La transition énergétique ou écologique sans uranium : une lubie !

L’IPCC, organe onusien en charge du changement du climat a préconisé, afin de décarboner la production d’énergie électrique de développer l’énergie nucléaire, seule et unique source d’énergie totalement décarbonée avec l’hydraulique. Les sites susceptibles d’être aménagés pour produire de l’électricité « hydraulique » sont limités. Il suffit de constater l’imbroglio naissant entre l’Egypte et l’Ethiopie ou encore l’immense barrage chinois qui a nécessité le déplacement de dizaines de millions de personnes. Il ne reste donc qu’une seule solution : l’énergie nucléaire. Au cours de l’automne 2020 l’Agence internationale de l’énergie (IEA) mit en garde la Commission européenne sur la nécessité d’inclure l’énergie nucléaire dans la politique du Green-Deal bas carbone, les énergies renouvelables instables risquant de provoquer une dépression économique incontrôlable conduisant à la ruine irréversible de l’Europe. Pour le Directeur exécutif d’EDF, Jean-Bernard Levy le gouvernement français et également les autres pays européens avancés sur le plan technologique doivent impérativement mettre en place un plan de production industrielle de petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR, smal modular reactor) en lieu et place des grandes installations telles que les EPRs.

La pression des écologistes, paradoxalement opposés à l’énergie nucléaire, a conduit la Commission européenne à ne pas prendre en considération les recommandations de l’IEA présentées par son Directeur Fatih Birol. Si l’Europe a échappé à un black-out généralisé au cours de l’hiver 2020-2021, ce n’est pas en raison du ralentissement de l’activité industrielle, conséquence de la pandémie coronavirale, mais parce que l’Allemagne a autoritairement limité les activités industrielles grosses consommatrices d’électricité. La raison en est le retard pris depuis plus d’une année dans l’achèvement du gazoduc NordStream-2 sous la pression américaine, gazoduc qui devait être raccordé au réseau gazier allemand au cours de l’automne 2020. En décidant après l’accident de la centrale de Fukushima-Daiichi de « dénuclariser » le pays l’Allemagne se retrouve aujourd’hui dans une impasse et la pression du parti vert allemand refusant de reconsidérer les critères ESG au sujet de l’énergie nucléaire ne pourra qu’aggraver cette situation. L’avenir énergétique de l’Europe est ainsi compromis.

Le gouvernement japonais, plus pragmatique, subit la pression des lobbys industriels du pays pour réactiver l’énergie nucléaire, seule issue pour atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050. Très gros importateur de charbon et de gaz naturel liquéfié le Japon est très réticent pour tout projet d’installation de moulins à vent sur son territoire, la population japonaise étant traditionnellement attachée à l’harmonie de ses paysages. De plus ce pays est régulièrement traversé par des typhons, ce qui complique sérieusement la mise en place de grandes éoliennes, y compris en mer pour les mêmes raisons météorologiques. Le JAIF (Japanese Atomic Industry Forum) et le JISF (Japan Iron and Steel Federation) exercent une pression constante sur le gouvernement pour réactiver le programme nucléaire. Actuellement 16 unités, entendez réacteurs, sont prêtes pour un redémarrage sans délai, les compagnies d’électricité propriétaires de ces unités ayant effectué tous les travaux de consolidation de sécurité post-Fukushima. L’immense traumatisme provoqué par l’accident de la centrale de Fukushima-Daiichi est toujours présent dans les esprits et les populations restent réticentes quant à la réactivation de ces installations, pour certaines presque neuves.

Le ministère japonais de l’industrie est très attentif aux développements de l’industrie nucléaire chinoise dans deux domaines très précis : les SMRs et les réacteurs à très haute température (HTR, High Temperature Reactor). Pour ce ministère l’HTR est la seule source économiquement viable de production d’hydrogène. Or l’hydrogène a été incluse dans le « Basic Energy Plan » japonais de neutralité carbone et les grands constructeurs automobiles japonais exercent aussi un pression constante sur le gouvernement japonais pour développer la production d’hydrogène avec des HTRs. Le Japon devra donc coopérer étroitement avec la Chine pour développer sur son territoire cette technologie nucléaire de quatrième génération.

On ne peut que constater que l’Europe et en particulier l’Allemagne accentuent leur retard en refusant d’admettre que l’énergie nucléaire est la seule issue possible pour arriver avant 2050 à une totale neutralité carbone. Certains mauvais esprits prétendent toujours que le nucléaire est « has-been ». Il n’y aura jamais, contrairement au charbon, au pétrole et au gaz, de rupture d’approvisionnement en uranium, les océans constituant le plus grand gisement d’ors et déjà exploitable. Si l’humanité veut survivre elle n’a pas d’autre choix car toutes les matières premières utilisées pour les énergies dites renouvelables et pour les véhicules électriques, sans exception, se tariront rapidement, probablement avant l’horizon 2050, alors tout projet de transition énergétique faisant abstraction de l’énergie nucléaire se terminera par un échec.

Source IEA. Illustration Centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa en attente de redémarrage, source TEPCO.

8 réflexions au sujet de « La transition énergétique ou écologique sans uranium : une lubie ! »

  1. L’industrie nucléaire européenne de production de réacteurs a disparu. Cela facilitera peut être la création d’unités de production de réacteurs de 4° génération car il n’y a pas d’usine vétuste à sauver après le désastre EPR ..

  2. Ne tirons pas de plans sur la comète : en 2030, l’Europe sera peuplée par des néandertaliens mélanodermes revenus à l’âge de pierre, situation dans laquelle les avait trouvés le Dr Livingstone et à laquelle ils devront revenir, faute de mieux, quand les ex-pays hôtes auront été complètement pillés et dévastés.
    Des prévisions pour 2050 n’ont de pertinence qu’en Chine et en Russie.

  3. J’ai entendu dire ( par un physicien nucléaire, que nous avions 200 ans de ressources en Uranium), ce qui ne nous mènera pas bien loin, par rapport au 1,75 milliards d’années qu’il reste à la vie sur Terre. Je crois savoir que le soleil est une source d’énergie intéressante, pour les maisons passives, par exemple, sans parler des tours solaires dans les zones arides, et j’en passe. Comme disais l’autre : L’énergie la plus écologique, c’est celle qu’on n’utilise pas.

    • Faux ! Le stock d’uranium contenu dans l’eau de mer ne sera épuisé que dans plusieurs millénaires et encore … je suis pessimiste. La technologie existe, il suffit de la développer à grande échelle. L’uranium naturel appauvri en isotope 235 (la France dispose d’un stock d’environ 4000 tonnes) peut aussi servir de combustible dans les « breeders » dont la France a honteusement abandonné la filière pourtant prometteuse avec la fermeture de l’usine de Creys-Malville à la suite de la décision stupide de Jospin. donc votre remarque est non avenue. J’aimerais connaître le physicien qui a avancé cette stupidité !

      • Vous avez raison JH, il y a bien de l’uranium dans l’eau de mer, mais je crois que sa très faible concentration (3mg par m3) rend sa récupération très complexe et couteuse. Pour ma part, je n’aime pas trop la fission nucléaire pour les raisons que l’on sait. Mais pour le moment, je ne vois pas trop comment on pourrait s’en passer. En sécurisant au maximum les centrales, même si ça coûte cher, c’est indispensable. Et peut-être qu’un jour, qui sait, la fusion deviendra une réalité industrielle. Je reste convaincu que le soleil reste une voie d’avenir incontournable. Dans toutes ses formes d’exploitation. On verra bien, enfin les générations futures ?

      • Bon. Je viens de relire votre article sur l’énergie nucléaire, et donc, je me suis renseigné sur l’Uranium présent sans les océans. Alors, effectivement, on peut imaginer extraire l’Uranium des océans, la technique electro-chimique étant au point, allons-y. Vous avez raison, d’après mes calculs, nous avons 840 000 ans de stock, ce qui a l’air génial. Pour ceux qui arriveront après 840 000, c’est plus embêtant. Je reprends donc une durée de vie de la Terre de 1,75 milliards d’années et je compare aux 840 000 ans. Rapportons cela à la vie d’un être humain (mon premier centre d’intérêt avant la science par exemple). Donc, pour un être humain qui vit 80 ans, cela représente 175 jours ! Infini, avez-vous dit ?

  4. L’exploitation du nucléaire s’est toujours faite dans des pays en paix sur leurs sols, dans des sociétés stables et sans perturbations naturelles majeures (à part Fukushima ou ça ne s’est pas très bien passé)
    Que ce passe t’il en cas de guerre, de bombardements d’un ennemi qui cherche à vous détruire ?Que se passe t’il en cas de guerre civile ?
    Que se passe t’il en cas d’éruption solaire massive, type évènement de carrington ?

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