Un chainon manquant dans l’évolution de l’homme

Il y a quelques années la découverte d’une phalange humaine puis de deux dents dans la grotte de Denisova permit à l’aide du séquençage presque complet de l’ADN d’établir que l’homme moderne eut des relations sexuelles avec les peuplades d’hommes plus primitifs présents sur le continent eurasiatique, dont les néanderthaliens. Le pourcentage de gènes provenant de ces deux catégories d’humains archaïques encore présents dans les populations modernes, aussi appelé taux d’introgression, a pu ainsi être déterminé. Nous sommes donc tous porteurs, à des degrés divers, d’informations génétiques provenant des néanderthaliens ou des denisovans (voir les liens sur ce blog).

L’hypothèse généralement admise de la sortie d’Afrique de l’homme moderne négligea les mouvements de populations dans le continent africain. La découverte de fossiles humains anciens au Maroc, antérieurs à la « sortie d’Afrique » fit resurgir l’idée qu’il aurait pu coexister également en Afrique des introgressions entre Africains dits « modernes » et des populations humaines archaïques.

Des scientifiques du Département de Génétique humaine de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) se sont donc penché sur cette hypothèse. Leur travail a consisté à étudier le spectre des fréquences de présence de séquences d’ADN sur des sites de cet ADN qui conditionnent l’apparition d’un phénotype particulier. Il s’agit d’analyses statistiques complexes pouvant aboutir à la mise en évidence d’introgressions. Ce type d’analyse a été appliqué afin d’établir les taux d’introgression entre les hommes modernes « sortis d’Afrique » et les néanderthaliens ou les denisovans. Les génomes de trois populations d’Afrique de l’Ouest ont donc été analysés dans ce but : les Esans au Nigeria, les Gambiens dans la partie ouest de la Gambie et enfin les Mendés en Sierra Leone ainsi que les Luhyas au Kenya.

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Il ressort de ces travaux que le modèle généralement admis de « filiation » entre groupes d’humains doit être remis en question puisqu’il existe une introgression entre Africains dont est issu l’homme moderne et un ancêtre inconnu ayant divergé 27000 générations avant aujourd’hui, soit approximativement 1 million d’années avant l’ère commune. La figure ci-dessus illustre cette modification. La partie A est le modèle généralement admis. Y figure l’introgression entre un ancêtre inconnu (UA) et les denisovans (D) entre 300 et 500000 ans avant l’ère commune. L’introgression entre les ancêtres communs aux Européens modernes (sortis d’Afrique (Eur)) et aux Africains de l’ouest (W Afr) et les néanderthaliens environ 300000 ans avant l’ère commune et enfin l’introgression plus tardive entre les néanderthaliens (N) et les européens modernes (c’est-à-dire sortis d’Afrique) il y a environ 50 à 70000 ans.

La remise en question de ce modèle figure dans la partie B de l’illustration. Il y a eu une introgression importante – jusqu’à 20 % des gènes – entre l’ancêtre commun à l’homme moderne et aux Africains de l’ouest avec une population dite fantôme qui aurait divergé de l’ancêtre commun aux néanderthaliens et aux denisovans avant l’apparition de ces deux dernières populations. Pourquoi un tel taux d’introgression a pu exister ? L’explication se trouve dans le fait que ces groupes humains inter-féconds n’étaient pas nombreux en termes de population, au mieux 30000 individus, et quand ils se rencontraient par le fait du hasard il suffisait de quelques dizaines d’accouplements inter-groupes pour que l’empreinte génétique de la descendance soit relativement bien marquée par ces introgressions. Cette étude met enfin en évidence la complexité du patrimoine génétique de l’homme moderne résultant de cette inter-fécondité entre les divers groupes qui coexistaient malgré l’ancienneté des divergences pouvant dater d’un million d’années voire plus. Malgré le fait que la recherche de restes humains soit illusoire dans des régions où le climat tropical sévit, l’examen détaillé des ADNs actuels a mis en évidence cette introgression dont nous sommes, hommes modernes, également porteurs et sans de puissants moyens de calcul jamais cette nouvelle information n’aurait pu être détectée.

Source : DOI : 10.1126/sciadv.aax5097

https://jacqueshenry.wordpress.com/2018/11/28/denisovans-et-neandertaliens-une-tres-vieille-histoire-damour/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2017/11/25/lhomme-de-neandertal-et-lhomme-moderne-une-longue-histoire-de-sexe/

Une réflexion au sujet de « Un chainon manquant dans l’évolution de l’homme »

  1. Comme disait un paléontologue : « Ne vous demandez pas si nous descendons du singe, car nous sommes des singes »
    (pas faux à l’horizon rétrospectif de plusieurs millions d’années…)

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