Neutralité carbone ou « net zéro » : le débat

Article paru sur le site The Conversation le 10 mai 2021. J’ai inséré en caractères italiques et parfois entre parenthèses quelques remarques.

Il peut sembler étrange de trouver des partisans de l’action climatique débattant des mérites d’un concept que la science montre comme essentiel pour enrayer le changement climatique et qui est par conséquent ancré au cœur de l’accord mondial le définissant.

Pourtant, c’est là que nous nous trouvons avec le concept de « neutralité carbone », c’est-à-dire le point où toutes les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine sont équilibrées avec l’absorption, mettant un terme au réchauffement du climat. La nécessité d’atteindre des émissions nettes nulles dans le monde est largement prouvée dans la science (promue par l’IPCC), et les gouvernements se sont engagés avec l’Accord de Paris de 2015 à atteindre « un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions par les puits de carbone au milieu du siècle, dans le but de maintenir le réchauffement climatique à 1,5 ℃.

Ce concept n’a été inclus dans l’Accord de Paris qu’en raison d’une poussée déterminée des militants et des pays vulnérables. Et il est difficile de penser à un exemple récent plus réussi d’idées d’activistes modifiant les termes du débat. En deux ans, le nombre de pays, de gouvernements nationaux et d’entreprises se fixant des objectifs de neutralité carbone a explosé, la couverture passant de 16% du PIB mondial en juin 2019 aux deux tiers maintenant. Il n’est pas exagéré de dire que le « net zéro » est désormais le critère déterminant à travers lequel de nombreux gouvernements, entreprises, ONG et autres types d’entités envisagent la décarbonation.

Cependant, les militants ne sont pas tous en harmonie. Beaucoup ont réagi en soulignant les failles de certains objectifs « net zéro », avec des invectives particulières adressées aux sociétés pétrolières et gazières qui prévoient de payer pour des compensations au lieu de traiter les émissions causées par la combustion de leur produit (c’est comme rendre responsables les fabricants de cigarettes des cancers pulmonaires).

Dans certains cas, les préoccupations concernant la mise en œuvre d’objectifs de neutralité carbone se transforment en critique du concept lui-même. Récemment, trois universitaires spécialistes du changement climatique, dont l’ancien président du GIEC, Bob Watson, ont décrit le net zéro comme un « fantasme » et un « piège », tandis que Greta Thunberg a déclaré que « ces cibles éloignées » visent à « donner l’impression que nous agissons sans avoir à changer » nos modes de vie.

Engagements nets zéro : une image mitigée

Pour être crédible, une entité proclamant un objectif net zéro devrait avoir mis en place certaines mesures de robustesse : à tout le moins, un engagement de haut niveau, un plan publié, des mesures immédiates de réduction des émissions et un mécanisme de rapport annuel. Il doit s’assurer que toutes ses émissions attribuables sont couvertes et que toute «compensation» utilise des techniques de piégeage de haute qualité, vérifiées et permanentes.

En mars 2021, nous faisions partie des chercheurs qui publiaient la première analyse de la robustesse des engagements nets zéro pris dans plus de 4000 gouvernements et entreprises nationaux et infranationaux, représentant 80% des émissions mondiales ( https://eciu.net/analysis/reports/2021/taking-stock-assessment-net-zero-targets ). Nous avons constaté que le tableau est mitigé : alors que la plupart des entités ayant un objectif net zéro ont mis en place des mesures de robustesse telles que des objectifs intermédiaires (60%) et un mécanisme de reporting (62%), d’autres non. Le tableau des compensations (payer des crédits carbone à partir d’actions réalisées ailleurs) est particulièrement préoccupant, avec seulement 23% des entités soit les excluant, soit en imposant des restrictions à leur utilisation.

Cela signifie-t-il que le concept de zéro net en tant que cadre déterminant de la décarbonisation est en soi un fantasme ? Nous dirions que ce n’est absolument pas le cas.

La série de promesses de zéro net en croissance rapide s’accompagne d’une théorie cohérente du changement. Premièrement, si une entité est sérieuse, elle tiendra son engagement en mettant en place des mesures robustes, à commencer par des actions immédiates de réduction des émissions : ne pas le faire ouvrira rapidement l’entité en question à être accusée de manque de sérieux.

Deuxièmement, la promesse d’un objectif signifie que l’entité peut être tenue responsable par les électeurs, les actionnaires ou les clients. Troisièmement, pour démontrer sa crédibilité, il peut être demandé une accréditation auprès d’un mécanisme impartial tel que l’initiative des objectifs scientifiques, qui peut valider si son plan est réaliste. Quatrièmement, ces mécanismes d’accréditation évoluent au fil du temps pour suivre la science. Par exemple, la « Course au Zéro Net », soutenue par l’ONU, a récemment publié des critères améliorés (dans lesquels nous étions impliqués : https://racetozero.unfccc.int/the-race-to-zero-strengthens-and-clarifies-campaign-criteria/ ) et d’autres critères sont en cours d’étude. Chacune de ces quatre étapes rend l’engagement plus concret – et s’il n’est pas sérieux, l’expose clairement.

Signes que les objectifs « net zéro » conduisent à une action plus robuste

Il y a des premières indications que cela est plus qu’une théorie. Le Royaume-Uni, l’UE et les États-Unis ont tous récemment fixé des objectifs de zéro net pour 2050, puis ont revalorisé leurs objectifs de 2030 pour les rendre proportionnés. En Allemagne, la Cour constitutionnelle vient d’ordonner au gouvernement d’intensifier son action à court terme pour s’assurer que les coûts du respect du net zéro ne pèsent pas de manière disproportionnée sur les générations futures. Une enquête sur les nouvelles contributions déterminées au niveau national (CDN) que les nations doivent soumettre avant le prochain sommet des Nations Unies sur le climat, la COP26, montre que 32 des 101 pays ayant des objectifs nets de zéro ont amélioré leur CDN, contre 11 des 90 pays sans objectif net zéro.

Les défenseurs du climat ont raison de souligner le caractère vague de certains engagements, en particulier de la part des entreprises de combustibles fossiles. Un tel examen est nécessaire pour protéger la science du « green-washing ». Comme Thunberg l’a ensuite tweeté, « le problème n’est bien sûr pas les objectifs nets zéro eux-mêmes, mais qu’ils sont utilisés comme excuses pour reporter une action réelle ». C’est un vrai danger. Si nous permettons à des utilisations malhonnêtes du net zéro de discréditer le concept dans son ensemble, nous risquons de renoncer aux gains durement acquis par les militants et les pays vulnérables lors du sommet de Paris en 2015. Plutôt que de gâcher toutes les promesses de zéro net avec la même approche critique, nous préconiserions de différencier les objectifs sérieux de ceux fixés pour le green-washing. Toutes les entités ne se lanceront pas dans leur parcours vers le net zéro avec un plan à part entière, mais elles devraient rapidement clarifier comment elles atteindront leur objectif : celles qui le font méritent des applaudissements si leurs plans sont robustes et viables, tandis que celles qui ont des plans non viables ou absents. méritent des critiques.

Malgré les imperfections, le renforcement généralisé des objectifs de neutralité carbone, en particulier pour générer de fortes réductions d’émissions au cours de la prochaine décennie, offre la voie la plus viable pour mettre en œuvre l’Accord de Paris et ainsi prévenir les impacts les plus dangereux du changement climatique. Nous devrions obtenir le bon net zéro, pas nous en débarrasser.

Remarque de votre serviteur. Si je me suis donné la peine de faire figurer cet article sur mon blog ce n’était que pour illustrer l’incompréhension totale dans laquelle on peut se trouver quand on songe d’une part que le « carbone » d’origine humaine ne représente que 5 % du total atmosphérique et que la moitié de celui-ci disparaît naturellement en 5 ans et quand on remarque d’autre part que la diminution globale du PIB mondial de 12 % au cours de l’année 2020 n’a pas eu d’effet mesurable sur la quantité de ce « carbone » atmosphérique on ne peut que conclure que cette histoire de neutralité carbone dissimule une vaste entreprise financière cachée. Les taxes « carbone », les « crédits carbone » et autres gadgets ne sont que la face visible d’un vaste programme de réduction des activités humaines ouvrant les portes à toutes sortes de spéculations financières. Je citerai comme exemple très révélateur l’attitude d’Elon Musk qui, après avoir spéculé sur le Bitcoin, a fait une volte-face en déclarant qu’il se désintéressait de cette monnaie virtuelle car elle consommait trop d’énergie, comprenez qu’elle produit trop de carbone. La réduction de l’ensemble des activités humaines conduira nécessairement à une paupérisation des populations des pays en premier lieu les plus avancés.

3 réflexions au sujet de « Neutralité carbone ou « net zéro » : le débat »

  1. Vous inquiétez pas , pendant ce temps là , y en a qui se font des burnes en or avec les crédits carbone dont le cours sur les marchés futures à triplé en un an ; nul doute que l’ami Gore y a investi un paquet . Les quidam peuvent se brosser , aucun autre instrument financier (tracker , indice ,..) répliquant le cours n’existe .
    https://fr.investing.com/commodities/carbon-emissions

  2. Ceci est un aparté et un pense-bête qui n’a aucun rapport avec le sujet traité. A mettre dans la rubrique Covid ou supprimer.
    Il semblerait pour ce qui est du Covid-19 que la protéine Spike crée des problèmes hématologiques sérieux (thromboses et thrombocytopénies) qu’on retrouve comme effet secondaire chez des individus vaccinés. La vaccination aggraverait donc le problème de base, quel que soit le vaccin : https://www.unz.com/mwhitney/the-covaxx-19-scorecard-bleeding-blood-clots-and-the-whole-nine-yards/
    A titre d’illustration, j’ai une tante (84 ans) qui sort de l’hôpital. Elle a fait un Covid qui lui a coûté une première hospitalisation de 4 semaines + 8 semaines à la maison avec bouteille d’oxygène. Elle s’est faite vacciner (vaccin Pfizer je crois) et rebelote, quelques semaines plus tard, 8 jours d’hospitalisation pour des problèmes de saignements intestinaux (qui se sont traduits au début par des selles noirâtres). J’en viens à me demander si la maladie est réellement vaccinable. Mais je n’ai aucune compétence sur le sujet.

  3. Musk est le must du crétin des Alpes. Des développements sont en cours pour réduire fortement la consommation. Au demeurant, l’argument de Bitcoin, la sécurité, c’est qu’il faudrait posséder la moitié du parc de minage pour espérer voler des Bitcoins. Hors de portée d’un voleur même bien organisé. Même d’un état.

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