L’extinction du silphium : quel rôle de l’activité humaine ?

Je me suis intéressé à un article paru dans la revue Frontiers in Conservation Sciences, le libellé de cette revue étant évocateur. Les auteurs de l’article en sont Paul Pollaro et Paul Robertson de l’Université du New Hampshire aux Etats-Unis. Il s’agit de l’extinction d’une plante incroyablement renommée par les Grecs et les Romains, le Silphium ou en grec silphion. Cette extinction irréversible est considérée comme le premier cas provoqué par l’activité humaine. Il est vrai que le nom de la revue en question ne prête à aucune confusion. L’homme détruit la nature, extermine les animaux sauvages et fait apparaître de nouveaux virus en modifiant l’environnement … En l’an 77 de l’ère commune Pline l’Ancien déclara que cette plante magique avait disparu. L’approvisionnement en silphium provenait de la Cyrénaïque et cette plante était vendue à prix d’or durant les quelques 300 ans précédant l’ère commune, ce qui explique selon l’idéologie actuelle que l’activité humaine provoqua sa disparition. Il existe une multitude de pièces de monnaie en or ou en argent illustrant clairement que le silphium était non seulement une plante recherchée par les rois mais également par les pharaons d’Egypte en des temps reculés qui utilisaient l’exsudat, une gomme odorante, provenant des tiges et des racines du silphium pour procéder à la momification des dignitaires égyptiens. En outre cette plante était recherchée pour ses propriétés médicinales tellement variées qu’elle valait son poids d’or :

L’illustration ci-dessus représente l’une des propriétés du silphium très recherchée par les Grecs, premiers colonisateurs de la Cyrénaïque (Libye actuelle), puis par les Romains : un véritable viagra, d’où la représentation phallique de la plante sur ces pièces d’argent et d’or de Cyrénaïque. Hippocrate, Soranus d’Ephèse et Dioscorides décrivirent les vertus médicinales de cette plante qui curieusement, en raison de la saveur de la résine ou latex exsudant de la racine et des tiges, était utilisée dans l’art culinaire de l’époque. La description de Théophraste d’Erèse dans son traité sur les plantes ne laisse pas de doute, le silphium devait faire partie de la famille des Apiacées et du genre Ferula. Le problème au sujet de toutes ces descriptions de la plante à l’époque est qu’elle avait déjà disparu à jamais. Mais cette disparition était-elle vraiment d’origine humaine, c’est la question à laquelle ont tenté de répondre les auteurs précités.

Il faut d’abord insister sur le fait que les Apiacées du genre Ferula sont des plantes monocarpiques. Elles doivent atteindre une certaine maturité pour fleurir puis mourir. Théophraste d’Erèse a décrit en détail le cycle de cette plante, insistant d’ailleurs sur son caractère monocarpique. Une autre particularité qui échappa à ce botaniste est la germination des graines qui requiert un épisode de dormance à des températures relativement froides. Tous ces détails n’apportaient toujours pas de preuve au sujet de la cause première de la disparition du silphium. Pourtant il n’est pas difficile d’imaginer l’appât du gain qui animait les agriculteurs les incitant à piller les plantes et prélever leur racine charnue avant que celles-ci ne fleurissent.

L’autre hypothèse est le changement progressif du climat qui provoqua une désertification de la Cyrénaïque et une raréfaction des pluies rendant impossible la germination des quelques rares graines issues des plantes épargnées par ces agriculteurs surtout s’ils ne protégeaient pas leur lopin de terre avec des murs éloignant les chèvres. L’hypothèse d’un changement du climat n’a pas pu être confirmée par l’étude des cernes de croissance des cyprès poussant toujours sur les pentes nord du Tassili n’Ajjer car les cyprès ne sont pas réputés pour leur exactitude dans l’étude du climat passé. L’approche choisie fut donc la palynologie ou étude des pollens. Il y eut un changement soudain de la pluviométrie vers le quatrième siècle avant l’ère commune s’accompagnant d’une déforestation et de l’intensification du nomadisme des éleveurs de caprins suivie par la culture des céréales, quand cela était possible, pour répondre à la demande tant des Grecs que des Romains qui occupèrent la Cyrénaïque au début du premier siècle avant l’ère commune. La raréfaction des précipitations fit le reste et la Cyrénaïque actuelle est un devenue un désert. Le Sahara, jadis parsemé de lacs et de rivières n’est plus qu’une étendue de roches et de sable et la Cyrénaïque a suivi le même sort et malgré l’intervention humaine celle-ci n’a pas pu avoir une conséquence significative sur ce changement climatique. La conséquence fut donc l’extinction de cette plante mythique. Source :https://doi.org/10.3389/fcosc.2021.785962 Prochain épisode : la redécouverte du silphium 

Une réflexion au sujet de « L’extinction du silphium : quel rôle de l’activité humaine ? »

  1. Mais que fait Pfizer et son ARN magique ? Refaire la plante en deux coups de cuiller à pot à partir d’une marguerite, ça doit être dans les cordes de ses chercheurs de pointe ?

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