SARS-CoV-2 : un calvaire personnel vécu.

Mes lecteurs se sont rendus compte que je m’étais permis de laisser un certain nombre de billets sur mon blog relatifs au coronavirus. Je me suis pris par le bras et j’ai enfin pris la décision d’informer mes lecteurs sur mon cas personnel qui est riche d’enseignements. Que mes lecteurs médecins ou comptant autour d’eux des amis médecins n’hésitent pas à faire part de leurs observations au sujet de ce récit très personnel.

Au début du mois de mars 2020 je suis allé demander à la pharmacienne que je connais depuis plus de dix ans et qui s’exprime relativement bien en français, ce qui pour moi, indécrottable fainéant n’ayant jamais fait l’effort d’apprendre l’espagnol, est un immense avantage, de me vendre des trucs pour ce que je suspectais être ce que l’on appelle un « pied-d’athlète », une sorte d’infection entre les orteils. Il s’agit d’un petit problème qui se soigne facilement en répandant une pommade contenant un fongicide. J’insiste sur le fait que je ne suis pas médecin mais simplement un modeste ancien chercheur en biologie fondamentale connaissant en détail les mécanismes intimes de la biologie et en particulier le fonctionnement des enzymes, du moins ceux dont je me souviens.

Quelques jours après avoir décidé de traiter mon « pied-d’athlète » dont les symptômes étaient en très nette amélioration et alors que la décision du confinement venait de tomber en raison de la nouvelle « grippe » à SARS-CoV-2, j’eus un accès de fièvre pas très violent accompagné d’une forte toux sèche qui dura toute la nuit. Ce n’était pas la malaria dont je souffre depuis plus de 20 ans : quand on a une crise de malaria celle-ci se caractérise par une forte fièvre qui ne dure que deux à trois heure et on ne tousse pas ! Et comme au même moment j’avais commencé à m’intéresser au SARS-CoV-2 par pure curiosité scientifique je fus paniqué au point de me traiter avec de la chloroquine pendant 7 jours. Cette chloroquine datait de plus de 20 ans et je gardais la boite précieusement dans le cas de plus en plus improbable d’une forte crise de malaria. Les Chinois avaient déjà préconisé l’utilisation de ce produit il y a près de 20 ans pour le SARS-CoV-1 et quelques informations précises commençaient à filtrer depuis l’IHU de Marseille en France depuis la fin du mois de février. Je m’accordais donc avec moi-même pour une posologie de 300 mg le matin et 300 mg le soir pendant dix jours, effrayé par la possibilité d’une infection coronavirale et conforté parce que je connaissais parfaitement ce produit. Je commençais ce traitement sans attendre après cette horrible nuit à tousser sans arrêt. Coronavirus ou pas, ce traitement que je m’imposais n’aurait en aucun cas mis ma vie en danger.

La fièvre disparut ainsi que la toux mais mon pied qui pourtant avait présenté des signes de nette amélioration une dizaine de jours plus tôt commença à prendre quelques jours plus tard un aspect inquiétant, gonflé et d’une couleur violacée bizarre, avec des lambeaux de peau qui se détachaient probablement parce qu’ils étaient soumis une sorte de pression de l’intérieur car un liquide presque incolore commençait à suinter en permanence de mon pied gauche. Pas de douleur, pas de fièvre. Je pouvais marcher après une grosse galère pour me chausser et je faisais ma promenade quotidienne prétextant que j’allais acheter de la nourriture afin de ne pas avoir de démêlés avec la police. Nous étions en plein confinement depuis maintenant trois semaines et on était autorisé à déambuler dans la rue sans masque uniquement dans le but d’aller acheter quelques denrées au marché.

Nous étions entrés en confinement strict et je pris la décision d’aller consulter un médecin au centre de santé dont je dépends un après-midi du mois d’avril, peut-être vers la fin du mois ou peut-être au début du mois de mai, je ne me souviens plus trop, le pied droit présentant maintenant les mêmes signes. Le médecin, une jeune femme visiblement peu expérimentée, stagiaire ou remplaçante de mon médecin habituel, me prescrivit pour dix jours une fluoroquinolone, un antibiotique à spectre large, sans prendre la peine de vérifier si des ganglions apparaissaient au niveau de l’aine et sans me demander non plus si j’avais de la fièvre. Apparemment cette personne n’osa même pas s’approcher de moi et n’observa mes pieds que de loin. Je devais être, à ses yeux, un vrai pestiféré, c’était rassurant ! Je suivis scrupuleusement le traitement mais deux semaines plus tard je refis une apparition dans ce même centre de santé parce qu’aucune amélioration n’était évidente. Un autre médecin de garde, une autre jeune femme probablement en stage (j’allais au centre de santé l’après-midi car seules les urgences étaient acceptées), me prescrivit de l’amoxycilline. Je ne sais pas si c’est cet antibiotique qui empira l’eczéma sporadique dont je souffrais presque depuis le début de cet épisode, toujours est-il que je commençait à être franchement inquiet.

Nous étions maintenant au début du mois de juin, je n’ai rien noté de précis, et j’eus l’audace d’aller au service des urgences de l’hôpital public car mon deuxième pied avait suivi le même chemin que son collègue de gauche dont l’état ne s’était absolument pas amélioré malgré le fait que je ne souffrais pas et que je pouvais me déplacer sans encombre et malgré deux traitements successifs avec des antibiotiques différents, bien que mettre mes chaussures nécessitait un effort et beaucoup de patience.

Les médecins urgentistes, voyant l’état de mes pieds, me demandèrent immédiatement si j’étais diabétique. Répondre par la négative ne suffisait pas. On me fit donc une prise de sang et environ une demi-heure plus tard je me retrouvais étendu sur un lit d’examen. Deux médecins vérifièrent si ma circulation sanguine était normale au niveau des pieds. J’expliquais à l’un d’eux qui parlait anglais que je n’éprouvais aucune difficulté pour marcher, que ce truc n’était pas douloureux. Ils avaient constaté qu’une excrétion continue de liquide provenait de cet oedème curieux qu’ils n’avaient jamais observé auparavant, à l’évidence, en l’absence de diabète ou de problèmes circulatoires, deux pathologies qui vont souvent de paire avec ce genre de symptôme. Décontenancés mais aussi surtout pressés de s’occuper des malades à moitié mourants qui s’accumulaient dans les couloirs (on était encore en fin de pic de « grippe » à SARS-CoV-2) alors que j’étais en très bonne santé en comparaison de ces derniers, ils employèrent les grands moyens, incisèrent le dessus du pied gauche, celui qui était le plus enflé, sans anesthésie locale je le précise, et injectèrent une bonne dose de Bétadine directement à l’intérieur de l’oedème au niveau du pied avec une seringue munie d’un petit embout en plastique. Je pus tant bien que mal remettre mes chaussures et on me donna un document pour aller consulter un spécialiste des maladies infectieuses. L’interne urgentiste me remit une enveloppe que je devrais présenter au spécialiste que je devrais consulter plus tard. J’attendis le message pour me préciser un rendez-vous sur mon portable plusieurs jours. J’étais de plus en plus inquiet …

Après cette visite très touristique, donc vers le milieu du mois de juin au service des urgences de l’hôpital au pire moment de ce printemps 2020 je pris la décision d’aller consulter un dermatologue dans la clinique privée se trouvant à moins de 200 mètres de mon domicile. Pourquoi un dermatologue, je n’arrive toujours pas à me l’expliquer. J’eus un rendez-vous dans l’heure et à ce médecin – une chance il parlait anglais parfaitement – je fis un récit de mes déconvenues. Il me prescrivit une analyse sanguine et une pommade contenant un anti-inflammatoire de la famille des stéroïdes ainsi qu’un stéroïde à prendre par voie orale. Il procéda à une biopsie (sous anesthésie locale) au niveau de la cuisse où l’eczéma était le plus apparent et fit un prélèvement du liquide qui suintait à la surface de mes pieds. Avec une carte de crédit on peut tout faire très rapidement ! J’omis de lui montrer l’analyse sanguine que m’avait donné le médecin du service des urgences quelques jours auparavant et ce fut une erreur de ma part, j’en écrirai un mot à la fin de ce billet.

Lorsque je disposai de la nouvelle analyse sanguine réalisée auprès d’un laboratoire privé en ville le médecin constata que mon taux de lymphocytes était anormalement bas. Nouvelle analyse de sang pour vérifier que je n’avais pas le SIDA, c’est vrai, je n’invente rien. Je disposais déjà d’informations que j’omis encore une fois de mentionner au dermatologue, traumatisé par le manque d’efficacité des médecins du centre de santé publique et du service des urgences de l’hôpital, manque d’efficacité que je ne leur reproche pas car ils avaient d’autres malades beaucoup plus gravement atteints que moi à traiter. J’avais malgré tout précieusement mis de côté cette analyse que je n’avais pas examiné dans le détail, erreur de ma part mais aussi du corps médical public, j’y reviendrai donc.

Je vis 5 fois ce dermatologue (100 euros par visite) et mes pieds reprirent un aspect normal au bout de trois mois et demi environ, c’est-à-dire à la fin du mois de septembre. La totalité des consultations, analyses et traitements, hors du système public de santé, me coûtèrent 1600 euros, la santé ça n’a pas de prix …

On était maintenant au mois d’octobre, mes pieds étaient devenus presque normaux, lorsque mon fils résidant à Tokyo me suggéra d’entrer sur Google « pied + coronavirus » et à ma grande surprise je découvris que je n’étais pas la seule personne à avoir souffert de ces petits embarras au niveau des pieds mais également d’eczéma et de « dishydrose » au niveau des mains lors de l’épidémie de SARS-CoV-2. Tous ces effets, compte tenu des observations cliniques, étaient attribués au virus qui avait perturbé d’une façon étrange et non encore expliquée, à ma connaissance, le système immunitaire. Pour en avoir le cœur net je suis allé pleurer auprès d’un laboratoire d’analyses médicales privé pour obtenir une sérologie de ce virus par test ELISA. Il me fallut du temps pour me décider car il n’y avait plus d’urgence et mes pieds étaient redevenus à quelques petits détails près normaux.

Le résultat de l’analyse est ambigu : il n’est pas négatif mais la valeur obtenue n’est pas suffisamment élevée pour qu’il soit possible d’affirmer sans aucun doute qu’il existe encore des immunoglobulines G ou M dirigées contre les antigènes du virus. J’ai demandé quels antigènes étaient utilisés pour ce test et quel était le protocole précis de ce test, on m’a regardé comme si j’étais un extra-terrestre et je n’ai pas obtenu de réponse.

La littérature scientifique précise que chez les « vieux » comme votre serviteur le taux d’anticorps circulants dirigés contre le SARS-CoV-2 diminue rapidement avec les mois qui passent. J’en ai néanmoins déduit, et j’en suis convaincu, que si je ne m’étais pas traité au début du mois de mars avec de la vieille chloroquine (Nivaquine) que j’avais gardé précieusement depuis 20 ans je n’aurais pas pu écrire ce billet aujourd’hui.

Lien vers un article publié par des médecins de Barcelone : https://doi.org/10.1111/bjd.19188 . Il y a aussi des dizaines d’articles sur le même sujet disponibles pour les curieux ici : https://www.uptodate.com/contents/coronavirus-disease-2019-covid-19-cutaneous-manifestations-and-issues-related-to-dermatologic-care/print

Précisions ultimes. L’analyse sanguine détaillée que me remirent les médecins urgentistes de l’hôpital à la fin du mois de juin et que j’avais enfoui dans un tiroir, dépité par le peu de succès des traitements que j’avais subi, était révélatrice. Ces précisions ne sont destinées qu’à des médecins lecteurs de mon blog et ils comprendront quels furent les erreurs de diagnostic, bien compréhensibles car on ignorait que le SARS-CoV-2 pouvait provoquer de tels problèmes au cours de l’épidémie. De plus j’ignore si des tests ELISA étaient disponibles au printemps. Bref, voici les paramètres qui auraient pu orienter le corps médical : lymphocytes 14 % (normale 20-50 %), monocytes 1,03 (normale 0,2-0,8 millier par microlitre) et D-dimère 1086 (normale 0-500 ng/ml). Avec un pareil taux de D-dimère les médecins du service des urgences de l’hôpital avaient le devoir de m’orienter immédiatement vers un spécialiste car il s’agit d’un marqueur de thromboses veineuses et j’aurais pu être victime d’une embolie pulmonaire. Selon les articles cités en lien ci-dessus de multiples micro-thromboses veineuses seraient à l’origine des problèmes dont j’ai été victime au niveau des pieds … et pourtant je suis toujours en vie.

7 réflexions au sujet de « SARS-CoV-2 : un calvaire personnel vécu. »

  1. Ping : SARS-CoV-2 : un calvaire personnel vécu. | Qui m'aime me suive...

  2. Votre culture scientifique et votre intuition vous ont sauvé la vie.
    Le niveau des jeunes et plus spécifiquement des jeunes médecins d’aujourd’hui fait froid dans le dos. La suppression de l’utilisation de la chloroquine et de ses dérivés contre le Covid-19 est criminel. Buzyn, Salomon, Véran et toute la clique d’incompétents du ministère de la santé, des ARS et de l’APHP (Hirsch, etc…) devront rendre des comptes et payer chèrement leurs négligences coupables. Il est plus qu’urgent de virer tous les énarques de tous les ministères techniques et de mettre en responsabilité des « cheveux gris et blancs » qui ont prouvé leur valeur sur le terrain (moralité, compétence managériale, compétence technique). En France comme à l’étranger.

  3. Bonjour JH, bien reçu votre mail sur le climat, je vous répondrai demain, avec un peu de retard car j’ai été très occupé pour lutter contre une tentative de piratage informatique d’un compte bancaire.
    Votre histoire de COVID m’intéresse, je pense que vous êtes du groupe sanguin A ou AB. Voir plus loin les raisons que j’invoque.

    Je ne vous avais pas fait part dans ma précédente intervention de mon intérêt pour l’épidémie à COVID 19, le sort réservé au Pr Raoult m’a indigné et j’ai donc, dès le début, en février et mars fait la recherche bibliographique sur le COVID 1 et les publications chinoises m’ont appris qu’une équipe française avait été au premier rang des découvertes à l’Université de Nantes chez le Pr LE PENDU (en breton « tête noire »), spécialiste des gr sanguins. J’ai raconté l’histoire récemment ici :
    REPONSE HISTOIRE COVID19 EPID France TINY https://tinyurl.com/yyqu9ehn .

    Pour un peu plus de renseignements sur les répartitions géographiques des gr sanguins voir ces 3 docs : Covid19 repart mond ABO : https://tinyurl.com/y9jst7hj
    Le cas de la Suéde pourrait s’expliquer par les patchs de défauts en Gr B l’autre groupe qui produit un anticorps anti A, comme le groupe O.
    Pour la répartition en France voir ici : Gr HBO et COVID19 France https://tinyurl.com/ya7hqg3h et ici : Quelques cartes épid covid 19 en 2020 France https://tinyurl.com/y9swxnu6

    Si vous êtes bien A ou AB, à votre place je ne me ferais pas vacciner surtout avec un ARN, si vous êtes O ou B, vous êtes immunisé parce que vous avez été malade. En milieu encore épidémique, munissez vous en permanence de HCQ ou seulement de chloroquine, en raison de votre palud chronique cela devrait être facile à se procurer.

    Moi je n’ai eu que : agueusie + anosmie, en fin janvier début février après une foire aux vins à Rennes, visible 8 à 10 jours après lors d’une dégustation des achats après repos. Je ne savais pas alors que ce pouvaient être les symptômes les plus typiques.
    A demain.
    Michel

      • Bonjour, donc je me suis trompé, vous n’êtes pas du gr A. Cela veut dire que tous les O ne sont pas naturellement immunisés par des anticorps anti A qui reconnaitraient les cellules multipliant le virus à cause de l’apparition sur leur membrane extérieure d’un épitope glycosidique A sur la protéine d’entrée du virus dans les cellules de l’inflammation. Mais les symptômes périphériques semblent aussi montrer que le virus n’est pas distribué par le sérum sanguin mais par certaines cellules sanguines à affinité épithéliale.

        Pour les docs, il faut copier les adresses et coller dans un nouvel onglet. Chez moi, il apparait en bas d’écran une page nouvelle qu’il faut fermer pour voir le doc en plus petit mais il prend sa taille normale en appuyant sur la flèche en haut à droite qui supprime la colonne.
        A bientôt.

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