d’évènement funeste. Il faudrait aussi célébrer l’usage de l’ypérite alias gaz moutarde, du cyanure et du chlore qui furent largement utilisés dès la fin de l’année 1915 dans les tranchées autant par les Allemands que par les alliés pour en découdre, mais bon, chacun son truc et ce n’est en tous les cas pas le mien. Pour en revenir aux gaz de combat la nature a beaucoup mieux fait les choses que les humains et dans le même but, tuer ! Mais ça ne marche pas dans tous les cas, l’arme chimique supposée repousser les ennemis peut se retourner contre celui qui l’a utilisé, comme à la guerre d’ailleurs avec les hasards du vent.

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C’est le cas des ravageurs du citronnier et des autres agrumes en général. Le citronnier est en premier lieu depuis quelques années malmené par une bactérie appelée du nom surprenant de Candidatus Liberibacter asiaticus encore faut-il que cette bactérie trouve une embarcation, volante si possible, pour aller d’un arbre à un autre car jusqu’à preuve du contraire les bactéries n’ont pas d’ailes. Or en Floride et ailleurs, les ravages occasionnés par cette bactérie étaient inexplicables jusqu’à ce que des zoologistes de l’Université à Lake Alfred, en Floride donc, se penchent sur le problème pour tenter de trouver une solution aux hécatombes occasionnées par cette bactérie dans les plantations de citronniers. Puisque la bactérie ne peut pas se déplacer toute seule, elle doit donc trouver un transporteur aérien, c’est plus rapide qu’un transporteur terrestre tant qu’à faire. Elle a mis au point un stratagème incroyable consistant à dévier le métabolisme des feuilles de citronnier en les obligeant à synthétiser du salicylate de méthyle, un composé chimique volatil comme la majorité des esters qui est pourtant supposé éloigner les prédateurs du genre insectes. Pour les curieux le salicylate de méthyle rappelle l’odeur de l’écorce de bouleau quand on la froisse dans le creux de la main. Lorsque le citronnier est attaqué par la bactérie il émet donc ce signal dissuasif comme les Allemands en 1916 balançaient du gaz moutarde sur leurs ennemis en voulant dire après tout « ne venez pas nous attaquer, ce n’est pas une bonne idée ». Pas de chance pour le citronnier, le salicylate de méthyle a aussi le malencontreux pouvoir d’attirer puissamment un autre prédateur, cette fois un genre de puceron volant, le Diaphorina citri (voir la photo ci-dessus, Wikipedia) qui est vraiment un ravageur terriblement dévastateur du citronnier non pas tellement parce qu’il suce la sève du citronnier mais surtout parce qu’il va répandre la bactérie partout après avoir achevé les basses œuvres de cette dernière. La bactérie perturbe le métabolisme du citronnier à tel point que le symptôme porte l’élégant nom de huánglóngbìng, accents compris, qui veut dire « maladie du dragon jaune » en chinois ou en d’autres termes que les feuilles sont sérieusement attaquées, se recroquevillent et finissent par mourir et les fruits, s’il en reste, ne murissent pas complètement et restent en partie verts, ce qui est commercialement catastrophique. En fait le puceron n’a rien à voir avec la maladie bactérienne, il est simplement attiré par les effluves de salicylate de méthyle, il se contamine avec les bactéries en suçant la sève du citronnier dont il se nourrit exclusivement et comme la feuille sur laquelle il s’est posé est déjà en mauvais état en raison du ravage bactérien, il va voir ailleurs et contamine ainsi une plantation entière en quelques jours.

Jusque là rien de bien nouveau, la contamination des plantes par des insectes volants est bien connue et c’est la raison pour laquelle on est très strict en France avec par exemple la flavescence dorée en ce qui concerne les vignes, mais il y a bien d’autres exemples de ce type. Ce que les zoologistes de l’Université de Floride ont découvert, c’est la présence d’un troisième acteur dans cette collaboration infernale puceron-bactérie qui est aussi attiré par le salicylate de méthyle mais pas pour les mêmes raisons. Il s’agit cette fois d’une petite guêpe, Tamarixia radiata,

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qui utilise le puceron pour y pondre ses œufs. Cette guêpe ne vient pas sur les feuilles de citronnier pour en sucer la sève mais si elle est utile pour réduire la population de pucerons jusqu’à 50 % sans jamais en venir à bout complètement elle sert également malgré elle de vecteur pour la bactérie qui lorsqu’elle va chercher d’autres pucerons sur d’autres arbres contaminera ceux-ci avec cette dernière. Malgré tout, l’intervention de la guêpe est globalement bénéfique car elle réduit la population de pucerons tout en contribuant malheureusement à l’extension de la maladie bactérienne. On peut dire que le citronnier qui croyait avoir trouvé une arme chimique pour se défendre est tombé dans le panneau et l’arme s’est retournée contre lui pour la plus grande satisfaction de la petite guêpe qui a su exploiter cette faille.

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Résumons donc, la bactérie force le citronnier à émettre un signal chimique volatile supposé repousser les ravageurs sauf un puceron qui servira de vecteur pour la bactérie. Le même signal chimique prévient une guêpe de la présence du puceron pour qu’elle vienne le parasiter et finalement le tuer comme le résume l’illustration ci-dessus. Encore fallait-il prouver que les choses se passent bien ainsi car en général les insectes qui parasitent d’autres insectes sont plutôt attirés par l’odeur de leur proie et non pas par des émanations défensives de la plante. Si la guêpe est effectivement attirée par le puceron, elle l’est aussi et beaucoup plus par le salicylate de méthyle. Pour le prouver il a suffi de badigeonner des feuilles de citronnier sain avec une solution de salicylate de méthyle pour voir arriver des guêpes à la recherche de pucerons qu’elles n’ont pas trouvé. La même simple expérience a démontré également l’attirance du puceron pour le même salicylate de méthyle alors que du limonène par exemple n’avait aucun effet. En définitive, la bactérie favorise la rencontre de la guêpe et du puceron au détriment du citronnier qui a été complètement leurré dans cette histoire et finit par en mourir.

 

Source et illustrations open access : DOI: 10.3389/fevo.2014.00008

OGM en Europe, n’en parlons plus !

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L’Europe a donc choisi la voie de l’interdiction optionnelle de la culture des plantes transgéniques. A chaque Etat d’en décider, après tout la Commission Européenne se désolidarise des états d’âme des divers ministres de l’agriculture, car il s’agit bien d’états d’âme. Je cite Le Foll qui porte bien son patronyme (lepoint.fr) : « Le Foll ouvert aux OGM de seconde génération :« Avec ce nouveau cadre, les débats peuvent avoir lieu », a promis Stéphane Le Foll rappelant toutefois qu’il restait farouchement opposé aux OGM résistants aux herbicides ou aux ravageurs comme le Mon810 parce qu’ils « posent d’énormes problèmes« . Si ce n’est pas un « état d’âme » il faut qu’on me décrypte la déclaration de Le Foll. Quand il mentionne les « énormes problèmes » que « posent » les plantes transgéniques comme les maïs Bt ou RoundUp Ready, qu’il ait la délicatesse d’avouer qu’il est farouchement opposé à l’intrusion sur le territoire français des semenciers américains comme Pioneer ou Monsanto, point à la ligne.

Les agriculteurs français ne peuvent pas de passer de ces semenciers car ils leurs achètent déjà des semences hybrides F1 à haut rendement puisque Limagrain n’a pas l’envergure technique et commerciale pour satisfaire l’ensemble de la demande domestique. Est-ce que ce ministre sait au moins de quoi il parle quand il déclare que les plantes transgéniques posent d’ « énormes problèmes ». Plutôt que d’utiliser un langage sibyllin il pourrait préciser sa pensée ou plutôt, pardon, son état d’âme. Mais ses « états d’âme » ne sont pas exclusifs, ça rassure, car il se déclare franchement partisan des « OGM de deuxième génération » en mentionnant le riz doré. De quoi peut-il bien parler en déclarant que le riz doré est un « OGM » de deuxième génération ? Visiblement il ne sait pas de quoi il parle, CQFD. J’ai disserté à plusieurs reprises au sujet du riz doré sur ce blog et objectivement et scientifiquement on ne peut pas attribuer le qualificatif de deuxième génération à ce riz si ce n’est qu’il est dans le domaine public et que ni Monsanto, ni Pioneer (DuPont) ne sont impliqués dans la commercialisation des semences. On comprend donc le raisonnement tant du ministre français de l’agriculture que de la Commission Européenne, les politiciens européens sont non pas opposés aux plantes transgéniques mais à l’intrusion dans l’industrie agricole de l’Union des firmes américaines. C’est on ne peut plus clair ! Et comme les arguments scientifiques et techniques font cruellement défaut, le même Le Foll a obtenu des instances de Bruxelles de stipuler au sujet des plantes transgéniques que chaque Etat de l’Union pourra à discrétion interdire sur son territoire, en quelque sorte à la carte, la culture de plantes transgéniques en provenance des USA pour des raisons « autres que la santé et l’environnement, comme l’ordre public, l’aménagement du territoire ou la lutte contre la dissémination ». Je cite ici un article paru dans lepoints.fr. On ne peut pas faire mieux comme dissémination de la connerie !

Ce que ce monsieur n’a pas vraiment compris c’est qu’en réalité les Américains ont gagné la partie : leur maïs, leur soja, leurs pommes de terre, leurs tomates, leur coton et bien d’autres grandes cultures transgéniques, une quinzaine environ, reviennent beaucoup moins cher à produire quand elles ont été modifiées génétiquement non pas pour arrondir les profits des semenciers mais en permettant de réduire les intrants au niveau des agriculteurs et en particulier des pesticides. Le travail de sape des écologistes, encore une fois, au niveau tant des gouvernements des Etats de l’Union Européenne que des instances dirigeantes de Bruxelles a finalement payé, à terme l’agriculture européenne sera globalement perdante et l’industrie agro-alimentaire et l’élevage européens deviendront de plus en plus dépendants des USA.

Voilà donc où on en est et c’est tellement caricatural qu’on a presque envie d’en rire !

Photo du Ministre pêchée sur lepoint.fr

L’affaire Giboulot : du « séralinisme » d’un mauvais genre

Une fidèle lectrice de mon blog m’a proposé la lecture de la NewsLetter émanant d’une ONG domiciliée à Bruxelles, c’est là où ce type d’organisation peut le plus aisément distiller sa propagande douteuse auprès des politiciens, dénommée pompeusement «  Institut pour la Protection de la Santé Naturelle », tout un programme ! Ce pamphlet relate « l’affaire Giboulot » au sujet de laquelle j’avais disserté brièvement dans ce blog car l’absurdité de la réaction véhémente des écologistes avait dépassé les limites de l’acceptable ( https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/02/24/lideologie-absurde-des-ecologistes/ ). Voici le brûlot de l’IPSN :

Chère amie, cher ami,

Aujourd’hui, je vous soumets une interview du Pr Henri Joyeux qui nous livre ses impressions à la suite de l’affaire Emmanuel Giboulot que vous avez suivie avec passion.

Augustin de Livois

Pesticides, OGM : les vrais risques pour votre santé

Le Pr Henri Joyeux est cancérologue, chercheur, nutritionniste, auteur de nombreux ouvrages dans le domaine de la santé et ancien président de Familles de France. Il est également membre du comité scientifique de l’IPSN.

Nous proposons cette interview à la suite du grand succès de la pétition de soutien à Emmanuel Giboulot, lancée par l’IPSN, qui a réuni plus de 500 000 signatures. Ce viticulteur de la Côte d’or (Bourgogne) a refusé d’épandre sur sa vigne un pesticide (le pyrèthre) imposé par la préfecture. Les autorités craignaient une extension de l’épidémie de flavescence dorée qui s’est déclarée dans le département voisin, la Saône-et-Loire. Emmanuel Giboulot, dont la vigne est cultivée en biodynamie depuis 40 ans, a refusé cette décision parce que sa vigne était située hors de la zone d’épidémie et que le produit proposé, bien que fabriqué à partir de produits naturels, est un produit toxique.

IPSN : Professeur, avez-vous été surpris par la mobilisation populaire et médiatique en faveur d’Emmanuel Giboulot ? 

HJ : Oui, j’ai été surpris par le nombre de signataires. Cela démontre que nous n’allons pas si mal en France, que le bon sens pour la nature au service de l’humain est bien en place. Ce bon sens rejoint notre santé, celle de chacun d’entre nous et de la société tout entière.

IPSN : Est-ce que selon vous ce soutien massif montre que le public est davantage conscient des enjeux de l’agriculture biologique ?

HJ : Oui, point besoin de longues études pour voir que les colonies d’abeilles sont décimées par l’agriculture productiviste, que notre terre se stérilise, que les pesticides font des ravages en matière de santé publique. Je rejoins à 100 % Pierre Rabhi et mes collègues Gilles-Eric Seralini et Jean-Marie Pelt. 

IPSN : Les pesticides sont-ils donc si dangereux ? 

HJ : Je viens de préfacer le livre de Fabien Rodhain qui est sous presse : « Des semences et des hommes ».

Savez vous que :

L’industrie agrosemencière a mis sur le marché des plantes hybrides qui ne sont pas réutilisables, car entraînant des chutes de rendements si elles sont ressemées une deuxième fois. Il faut donc en re-acheter… 


L’industrie agrochimique mondiale s’est emparée de la génétique pour modifier les plantes, pour obtenir des PGM (Plantes génétiquement modifiées) pour une agriculture productiviste intensive en faisant croire qu’elle est nécessaire pour nourrir la planète, ce qui est FAUX. 


Les PGM sont à plus de 99 % des plantes à pesticides que l’on retrouve dans l’alimentation du bétail et des humains. 


57 % des PGM sont tolérantes à un herbicide, ce qui veut dire que la plante peut se gorger de ROUNDUP sans mourir. 


16 % des PGM produisent elles-mêmes leurs insecticides. 


26 % des PGM peuvent produire plusieurs insecticides et être tolérantes à plusieurs herbicides (exemple MAÏS Smartstax = 6 gènes insecticides + 2 de tolérance à herbicides).


Les évaluations chez l’animal sont faites pour démontrer que tout va bien : consommation par de jeunes rats sur 3 mois et surtout pas vie entière, aucun bilan hormonal alors que tous les pesticides sont des perturbateurs endocriniens dont on commence à connaître les effets délétères sur les enfants (anomalies urogénitales : hypospadias, anomalies utérovaginales ; hypofécondité des hommes…) 


Les études toxicologiques sont réalisées par les producteurs eux-mêmes et sont déclarées « secret industriel » ou « propriété intellectuelle ». 


IPSN : N’avons-nous pas un seuil de tolérance ? 

HJ : Difficile de répondre, car extrapoler du seuil de tolérance d’un rat ou d’une souris à l’homme n’a aucune valeur scientifique, mais on s’en sert quand même pour nous faire avaler, respirer… des produits toxiques sous le prétexte qu’on va sauver l’humanité et le tiers-monde, ce qui est totalement faux.

IPSN : Voyez-vous les effets des pesticides sur la santé de vos patients ou faut-il plus d’années de recul ?

HJ : Oui, mais il s’agit de causes accumulées et il peut être difficile d’incriminer les seuls pesticides, quand il y a le tabac, le stress, les mauvaises habitudes alimentaires, les hormones exogènes et d’autres perturbateurs endocriniens. Les localisations cancéreuses les plus fréquemment observées sont au niveau des seins, de la prostate, du tube digestif et du système immunitaire avec les lymphomes.

IPSN : Que faudrait-il changer, selon vous, pour que l’agriculture soit plus respectueuse de la santé des consommateurs ?

HJ : Il faut exiger un étiquetage honnête et non manipulé. Si sur le marché vous avez à choisir entre tomates OGM et tomates nature plein champ de Provence, que choisirez vous ? Mon choix est évident. 

Voici un exemple tout récent dans mon service de chirurgie. Une de nos infirmières a sur sa table une bouteille de Coca… Je lui fais remarquer que ce n’est pas bon pour sa santé, qu’il y a de l’aspartame, édulcorant éminemment toxique. Elle me répond que c’est du Zéro ! Je lui demande quel Zéro ? Elle me dit « pas d’aspartame ». Il m’a fallu une loupe pour lui démontrer qu’elle était trompée. Son coca est passé à la poubelle.

Institut pour la Protection de la Santé Naturelle

Association sans but lucratif

Rue du vieux Marché au grain, 48 1000 BRUXELLES

Je suis allé sur le site PubMed et je n’ai pas trouvé la moindre publication de cet individu. S’il est chercheur, médecin, pourquoi pas académicien, ses publications, s’il y en a, ont paru dans des journaux cryptiques qui ne sont pas référencées sur ce site qui fait pourtant autorité en la matière : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/ . Première mauvaise impression !

D’emblée, ce triste sire cite Séralini, on est donc rassuré, il fait partie de la bande d’escrocs dilapidant les fonds publics sortis de la poche des contribuables pour brasser du vent et s’auto-satisfaire dans des travaux obscurs même pas reconnus par la communauté scientifique car ils sont justement contraires aux principes de base de la bonne pratique de laboratoire. Donc, deuxième mauvaise impression ! J’ai failli arrêter ma lecture mais comme je suis objectif dans mes critiques, j’ai poursuivi ce pensum. On entre rapidement dans le délire idéologique car apparemment ce monsieur ignore ce qu’est un hybride F1, il n’en a probablement jamais entendu parler et les agriculteurs qu’il a approché, il faut espérer qu’il a au moins fait cette démarche, lui ont précisé que sans hybrides F1 produits par les semenciers, les chutes de rendements sont telles, OGM ou pas, que l’agriculteur en question n’a qu’à tirer le rideau et s’inscrire à Paul Empois sans beaucoup d’espoir de retrouver du travail.

A propos des essais sur les rats, on peut faire dire ce qu’on veut et « séraliniser » tous les jours, même les jours fériés, ces rats ne sont pas adaptés pour des études sur le long terme et ce genre d’étude est caduque dans la mesure où les plantes transgéniques sont cultivées depuis plus de 25 ans et que jamais aucun effet indésirable n’a été décrit ni sur la santé animale ni sur la santé humaine. Quant aux abeilles il s’agit d’un autre débat plus complexe qu’on ne peut pas, comme le fait cet individu peu recommandable, survoler en trois mots, j’en ai souvent parlé dans mon blog.

Affirmer que les plantes transgéniques résistantes au glyphosate (maïs MON810 par exemple) sont gorgées de pesticides, c’est non seulement une contre-vérité scientifique, mais ça vient probablement de sortir du cerveau de ces activistes pour effrayer les foules d’ignorants prêts à gober n’importe quelle rumeur pourvu que ce soit bien orienté idéologiquement et politiquement !

La fin de cet entretien surréaliste, on pourrait dire « la chute », rapproche des tomates transgéniques, c’est curieux d’en parler car elles sont interdites en Europe, avec l’aspartame du Coca-Cola Zéro qui n’est pas interdit et pour cause, l’aspartame est utilisé dans le monde entier et jamais aucun effet délétère de cet agent sucrant n’a été décrit si ce n’est son action de leurre sur le pancréas via le cerveau qui interprète l’aspartame comme un sucre et prépare alors le pancréas et le foie à la prise en charge de ce dernier pour rien.

Donc Henri Joyeux est un escroc, et l’IPSN dont il est conseiller scientifique est une association sans but lucratif, certes, mais une association d’escrocs qui répand des rumeurs totalement infondées. S’il existe des gogos ( 500000 paraît-il ) prêts à financer de telles organisations cela prouve que le sens critique est devenu de nos jours une denrée rare.

Pour en terminer, j’ai laissé un message à cette lectrice en lui précisant que j’avais fait partie d’une infime minorité de scientifiques français ayant travaillé plus de 12 ans dans un des rares laboratoires de France impliqué dans la transgénèse végétale – il n’existe plus aujourd’hui – et qu’ainsi quand je parle de plantes transgéniques je sais de quoi je parle, ce qui de toute évidence n’a pas l’air d’être le cas de ce professeur dont on se demande bien quelle matière il peut enseigner quand il est capable de se commettre en tenant des propos aussi ridicules …

Finalement, ce CO2 a du bon !

Par les temps qui courent, on a trop tendance à parler du gaz carbonique qui serait supposé réchauffer la planète et nous transformer tous en toasts à brève échéance sans exception, que l’on vive dans une île perdue au milieu de l’océan pacifique ou au sommet d’une montagne, on y passera tous. C’est ce que l’IPCC a finalement conclu dans son dernier rapport à l’usage des décideurs, donc des politiciens de tout poil qui de toutes les façons gobent sans mastiquer ce qu’on leur présente bien emballé, revu et corrigé par des « experts » en climat qui ne sont pas plus experts que vous et moi. Je n’ai jamais prétendu être un expert en climat et dans mon blog, je me suis limité à une revue aussi honnête que possible des faits scientifiques en en tirant les conclusions que j’ai exposé dans divers billets relatifs au climat. Mis à part les photos d’ours blancs perdus sur un glaçon au milieu de nulle part qu’on a vu dans tous les journaux de la planète ces derniers jours comme pour célébrer ce rapport de l’IPCC, un admirable montage photoshop entre parenthèses, on n’a pas trop mentionné les effets bénéfiques du CO2 sur la végétation, et pourtant les faits sont là ! Avec cette fifrelinesque augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère passant de 0,038 à 0,040 % en vingt ans, vraiment de quoi faire peur, les images satellitaires ont montré indubitablement que la verdure augmentait dans de nombreuses régions du globe, en particulier dans la zone intertropicale. Les maraîchers qui travaillent en serre connaissent le truc, on enrichit l’atmosphère en CO2 et les plantes poussent beaucoup plus vite. Même chose avec un aquarium, s’il n’y a pas assez de CO2, les plantes aquatiques poussent mal et ne dégagent pas assez d’oxygène pour les poissons.

C’est à n’y rien comprendre et les « experts » en climat de l’IPCC ne se sont même pas posé la question de savoir pourquoi la planète reverdissait, aussi surprenant que cela puisse paraître. En réalité l’explication intime, si l’on peut dire, vient d’être publiée dans le dernier numéro des PNAS. Et l’histoire ne date pas d’aujourd’hui ! Pourquoi une légère augmentation de la teneur en gaz carbonique favorise la croissance des plantes, des algues, du plancton photosynthétique (phytoplancton) et des bactéries qui vivent aussi grâce au soleil, c’était encore inexpliqué il y a peu. Au Milieu des années 50, Otto Warburg qui fut nobélisé pour ses travaux sur la respiration en 1931 émit l’hypothèse que l’oxygène dégagé par les plantes au cours de la photosynthèse provenait de l’eau avec capture du CO2 par un système enzymatique dont le principal élément est la Rubisco, l’enzyme le plus abondant sur terre.

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C’est cet enzyme qui fixe le CO2 sur une molécule de ribulose-1,5- bisphosphate (voir l’illustration, Wikipedia) selon un processus cyclique appelé cycle de Calvin. En terme de bilan chimique l’hypothèse se tenait puisque pour chaque molécule de carbone incorporée dans le métabolisme à partir du CO2, une molécule d’oxygène (dioxygène pour les puristes) était libérée au niveau des chloroplastes avec libération de deux atomes d’hydrogène permettant de produire le « pavé » élémentaire comprenant deux hydrogènes et un carbone pour aboutir ensuite à la construction de l’ensemble des composés dont a besoin la cellule vivante d’une plante terrestre ou d’une algue, d’une bactérie photosynthétique ou du plancton. C’était ni vrai ni faux car la présence de la Rubisco pouvait fausser l’interprétation des résultats expérimentaux. Le rôle du carbone dit « inorganique » dans la photosynthèse n’était ni prouvé ni infirmé et la controverse ne fut en réalité levée qu’à la suite de la publication de ces travaux d’une équipe ce chimistes de l’Université d’Umea en Suède. Les travaux ont consisté à déterminer d’où provient l’oxygène relâché par les chloroplastes lorsqu’ils sont éclairés et que le système de transport des électrons est activé. Le processus est complexe et il est inutile d’entrer dans les détails mais ce qu’il faut retenir de ce travail magistralement illustré c’est l’interdépendance entre l’élimination en quelque sorte de l’oxygène qui est un sous-produit de la photosynthèse et la présence de CO2.

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Le CO2 n’existe pas en tant que tel dans l’eau et encore moins dans un milieu cellulaire dont l’acidité est soigneusement contrôlée afin que les processus métaboliques puissent se dérouler sans encombre. Le CO2 se présente sous forme de carbonate et si diverses études plaidaient en faveur d’une interaction des ions carbonate avec des éléments constitutifs du système de transport d’électrons du système photosynthétique en présence de lumière, rien n’avait formellement montré que le carbonate pouvait directement intervenir dans le processus autrement que par l’intermédiaire de la Rubisco. Ce qui se passe en réalité est que l’ion carbonate joue un rôle direct sur l’efficacité du système de transport des électrons dans les chloroplates en capturant un proton, ou ion hydrogène c’est la même chose, et l’équilibre chimique suivant permet une accélération de la fonction des chloroplastes. Dans les conditions expérimentales de l’étude schématisée par l’illustration tirée des PNAS ci-dessous l’augmentation du rendement de la photosynthèse est d’environ 20 %. Or ces conditions sont éloignées de la réalité physiologique puisque les mesures ont été effectuées sur des membranes de chloroplastes d’épinard et l’intégrité structurale de ces chloroplastes a été détruite, ce qui explique que dans la réalité cette différence de 20 % est probablement bien supérieure.

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L’astuce utilisée dans cette étude a consisté à débarrasser la solution dans laquelle se trouve la fraction de membranes de chloroplastes de tout CO2 puis d’apporter au milieu de l’eau marquée avec l’isotope lourd de l’oxygène ( O 18) et de suivre l’évolution de l’apparition du CO2 et de l’oxygène après une série de flashs de lumière. L’analyse a été effectuée en procédant directement dans une petite cellule couplée à un spectrographe de masse par l’intermédiaire d’une membrane poreuse laissant passer les gaz, oxygène ou CO2, ou par injection rapide du mélange se trouvant dans une seringue (voir l’illustration) et ce qui apparaît est une augmentation de la production d’oxygène concomitamment à une production de CO2, les traces bleues et vertes respectivement dans cette figure.

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C’est un peu compliqué mais si on ajoute un herbicide bien connu pour bloquer le fonctionnement du chloroplaste, du DCMU, l’apparition de CO2 est totalement annihilée. C’est bien une preuve que le carbonate pompe les ions hydrogènes (les protons) et active le fonctionnement du chloroplaste. C’est en fait ce qui a été observé avec des satellites qui ont constaté une augmentation significative du couvert végétal dans certaines régions du globe terrestre et ces 0,02 % d’augmentation, une valeur infime, suffisent pour stimuler la croissance des végétaux, ce qui est une preuve éloignée et indirecte d’une stimulation beaucoup plus importante de la photosynthèse que les 20 % observés en laboratoire. Puisque tous les organismes photosynthétiques fonctionnent de manière identique, en particulier le phytoplancton, on peut tout simplement voir l’avenir avec sérénité si la teneur en CO2 atmosphérique continue à augmenter. Ce ne sera pas une catastrophe comme le prédisent les oiseaux de mauvaise augure que sont les « experts » de l’IPCC mais une très bonne nouvelle pour le monde végétal et le plancton qui immobiliseront plus rapidement le gaz carbonique, ce vilain gaz supposé être à la source de tous les malheurs futurs de la Terre.

Source  http://www.pnas.org/content/early/2014/04/03/1323277111.full.pdf+html?with-ds=yes