Brèves réflexions sur l’âge de départ à la retraite en France

C’est un débat stérile qui agite les prétendants au trône de président alors que les Français manifestent dans la rue pour défendre la retraite par répartition imaginée par le Comité National de la Résistance en 1945. Considérons que l’âge légal de départ à la retraite est à l’heure actuelle, je crois, de 62 ans en France. Or la population vieillit et il n’y aura un jour prochain pas suffisamment d’actifs pour maintenir ce système par répartition. Je m’excuse à nouveau de constater que les politiciens français refusent d’observer quels sont les systèmes de retraite dans les autres pays. Encore une fois je prendrai le système japonais. Comme beaucoup d’autres pays qui ont choisi un système de retraite par capitalisation les travailleurs japonais disposent d’une retraite directement liée au montant du capital qu’ils ont constitué au cours de leur vie professionnelle. Il faut ajouter qu’au Japon il n’y a pas d’âge légal de départ à la retraite. Les artisans et les petits entrepreneurs qui ont choisi pour diverses raisons de limiter le montant de leurs cotisations de capitalisation de leur retraite sont condamnés à continuer à travailler parfois jusqu’à 90 ans ! Un grand nombre de vieux Japonais sont ainsi condamnés à travailler au delà de 70 ans car leur prévention personnelle de retraite par capitalisation n’a pas été envisagée prudemment.

Il existe un immense avantage du système de capitalisation de la retraite au Japon qui bénéficie directement à l’économie du Japon. Je m’explique. Cette capitalisation des retraites des Japonais est très supérieure au PIB de la France. On dit que le montant des fonds de pensions japonais égalent les PIBs réunis de la France et de l’Allemagne. Ce gigantesque montant de capitaux est investi dans une multitude d’entreprises étrangères rentables (sinon rien), sur les places boursières et dans les émissions de dettes souveraines. La dette domestique du Japon est détenue par ces fonds de pension à hauteur de 90 % du montant total de cette dette. Ce mécanisme auquel tous les Japonais salariés au cours de leur carrière ou simples entrepreneurs à leur nom ont contribué par leurs cotisations pour capitaliser leur retraite les rend solidaires de la dette de leur pays. C’est leur pays et ils protègent celui-ci quitte à éventuellement faire des sacrifices.

Le système par répartition français imaginé par les communistes à l’issue de la seconde guerre mondiale ne peut pas fonctionner sainement et d’une manière rentable car les capitaux issus des cotisations sociales des salariés ne servent qu’à payer les retraites des actifs ayant quitté le marché du travail. Les lois françaises imposant une retraite à 60 ans ont créé un déséquilibre maintenant impossible à rattraper car les fonctionnaires en charge de l’Etat n’ont pas compris que la population vieillissait et que de surcroit l’espérance de vie augmentait. En conséquence le déficit du régime de retraite des employés de l’Etat a atteint des montants stratosphériques qui n’entrent pas dans le calcul du montant de la dette de l’Etat puisqu’il s’agit, selon le célèbre Juppé, de « hors-bilan ». Compte tenu de l’état des finances de la France ce poste « hors-bilan » est sensiblement égal aux deux tiers du PIB de l’Etat, rien que la retraite des employés de l’Etat qui n’est pas provisionnée !

Pour illustrer mon propos je voudrais relater ici mon expérience personnelle. J’ai été intégré au corps des chercheurs du CNRS peu de semaines avant la soutenance de ma première thèse de doctorat et en tant que contractuel de l’Etat j’ai été sollicité pour cotiser volontairement à la constitution de ma retraite complémentaire qui viendrai en sus de ma retraite « par répartition » le jour où je déciderai de cesser mon activité professionnelle. Au tout début de ma carrière je gagnais l’équivalent de 1000 euros par mois et le montant de la cotisation pour ma retraite complémentaire en tant qu’agent contractuel de l’Etat représentait l’équivalent de 85 euros par mois outre les prélèvements pour la protection sociale et la retraite par répartition. Les années passant et mon salaire augmentant, toutes ces charges ont augmenté proportionnellement au montant de mon salaire.

Aujourd’hui, au crépuscule de ma vie, alors que je ne coûte rien au système de protection sanitaire français depuis plus de 20 ans et que le montant de la retraite par répartition que je perçois ne représente même pas le montant du fameux « RSA », pourquoi alors ne pas avoir opté pour 100 % de retraite par capitalisation dès le début de ma carrière professionnelle ? Certes ma retraite complémentaire (donc constituée par capitalisation volontaire) est gérée par la Caisse des Dépôts et Consignations, un organisme de l’Etat en qui on peut encore faire confiance, mais si j’avais opté, illégalement, de ne constituer qu’une retraite par capitalisation dès le début de ma carrière, si cela avait été possible , je vivrais aujourd’hui beaucoup plus aisément. Or le système français est constitué d’une manière telle qu’il est impossible de faire ce choix. Dans le cas contraire on est hors la loi. Tout ce qu’a avancé le gouvernement français au sujet de cette réforme des retraites est stupide. Les points, les trimestres et autres inventions ressemblent à de la musique pour attirer les lemmings au sommet de la falaise.

Il faut tout simplement dire aux Français qu’il ont le droit de travailler jusqu’au jour où ils en auront assez et qu’ils prennent, surtout, leur sort entre leurs mains, ce qui signifie que l’Etat, à terme, ne sera plus l’ « Etat providence ».

5 réflexions au sujet de « Brèves réflexions sur l’âge de départ à la retraite en France »

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  2. Un système de retraite par répartition n’est pas autre chose qu’une chaîne de Ponzi !
    Le système de retraite par capitalisation est infiniment supérieur : 1. parce qu’il est plus rentable ; 2. parce qu’il évite les discussions oiseuses qui opposent les Français et leur gouvernement sur l’âge de la retraite.
    Au Canada, les gens peuvent prendre leur retraite entre 60 ans et 70 ans. Avant l’âge de 65 ans, le retraité voit sa rente mensuelle amputée d’une pénalité actuarielle (0,6 % par mois) et, passés 65 ans, le retraité voit sa rente bonifiée (0,6 % par mois).
    À ces revenus de retraite provenant des cotisations accumulées durant la vie professionnelles, un Canadien reçoit une petite rente mensuelle du gouvernement fédéral. Rente payée à chacun, peu importe qu’il ait travaillé ou non. De plus, tout au long de sa vie professionnelle, un Canadien peut cotiser à un fonds d’épargne-retraite d’entreprise ou à un fonds d’épargne-retraite privé.
    Grâce à ces trois sources, un Canadien retraité avisé percevra un revenu de retraite correspondant à environ 70 % de son revenu professionnel. Après impôt, le revenu net de retraite équivaut alors au revenu net du travail. Ce qui permet des millions de Canadiens d’aller se dorer la couenne sous le soleil de la Floride durant le long et pénible hiver canadien !

  3. Bonjour concernant tout système d’assurance, pour augmenter les entrées d’argent, plutôt que d’augmenter les cotisations, il est preferable d’augmenter le nombre de cotisants. Ainsi les communistes avaient proposé de faire cotiser les robots et automates. Les Allemands ont optes pour la TVA sociale il me semble. On pourrait faire cotiser les revenus financiers. La CSG est un exemple de l’elargissement de l’assiette. Je remarque qu’elle fait cotiser une deuxième fois les travailleurs, ce qui est un gros defaut.

    Concernant l’age de la retraite, le reculer a actuellement pour principal effet de réduire le montant de la retraite, du fait de l’enorme chomage en France, en generant des années sans cotisation, ou des annees chomees à faible cotisation. Et aussi à eliminer de la retraite ceux qui mourront avant 65 ans, 3 ans de plus fait 5 à 10% de moins.
    En plus cela diminue la rentabilité du travail car il est certain que l’efficacité baisse apres 50 ans, et les jeunes ne trouvent pas d’emplois. Donc c’est une grosse erreur.

    Quant à la retraite par capitalisation, c’est risqué, surtout quand on est dirigé par des incapables. La gestion du covid et du conflit russie ukraine vont certainement conduire à une crise economique importante.
    Perso je suis favorable à une retraite minimale pour tous à 55 ans, 1000€ toutes les aides incluses, et le reste par capitalisation. Et libre à chacun de travailler jusqu’a sa mort s’il le desire, tout en recevant des 55 ans les 1000€.

    Merci pour votre blog, toujours intéressant.

  4. Cela me gêne de parler d’état providence lorsque l’on parle de retraites …
    A priori le payement des retraites est le produit de nos cotisations, de notre travail, l’état est là pour gérer la cagnotte de manière efficace.
    Par exemple, sous le gouvernement Jospin en 2001, il avait été prévu un fonds de retraite spécial destiné à « absorber » l’arrivée de nombreux retraités (les papy boomers) à partir de 2020.
    Malheureusement ce fonds a été asséché sous le gouvernement d’Eric Woerth
    https://www.slate.fr/story/29407/fonds-reserves-retraites-detournement.
    Ce fonds n’aurait pas tout résolu mais aurait pu aider à hauteur de 10 à 15 %, ce qui n’est pas rien.
    Cette mésaventure montre deux choses:
    – faire des projections à 20 ans sur des produits boursiers (capitaliser) est risqué
    – les gouvernements se succèdent et si cela les arrange, défont facilement ce que les précédents ont construit.

    Cela étant, la richesse est là, mais si mal répartie.
    2000 M€ de PIB en 2010, 2762 M€ en 2018 ! On veut nous faire croire qu’il n’y a pas assez pour les retraites.
    En 2010 il nous fallait 260 M€ (soit 13 % du PIB) pour financer les retraites: n’y a t’il pas assez en 2018 ? Ok le fonds de réserve a été asséché mais quand même ?
    Et puis on oublie quelque chose de fondamental: les gains de productivité.
    Un travailleur en 2022 produit beaucoup plus de richesse que le même il y a vingt ans.
    Le problème est que ces gains ne nous reviennent pas vraiment: ils vont dans les poches des actionnaires.
    Ils ne vont même pas (ou très peu) dans les investissements des entreprises, c’est de la prédation pure et simple.
    Si ces gains allaient dans les salaires, il y aurait plus de cotisations (patronales et salariales), donc pas de problèmes de retraites !

    Bon, je vous l’accorde, c’est un peu rapide comme raisonnement, mais les économistes nous enfument derrière un verbiage abscons alors qu’en réalité c’est relativement simple !

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