Retour sur la « dégradation » de LLG et H4

Pour les non-initiés dont je fais partie LLG c’est Louis-le-Grand et H4 Henry IV. Ce sont deux des plus prestigieux lycées de France en particulier dans le domaine de la réussite aux concours d’entrée aux grandes écoles scientifiques, commerciales et littéraires. Blanquer, le ministricule de l’éducation nationale a décidé de casser le système de sélection des élèves sur dossier pratiqué par ces deux lycées car c’est trop élitiste et pas assez conforme aux idées de la « gauche ». À la bonne heure ! Dès la fin de l’année, lorsque ma fille séjournait ici à Tenerife, je fus informé des dispositions qui allaient être prises par le recteur académique de Paris pour plaire à son collègue Blanquer. Je ne disposais pas de toutes les informations pour écrire un billet sur ce blog qui serait en quelque sorte un scoop mais je ne recherche pas la notoriété, cela m’indiffère. Je n’ai pas compris ce que m’expliquait ma fille ni ce que soutenait son époux et j’ai eu tort de ne pas jouer en quelque sorte le rôle de journaliste qui m’était offert. Quelques jours avant la publication de l’article de Marianne ma fille me déclara que tout allait devenir de mal en pis pour elle et pour son époux. Je n’ai toujours pas compris et j’ai oublié de rappeler à ma fille que depuis des années je lui suggérais de créer une école privée spécialisée dans la préparation aux grandes écoles. Elle s’en souvient certainement aujourd’hui après l’entourloupe de Blanquer.

Tout d’abord quel est le travail des enseignants des classes « prépa » ? Il consiste à classer des centaines de dossiers scolaires d’élèves provenant de toute la France et aussi des lycées parisiens y compris de LLG et H4. Ensuite les professeurs doivent préparer leur cours qui est en permanente évolution, rédiger des énoncés de problèmes nouveaux puisque tous ceux qui ont été posés aux élèves durant les années passées ont leur solution disponible sur internet. Ensuite les professeurs, en particulier en mathématiques, font passer des examens oraux rapides tout au long de l’année, les fameuses « colles », ce qui demande non seulement une présence dans le lycée mais également une préparation à la maison. Enfin régulièrement les élèves sont soumis à des devoirs surveillés dont les professeurs doivent préparer de nouveaux sujets, problèmes et exercices, imitant les conditions des concours. La correction des copies peut prendre beaucoup temps de travail à la maison, souvent le samedi et le dimanche. À ces devoirs surveillés s’ajoutent enfin les devoirs à la maison également corrigés. Les professeurs de mathématique travaillent 70 heures par semaine …

Rappelons la situation que j’ai exposé brièvement dans un précédent billet sur ce blog. LLG et H4, à Paris, bénéficient du privilège de recruter les élèves des classes « prépa » sur dossier à l’entrée de la classe de seconde pour les élèves de ces lycées, c’est-à-dire trois ans avant le fatidique baccalauréat qui n’est pas distribué dans ces deux institutions de la République comme des cadeaux. Ces élèves proviennent de toute la France et s’ils veulent accéder au sommet, c’est-à-dire aux classes « prépa », ils doivent avoir encore une fois les meilleures notes car leur dossier est alors examiné minutieusement. Je schématise mais c’est à peu près ainsi que ça se passe. La décision de Blanquer va donc inévitablement abaisser le niveau intellectuel général des élèves désirant entrer en classe « prépa » puisqu’ils bénéficieront d’un accès pratiquement libre à LLG et H4. Quel est le but réel de cette manœuvre ? Discréditer ces deux lycées d’excellence au profit de « Ginette » et d’autres établissements privés puisque seules les familles aisées consentiront à payer une scolarité à leurs enfants dans ces écoles privées.

Pour la petite histoire (mais je ne devrais pas en parler) ma fille enseigne en MP* à H4, la section la plus difficile de la « prépa » scientifique. Mon gendre enseigne en MP* à LLG. Ils se rendent compte peut-être aujourd’hui que les conseils que je leur prodiguais il y a une dizaine d’années de créer leur propre école privée de prépa pourrait devenir une réalité par la force des choses et compte tenu de la situation vicieuse de Blanquer ils vont peut-être reconsidérer leur avenir au sein de l’EducNat qui est complètement pourrie, institution qu’ils devraient fuir le plus vite possible.

Personnellement je suis consterné par l’accumulation des mauvaises décisions prises par des Ministres (je ne sais pas pourquoi j’ai écrit une majuscule) incompétents dans un domaine de la République qui doit préparer l’avenir du pays en transmettant le savoir aux générations futures. Mais parlons un instant de la dite sélection qui est considérée comme anti-sociale en France. Je dispose d’éléments de comparaison que Blanquer ne peut pas réfuter. Ma petite-fille franco-japonaise, 14 ans, travaillait avec acharnement il y a un an pour intégrer un lycée privé de jeunes filles. Elle avait également projeté d’intégrer un lycée-université également privé mais elle échoua au concours d’entrée. Quand elle choisira d’entrer à l’université elle devra à nouveau passer par les fourches caudines d’un concours car au Japon l’entrée à l’université comprenant également l’équivalent des écoles d’ingénieurs n’est accessible que sur concours et la sélection est très rude.

En France la sélection au cours du cursus scolaire existe-t-elle encore ? La réponse est définitivement non. Et si ma fille et mon gendre lisent ce blog ils devraient décider rapidement de reconsidérer le conseil que je leur confiais il y a maintenant dix ans ou plus, je le répète, de motiver quelques collègues, réunir leurs économies et créer leur propre institution privée car ils disposent d’une immense qualité : ils aiment leur métier et sont capables de transmettre leur savoir aux générations montantes à qui, malheureusement, je souhaite, une fois leur diplôme en poche, de vite s’expatrier car la France a signé son arrêt de mort, et pas seulement dans le domaine de l’enseignement … 

12 réflexions au sujet de « Retour sur la « dégradation » de LLG et H4 »

  1. Ping : Retour sur la « dégradation » de LLG et H4 – Qui m'aime me suive…

  2. Micron, c’est le roi Merdias, tout ce qu’il touche, il le transforme en…
    Quelle consternation, cette obéissance à l’Europe du nivellement par le bas, numérisons-nous tous, mes frères et tout ça ne sera qu’un mauvais souvenir.

  3. Terrible pour le niveau scientifique du pays. Concernant nos futures « élites » politiques formées par ces écoles ex prestigieuses, je dirais tant mieux : par une « joie mauvaise » je souhaite l’avènement de l’idiocratie qui mettra rapidement par terre le pays. Et là peut-être que nous pourrons reconstruire (enfin rêvons : nos enfants…)

  4. Etant entre autres moi même ingénieur d’une Ecole Nationale Supérieure accessible que sur concours, la question que je me pose est : « Quel est l’intérêt de favoriser l’enseignement du génie industriel (la raison d’être du métier d’ingénieur) dans un pays où l’industrie est moribonde et sans débouché réel ? ». Quelle est la compétitivité de ces formations, quand on sait que « La Chine produit 1,3 million d’ingénieurs par an, l’Inde 1,5 million, la Russie 450.000, les Etats-Unis 250.000. Et la France ? Seulement 37.000. » D’autre part, quand on regarde les salaires proposés par les recruteurs, on s’aperçoit qu’un ingénieur junior a un salaire qui n’a pas bougé depuis la fin des années 80 alors que les étudiants qui sortent d’une école de commerce (je ne m’attarderai pas sur la nullité de ces formations en France) sont beaucoup mieux payés. Conclusion : les ingénieurs français formés (coût : au moins 10 fois le coût d’un étudiant issu d’une université prestigieuse comme Paris-Saclay, ex Paris XI) chez nous font généralement pour les plus aisés une formation complémentaire dans une école de commerce ou pour les plus riches un MBA aux USA et ne reviennent plus ensuite. On finance ponctuellement la matière grise des pays étranger gratuitement. Est-ce bien raisonnable ? Ensuite, que les profs de taupes parisiennes aient des élèves qui n’ont pas le niveau, ça se termine toujours de la même façon : le môme va craquer avant la fin du premier trimestre, il ne tiendra pas le rythme (7:00 – minuit tous les jours non stop). Cela dit, aucun des pays étrangers n’a de système sélectif de type école préparatoire et cela ne les empêche pas de former de bon ingénieurs (attention, un ingénieur à l’étranger c’est un technicien bac+3 ou un docteur -es-sciences qui a une spécialité en ingénierie, alors que chez nous c’est un généraliste bac +5 qui ne sait rien sur tout alors qu’à l’université, on forme des gens qui savent tout sur rien).

    • Je ne connais pas de pays où l’ingénieur est bac +3. La réforme des cycles des études supérieures de Bologne prévoit le niveau Bachelor (« Bac »+3), et Master (id. +5) ; le niveau des ingénieurs est Master, qu’il y ait concours à l’entrée ou non. Je n’apprécie pas le ton du calembour pour définir un ingénieur français par rapport à un « universitaire »: »Ne savoir rien sur tout ou savoir tout sur rien! » Cela ne veut rien dire.
      Il y a d’ailleurs des écoles d’ingénieurs intégrées à des Universités et il y a aussi des préparations aux concours au sein des premiers cycles universitaires. Il vaudrait mieux que l’on laisse les lycées faire leur sélection comme le font d’ailleurs les lycées privés. Cela marche au mieux car ils ont d’excellents résultats.

      • Vous ne savez manifestement pas de quoi vous parlez. Cela ne m’intéresse pas de perdre du temps à vous répondre.

  5. Je doute qu il y ait des enfant de prolos à LLG ouH4 et ce quelles que soient leurs qualites. Car sauf à financer completement les etudes par ces lycees, il n est pas possible pour les familles de payer ne serait ce que l hebergement.
    Comme par hasard ces deux lycees sont dans les meilleurs arrondissements de Paris, ceux où la mixité minimale n existe pas
    A mon sens le vrai probleme est que 1) le niveau global s est effondre et 2) il n existe pas assez de prepas d excellence sur le territoire pour permettre à tous les meritants d en profiter.

  6. Y a-t-il (ou y avait-il) l’équivalent de ces lycées en province ? Qu’on imagine les difficultés de tous ordres que peut rencontrer un jeune provincial pour intégrer un de ces lycées parisiens.

  7. Effectivement, les instituts privés, sous contrat ou non, raflent la mise.
    Ceci dit ils recrutent devant la forte demande.
    Votre fille et son mari devrais-je tenter a minima de ce côté là.
    Ils sont faciles à trouver. Ils suffit de regarder les classement annuler des lycées. Pas très loin de Louis le grand et H4 il y a ainsi le collège Stanislas.

    • Désolé pour les fautes de frappe. C’est assez difficile sur un petit portable.
      Lire : « devraient tenter » et « annuel des lycées ».

  8. Les professeurs d’Henri 4 travaillent plutôt 40 heures que 70 heures par semaine, enfin !
    De 2 remplacer des élèves motivés qui travaillent comme des fous et qui participent à l’excellence de ces lycées par des bon bourgeois bien riches qui ne travaillent pas, qui passent leur temps à frimer et à s’engresser d’argent n’est pas une idée de la gauche, loin de là ! C’est l’académie, et, derrière ça, la maire du 5e (de droite) qui ont voulu ça ! Je pense être plus informé que vous puisque je suis élève au lycée Henri 4

    • J’ai constaté quand je séjournais chez ma fille qu’elle ne cessait jamais de travailler outre les tâches ménagères, y compris e samedi et le dimanche (ainsi que son époux). Pour votre gouverne lorsque je préparais ma thèse d’Etat, un diplôme qui n’existe plus, je travaillais 7 jours sur 7.

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