La Commission européenne élabore un plan pour éliminer l’agriculture européenne moderne.

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Les détails de ce plan sont apparus le mois dernier, dans le cadre du « Green New Deal » annoncé à la fin de l’année dernière, qui appelle le continent à devenir « climatiquement neutre » d’ici 2050. La Commission parle de « transformer les défis climatiques et environnementaux en opportunités ». Elle mentionne également de « rendre la transition juste et inclusive pour tous ».

Elle aurait du ajouter aussi trois mots : « sauf pour les agriculteurs ». Hélas non, parce que la Commission européenne vient de publier sa stratégie «De la ferme à la fourchette», qui est le volet agricole de l’accord vert européen (lien en fin de billet). La Commission annonce une série d’objectifs irréalistes : au cours de la prochaine décennie, les agriculteurs sont censés réduire de moitié l’utilisation de produits phytosanitaires, de réduire de 20% l’utilisation d’engrais et de transformer un quart de la superficie totale des terres agricoles en production biologique.

Naturellement, rien de tout cela n’est censé perturber le dîner de qui que ce soit.

Les Européens ont la chance de vivre dans une société bien nourrie. Nous avons des gouvernements stables, des infrastructures fiables et des économies avancées. Nous possédons également certaines des meilleures terres agricoles au monde, avec un bon sol et de bons rendements, année après année. Grâce à l’agriculture intensive, nous obtenons d’excellents résultats – et nous ne sommes pas confrontés aux problèmes de faim et de malnutrition qui affligent les personnes moins fortunées dans d’autres sociétés.

Ce que la Commission européenne propose maintenant, essentiellement, ce sont des récoltes moins abondantes. Pour les consommateurs, cela mènera directement à une chose: des prix plus élevés. La nourriture coûtera plus cher. Il y a aussi un problème plus profond. Comment les agriculteurs, qui sont déjà confrontés à des problèmes financiers, sont-ils censés gagner leur vie lorsque ils cultiveront moins de terres et vendront moins de nourriture ? La Commission européenne a tout simplement oublié de prendre en compte l’un des résultats les plus probables de son approche erronée de l’agriculture : lorsque les agriculteurs ne peuvent plus réaliser de bénéfices, ils abandonnent l’agriculture.

Si cela se produit, les petites récoltes diminueront encore plus.

Ces dispositions sont en contradiction directe avec ce que la Commission dit être son objectif principal, qui est de rendre « l’économie de l’UE durable ». La Commission européenne devrait pourtant comprendre qu’il n’y a pas de durabilité économique sans économie durable.

Cela soulève également la question de savoir d’où proviendra notre nourriture, si elle ne provient pas de nos propres fermes. Nous pourrons toujours importer plus de nourriture d’autres régions du monde. Le commerce mondial est déjà une caractéristique essentielle de la production alimentaire. Pourtant, l’accord vert européen conduira à faire appel à une agriculture de qualité inférieure dans les endroits où les terres agricoles sont moins productives. Cela peut aider à remplir le ventre dans une Europe qui compte moins d’agriculteurs. Cela pourrait même donner bonne conscience aux militants et aux bureaucrates de Bruxelles. Mais cela n’aidera certainement pas le climat comme ils le prétendent.

L’objectif d’une agriculture moderne devrait être de produire plus de nourriture sur moins de terres. Pourtant, l’approche actuelle de l’UE, fondée sur l’idéologie plutôt que sur la science, conduira à produire moins de nourriture sur davantage de terres.

Qu’est-ce qui est « vert » au sujet de tout cela ?

Tout ce plan est censé se dérouler, soit dit en passant, à une époque de croissance démographique mondiale. Les démographes s’attendent à ce que 2 milliards de personnes supplémentaires habitent notre planète d’ici 2050. Nous devons également les nourrir. Déterminer comment y parvenir au cours des 30 prochaines années est le principal défi de l’agriculture – et la solution, si nous en trouvons une, réside dans l’utilisation de technologies, produits et stratégies innovants, en particulier dans les pays en développement.

Ce dont nous n’avons pas besoin, c’est du fardeau supplémentaire des restrictions qui rendra plus difficile pour les Européens de se nourrir.

Le pire, cependant, est que le « Green Deal européen » semble supposer que les agriculteurs sont les ennemis de la conservation. La Commission européenne considère les agriculteurs comme un problème à résoudre et donc à traiter, voire à éliminer, plutôt que comme des alliés dans une cause commune.

Les agriculteurs travaillent déjà dur pour être aussi « verts » que possible. Dans beaucoup de fermes européennes, une petite partie de l’électricité est produite avec des panneaux solaires. La localisation GPS et d’autres technologies sont quotidiennement utilisées pour réduire les déchets que de soit pour épandre le fumier ou combattre les mauvaises herbes. Des couvertures végétales sont plantées pour prévenir l’érosion des sols. Des bandes de fleurs sont ménagées entre les parcelles pour attirer les insectes pollinisateurs et améliorer la biodiversité. Si le temps et la technologie le permettent, les agriculteurs ferons encore plus. Cependant, le moyen le plus sûr d’empêcher l’innovation positive est de menacer la capacité des agriculteurs à gagner leur vie.

Pour les agriculteurs – et pour tous les Européens – le Green Deal européen est un accord pourri.

Liens : https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/european-green-deal_en

https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/european-green-deal/actions-being-taken-eu/farm-fork_en

Source : www.globalfarmersnetwork.org

L’auteur de cet article, Marcus Holtkoetter, est un agriculteur du Nord de l’Allemagne depuis de nombreuses générations. Il cultive de l’orge, du blé, du colza et élève des porcs. Il est très actif sur les réseaux sociaux.

5 réflexions au sujet de « La Commission européenne élabore un plan pour éliminer l’agriculture européenne moderne. »

    • Les ministres de l’Agriculture de l’UE s’inquiètent des conséquences pour le secteur du « Green New Deal ».
      La Commission, cette structure européenne avec sa complexité qui décide de tout et de n’importe quoi en arrive à inquiéter ceux qui la font vivre. Mais que fait la police pour arrêter cette bande d’irresponsables?. On marche sur la tête. C’est vraiment de la débilité mais dont les € verts ne semblent pas perdus pour tout le monde. Il faut vraiment arrêter ce genre de con…ies. Et vite.

  1. L’objectif des politiques est de se positionner comme les acteurs incontournables pour accorder des subventions: pour cela il faut bien rendre les gens dépendants et faire baisser leur capacité à se débrouiller seuls. L’état de moque pas mal de bien faire son job sur le régalien mais il décide de prendre l’argent dans la poche de certains pour le mettre dans la poche d’autres …. jusqu’au moment où il n’y aura plus rien à prendre et là le système se terminera enfin!

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