Pourquoi on va tous payer pour le gaz et l’essence ?

Lorsque le vieux Joe s’est installé à la Maison-Blanche l’une des premières mesures fut d’arrêter autoritairement l’exploitation de gaz de schiste, on dit aussi de roche mère. Alors qu’il y a encore un an les USA étaient exportateurs nets de gaz naturel et qu’ils promettaient monts et merveilles à des pays comme la Pologne de s’affranchir grâce au GNL américain du gaz russe la situation s’est totalement inversée en quelques mois. Les Etats-Unis sont aujourd’hui à nouveau importateurs de gaz naturel liquéfié en provenance du Qatar et ils n’exportent plus aucun distillat. L’arrêt de la construction de l’oléoduc XXL supposé transporter le pétrole lourd issu des schistes bitumineux de l’Ontario a précipité la dégradation du paysage énergétique mondial. En effet, une grande majorité des raffineries texanes avaient besoin de ce pétrole lourd puisqu’elles étaient parfaitement adaptées au pétrole du Vénézuéla qui est frappé d’interdiction d’importation par Washington.

La conséquence de cette situation critique états-unienne est un renchérissement inattendu mais extrême des prix du gaz et du pétrole dans le monde entier. Comme c’est toujours le cas, ce sont les pays européens et les pays asiatiques qui paieront la facture, il suffit de se souvenir de la crise des sub-primes car il y a un grand nombre de similitudes avec la crise énergétique mondiale actuelle. En effet les produits pétroliers, gaz naturel compris, sont payés sur le marché mondial en dollars US, les transactions sont contrôlées par les Américains en temps réel et la demande asiatique contribue à ce renchérissement du prix du gaz, de celui du pétrole et bientôt du prix à la pompe des carburants sans oublier celui des distillats utilisés pour le chauffage domestique. Les décisions prises à Washington pour sauver le climat et l’environnement vont donc avoir des répercussions dramatiques dans le monde entier.

Par un effet automatique le prix du charbon a considérablement augmenté car il devient évident que le prix de l’énergie, quelle que soit sa forme originelle, est traité de manière identique sur les marchés. Une nouveauté dans cette situation : le prix de l’uranium a également augmenté ! Le Japon et la Corée continueront à vivre car ils ont signé des contrats avec le Qatar pour le gaz et d’autres pays pour le pétrole, mais que va-t-il se passer pour le Portugal par exemple ? Rien ou presque rien sinon des troubles sociaux quand les ménages devront choisir entre se chauffer durant l’hiver ou se nourrir. La mise en place de la « carbon tax » aux USA n’est certainement pas étrangère à ces augmentations du prix de l’énergie (carbonée). L’Europe va suivre cette tendance et la situation risque de se compliquer dangereusement dans les prochains mois.

L’autre volet de cette situation économique internationale tendue est la forte augmentation du « Baltic dry index », un marqueur précoce de l’activité maritime. Personnellement, n’étant pas analyste économique, je ne trouve pas d’explication au brusque doublement du prix du fret maritime, doublement depuis le début de l’année 2021, autre que la très grave récession provoquée par la pandémie qui aurait provoqué la faillite de nombreux affréteurs maritimes et la reprise économique, même timide, serait la cause de ce renchérissement du BDI. À suivre de très près car finalement ces soubresauts mondiaux pourraient aussi être un signe d’une imminente crise monétaire mondiale, et dans ce cas nous paieront tous chèrement une telle crise.

À tous les facteurs il faut enfin ajouter les premières retombées des investissements pharaoniques européens dans les énergies renouvelables, en particulier les moulins à vent, dont l’efficacité est médiocre voire nulle. Ce sont des milliers de milliards d’euros (voir note) dépensés en pure perte qu’il eut été beaucoup plus judicieux de consacrer à la construction de nouveaux réacteurs nucléaires moins coûteux que ces fameux EPRs que seuls les Chinois ont été capables de construire dans les délais impartis. Belle démonstration de la gestion européenne de l’énergie, douteuse dans son ensemble. L’Europe ne récolte que les fruits de ce qu’elle a semé.

Source partielle : Fox Business

Note. La Banque Mondiale évoque un montant de 89000 milliards de dollars pour atteindre les objectifs de décarbonisation dans les seuls pays développés à l’horizon 2035, « étonnant, non ? » comme aurait dit Desproges …

13 réflexions au sujet de « Pourquoi on va tous payer pour le gaz et l’essence ? »

  1. Ping : Pourquoi on va tous payer pour le gaz et l’essence ? – Qui m'aime me suive…

  2. Les Européens en matière de fourvoiements intellectuels ne sont pas en reste et pourtant je pensais que nos écologistes politiques avaient déjà fait le maximum de choses nocives pour les consommateurs et l’économie des pays de l’UE…mais là, j’avoue qu’ils se sont surpassés : ainsi, leur dernier projet au Parlement de Strasbourg consiste à diluer le gaz naturel avec de l’hydrogène. On va réduire d’un peu moins de 20 % sa capacité calorifique et doubler son prix. Génial. A mettre au Guiness Book de la connerie humaine. Ou alors leur décerner un Ig-Nobel. Au choix. Biden va devoir se creuser les méninges pour faire encore plus fort 🙂

  3. Une intervention intéressante sur la crise de l’énergie et des approvisionnements en carburants fossiles qui a lieu en ce moment au Royaume-Uni…à suivre de près car la France et d’autres pays européens peuvent subir le même sort :

      • À un petit détail près les Anglais maîtrisent sur le papier les SMR comme d’ailleurs les Américains : ils n’en ont jamais construit ! Ils ont choisi des EPRs (Hinkley Point C) qui seront peut-être opérationnels dans dix ans et les Anglais viennent de se rendre compte bien tardivement que la politique énergétique doit être programmée sur le long terme et ce n’est pas avec des moulins à vent qu’on fera fonctionner l’économie …

      • Oui N.F. est pour la généralisation des SMR et la suppression des éoliennes dans son pays…de la logique économique élémentaire. Il a peut-être oublié de préciser pour le gaz que c’est la Commission Européenne qui n’a pas voulu signer de contrats de fourniture à long-terme avec Gazprom (because le GNL fantôme américain sur-vendu par Trump), ce qui fait qu’aujourd’hui, les prix se sont envolés, tirés par une très forte demande asiatique…encore une connerie de l’UE qui se paiera très cher…mais on commence à avoir l’habitude…à propos de conneries de la Commission de Bruxelles, l’EMA n’a toujours pas les éléments pour renouveler les AMM des vaccins anti-Covid qui sont donc légalement interdits d’utilisation depuis fin juin / début juillet pour Pfizer, Moderna et AZ…l’AMM de J&J a expiré depuis le 11 septembre….et on nous impose un passeport sanitaire depuis juillet…y’a des coups de pied au derche qui se perdent. 🙂

  4. Précision : les schistes bitumineux ne sont pas ceux de l’Ontario, mais ceux de l’Athabasca en Alberta, 1500 kilomètres plus loin au nord-ouest.

    • Pour info, Total Energies a liquidé (il y a deux ans environ si je me souviens bien) sa filiale de valorisation des schistes bitumineux à Calgary : trop cher à exploiter sur le plan des traitements physiques et chimiques + coûts de reconstitution des écosystèmes forestiers locaux totalement saccagés => business durablement non rentable.

  5. Pour le trafic maritime :
    – forte augmentation des transactions entre Chine et zone pacifique (USA first !) => rareté des conteneurs sur l’Europe avec peu de trafic Europe ->Chine pour le retour des conteneurs « aller » ;
    – avant la crise covid, réduction des places allouées dans les porte-conteneurs pour ne pas faire baisser les prix chez les mastodontes ;
    – après la reprise, bonne entente de l’oligopole des armateurs pour faire augmenter les prix par cette restriction volumique.
    Les lois antitrusts n’existent pas dans le mondialisme oligarchique.
    A JH, nous aurons l’occasion d’en reparler dans la semaine avec ma femme qui est affréteuse 🙂

    • Excellente analyse mon cher Gris comme d’habitude 🙂
      On peut aussi rajouter à une échelle moindre le fait que les directions achats des grands groupes et des PME ont pour ordre de casser les prix pour s’opposer à l’inflation…mais ce faisant, les volumes vendus étant moindres, les fournisseurs ont naturellement tendance à honorer en priorité les commandes des clients qui paient le mieux en volumes, en marges et en délais de paiements. Ceci provoque donc des ruptures d’approvisionnements sur certaines catégories de produits fabriqués en flux tendus (dont les microprocesseurs). Après une période de flottement, ce problème de logistique se résout en utilisant la main d’oeuvre comme variable d’ajustement : pour l’aérien par exemple, on a la mise-en-place de plans de licenciements massifs chez Air France (7500 départs en cours de négociation) et aussi chez ADP pour faire face à la baisse du trafic aérien du fait des restriction anti-Covid. Pour l’hôtellerie-restauration, c’est officiellement près de 300,000 personnes qui sont sur le carreau pour les mêmes raisons (on peut multiplier ce chiffre par 4 sans problème pour tangenter la réalité)…etc.
      On est donc dans une crise économique mondiale qui ne dit pas son nom et qui affecte tous les secteurs progressivement, pas seulement celui de l’énergie. Les indices boursiers sont surévalués puisque les banques centrales rachètent à tour de bras les titres des grosses entreprises cotées qui baissent pour les jouer à la hausse, ce qui laisse l’essentiel des TPE et des PME françaises sans aide aucune comparativement…or, ce sont ces entreprises qui font la croissance et l’emploi en France. On est donc dans un projet de sape mondial dont le résultat sera un chômage qui sera encore plus massif pour l’hexagone. Et l’inénarrable Bruno Lemaire (le monsieur qui compte les sous de l’Etat mais qui a oublié ses tables de d’additions et de multiplications) vient d’annoncer que la croissance est miraculeusement repartie à la hausse et que le chômage baisse de façon spectaculaire. On sent évidemment une campagne de communication bidon se mettre en place du fait que les élections présidentielles qui approchent à grands pas. Ma seule consolation est que Sarkozy vient à nouveau d’être condamné (1 an de prison c’est cadeau mais c’est déjà ça) et que Valérie Pécresse, une nullarde née avec une cuillère ne argent dans la bouche, pleure cette décision de justice qui salit l’honneur de son héros qui n’est qu’un mafieux parmi tant d’autres et dont l’objectif est de soumettre la France à l’Allemagne et à l’Oncle Sam.

  6. La crise du gaz en Europe, le point de vue de Xavier Moreau qui vient juste de sortir et qui démontre la nullité des élites de l’Union Européenne :

  7. Forbes prévoit une crise énergétique en Europe cet hiver à cause de cette politique stupide de l’UE qui a consisté à mettre des éoliennes et du photovoltaïque un peu partout :
    « La politique européenne prévoyant la transition énergétique, et donc le rejet des combustibles à haute densité, pourrait provoquer dès cet hiver une véritable catastrophe dans le secteur de l’énergie sur le Vieux Continent, relate le magazine américain Forbes. À l’origine de cette potentielle crise énergétique en Europe se trouve la hausse spectaculaire du prix du gaz liée, selon le média, à une demande accrue en combustibles fossiles pour donner suite au faible rendement de l’énergie éolienne cette année.

    Pour remplacer le gaz naturel, les Européens seraient prêts à se tourner vers le charbon, mais cette option s’avère compliquée, car des centaines de centrales ont été fermées en Europe au profit des installations de production d’énergie renouvelable. Forbes indique que même si l’Europe réussissait à redémarrer ses centrales électriques au charbon, elle aurait peu de chances de satisfaire rapidement tous les besoins énergétiques des foyers.

    Outre la hausse du prix du charbon, qui découlerait d’une demande élevée, la Russie, seul pays possédant des réserves de charbon théoriquement suffisantes pour approvisionner les Européens, ne saurait pallier le manque du charbon dans un délai aussi court, explique le magazine. Forbes avance ainsi que l’Europe risque de se retrouver dans une impasse énergétique qui serait le fruit des « décisions prématurées et franchement irrationnelles » prises par les différents gouvernements du continent. »

    • J’en déduis que peut-être les journalistes de Forbes lisent mon blog … Ceci étant je ne suis pas du genre à me féliciter moi-même, je réserve cet exercice aux journalistes des plateaux télé.

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