Nouvelles du Japon (Article paru sur le site Atlantico le 28 octobre 2021)

Atlantico : Après une reprise épidémique liée au variant Delta cet été et une population fortement concentrée, le Japon se retrouve de nouveau dans une situation relativement confortable. Comment expliquer cette « success story », quelle est la recette japonaise ?

Antoine Flahault : Le Japon, dès le début de la pandémie a adopté une stratégie de riposte pragmatique dite de « suppression ». C’est un anglicisme qui signifie que l’on a l’objectif permanent de maintenir la circulation du virus au plus bas niveau possible. Avant les jeux olympiques, le Japon, pays de 127 millions d’habitants, avait réussi à ne pas dépasser 6000 cas et 100 décès par jour, ce qui était, au sommet de leurs vagues, d’un niveau inférieur à celui des décrues épidémiques des pays occidentaux. Quinze jours après les jeux olympiques de l’été 2021, certes qui n’avaient accueilli aucun supporters étrangers mais des athlètes et leurs délégations de tous les pays participants, le Japon a alors connu sa pire vague de la pandémie, liée au variant Delta. Le pic, à la fin août n’a cependant pas dépassé 22 000 contaminations et 60 décès quotidiens, soit l’équivalent de moins de 12 000 cas et 32 décès par jour en France ou au Royaume-Uni.

Aujourd’hui, l’archipel nippon qui est situé sur les mêmes latitudes que les pays de l’Europe de l’Ouest, n’enregistre quasiment aucun cas et aucun décès. Depuis le début de la pandémie, le Japon a rapporté 14 décès pour 100 000 habitants alors que la France en a rapporté 175, le Royaume-Uni 210. On n’est pas dans la même ligue. Et pourtant, on ne peut pas dire que le Japon recourt à une recette magique pour parvenir à une telle performance. Pas de martingale non plus. Juste une très grande proactivité. Lors de l’augmentation de l’incidence cet été, le pays n’avait pas dépassé 10 000 contaminations par jour, que l’ensemble de la population manifestait déjà des signes d’anxiété, le port du masque y était spontané et généralisé ; les médecins craignaient la saturation de leurs hôpitaux ; les autorités redoublaient les mesures de contrôle, instituant cependant des “états d’urgence » qui avaient peu de ressemblance avec nos confinements. Jamais les Japonais n’ont été assignés à domicile, jamais les commerces non-essentiels n’ont été fermés, les écoles ont été peu fermées aussi. Mais lorsque l’on intervient tôt, on est rapidement efficace. Le traçage des contacts « à la japonaise » est une recherche rétrospective afin de remonter, à partir d’un cas identifié, puis démanteler toutes les chaînes de transmission dans la communauté. Ce n’est pas une spécificité japonaise à proprement parler, puisque les Sud-Coréens, Australiens, Singapouriens, Néo-Zélandais, Taïwanais l’appliquent également. C’est une méthode qui a seulement retenu les leçons du passé, notamment de l’épidémie de SRAS en 2003. Le SARS-CoV-2 comme le SARS-CoV ne sont pas des virus grippaux. Le R0 du coronavirus est frappé de surdispersion, ce qui signifie que la transmission s’effectue selon des chaînes de supercontaminations qu’il convient de détecter rapidement et d’isoler correctement. La durée d’incubation de la Covid est de 5 jours en moyenne (2 à 12 jours) et non de 24 heures comme pour la grippe, justifiant l’utilité des quarantaines pour les cas de Covid. A la différence de la gestion des pandémies de grippe, ici les frontières gagnent à être closes pour les non-résidents, et les résidents de retour au Japon ainsi que les voyageurs essentiels au fonctionnement du pays doivent être soumis à un contrôle sanitaire très rigoureux. Lorsqu‘ils débarquent à Narita (l’aéroport de Tokyo), ils sont testés sur place : négatifs, ils s’isolent en quarantaine, positifs, ils filent vers l’hôpital.

Peut-on et doit-on s’inspirer du modèle japonais pour préparer notre hiver en France face aux Covid ? Quelles sont les préconisations clés ?

La France n’est pas une île, elle ne fermera pas ses frontières aux voyageurs étrangers, mais lorsqu’elle a instauré le passe sanitaire le 9 août, elle enregistrait ce même jour 23 000 cas et 60 décès. Ce n’est certes pas le seuil de réactivité des Japonais mais ce n’est pas non plus le laxisme britannique qui avec près de 50 000 cas et 150 décès aujourd’hui n’a ni passe sanitaire, ni obligation de port du masque. Beaucoup de pays convergent aujourd’hui vers une stratégie qui emprunte plusieurs aspects de celle des Japonais, une réaction plus précoce, une moindre tolérance à la circulation du virus dans la communauté, l’usage étendu du passe sanitaire, le port plus systématique du masque en milieu intérieur, une politique plus systématique de tester-tracer-isoler, des frontières plus sécurisées à défaut d’être fermées aux non-résidents.

Quelles sont les plus grosses failles de notre système actuel de lutte contre la Covid pour l’hiver qui vient ? Comment les combler ?

Ce coronavirus se transmet quasi exclusivement par voie aérosol, en milieu intérieur, bondé, mal ventilé, où l’on passe plusieurs heures dans la journée. Ces lieux sont identifiables et dénombrables. Il s’agit des salles de classes, amphithéâtres, cantines et restaurants, open spaces, transports publics. Jusqu’à présent, ce sont les grands oubliés de la riposte pandémique. C’est dans ces lieux, et seulement là, qu’on vient s’y contaminer, souvent par dizaines voire par centaines de personnes. Mais on continue à laisser entrer et séjourner le public dans ces hauts lieux de transmission sans chercher à mieux les sécuriser. On se contente au mieux d’exiger le port du masque, ce qui est très insuffisant. D’abord parce qu’on enlève le masque pour se restaurer, pour manger des popcorns au cinéma, pour grignoter dans les transports. Pourquoi les autorités nationales et européennes ne fixent-elles pas des normes contraignantes au-dessus desquelles il serait demandé d’évacuer ces locaux dangereux pour notre santé ?

La concentration de CO2 est une bonne mesure de la qualité de l’air en termes d’aération. L’air extérieur a une concentration de 400 ppm. Quelle concentration de CO2 peut-on tolérer en milieu intérieur pour réduire au mieux le risque de transmission du coronavirus : 800, 1000, 1200 ppm ? Aux experts ventilistes de trancher. Plus la concentration sera basse et plus on réduira le risque de contaminations, en sachant que l’on ne doive pas viser le risque zéro, mais plutôt une réduction de risque acceptable, complétée par le port du masque autant que possible. Miser sur une ventilation satisfaisante des lieux clos (ouverture des portes et fenêtres, purificateurs d’air), monitorée par des capteurs de CO2 n’est-il pas l’investissement d’avenir par excellence que les pays européens devraient tous réaliser de toute urgence ? Pour éviter des souffrances, des hospitalisations et des décès par coronavirus ainsi que par les autres virus respiratoires, notamment la grippe et pour réduire le risque de toutes les pathologies respiratoires liées aux particules fines. Et aussi pour éviter le risque de saturation des hôpitaux et des reconfinements cet hiver.

Note. Comme je dispose d’informations de première main en provenance de mon fils habitant à Tokyo, j’ajouterai quelques détails. À Tokyo, immense ville de plus de 15 millions d’habitants, l’activité n’a jamais cessé depuis le début de l’épidémie. Pendant quelques semaines les écoles ont été fermées au début du printemps 2021. Toutes les personnes capables de travailler chez elles ont été encouragées afin de prendre leurs dispositions dans ce sens. L’injection de thérapie génique à base d’ARN messager n’a jamais été rendue obligatoire. Le port du masque a été laissé à l’appréciation de chacun car toute obligation est contraire à la Constitution. Pour l’anecdote ma belle-fille (japonaise) a été vivement encouragée par la société qui l’emploie à se faire “vacciner”. Elle n’a subi aucun effet secondaire sinon une forte fièvre pendant 48 heures et la perte de plus de 3 kilos. Mon fils et mes deux petits-enfants ont été contaminés par le virus, probablement le mutant delta, et ils ont reçu de l’hôpital un certificat de guérison pour chacun d’entre eux. Ils souffrent toujours d’anosmie partielle. Au Japon il n’y a jamais eu un quelconque projet de pass sanitaire, synonyme d’obligation de “vaccination”, car ce serait contraire à la Constitution. Seul les karaokés et les bars à entraineuses ont été fermés durablement. J’ignore s’ils sont ouverts aujourd’hui. Sous prétexte qu’il y avait un caractère d’urgence le gouvernement français a ignoré la Constitution et bafoué les libertés individuelles fondamentales …

6 réflexions au sujet de « Nouvelles du Japon (Article paru sur le site Atlantico le 28 octobre 2021) »

      • Le découvreur de l’ivermectine a exhorté le gouvernement japonais à autoriser la prescription de ce produit mais il semblerait que l’interdiction préalable ait marqué les esprits. J’ajouterai ici qu’Antoine Flahaut affirme que le pass sanitaire est mis en place au Japon. C’est absolument faux ! Si tel était le cas il y aurait immédiatement des manifestations montres à Kazumigaseki devant le ministère de l’Intérieur.

  1. Ping : Nouvelles du Japon (Article paru sur le site Atlantico le 28 octobre 2021) – Qui m'aime me suive…

  2. A première vue, la gestion de l’hôpital public au Japon diffère radicalement de celle de l’actuel gouvernement français qui ne fait que continuer à appliquer les directives néolibérales de la Commission de Bruxelles depuis 20 ans en ce qui concerne la santé et dont l’objectif est de privatiser au maximum les secteurs rentables des soins (la référence étant pour les hauts fonctionnaires de l’UE le système de santé américain bien entendu) :
    https://fr.sputniknews.com/20211029/hopital-genoux-gouvernements-degoute-professionnels-1052389491.html
    Il serait bon de se rappeler que : « En 2000, l’OMS (organisation mondiale de la santé) clamait que la France offrait les meilleurs soins de santé généraux, l’auréolant ainsi du titre de meilleur système de santé au monde ». Cela n’a pas l’air d’affecter le ministre de la santé le moins du monde. C’est curieux cette tendance des dirigeants qui sont d’une nullité remarquable à devenir subitement aveugle dès qu’il s’agit de mesurer concrètement la performance de leur propre gestion. 🙂

  3. Quoique décident les autoritées diverses et variées, elles oublient le « génie propre » des épidémies qui fait que cette pandémie cessera lorsque le virus(les interactions virus et »éco-systèmes » au sens large) le décidera; si le cas du SARSCOV-2 est analogue à celui(probable) de l’OC43, il faut s’attendre à encore supporter les mesures débiles et coercitives des politiques ainsi que les couinelents catastrophistres des Cassandre de tout poil pendant encore au moins un an. IMO.

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