Corollaire au billet précédent à propos de l’article du Professeur Thorsten Polleit : le cas de la Chine.

La grande majorité des structures familiales de la Chine telles qu’étudiées par Emmanuel Todd dans son sublime ouvrage « L’origine des systèmes familiaux » sont de type communautaire patrilocal (CP dans la terminaison de Todd), une grande communauté familiale réunissant le père et ses fils mariés (ou non), l’ensemble étant sous l’autorité du père. Ce type de structure familiale peut comprendre plusieurs générations sous le même toit. Elle a favorisé l’émergence de systèmes politiques autoritaires tels que le communisme, mais bien avant le communisme la Chine était dirigée par un empereur secondé par une administration tentaculaire contrôlant étroitement l’ensemble de la population. Pourquoi mentionner la Chine dans ce débat relatif à l’émergence d’un néo-marxisme dans les pays occidentaux, tout simplement parce que la Chine s’est orientée vers un système politique atypique réunissant un communisme autoritaire à l’image de la famille communautaire à la tête de laquelle se trouve le « patriarche » détenteur de l’autorité – pour la nation chinoise le parti communiste avec à sa tête son premier secrétaire – et un capitalisme autorisant paradoxalement l’apparition de grandes fortunes restant étroitement surveillées par l’appareil du parti. En 30 ans la Chine a réussi à sortir de la pauvreté plus de 300 millions de personnes, une prouesse inégalée dans le monde, et a promu l’apparition d’une classe moyenne aisée disposant d’un pouvoir d’achat presque équivalent à celui de la petite bourgeoisie des pays occidentaux avec cependant un immense réservoir de main d’oeuvre qualifiée très mal payée en regard des salaires moyens des ouvriers des pays de l’Europe occidentale. Il serait plus proche de la réalité de comparer les ouvriers chinois à ceux de pays comme la Bulgarie ou la Roumanie.

Ce système politique et économique est unique au monde et les résultats sont satisfaisants … sauf pour les pays occidentaux qui sont prisonniers de leurs contradictions idéologiques comme l’article de Polleit l’a clairement souligné. Si les Etats-Unis mais également un certain nombre de pays européens organisent un dénigrement systématique du système politique chinois c’est parce qu’ils en sont arrivé au constat que le système politique dirigiste des pays occidentaux ne peut pas fonctionner pour une simple raison : il faut être Chinois pour vivre harmonieusement dans un tel système, en d’autres termes il faut posséder cette mentalité ancestrale de l’acceptation d’une autorité. Comme Todd l’a souvent souligné dans ses ouvrages cette mentalité ne disparaît pas alors qu’aujourd’hui les structures familiales chinoises contemporaines ressemblent beaucoup plus à la famille nucléaire – le couple et les enfants (le plus souvent pas d’enfant du tout) – comme dans n’importe quel pays européen.

Il n’est donc pas surprenant compte tenu de ces observations que la Chine ait réussi cette alliance pouvant paraître contre nature d’un régime communiste autoritaire et d’un capitalisme presque débridé. Alain Peyrefitte l’avait bien compris dès 1971 alors que la Chine s’enfonçait dans sa révolution culturelle en écrivant dans un contexte pourtant différent dans son fameux essai « Quand la Chine d’éveillera … » que lorsque ce pays disposera des technologies modernes il finira par dominer le monde. C’est précisément ce qui se passe aujourd’hui et c’est la raison pour laquelle la Maison-blanche est si nerveuse. Les dirigeants américains comme européens devraient plutôt comprendre que leur système capitaliste néo-marxiste ne peut pas fonctionner. Et c’est déjà trop tard … Suite de cette réflexion dans un prochain billet.

 

11 réflexions au sujet de « Corollaire au billet précédent à propos de l’article du Professeur Thorsten Polleit : le cas de la Chine. »

  1. Bonjour, Une fois de plus, je ne suis pas d’accord avec ce billet. Ayant vécu 2 ans en chine, ou je dépendais dans mon activité d’entreprises étrangères (françaises et américaines), j’ai eu l’occasion de visiter les grands centres de production et notamment Shenzhen, et la chose qui m’a le plus frappée, c’est l’extreme dépendance de la Chine au marche mondial.
    C’est lors de ce séjour que j’ai bâti ma théorie selon laquelle le développement de la Chine s’était fait a la suite d’un Deal entre le Monde occidental et les chinois: Nous délocalisons tout chez vous, vous produisez a pas cher, et a partir de charbon. En echange, on desindustrialise, et on achète tous vos produits.
    Ce deal permettait de decharger l’occident d’une grande part de sa consommation de pétrole, puisqu’elle fermait ses usines, n’augmentait pas les tensions sur le marché du pétrole, mais sans perdre finalement, car la marge principale d’un jean par exemple se fait sur la valeur ajoute. Le jean vaut 5 euros sorti d’usine a Shenzhen, mais il est vendu a 110 euros en France.
    La perte au profit des chinois n’est pas immense au final, et c’est ainsi le le système a tenu jusque a aujourd’hui.
    Neanmoins, les petites miettes font les grosses baguettes et de petits profits en petits profits, la Chine est devenue la puissance que l’on sait.
    Le revers de la médaille, pour nos chinois, c’est que si nous cessons de leur acheter les jeans, les casseroles, et tout ce que nous achetons, c’est a dire tout, et bien le château de cartes s’écroule, et la plupart des travailleurs chinois retourneront dans les rizières d’ou ils sont venus pour remplir les usines.
    Je suis désolé, mais je ne vois une chine se developper toute seule, et régner sur le monde en vendant des jeans, a ceux qui n’ont plus d’argent pour en acheter.

    • Je vous retourne l’argument que vous développez à juste titre : comment vont faire les Espagnols dont le salaire minimum est de 800 euros par mois (ici aux Canaries) s’ils ne trouvent plus rien « chez le Chinois du quartier » ? Ou les mêmes produits fabriqués en Espagne ou en Europe dix fois plus chers ? Au Japon, pays où je séjourne souvent, quand je fais un peu de bricolage dans la maison de mon fils presque tout ce dont j’ai besoin provient de Chine ! Cesser d’acheter à la Chine est illusoire, « relocaliser » est tout aussi illusoire et ni Donald Trump ni Macron ne semblent l’avoir compris.

      • Oui c’est vrai, vous avez raison, c’est une réflexion que je me fais aussi. En cas de vrai crise profonde, on ne peut se payer que du chinois car c’est moins cher ! Mais la crise du corona est un peu differente. Avez vous remarqué qu’a cause du virus, on ne pouvait plus s’acheter de poeles made in china, de pantoufles made in china, de stylos made in china, bref, rien qui vienne de chine ? Etonnant non?

      • pas illusoire sauf si vous croyez que cela se fait du jour au lendemain. Pour info, Obama avait passé plus de mesures protectionnistes que n’importe qui au monde mais bien sur les médias ont oublié de lui reprocher. Ils reprochent à Trump de continuer cette politique protectionniste par idéologie car Trump est trop blond et trop à droite.

        Biensur l’Asie va dominer le monde de demain mais les mesures prises par les usa depuis une quinzaine d’années peuvent limiter la casse pour eux. Pour nous en Europe tout est perdu, on deviendra un pays du tiers monde sous continent de l’Afrique et du moyen Orient.

    • Je parle de tous les articles en provenance de chine dans les supermarchés en France et en Italie. les rayons étaient fermes, et on n’y avait pas accès, car non produit de première nécessité. Je n’arrive toujours pas a comprendre pourquoi on ne peut pas acheter une casserole quand il y a un virus. Hormis l’explication du pétrole et le fait de « punir » la Chine, je ne vois pas d’explication logique.

      • Et pourquoi ? Pendant tout le confinement strict (9 semaines et demi ici) j’allais dans deux supermarchés différents en ville. Dans l’un que de la nourriture et des boissons, dans l’autre également des ustensiles ménagers, casseroles etc .. y compris des cigarettes ou des produits de beauté. Il n’y a jamais eu de rayons vides, il est vrai qu’on n’achète pas tous les jours une poêle à frire. La France s’est distinguée dans le totalitarisme avec ses « ausweiss » en retournant directement au régime de Vichy pour gérer ce virus n’importe comment. Ça ne présage vraiment rien de bon. Je pressens une rentrée sociale très difficile …

  2. Mettons que les États-Unis et ses vassaux européens réduisent leurs importations au point de réduire à néant les exportations chinoises outre-mer… Il restera tout de même à satisfaire les besoins de 1,4 milliard de Chinois. C’est tout un marché intérieur ! Et ce, sans compter les voisins immédiats de la Chine toujours intéressés à faire des affaires avec elle.
    Sans oublier qu’en détenant une part importante de la dette américaine, les Chinois décident de la valeur du dollar américain : quand la Chine se fâchera…
    Dans ce marché de dupes, les Occidentaux ont plus à perdre que les Chinois.

    • Si les Chinois se débarrassent de leur dette, il vont ruiner les américains, et donc tuer leurs clients. ça ne serait pas très malin de leur part. Par contre, les Americains peuvent très bien faire défaut sur leur dette, et cela porterait un coup terrible aux chinois. Alors qui tient qui….

  3. D’ailleurs quand en 2011, l’Amerique a menace de faire dedefaut sur sa dette, le dollar est remonte en flèche, car cela mettait le monde a genoux, sauf l’Amerique bien sur, puisqu’elle menaçait de ne plus payer la sienne. C’était tout bonus. Alors cette histoire de dette, il faut bien comprendre qu’elle fait partie de l’arsenal americain, comme les porte avions.

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