Les secrets du Golfe de Cariaco

La baie de Cariaco se trouve au nord du Vénézuéla. Elle est protégée des courants par un chapelet d’îles, Tortuga, Margarita, Cubagua et Arya. Il s’agit d’un bassin situé à 10° nord très peu soumis aux courants en provenance de l’Atlantique Sud mais recevant les eaux de ruissellement de plusieurs rivières. Ce bassin est situé à l’est de Caracas et les eaux de l’Orénoque qui se termine par un immense delta au sud de l’île de Trinidad se déversent directement dans l’Atlantique Sud sans perturber cette baie. Ce Golfe de Cariaco présente la particularité d’une condition anoxique stricte des eaux au delà d’une profondeur de 250 mètres car il n’existe aucun courant susceptible d’apporter de l’oxygène. C’est donc un lieu idéal pour étudier les variations de la position de la zone de convergence inter-tropicale. De plus ce bassin est soumis aux vents alizés d’est qui provoquent un phénomène de remontée des eaux profondes appelé up-welling qui pourtant n’influe en rien sur le manque d’oxygène des eaux profondes au delà de ces 250 mètres de profondeur. Tous ces facteurs font que l’étude de cette zone est très importante pour connaître l’évolution du climat.

Il est en effet crucial de connaître la variation de cette zone de convergence (ITCZ, intertropical convergence zone) pour se faire une idée de l’évolution passée du climat et peut-être du climat à venir. L’approche consiste à étudier tous les éléments composant les sédiments recueillis à une profondeur de 893 mètres, éléments comprenant des foraminifères, des grains de pollen, des squelettes de coccolithes et enfin des métaux provenant des eaux de ruissellement. Une étude internationale répartie entre les USA, la Suisse et l’Allemagne a donc étudié pour la première fois ces sédiments au niveau de deux métaux : le fer et le titane. Ces métaux proviennent des eaux de ruissellement et leur abondance déterminée par fluorescence sous irradiation par des rayons X permet de préciser l’abondance des précipitations. Si le Vénézuéla est l’un des pays du monde les plus arrosé avec en moyenne 1,5 mètre d’eau par m2 ces marqueurs ont cependant permis de mettre en évidence une variation de ces précipitations qui est directement dépendante de la position de la zone de convergence inter-tropicale. Le choix du titane est justifié par le fait que sous forme d’ion il est peu dépendant des conditions d’oxydoréduction des eaux marines et comme les eaux sont strictement privées d’oxygène alors le titane retrouvé dans les sédiments est un bon marqueur de l’évolution de la pluviométrie puisque sa teneur est indépendante de la micro-faune marine de surface et inexistante à ces profondeurs.

Schématiquement si l’ITCZ remonte vers le nord les précipitations sont moins abondantes et inversement. Européens que nous sommes pensons à tort que nous ne sommes pas concernés par les variations de l’ITCZ au niveau du bassin de Cariaco. Pourtant tout le passé climatique est inscrit dans les sédiments de ce bassin.

Après la « rupture » du Dryas récent (Younger Dryas) qui mit fin à la dernière grande glaciation il y eut un spectaculaire réchauffement synonyme de précipitations abondantes appelé maximum climatique de l’Holocène qui dura environ 5000 ans, entre 11000 et 5000 ans avant aujourd’hui. L’ITCZ se trouvait beaucoup plus au nord et les fortes précipitations favorisèrent un verdissement total de ce qui est aujourd’hui le désert du Sahara. Depuis l’optimum de cette période la quantité de titane dans les sédiments du bassin de Cariaco n’a jamais cessé de diminuer avec une forte période d’instabilité au cours des 2000 ans précédant l’ère commune. On retrouve l’optimum climatique minoen, suivi par l’optimum romain lui-même précédant l’âge sombre des invasions venues de l’est du continent eurasiatique en raison d’une chute durable des températures et enfin celui de l’optimum médiéval 1000 ans avant aujourd’hui et pour conclure une période caractérisée par une chute spectaculaire des températures lors du « petit âge glaciaire ». 

La situation est donc claire : en dépit des affirmations sans cesse répétées par divers organismes et reprises par les médias la tendance générale du climat est orientée vers un refroidissement et une baisse sensible de l’abondance des précipitations. Les alizées de la frange nord de l’ITCZ pourraient remonter également vers le nord et la conséquence sera alors catastrophique pour l’Europe : un affaiblissement du Gulf Stream. Alors le climat de Europe risquera d’en subir les graves conséquences directement. D’ici là les conditions climatiques européennes vont traverser une période d’instabilité puis elles s’orienteront vers un refroidissement inexorable et profond du climat quoique puissent être les décisions en particulier de réduction des émissions de carbone. Enfin il faut rappeler qu’aucune activité humaine « parasite » n’a provoqué le réchauffement de l’Holocène. Rien à ajouter.

Source : DOI: 10.1126/science.1059725

15 réflexions au sujet de « Les secrets du Golfe de Cariaco »

    • Puisque vous mentionnez les mammouths affirmer qu’ils ont disparu en raison du massacre organisé par les hommes est une légende. Les mammouths ont disparu après l’optimum climatique de l’Holocène car ils n’avaient plus rien à manger. Et à cette époque je ne sais pas combien il y avait d’êtres humains sur la Terre, peut-être 100000 ?

  1. Ping : Les secrets du Golfe de Cariaco – Qui m'aime me suive…

  2. Merci pour cet article.
    Vous pourriez peut-être préciser que le graphique donne le « temps présent » à gauche, même si c’est indiqué dessous.
    Je crois savoir que c’est une convention classique pour ce genre de reconstruction, mais nous, pauvre commun des mortels, avons tendance à lire des graphiques « historiques » dans l’autre sens!

  3. Tiens, c’est curieux, les experts de l’ONU — en personnes — n’ont pas tout à fait la même vision du climat à venir, qui serait provoqué par le CO2. ….. Et c’est basé sur une étude sérieuse du GIEC, c’est vous dire !

    De toute façon, si le GIEC venait à remettre en cause la théorie officielle ( la sienne ), il n’aurait plus sa raison d’être. On ne pourra jamais le contredire !
    Climatiquement vôtre. JEAN

  4. Les USA s’attendent à des records de froid sur la côte Est avec une tempête de neige qui a provoqué l’état d’urgence dans cette partie de l’Amérique du nord et son lot de coupures d’électricité du fait des vents violents qui rompent les câbles électriques suspendus :
    https://www.francebleu.fr/infos/international/une-tempete-de-neige-historique-paralyse-le-nord-est-des-etats-unis-1643473622
    On a la chance à latitude constante d’avoir le Gulf Stream qui nous réchauffe en Europe de l’Ouest, mais pour combien de temps encore ? L’heure (depuis ces 5 dernières années) est clairement au refroidissement, pas au réchauffement de ce côté-ci de l’Atlantique. Ne parlons même pas du Canada, les températures y sont polaires en ce moment.

      • En arithmétique de base, la seule valeur de X pour la quelle on a X = -X (« Réchauffement climatique = Refroidissement météorologique ») est X = 0. Je vous laisse conclure 🙂

      • je suis en train de lire un livre sur les catastrophes au Moyen-Age. C’est intéressant de voir comment l’époque qui dure environ 6 ou 7 siècles compte de périodes de canicules et d’aridité ─puits sec, fleuves non navigables, incendies ─ , comme de périodes de pluies diluviennes s’étendant sur plusieurs mois, faisant déborder tous les cours d’eau noyant les récoltes ou de froid à pierre fendre, toutes « comme on n’avait jamais vu » .

      • « Les catastrophes au Moyen-Age » de Jean Pierre Leguay en format Kindle (2.99€ sur Amazon) JP Leguay est professeur émérite de l’Université de Rouen spécialiste du Moyen Age

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