Et si l’ONU demandait à la France de restituer Mayotte à la République des Comores

En ces temps troublés qui par la force des choses trouveront une solution diplomatique il reste un litige entre l’Assemblée générale des Nations Unies et la France qui n’a jamais été clairement épuré si on peut dire les choses ainsi. La France, un pays qui vit un déclin sociétal, industriel et économique accéléré, qui n’est plus que la dixième puissance économique mondiale, et encore je suis optimiste, gonfle son jabot, tel un coq, en provoquant des navires turcs dans une zone qui n’a rien à voir avec l’espace maritime de son pays, masque de ce fait la vacuité affligeante de sa politique étrangère. On pourrait écrire des dizaines de pages au sujet la lente descente aux enfers de la France. À commencer par les gesticulations du Président français au sujet de l’avenir de l’Europe qui ne vont certainement pas plaire aux Américains. Supposons donc que l’Assemblée Générale des Nations Unies décide de rouvrir le dossier relatif à Mayotte, dossier qui a été enterré à la demande justement de la France, membre du Conseil de Sécurité et disposant donc d’un droit de veto, alors la réouverture d’un tel dossier ferait grand bruit et pourrait avoir des répercussions géopolitiques inattendues.

Je suis allé plusieurs fois à Mayotte pour acheter des fleurs d’ylang-ylang à Combani il y a 20 ans, et cet ensemble de deux îles n’était pas encore un département français. La vie y était paisible, la présence militaire française était discrète, les Mahorais étaient jaloux de leur appartenance à la République française. Aujourd’hui Mayotte, devenue département français, faisant donc partie de l’Union européenne, est la porte d’entrée que choisissent les Comoriens pour arriver en Europe, mais l’Europe c’est loin et c’est là le problème. Plus de la moitié de la population, estimée à 700000 habitants, sur un territoire à peine plus grand qu’un petit département de la France métropolitaine, est d’origine immigrée en provenance des îles de la République des Comores, ancien protectorat français. Quelques rappels historiques permettront de situer le problème de Mayotte. En 1974, sous l’influence des mouvements indépendantistes mahorais (les habitants de Mayotte) vis-à-vis des autres îles des Comores, la France organise un référendum et Mayotte vote pour son maintien au sein de la République française. En dépit du fait que la Charte des Nations-Unies reconnaît le droit des peuples à disposer de leur destin par des voies légales, comprenez une requête déposée auprès de l’ONU, cet organisme n’a jamais reconnu la validité du scrutin du référendum organisé par la France. L’affaire en est restée là.

Passons maintenant à la Crimée. À la suite des événements dits de Maidan le Parlement de la région autonome de Crimée, statut d’autonomie datant de 1991, organise un référendum auprès de la population en 2014. Le résultat était prévisible car la population de cette péninsule est largement russophone et de plus la Russie dispose de l’immense base militaire et navale de Sebastopol qui ne faisait pas partie de l’Ukraine ni de la région autonome de Crimée. La population de la Crimée vote massivement pour le rattachement à la Russie, comme Mayotte l’avait fait en 1974, quarante ans plus tôt. La communauté internationale n’a jamais reconnu la validité de ce référendum. Parce qu’aucune demande n’avait été déposée auprès des Nations-Unies ? Non bien sûr car les USA, instigateurs des évènements de Maidan, et les Européens, considérant que c’était un coup monté par la Russie exigèrent de l’Ukraine qu’elle ne reconnaisse pas ce référendum. La situation n’a pas évolué depuis et les sanctions décrétées par les USA et l’Europe à l’encontre de la Russie sont toujours appliquées.

Il y a donc clairement deux poids et deux mesures. La France n’aurait jamais dû « s’approprier » Mayotte et la Russie n’aurait jamais dû « annexer » la Crimée. Les Nations-Unies ont fermé les yeux sur le cas de Mayotte. En toute logique la communauté internationale devrait aussi fermer les yeux sur le cas de la Crimée, les sanctions iniques dont est victime la Russie devraient être levées car pourquoi pas aussi des sanctions contre la France qui a « annexé » Mayotte à l’issue d’un référendum jamais approuvé par l’ONU ! Puisque la France n’a plus aucun pouvoir géopolitique, l’Europe étant gouvernée par les Etats-Unis et l’OTAN, les deux dossiers épineux de Mayotte et de la Crimée devraient être déposés sur le bureau de l’Assemblée générale des Nations-Unies, Assemblée qui devrait selon toute logique et en vertu de la Charte de cet organisme statuer sur les cas de Mayotte et de la Crimée indépendamment du Conseil de sécurité. Mais j’ai du rêver les yeux ouverts en écrivant ce billet …

Pour info ce documentaire réalisé il y a quelques jours à Mayotte qui a en partie motivé ce billet : https://www.youtube.com/watch?v=TmfiRT-vFE8&ab_channel=RTFrance

7 réflexions au sujet de « Et si l’ONU demandait à la France de restituer Mayotte à la République des Comores »

  1. Ping : Et si l’ONU demandait à la France de restituer Mayotte à la République des Comores – Qui m'aime me suive…

  2. Si l’ONU demandait à la France de restituer Mayotte à la République des Comores, ce ne serait qu’une demande de plus. Sans plus d’effet que les précédentes. Mayotte commande le passage par le détroit de Mozambique, cela peut nous être utile. A part ça…

    Pour ce qui est de la Crimée, Poutine n’a certainement pas envie que Sébastopol tombe dans les mains de l’OTAN.

    • Faudrait-il encore que la base militaire de Sébastopol vaille l’envie…
      En 2014, son intérêt géo stratégique était jugée « sentimentale » par les analystes (Cf. lien) ! Même en visant un objectif dans le futur, Poutine ne pouvait garder cette base sans devoir prendre en charge la péninsule et devoir aménager une voie d’accès terrestre extrêmement couteuse, sans oublier la réorientation de l’économie locale hors lien avec l’Ukraine.
      En cas d’échec, il aurait directement subi le ressentiment des Russes.
      Pour moi, l’intérêt de la Russie qu’on qualifiera de sentimental fut d’abord pour la population de la Crimée qu’on n’a pas voulu délaisser. Puis, il y a l’importance stratégique de la péninsule dont l’existence territoriale permet de revendiquer facilement le 1/3 de la surface de la Mer Noire. Ensuite, il y a le coup d’état à Maïdan qui ne pouvait laisser la Russie ne pas réagir à minima, ayant au moins prévu la manoeuvre. Enfin, il y a l’Histoire.

      Un article de mars 2014 qui donne une motivation inversée du retour de la Crimée dans la « mère patrie »: la fameuse « rhétorique poutinienne ».
      https://www.diploweb.com/Geopolitique-de-Sebastopol.html

      • L’interet geostrategique de sebastopol existe, c’est d’accueillir la flotte du sud.
        si ça ne suffit pas, fermons Brest et Lorient.
        quant au lien, dont le contenu est plutôt faible je le soupçonne de parti pris.
        rien que « Dans ce véritable musée à ciel ouvert », on sent la profondeur d’analyse.
        si vous voulez un peu d’information étayée, allez sur https://www.chroniquesdugrandjeu.com/
        c’est argumenté et le parti pris me semble absent. bien sur il y a un prisme d’analyse avec lequel on ne peut pas être d’accord.

      • @MJ: Evidemment que le lien que j’ai donné est plutôt faible. Je pensais avoir été suffisamment ironique…
        Mais il était représentatif d’une opinion médiatique de l’époque et encore maintenant (cf post de XC).
        Cependant, je reste sceptique sur la seule justification de l’intérêt stratégique de Sébastopol pour justifier la Crimée. La Russie a d’autres ports aussi gros pour accueillir une flotte, et parler d’un intérêt n’est pas suffisant pour évaluer les conséquences ou les alternatives.
        PS: je connais ce site « Chronique… », mais lui aussi fait souvent la leçon à Poutine sur la façon de gérer un continent… 😉

  3. Bonsoir. Les deux situations ne sont pas comparables: le référendum de 1974 portait sur l’indépendance des Comores. Toutes les îles ont votées « oui » sauf Mayotte. Le président de l’époque, VGE, a décidé unilatéralement que Mayotte, territoire des Comores devait rester française, ce qui viole la charte des Nations Unies.
    Pour la Crimée, la région est, depuis le début de l’Ukraine, région autonome, fondée à obtenir son indépendance. Entre 1991 et 2014, il y a eu 2 référendums refusés par les gouvernements ukrainiens. En 2014, nouveau référendum, à la suite du coup d’état de Maidan, la situation constitutionnelle de l’Ukraine est que la constitution n’existe plus, donc la Crimée est 3 fois fondée pour prendre son indépendance: tout d’abord en raison de son statut de région autonome, ensuite en raison du coup d’état, qui a dissout la constitution ukrainienne, enfin par l’article 2 (je crois) de la charte des Nations Unies qui donne le pouvoir aux peuples à disposer d’eux même.
    Mais comme d’habitude, la « communauté internationale », entendez les pays dits occidentaux, applique deux poids deux mesures.
    Cordialement. Bernard

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