Une nouvelle arme contre la malaria : les microsporidies

Lorsque je suis arrivé il y a 24 ans à Port-Vila, capitale du Vanuatu, je n’avais pas en poches les 200000 dollars US de l’époque qu’il fallait déposer sur un compte en banque pour obtenir un visa de résident. Le seul moyen de communication avec la France était un fax qui se trouvait au bureau de poste mais avec les 10 heures de décalage horaire avec l’Europe il fallait au moins une journée de plus pour pouvoir espérer une réponse. Je restais donc assis sur les marches du bureau de poste situé près de la centrale électrique qui alimentait la ville et le ronronnement des moteurs diesel me tenait compagnie en attendant un fax qui m’était destiné. Un matin, peu de jours après mon arrivée dans ce pays dont j’ignorais l’existence une semaine auparavant, un Néo-Zélandais m’adressa la parole et me demanda ce que je faisais ici à Port-Vila. Lorsqu’il comprit que j’étais Français et que je parlais presque parfaitement anglais il me demanda si j’accepterais un poste d’enseignant à l’internat d’Onesua au nord de l’île d’Efate, île de l’archipel où se trouve Port-Vila. Après avoir conclu un accord de principe en buvant une bière il me glissa que ce n’était que pour quelques mois mais que je pourrais ainsi obtenir mon visa de résident.

Je partis entre deux avions à Nouméa pour acheter des livres de cours, un petit ordinateur portable et diverses fournitures scolaires. La librairie, apprenant que j’allais enseigner le français à Onesua, me fit cadeau d’un plein carton de toutes sortes de livres, de crayons et de cahiers pour mes élèves. De retour à Port-Vila j’achetai une petite Suzuki 4×4 et je partis avec mon sac et quelques provisions de nourriture à la très pesbytérienne et très anglophone pension Onesua High School à 4 heures de piste de Port-Vila. Très vite je compris qu’il y avait dans les deux classes dont j’avais la charge pour l’enseignement du français en permanence au moins un tiers des élèves qui étaient absents et à l’appel réglementaire lorsque je commençais mes cours les élèves me répondaient : « he is sick » ou « she is sick », cette pension était en effet mixte. La direction de l’école m’informa que la malaria était endémique et que malgré la distribution épisodique de chloroquine à tous les élèves il arrivait parfois que certains d’entre eux étaient victimes d’une crise de fièvre. Il n’y avait pas de médecin sur le campus, seulement une infirmière américaine également enseignante bénévole envoyée par son église ici au Vanuatu qui me confia plus tard que les deux formes de Plasmodium étaient présentes dans ce pays. J’eus la chance de n’attraper que la forme vivax de ce parasite et j’en souffre toujours encore épisodiquement …

Je compris que dans n’importe quel pays où la malaria est endémique le développement économique n’est tout simplement pas possible, et c’est le cas dans de nombreux pays d’Afrique encore aujourd’hui. J’ai écrit cette longue introduction pour replacer l’impact de cette maladie dans le contexte d’une étude réalisée au Kenya. Dans le cadre des nombreux travaux réalisés à l’Université de Nairobi pour tenter de trouver de nouvelles armes contre le moustique vecteur ou le parasite lui-même. L’attention des biologistes et des entomologistes a exploré une nouvelle voie pour combattre le moustique vecteur, essentiellement l’anophèle, mais peut-être aussi le plasmodium lui-même quand a été découverte l’existence d’un microsporide (ou microsporidie) infectant l’anophèle arabiensis. Un petit mot sur les microsporidies. Ce sont des eukaryotes et leur génome est le plus petit de tous les eukaryotes. Ce sont des parasites intra-cellulaires obligatoires qui se reproduisent en général en formant des spores. Il existerait autant d’espèces de microsporidies que d’espèces vivantes depuis les arthropodes jusqu’à l’homme mais il y a aussi des microsporidies qui infectent d’autres parasites obligatoires. L’intérêt de ces travaux de recherche réside dans le fait que ce parasite du moustique se transmet à la descendance par les œufs. De plus ce parasite ne réduit pas le nombre d’œufs produit par le moustique femelle après son repas de sang mais également, et c’est une découverte intéressante, il réduit la formation des oocystes du Plasmodium dans le tractus intestinal du moustique. Par conséquent, et cela a été démontré à l’aide de tests PCR, la formation des sporozoïtes du Plasmodium dans les glandes salivaires du moustique se trouve fortement diminuée voire totalement inhibée. Les sporozoïtes sont la forme infectante du Plasmodium pour les êtres humains. Enfin les microsporidies n’affectent pas le sex ratio du moustique.

Les microsporidies pourraient constituer un outil d’une exceptionnelle spécificité pour combattre la malaria. Puisque la transmission de ce parasite intracellulaire spécifique de l’anophèle est verticale il suffirait dans la pratique d’élever des moustiques porteurs de microsporidies et de les disperser dans la nature. Il s’agirait d’une sorte de lutte biologique qui sera chaleureusement accueillie par les partisans de la préservation des écosystèmes, la lutte chimique à grande échelle contre les moustiques n’étant pas envisageable dans des pays d’Afrique comme le Kenya mais également dans les archipels de l’Océan Pacifique comme les Salomon et le Vanuatu. Cette nouvelle approche pourra grandement contribuer au développement économique de tous ces pays en réduisant l’incidence de la malaria sur les populations …

Source : https://doi.org/10.1038/s41467-020-16121-y et pour les curieux : https://en.wikipedia.org/wiki/Microsporidia

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