Nouvelles du Japon : L’art de la calligraphie

Le Japon vit quotidiennement avec des traditions parfois déroutantes pour un occidental qui au contraire s’est laissé imprégner d’une culture nord-américaine sans aucun appui sur les expériences passées. L’Europe vit maintenant au rythme des séries télévisées américaines, des « fast-food » et des boissons sucrées … Les Européens ont choisi le modèle américain et l’un des effets caricaturaux est la « culture woke » qui les conforte à abandonner la culture occidentale européenne issue des civilisations romaine et grecque pour une sorte de nihilisme dont l’issue est prévisible : une perte totale de cette spécificité culturelle adoptée comme modèle dans de nombreux pays depuis le XVIIIe siècle. Adieu Diderot, Voltaire, pour ne citer que ces deux grands personnages français car ils étaient considérés dans l’Europe entière comme des exemples. Au contraire le Japon, pays insulaire et envahi de contrastes, a su préserver des traditions d’un autre temps. Lors d’occasions exceptionnelles même certaines jeunes femmes s’habillent en kimono, c’est très beau et cette sorte de déguisement met la féminité en valeur. Il existe des échoppes proposant des kimonos à des prix parfois dissuasifs mais chaque femme se doit de posséder un kimono ou exceptionnellement d’en louer un pour une occasion exceptionnelle.

Une autre tradition est la calligraphie. Parmi les quelques 5 à 6000 Kanji utilisés au Japon leur combinaison fait partie de l’esthétique graphique. Okusai, dans ses estampes, mettait en valeur ces kanjis en glissant parfois des commentaires humoristiques. Mais la calligraphie traditionnelle japonaise est strictement encadrée par des règles qui, elles, paraissent désuètes. L’exécution ne peut se faire qu’avec la main droite. Moi qui suis strictement gaucher je n’ai pas compris le sens de cette restriction. En réalité il s’agit pour chaque kanji de tirer un trait avec un pinceau dans une direction précise qui n’altèrera pas la signification du caractère et ce dessin, si l’on peut dire, pourrait être revêtu d’une toute autre signification.

La brosse ou pinceau utilisée par le calligraphe est faite de poils de chèvre, de cheval ou de cerf. L’encre est un solide constitué de cendre noire de pousses de conifère, thuya par exemple, mélangée à de la colle végétale soluble dans l’eau. Le calligraphe va donc imprégner son pinceau de cette encre en le trempant préalablement dans l’eau.

L’exécution, telle que celle présentée étant une œuvre de ma petite-fille, est réalisée sans s’arrêter, on pourrait dire d’un seul jet, et cette prouesse demande de longues heures d’entrainement. L’oeuvre est « signée » par l’artiste sous forme d’un sceau appelé tenkoku. Ma petite-fille a donc choisi son propre sceau. Je ne lui ai pas demandé ce que signifiait ce sceau. Les réalisations des élèves des écoles de calligraphie sont souvent des proverbes ou des dictons et celui présenté ici signifie approximativement « Si vous avez dit telle chose, faites-le ». Juste une dernière anecdote qui illustre parfaitement les traditions japonaises. Lors de la première coupe de cheveux d’un enfant plusieurs mois après sa naissance ces cheveux sont gardés précieusement et un artisan va réaliser un pinceau avec ces derniers. Ce pinceau ne sera jamais utilisé pour écrire des kanjis mais gardé dans une boite et conservé on ne sait pas trop pourquoi. J’ai questionné ma belle-fille qui n’a pas trop su me donner d’explications.

5 réflexions au sujet de « Nouvelles du Japon : L’art de la calligraphie »

  1. Bonjour l’Espagne est encore un mélange du passé et du présent, à condition de vivre dans une ville peu envahie par les touristes.
    Malheureusement le nouveau correct grignote chaque jour davantage les us et coutumes.

  2. La langue anglaise est clairement la langue la plus riche du monde : plus de 1 million de mots au total dans le dictionnaire le plus complet, environ 170 000 mots en usage courant et 20 000 à 30 000 mots utilisés par chaque personne.
    Le français fait pâle figure à côté : 59,000 mots selon le dictionnaire Larousse et 220 000 pour le Littré.
    On peut alors se dire que le Japonais étant constitué d’idéogrammes, le nombre de ceux-ci dans un dictionnaire doit être forcément très limité à quelques milliers, pour celles et ceux ayant une mémoire d »éléphant. Eh bien, c’est curieusement faux…, je cite : « Le Kōjien (広辞苑, Grand jardin des mots) est un dictionnaire japonais publié pour la première fois par Iwanami Shoten en 1955. De nombreux locuteurs natifs du japonais considèrent le Kōjien comme le dictionnaire de référence ». Ce dictionnaire comporte aujourd’hui 240 000 entrées.
    Impressionnant tout ça ! (Et ne parlons même pas des codes informatiques qu’il a fallu développer pour numériser tout cela)… 🙂
    Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/K%C5%8Djien

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