Nucléaire français : Rectification et précisions

Je m’excuse auprès de mes lecteurs de mon analyse relative aux arrêts d’un certain nombre de réacteurs nucléaires français exigés par l’autorité de sureté nucléaire (ASN). J’ai confondu deux systèmes de sécurité présents dans le bâtiment réacteur. Il y a un système assez banal situé dans la partie haute du bâtiment où se trouve le portique de levage en particulier du couvercle de la cuve avec les auxiliaires, des générateurs de vapeurs lorsqu’il faut en changer un et des pompes primaires le cas échéant. Ce portique est également utilisé pour décharger les assemblages de combustible et recharger enfin le réacteur. Ce système de sécurité ressemble à ce que l’on peut trouver dans n’importe quel bâtiment public car il s’agit d’un système d’arrosage par de l’eau froide de l’ensemble de l’installation en cas d’incident grave. Un tel dispositif n’a, à ma connaissance, jamais été utilisé dans le parc de réacteurs en France. Il a été utilisé lors de l’accident de Three Miles Island, installation à eau pressurisée construite par Babcock and Wilcox.

Le système d’injection d’urgence dont il est question aujourd’hui dans l’opinion consiste à suppléer le circuit primaire en eau dans le cas où il y aurait une baisse de pression de ce circuit provoqué par exemple, comme dans le cas de TMI, par une vanne de dépressurisation laissée en position ouverte par erreur après rechargement en combustible. Cette vanne avait précisément pour rôle de dépressuriser le circuit primaire lors d’un arrêt du réacteur. Ce système d’injection d’eau en cas de défaut de pression du circuit primaire est composé d’une tubulure d’une dizaine de mètres reliée à l’extérieur du bâtiment réacteur à une arrivée d’eau déminéralisée dont la réserve se trouve dans une bâche à l’extérieur de l’installation. Cette tubulure est munie d’une électrovanne éloignée du circuit primaire et elle est soudée à l’une des branches de refroidissement retournant vers le réacteur lui-même depuis l’un des générateurs de vapeur. Cette tubulure constituée d’acier inox 316L est soumise à de fortes contraintes thermiques près de cette soudure et lors d’arrêts de routine ou pour interventions programmées d’entretien une inspection a indiqué la présence de fissures dans la partie interne de cette tubulure de 3 centimètres d’épaisseur et de 30 centimètres de diamètre.

L’intervention opérée actuellement sur les tranches 900 MW CP0, CP1 ainsi que certaines tranches N4 et P’4 consiste à couper le tronçon de tubulure endommagé et d’en souder un autre. Ce problème de fissures de quelques mm au maximum de profondeur était connu puisque le phénomène avait été observé dans certaines unités américaines construites par Westinghouse.

Dans le cadre d’une commission parlementaire relative à l’énergie nucléaire et aux problèmes rencontrés actuellement avec le parc nucléaire français l’ancien haut commissaire à l’énergie atomique Yves Bréchet a fait devant les députés une peinture accablante des prises de position du pouvoir politique et de l’administration ministérielle au sujet de l’énergie nucléaire depuis la fermeture de Super-Phénix, l’abandon du projet Astrid et la fermeture du centre de production de Fessenheim. Libre de parole Yves Bréchet n’a pas entouré son discours d’effets de style et son exposé restera anthologique pour décrire la rare incompétence du pouvoir politique en ce qui concerne non pas seulement l’énergie nucléaire mais l’ensemble des problèmes énergétiques de la France. Depuis Jospin, sans oublier Hollande puis Macron il a taillé un costume que je ne proposerais même pas à mon pire ennemi ! Il a très bien expliqué quel était le problème de maintenance actuellement rencontré et qui doit être résolu pour des raisons de sécurité. Le parc nucléaire français est le plus sûr du monde mais l’opinion pense exactement le contraire car elle est pervertie par la propagande gauchiste anti-nucléaire. Yves Bréchet a mis, je le répète, l’accent sur le total manque de vision à long terme du gouvernement français qu’il juge comme une faute grave vis-à-vis de l’ensemble de la nation et des contribuables français.

Pour ces raisons je conseille vivement à mes lecteurs d’écouter au moins les 25 premières minutes de l’exposé de Monsieur Yves Bréchet devant les députés élus par le peuple qui sont restés médusés en écoutant ses propos cinglants : https://www.youtube.com/watch?v=L0ZX3moD_mQ&ab_channel=Littlebigfred

6 réflexions au sujet de « Nucléaire français : Rectification et précisions »

  1. Ping : Nucléaire français : Rectification et précisions – Qui m'aime me suive…

  2. Mr Bréchet a largement raison : on ne laisse pas à des idéologues incompétents le soin de gérer des structures industrielles et technologiques propriétés de l’Etat dont le niveau requis pour comprendre ce dont il s’agit est au strict minimum l’ingeniorat. La chose est d’autant plus importante qu’il s’agit de l’indépendance énergétique d’un pays de 70 millions d’habitants. Les écologistes ont toujours affiché leur mépris des « techniciens » pour reprendre les propos d’un certain Noël Mamère pour qui gérer un outil technologique est de la « responsabilité première des citoyens » : j’aimerais bien voir la réaction de ce juriste, qui chose rarissime dans le domaine du journalisme a un doctorat en sciences de l’information et de la communication, si on lui annonçait que son prochain pontage coronarien serait approuvé ou non par un référendum de citoyens n’ayant aucune connaissance en médecine. Même commentaire pour les hauts fonctionnaires qui sortent de l’ENA qui prennent des décisions lourdes de conséquences pour l’avenir du pays sans avoir pris le soin de s’entourer et de questionner des équipes de professionnels chevronnés sur des sujets techniquement pointus (les transports, l’espace, la défense, l’aménagement du territoire, les NTIC, l’industrie, l’énergie, etc.).

  3. Pour ce qui est des problèmes de corrosion, notamment la fatigue-corrosion des inox 316, j’ai la vague impression que les organismes de contrôle de la filière nucléaire française font du zèle et ouvrent des parapluies grands comme des montgolfières. Le principe de précaution est une chose, mais bloquer un pays sous le prétexte fallacieux qu’il y a possiblement un risque de rupture d’une canalisation qui ne conduit que de l’eau distillée,me paraît relever d’un manque de connaissances opérationnelles en cyndinique. J’ai parfois l’impression avec les idéologues paranoïaques de l’écologie politique de regarder en direct le vieux sketch de Jean-Marie Bigard sur les chauves-souris enragées :

  4. Illustration du billet avec l’interview de Loïc Lefloch-Prigent – 8 décembre 2022
    Titre : « L’incroyable amateurisme des politiques sur la gestion de notre énergie »

  5. Pour le gaz et les hydrocarbures pétroliers, l’amateurisme est aussi patent
    Titre : « Prix du GAZ : L’UE s’enterre dans sa connerie ! (Comme d’habitude) »

  6. Industries françaises : l’énergie trop chère entraîne -après l’arrêt d’activité productive de la célèbre société verrière Duralex- ses premières fermetures temporaires d’usines et une hausse inévitable du chômage partiel du moins pour 2023.
    « William Saurin ferme ses usines, vers des rayons vides en France dès 2023 ? »

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