Confidences d’un grand-père …

Dans quelques semaines trois de mes petites-filles et leur jeune frère se trouveront probablement pour la dernière fois de leur vie en présence de leur vieux grand-père déclinant. Sur quels sujets m’interrogeront-ils, que voudront-ils savoir de ma vie intime ou des aléas invraisemblables de ma vie professionnelle ? Je pense à ces quelques jours passés avec mes petits-enfants sous le soleil de Tenerife, peut-être du Teide couvert de neige et de la mer à 21 degrés qui, pour des habitués de vacances d’été à l’île de Ré, ne les décevront pas outre mesure. J’éviterai naturellement d’aborder la politique qui me semble tellement insipide que ce sujet ne mérite aucune attention et encore moins le coronavirus dont le dernier mutant « omicron » provoque des remous boursiers inattendus pour le non-initié dont je ne fais pas partie, remous simplement créés par des algorithmes dans lesquels le mot « omicron » a été introduit, remous, donc, qui vont s’amplifier proportionnellement en fonction de l’usage qui en sera fait par le monde politique, étroitement associé au lobby du « BigPharma » qui a enfin trouvé l’occasion d’un rebond de ses bénéfices.

Non, ni ma fille, ni son époux, ni mes petits-enfants, ne s’intéressent à ces bas travers du monde moderne qui n’est guidé que par le profit quoiqu’il arrive, y compris au détriment de la santé des peuples. Mes quatre petits-enfants ont appris à lire des ouvrages de la littérature française classique, leur père bien que mathématicien étant un fanatique invraisemblable de la littérature française et de l’histoire de la France. Dans la maison de ma fille presque tous les murs sont occupés par des rayonnages remplis de livres que mes petits-enfants ont eu tout le loisir de parcourir et encore aujourd’hui. Cette incroyable bibliothèque mise à leur disposition a naturellement fait que mes petits-enfants ont acquis une ouverture d’esprit irremplaçable, une maîtrise de la langue française qui ne s’acquiert que par la lecture et surtout une faculté d’analyse qu’aucun enseignant de la monstrueuse administration de l’éducation nationale n’est plus capable d’inculquer à ses élèves qui préfèrent pianoter stérilement sur leur téléphone plutôt que de lire Stendhal, Giraudoux ou même Saint-Exupéry et Jules Romain.

Alors de quoi allons-nous parler mes petits-enfants et leur grand-père déclinant ? Une de mes petites-filles est maintenant bien engagée dans une vie professionnelle prometteuse, je lui poserai la question cruciale qu’elle se posera elle-même dans une vingtaine d’années ou plus : jusqu’à quel âge auras-tu envie de travailler ? C’est exactement la question que je posais hier à mon fils qui habite Tokyo. Ce dernier, prisonnier d’un remboursement d’hypothèque sur sa maison, n’a pas éludé ma question mais j’ai avancé l’argument auquel à son âge on ne pense pas nécessairement. Dans 15 ans sa fille aura disparu de la circulation pour vivre sa vie professionnelle et peut-être conjugale dans n’importe quelle ville du Japon et son fils aura également quitté le foyer familial, date à laquelle sa banque ne sera plus propriétaire de sa maison.

C’est très dur de tenir ce genre de propos à un de ses enfants mais c’est pourtant la réalité. Alors mes petites-filles, dans quelques jours, me demanderont pourquoi j’ai démissionné pour abandonner un poste pour lequel j’étais très bien rémunéré et au sein duquel je pouvais faire ce qui me plaisait, pour me débarrasser de tous mes biens et partir à l’aventure aux antipodes. J’avais un peu plus de 50 ans quand je me suis dit : « assez » et je me suis retrouvé au Vanuatu, pays qu’entre parenthèse je n’aurais jamais du quitter.

Je spécule … Peut-être que mes conversations avec mes petits-enfants, probablement les dernières de ma vie, prendront une toute autre tournure. Je n’en sais rien.

4 réflexions au sujet de « Confidences d’un grand-père … »

  1. Ce billet m’a profondément touché, j’ai aussi 6 petits enfants, dont deux que je vais voir au prochain repas de Noël et je me pose les mêmes questions que vous, en regardant dans le rétroviseur de la vie. Qu’allons nous laisser à cette jeune génération ? Il faut malgrè tout garder une certain optimisme.

    • Vous écrivez : «Qu’allons nous laisser à cette jeune génération ?». Ceci : TOUT ! Nous allons tout leur laisser après leur avoir tout donné. À savoir la vie. Et aussi l’hôpital où ils sont nés, les écoles où ils ont étudié, les clubs de sport où ils se sont épanouis, l’environnement social et culturel dans lequel ils ont construit leur personnalité, l’environnement économique qui leur a assuré une sécurité, etc.
      Nous leur laisserons des problèmes. C’est vrai. Mais c’est le lot de chaque génération.
      Les grecs du siècle de Périclès disaient : vous êtes ce que nous fûmes, vous serez ce que nous sommes.

    • J’ai dix petits-enfants dont deux franco-japonais qui, à n’en pas douter, choisiront la nationalité japonaise à leur majorité. Ce que je tiendrai comme discours dans les prochains jours à quatre de ces derniers sera de quitter l’Europe et la France, d’apprendre dès à présent le russe, le chinois ou l’anglais (langue parlée dans de nombreux pays d’Asie : en Thaïlande et en Malaisie tout le monde parle anglais), surtout de fuir l’Europe ! Je leur dirai aussi qu’il y a deux secteurs d’avenir : l’informatique avec de solides bases mathématiques et la physique des matériaux, une discipline scientifique évitée car extrêmement complexe mais pourtant pleine d’avenir. Pourquoi la physique des matériaux car c’est dans ce domaine que se rassemblent aujourd’hui les hautes températures, les surfaces semi-minérales et organiques pouvant déboucher sur les panneaux solaires du futur à très haut rendement, les accumulateurs pour le stockage de l’énergie et même pour le projet ITER auquel je ne crois pas mais dont la faisabilité fait appel à la physique des matériaux. C’est aussi le discours que je tiendrai peut-être à mes petits-enfants …

  2. Jules Romains, à qui un journaliste demandait la raison de ce « s » final, répondit facétieusement: « parce que c’est plus singulier » !
    Avec reconnaissance pour votre regard critique sur notre monde en perdition.

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