Politique contre science : le principe de précaution

L’invocation du principe de précaution – un concept développé par les militants écologistes du XXe siècle – intensifie considérablement l’attaque contre la science moderne. Article de Ralph Alexander paru sur son blog Science under Attack.

Destiné à la prise de décision lorsque les preuves scientifiques disponibles sur une menace potentielle pour l’environnement ou la santé sont très incertaines, le principe de précaution a été utilisé pour justifier un certain nombre de politiques et de lois environnementales à travers le monde. Malheureusement pour la science, le principe a également été utilisé pour soutenir une action politique sur des dangers présumés, dans les cas où il n’y a que peu ou pas de preuves de ces dangers.

Les origines du principe de précaution (1, références et liens en fin de billet) remontent à l’application au début des années 1970 du principe allemand de «Vorsorge» ou de prévoyance, basé sur la conviction que les dommages environnementaux peuvent être évités par une planification minutieuse. Le « Vorsorgeprinzip » est devenu le fondement de la législation et des politiques environnementales allemandes dans des domaines tels que les pluies acides, la pollution et le réchauffement climatique. Le principe reflète le vieil adage selon lequel « il vaut mieux prévenir que guérir » et peut être considéré comme une réaffirmation de l’ancien serment d’Hippocrate en médecine : « Premièrement, ne faites pas de mal ».

Formellement, le principe de précaution peut être énoncé comme suit : « Lorsqu’une activité soulève des menaces d’atteinte à la santé humaine ou à l’environnement, des mesures de précaution devraient être prises même si certaines relations de cause à effet ne sont pas pleinement établies scientifiquement ». Mais en dépit de ses nobles intentions, le principe de précaution repose dans la pratique bien plus sur des considérations politiques que sur la science. C’est l’affirmation « non pleinement établie scientifiquement » qui à la fois embrasse le principe en cause et, en même temps, la laisse ouverte à la manipulation et à la subversion de la science.

Un exemple notable de l’intrusion du principe de précaution politique dans la science est l’interdiction des cultures d’OGM (organismes génétiquement modifiés) par plus de la moitié des pays de l’Union européenne. Les interdictions découlent de la croyance répandue et fondée sur la peur selon laquelle la consommation d’aliments génétiquement modifiés est dangereuse, malgré le manque de preuves scientifiques que les OGM ont déjà causé des dommages à un être humain ou à un animal.

Dans une étude réalisée en 2016 par la National Academy of Sciences, Engineering and Medicine aucune preuve substantielle n’a été trouvée que le risque pour la santé humaine était différent pour les cultures OGM actuellement sur le marché que pour leurs homologues traditionnellement croisées. Cette conclusion provient d’études épidémiologiques menées aux États-Unis et au Canada, où la population consomme des aliments OGM depuis la fin des années 1990, et d’études similaires au Royaume-Uni et en Europe, où très peu d’aliments OGM sont consommés.

Le principe de précaution sous-tend également la CCNUCC (Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques), le traité de 1992 qui a servi de base à toute action politique ultérieure sur le réchauffement climatique. Il y a un manque de preuves scientifiques empiriques pour le récit du changement climatique anthropique catastrophique (causé par l’homme). Pourtant, la peur irrationnelle des conséquences désastreuses du réchauffement climatique pousse les militants à invoquer le principe de précaution afin de justifier des remèdes inutiles et coûteux tels que ceux inscrits dans l’Accord de Paris ou le Green New Deal.

L’un des plus gros problèmes du principe de précaution est qu’il préconise essentiellement l’évitement des risques. Mais l’évitement des risques comporte ses propres risques.

Les dangers, grands et petits, font partie intégrante de la vie quotidienne. Nous acceptons le risque, par exemple, d’être tué ou gravement blessé en voyageant sur les routes car le risque est contrebalancé par la commodité de se rendre rapidement à destination ou par notre désir d’avoir des produits frais disponibles au supermarché. L’application du principe de précaution signifierait, en plus des mesures de sécurité déjà en place, réduire toutes les limites de vitesse à 20 kilomètres/heure ou moins – une solution manifestement impraticable qui nous ramènerait à l’époque du cheval et de la diligence de nos ancêtres.

Un autre exemple concret d’une conséquence involontaire du principe de précaution est ce qui s’est passé à Fukushima, au Japon, à la suite de l’accident nucléaire déclenché par un tremblement de terre et un tsunami massifs le 11 mars 2011. Comme l’ont décrit les auteurs d’un récent document de travail (2), L’arrêt de la production d’énergie nucléaire par mesure de sécurité et son remplacement par l’énergie fossile ont fait grimper les prix de l’électricité jusqu’à 38%, diminuant la consommation d’électricité, en particulier pour le chauffage pendant les hivers froids. Cela a eu un effet dévastateur, selon les auteurs de ce rapport : « L’augmentation estimée de la mortalité due à la hausse des prix de l’électricité dépasse largement la mortalité due à l’accident lui-même, ce qui suggère que la décision de cesser la production nucléaire a causé plus de tort que de bien » (voir également 3).

Le respect du principe de précaution peut également étouffer l’innovation et constituer un obstacle au développement technologique. Dans le pire des cas, une technologie avantageuse peut être interdite en raison de son impact potentiellement négatif, laissant ses avantages positifs non réalisés (4). Dans l’exemple cité dans le lien 4, le principe de précaution a été masqué par un autre principe tout aussi contestable qui en est un corollaire, celui de la traçabilité d’un produit. Cela pourrait bien être le cas pour les OGM et leurs dérivés alimentaires courants. Les plus de 30 pays qui ont interdit la culture de cultures génétiquement modifiées peuvent se fermer à la promesse de produire des aliments moins chers et plus nutritifs.

Le principe de précaution oppose la science à la politique. Dans un monde idéal, le conflit entre les deux serait résolu avec sagesse. Dans l’état actuel des choses, cependant, la science est souvent soumise aux besoins et aux caprices des décideurs.

1. http://www.ejolt.org/2015/02/precautionary-principle/

2. https://www.iza.org/publications/dp/12687/be-cautious-with-the-precautionary-principle-evidence-from-fukushima-daiichi-nuclear-accident

3. https://jacqueshenry.wordpress.com/2020/01/31/la-stupidite-du-principe-de-precaution-illustration-avec-le-tritium-a-la-centrale-nucleaire-de-fukushima-daiichi/

4. https://jacqueshenry.wordpress.com/2017/07/04/le-principe-de-precaution-et-simone-veil-une-catastrophe/

6 réflexions au sujet de « Politique contre science : le principe de précaution »

  1. Le principe de précaution « à la française » (cocorico), pour moi c’est la pudibonderie (youpee l’ère Victorienne) par rapport à la pudeur (ça, ça peut se comprendre).
    En revanche,le PPP de Laurent Cabrol (le Parapluie Par Précaution), jadhère !

  2. «  » » » » » »Le respect du principe de précaution peut également étouffer l’innovation et constituer un obstacle au développement technologique » » » » » » »

    Grosse faute de syntaxe, il faut écrire «  » » » » »lLe respect du principe de précaution étouffe l’innovation et constitue un obstacle au développement technologique » » » » » » »

    Faut de temps en temps en temps se passer de subjonctif

  3. en ce qui concerne les pluies acides en allemagne,il ne s’agit pas vraiment de principe de precaution puisque la raison etait clairement connue .
    la suppression du souffre contenu dans les hydrocarbures a resolu facilement et rapidement un probleme simple ,meme si ça a couté cher aux compagnies petrolieres…
    comme le probleme etait surtout local,on n’a pas jugé utile de traiter le gasoil lourd des navires,et la pollution au souffre est resté tres elevée dans ce domaine.
    ce qui fait dire qu’un seul cargo pollue comme des centaines de milliers de vehicules….oui mais juste en ce qui concerne le SO2 qui retombe en H2SO4 en pleine mer

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