L’ « après coronavirus », une opportunité pour relever le défi climatique

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Avant-propos. L’article ci-dessous paru dans The Telegraph le 5 Juin 2020 est révélateur de la main-mise du monde financier sur l’Occident et en particulier l’Europe à l’occasion de la grippe coronavirale. Les banques centrales ont outrepassé la mission qui leur avait été fixée par les pouvoirs politiques en monétisant non plus seulement les dettes souveraines mais également les dettes des entreprises quelle que soit la qualité de ces dernières. Un dernier verrou a récemment sauté : les banques de détail n’ont plus de facto l’obligation de préserver dans leurs bilans le collatéral fiduciaire au moins égal à 10 % des prêts accordés à des entreprises ou des particuliers que ce soit en Amérique du Nord ou en Europe. Il s’agit d’un événement sans précédent renforçant le pouvoir des banques centrales et leur contrôle sur les banques de détail mais également sur toutes les institutions financières. Dès lors la décision des gouverneurs relative à l’orientation générale des économies nationales échappera à tout contrôle démocratique au sein des Etats. Ces derniers perdront ainsi toute souveraineté au profit des banques centrales. Progressivement un gouvernement supra-national dénué de toute légitimité imposera ses objectifs et son agenda sur ces démocraties qui ne deviendront plus que l’ombre d’elles-mêmes, chaque citoyen étant relégué au statut d’esclave du pouvoir financier et de son agenda de domination du monde occidental. Il est déjà trop tard pour réagir.

Les auteurs : Andrew Bailey, Mark Carney, François Villeroy de Galhau, Frank Elderson.

En tant que banquiers centraux actuels et anciens, nous pensons que la pandémie offre une chance unique d’ « écologiser » l’économie mondiale.

Nous sommes actuellement au milieu du choc macroéconomique le plus grave depuis la seconde guerre mondiale. La perturbation de notre vie quotidienne et l’impact sur nos économies ont été énormes. Nous constatons de première main qu’une réponse collective est nécessaire pour vaincre un ennemi commun, alors que les autorités du monde entier mobilisent courageusement toutes les ressources disponibles pour lutter contre la pandémie de Covid-19.

Cette crise nous offre une occasion unique de reconstruire notre économie afin de résister au prochain choc qui s’annonce : la dégradation du climat. Si nous n’agissons pas maintenant, la crise climatique sera le scénario central de demain et, contrairement au Covid-19, personne ne pourra s’en isoler.

En réponse immédiate à la pandémie, les gouvernements ont pris des mesures d’une ampleur sans précédent pour maintenir les systèmes économiques et financiers à flot. Le FMI estime qu’environ 9000 milliards de dollars de soutien budgétaire ont été fournis dans le monde. Cela est nécessaire pour limiter les dommages aigus et permanents. Mais alors que nous envisageons la prochaine étape de la reprise, nous devons regarder au-delà de la crise immédiate et réfléchir de manière plus stratégique à la façon de procéder.

Collectivement, les pays du monde entier sont encore loin d’atteindre les objectifs de la crise climatique, notamment l’accord de Paris pour limiter l’augmentation de la température mondiale à bien en dessous de 2 °C et poursuivre les efforts pour limiter l’augmentation à 1,5 °C. Au cours de la dernière année, nous avons enregistré des températures record en Europe, des précipitations extrêmes aux États-Unis et des incendies de forêt dans l’Arctique. Les effets de la crise climatique sont irréversibles, de sorte que la gravité et la fréquence de ces événements météorologiques extrêmes ne feront qu’augmenter – dans la mesure où cela dépend de notre succès dans la transition vers un monde à émissions nettes nulles. Conscient de ce risque, le Réseau pour l’écologisation du système financier (NGFS, Network for Greening the Financial System) – une coalition de 66 banques centrales et superviseurs – a travaillé à «verdir» le système financier afin de réduire les risques financiers coûteux que ces développements créent.

Agir tôt aidera à faciliter la transition et à éviter un ajustement brusque et désordonné. Pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris, il faut toute une transition économique : chaque entreprise, banque et institution financière devra s’adapter. La pandémie a montré que nous pouvons changer nos façons de travailler, de vivre et de voyager, mais elle a également montré que faire ces ajustements au plus fort d’une crise entraîne des coûts énormes. Pour lutter contre la dégradation du climat, nous pouvons désormais prendre des décisions qui réduisent les émissions de manière moins perturbatrice. Cela nous oblige à être stratégiques. Pour mieux reconstruire.

Cela ne se produira que si les décisions financières, y compris celles prises par les entreprises, les investisseurs, les banques et les gouvernements, tiennent compte de la crise climatique. Les plans de relance économique élaborés aujourd’hui offrent la possibilité de bâtir une nouvelle économie durable et compétitive.

Après la crise financière mondiale, seule une fraction des dépenses budgétaires a amélioré la « soutenabilité ». Cette fois, les plans de relance des gouvernements doivent être plus ambitieux. Par exemple, certains accélèrent déjà la transition vers une énergie propre, modernisent les maisons et les bâtiments et associent le soutien financier aux conditions climatiques définies par le Groupe de travail sur les divulgations financières liées au climat (TCFD, Task Force on Climate-related Financial Disclosures). Les investissements dans les infrastructures d’énergie renouvelable pourraient également servir un double objectif, nous orientant vers une transition ordonnée et créant des emplois pour soutenir la reprise.

Reconnaissant l’importance continue des risques climatiques pour le secteur financier, le NGFS a poursuivi son travail tandis que ceux en première ligne luttent contre la pandémie. En tant que banques centrales et autorités de surveillance, nous devons utiliser nos mandats et notre expertise en matière de stabilité financière pour garantir une gestion efficace des risques climatiques dans le système financier.

Le défi est mondial et bénéficiera d’une action précoce, nous travaillons donc ensemble pour partager les meilleures pratiques et renforcer nos capacités. La semaine dernière, le NGFS a publié un ensemble de rapports sur les risques climatiques et environnementaux( https://www.ngfs.net/en/liste-chronologique/ngfs-publications ), y compris un aperçu des pratiques de l’industrie et des orientations pour les autorités de contrôle, et dans les semaines à venir, il publiera un ensemble de scénarios de référence climatiques. Ces travaux soutiendront une transition ordonnée et relèveront la barre du secteur financier dans le monde.

Au lendemain de la crise financière, la communauté internationale s’est mobilisée pour réformer le système financier. Ces réformes ont permis au système financier de faire partie de la solution plutôt que du problème. Une fois de plus, nous avons atteint un tournant. Nous avons le choix : reconstruire l’ancienne économie, verrouiller les augmentations de température de 4 °C avec une perturbation climatique extrême, ou reconstruire mieux, en préservant notre planète pour les générations à venir.

Pour relever le défi de la crise climatique, nous devons tirer des enseignements de la pandémie de Covid-19. Faisons en sorte qu’une reprise verte constitue la première étape dans cette voie.

Andrew Bailey est gouverneur de la Banque d’Angleterre, François Villeroy de Galhau est gouverneur de la Banque de France, Frank Elderson est président du Network for Greening the Financial System et membre du comité exécutif de la Nederlandsche Bank, Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, est l’envoyé spécial aux Nations-Unies pour l’action pour le climat et les finances.

8 réflexions au sujet de « L’ « après coronavirus », une opportunité pour relever le défi climatique »

  1. « La main-mise du monde financier sur l’Occident et en particulier l’Europe à l’occasion de la grippe coronavirale. »
    Qui pilote le monde financier sinon les politiques ?

  2. Pic petrolier. On arrête l’économie grâce au virus pour éviter la pénurie de pétrole, et on réoriente vers des énergies vertes, pour ne pas repartir vers une nouvelle hausse de la consommation. On se sert du fantasme climatique pour imposer une nouvelle forme d’économie bien entendu decarbonée, et la boucle est bouclée.
    On passe de 100 millions de barils jour a environ 70, ce qui donne d’avant plus d’années de reserves de pétrole en cadeau. Plus dictature médiatique et judiciaire, pour juguler toute rébellion, car paupérisation massive de la société a attendre.
    Je n’avais pas prévu exactement ce scénario, mais quelque chose dans le genre. Dans tous les cas, covid ou climat sont évidemment liés, car ça finit toujours de la meme façon: moins de déplacements, moins de transports, moins de consommation, moins de liberté, car moins de pétrole. Virus et Climat sont deux des facettes du pic pétrolier.

    • Le virus est un moyen, un outil qui sarcle le terrain de nos nouvelles manières de vivre qu’est la terreur permanente (long terme) d’un climat qui est l’excuse, l’alibi ou si vous voulez le contexte d’une mission pour donner un sens à la peur.
      L’inversion des valeurs à tous les niveaux moraux, financiers seront accomplis quand le travail – ce qu’on appelait l’ardeur à l’ouvrage – sera remplacé par une aumône pour une population de larbins mais diplômés (le bac ne valant plus rien).
      La transition dite écologique sert d’étau pour imposer une direction des recherches et de la créativité industrielle guidée non plus par les rapports économiques mais par un pouvoir financier (qui surplombe et décide des politiques cf. mise en place du communisme).
      La finalité est une destruction de la créativité de l’homme donc de son humanité (« payé à rien foutre » disait Higelin dans une chanson).
      In fine, ce ne sont par les financiers qui dirigent le monde, ce ne sont que des contrôleurs, mais des croyances qui sont entretenues dans d’autres sphères mentales. Ne croyons pas que l’homme soient la seule bestiole ayant une conscience qui circule dans les cerveaux des pensants. Il n’est pas le sommet de l’évolution ni l’intelligence supérieure que l’élite « anglo-saxonne / occidentale » voudrait nous faire croire à son tour lorsqu’elle parle de gestion de la planète.
      La Terre, dans le système solaire, est un organisme thermodynamique en équilibre instable produisant une entropie qui s’externalise dans le vide sidéral et développe une néquentropie via les organismes dits vivants et, à bien y regarder, via des minéraux aux cristallisations remarquables (des quasi-cristaux aux structures semi-organiques tels que les acides aminés).
      Les rythmes solaires et lunaires sont les principaux facteurs conditionnant le climat terrestre, croire que l’homme puisse interagir est d’un orgueil plus que prématuré : c’est d’une vanité tragiquement mortifère. C’est la compétition par la lutte pour la domination (rapport de force) conduisant à l’uniformité contre la symbiose qui harmonise les différentiations créatrices qui s’adaptent aux variations cosmiques agissant focalement sur notre planète et que l’on nomme la Vie.

      • Tout est dit ! J’ai commencé à traduire un long article de Richard Lindzen qui démonte point par point les théories fumeuses de l’IPCC sur lesquelles s’appuient les politiciens et les banquiers pour imposer de nouvelles normes de vie afin de sauver le climat qui se porte très bien …

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