Et si l’évènement cosmique GW 190521 avait eu lieu au centre de notre Galaxie ?

Notre galaxie est centrée sur un trou noir super-massif dont la masse est estimée à au moins 1,5 million de fois celle du Soleil, notre Soleil qui apparaît alors minuscule. Autour de ce trou noir géant gravitent d’autres trous noirs ainsi que des étoiles dans un maelström infernal où il ne doit pas faire très bon vivre. Enfin les astrophysiciens considèrent que ce trou noir est entouré de ce qu’ils appellent un disque d’accrétion. Il faut 26000 ans pour que les rayonnements provenant de l’environnement de ce trou noir central nous parviennent. Nous sommes donc très loin de cet enfer. Pourtant à l’échelle cosmique nous nous trouvons dans le voisinage du centre de la galaxie. Lorsque qu’Albert Einstein décrivit la relativité générale en 1915 ses équations prédisaient l’existence d’un phénomène, paraissant absurde à l’époque, de modification de l’espace-temps par une événement énergétique extrême auquel il n’avait pas donné de nom puisque les trous noirs étaient inconnus. Un tel événement devait donc, selon sa théorie, provoquer des ondes gravitationnelles et il a fallu attendre 100 ans pour vérifier par l’observation qu’elles existaient et qu’elles étaient bien réelles. Depuis une dizaine d’années des ondes gravitationnelles sont observées à l’aide des deux interféromètres Ligo situés aux USA, couplés à l’interféromètre Virgo se trouvant en Italie.

Brièvement ces interféromètres comprennent deux galeries rectilignes perpendiculaires l’une par rapport à l’autre et de 4 km de long. Un faisceau de lumière laser monochromatique est envoyé dans l’une des galeries, en revient, est dévié vers l’autre galerie, en revient et un système instrumental va détecter des franges d’interférence si la longueur parcourue par le faisceau laser est modifiée. Normalement il ne se passe rien sinon un bruit de fond provoqué par de microscopiques tremblements de terre comme par exemple le passage d’un camion à 10 km de l’installation malgré une technologie extrêmement sophistiquée de stabilisation des miroirs. Si par hasard la distance parcourue par le faisceau de lumière est modifiée alors apparaissent des interférences. C’est sur ce principe que ces équipement peuvent détecter des ondes gravitationnelles puisque selon la théorie d’Einstein elles déforment l’espace-temps et donc la longueur du parcours du faisceau lumineux. Il ne faut pas s’attendre à quoi que ce soit de spectaculaire, tout dépend de quoi on parle. En effet, il suffit d’une modification de la longueur de 4 km d’un des bras de l’interféromètre égale au diamètre du noyau d’un atome d’hydrogène pour que des interférences soient observées, j’y reviendrai.

L’objet de ce récit est d’imaginer que l’évènement GW 190521 observé le 21 mai 2019 a eu lieu au centre de notre galaxie et quels en seraient les effets sur la Terre. Cet événement a été très bien décrit et toutes les données sont accessibles sur ce lien : https://en.wikipedia.org/wiki/GW190521 . Il s’est agi de la fusion de 2 trous noirs, l’un de 85 masses solaires et l’autre de 66 masses solaires. Le résultat de la fusion a donné naissance à un trou noir de 142 masses solaires. Par conséquent une énergie équivalente à 9 masses solaires a été dissipée dans l’espace provoquant une onde gravitationnelle qui s’est propagée dans les trois dimensions de l’espace à la vitesse de la lumière en déformant ce dernier et la déformation des bras des interféromètres se trouvant sur la Terre, provoquée par cette onde gravitationnelle a atteint la longueur équivalente au diamètre du noyau d’un atome d’hydrogène, soit 0,8×10-15 mètre ! L’évènement a eu lieu à une distance de 5,3 Gpc, comprenez Giga-parsec ou 5,3 milliards de fois 3,26 années-lumière ou encore 5×1026 mètres de la Terre, difficile à imaginer j’en conviens. Non pas pour embrouiller les esprits mais présenter toutes les données relatives à cet événement cosmologique l’énergie dissipée, conformément à l’équation bien connue d’Einstein E=mc2 où m est la masse dissipée, ici 9 masses solaires exprimée en kg, et c la vitesse de la lumière exprimée en mètres par seconde, alors on trouve 160×1040 Joules, ça ne vous dit encore rien mais c’est l’énergie équivalente à 2850 milliards de milliards de fois toute l’énergie produite sur la Terre par l’activité humaine en un an (2017). Et si vous n’avez pas de référence pour situer ce qu’est un Joule c’est l’énergie qu’il faut déployer pour lancer une tomate de 100 grammes à un mètre de hauteur pour annuler brièvement la gravité de la Terre s’exerçant sur la tomate (source Wikipedia).

Supposons que l’évènement GW 190521 n’ait pas eu lieu aux confins de l’Univers mais au centre de notre galaxie, c’est-à-dire pour reprendre les unités astronomiques de distance utilisées plus haut à une distance de près de 8×10– 6 Gpc, mais oui, on se trouve tout près du centre de notre galaxie ! Alors les choses n’auraient pas du tout eu lieu de la même façon. Il faut, pour se faire une petite idée de l’éventuel cataclysme que provoquerait cet événement, considérer que l’énergie se dissipe dans toutes les directions de l’espace afin de se faire une idée de la déformation de l’espace-temps au niveau des interféromètres utilisés, les deux LIGO et Virgo. Les longueurs de 4 kilomètres auraient été déformées de 0,3 microns. Les tunnels auraient certainement résisté mais toutes les installations de mesure auraient été endommagées puisqu’elles ne sont pas conçues pour supporter un tel déplacement !

Vous devez vous demander pourquoi je suis arrivé à un résultat aussi minable et pour quelle raison il me paraissait intéressant d’écrire un billet à ce sujet. À l’échelle de l’Océan Atlantique, partant du principe que le fond de l’océan est homogène et stable, ce qui n’est pas tout à fait le cas, les côtes nord-américaine et africaine s’éloignent de 4 à 6 mm par an. Si l’évènement GW 190521 avait eu lieu dans le centre de notre galaxie il y a 30000 ans en quelques secondes ces côtes atlantiques s’éloigneraient de 0,45 mm, soit près d’un demi-centimètre. J’ai beaucoup de peine à imaginer quels seraient les effets d’un tel déplacement, c’est-à-dire rien du tout. Lors du grand tremblement de terre du 11 mars 2011, l’énergie accumulée par l’expansion du plancher de l’Océan Pacifique a été dissipée en quelques dizaines de secondes dans une zone très proche des côtes de l’île de Honshu et à 60 kilomètres de profondeur. À Tokyo ma petite-fille n’avait que 3 ans et elle ne s’en souvient plus mais elle a gardé une peur panique des tremblements de terre. Cette libération d’énergie a tout de même provoqué un déplacement de l’ensemble de l’île de Honshu d’environ 7 centimètres vers le nord-ouest sans provoquer de tsunami dans la mer du Japon. Peut-être qu’un événement tel que le GW 190521 mille voire un million de fois plus puissant au centre de notre galaxie aurait un effet sur la croute terrestre, ce qui a pu arriver dans un lointain passé, nul ne le sait, mais les observations réalisées avec les deux LIGO et le Virgo ont montré qu’il s’agissait d’un phénomène transitoire, tout redevenant normal quelques millisecondes plus tard. Finalement les ondes gravitationnelles et la gravitation elle-même ne peuvent être comprises que par des spécialistes, ce dont je ne suis pas du tout.

Note. J’ai soumis la première version de ce billet avant correction à Monsieur Thibault Damour (IHES), le meilleur spécialiste français des trous noirs, qui a eu l’amabilité de me répondre très rapidement, ce qui m’a conduit à corriger une grossière erreur de calcul qui m’avait échappé. Il est vivement remercié ici pour sa collaboration au sujet de ce modeste billet.

2 réflexions au sujet de « Et si l’évènement cosmique GW 190521 avait eu lieu au centre de notre Galaxie ? »

  1. Ce qui aurait endommagé les instruments, ce sont les vibrations après le passage de l’onde principale. Sinon, vous ou moi n’aurions rien remarqué, sauf peut-être un petit coup de chaleur.

    • Oui. Tout subissant l’effet du passage de l’onde, ce n’est que depuis un référentiel stable qu’on aurait pu constater un changement qui n’est même pas la comparaison avec l’élastique qu’on étire (avec un risque de craquement,…).
      Le canard sur l’eau peut sentir une élévation de la vague qui lui fait ressentir l’effet de la gravitation terrestre, mais quand la Terre elle même ou le Soleil subissent ce passage, il n’y a pas grand chose à dire sur le ressenti perçu. Sauf en théorie 😉

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