Les centrales nucléaires flottantes : un bel avenir potentiel.

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Le 14 septembre dernier l’Akademik Lomonosov, parti de Mourmansk, a atteint Pevek, son port de destination dans la Chukotka à l’extrême nord-est de la Sibérie parcourant 4700 kilomètres dans les eaux glacées de l’Arctique. L’Akademik Lomonosov est une centrale nucléaire flottante constituée de deux réacteurs KLT-40S du même type que ceux se trouvant dans les brise-glace à propulsion nucléaire capable de générer 70 MW électriques et 50 Gcalories/heure d’énergie thermique ce qui est suffisant pour assurer la consommation électrique d’une ville de 100000 habitants ainsi que le chauffage de l’ensemble des habitations.

L’A. Lomonosov, vaisseau de 144 mètres de long et 30 mètres de large, déplace 21500 tonnes et comprend un équipage de 69 personnes. Les deux réacteurs conçus par OKBM Afrikantov ont été assemblés à l’institut de recherche et développement de Nizhniy Novgorod. Les cuves, générateurs de vapeur et turbines sont de conception russe. La durée de vie prévue de cette centrale électrique flottante et prévue être d’au moins 40 ans. Le rechargement en combustible – de l’uranium enrichi – s’effectuera tous les 12 ans ce qui nécessitera le retour du navire à Mourmansk, son port d’attache, qui dispose d’installations spécialisées pour gérer et retraiter le combustible des quelques 12 brise-glace nucléaires russes.

La compagnie d’énergie nucléaire russe Rosatom étudie déjà une deuxième génération de centrales nucléaires flottantes équipées de deux réacteurs RITM-200M d’une puissance totale de 100Me. La Russie opère 41 réacteurs nucléaires répartis sur 9 sites. Onze de ces réacteurs sont du type Chernobyl et deux autres, opérationnels, sont des surrégénérateurs, un troisième réacteur de ce type étant en construction. Sept autres réacteurs seront bientôt opérationnels. L’A. Lomonosov s’ajoute donc à cette liste et place la Russie parmi les leaders mondiaux de l’énergie nucléaire civile. L’avantage du réacteur nucléaire flottant réside en trois points. D’une part il s’agit de l’application directe d’une technologie éprouvée avec les brise-glace nucléaires, d’autre part la mobilité de ce type de source d’énergie présente de nombreux avantages. Par exemple ce type de petite centrale nucléaire modulaire (la production en série de tels réacteurs peut être envisagée) peut être installé sur un fleuve, par exemple parmi ceux traversés par la ligne ferroviaire du trans-sibérien, dans une région trop sismique pour envisager la construction d’une centrale nucléaire comme dans la péninsule du Kamtchatka à très forte sismicité ou encore pour suppléer en énergie des villes isolées des réseaux existants comme le gisement de gaz Shtokman dans la mer de Barentz ou encore le développement des sites gaziers et pétroliers de la Péninsule de Yamal. Mais Rosatom pourrait aussi équiper des villes comme Sebastopol, Novorossiysk ou Vladivostok avec de telles installions en supplément des infrastructures existantes.

Les applications de tels réacteurs modulaires flottants sont multiples comme par exemple dans l’archipel du Cap Vert en fournissant, outre de l’électricité, de l’eau par dessalage de l’eau de mer. En effet le A. Lomonosov dispose à bord de sa propre unité de dessalage d’eau de mer et l’archipel du Cap Vert souffre cruellement du manque d’électricité mais également d’eau potable et pour l’irrigation. Ce type de petite unité de production électrique est donc promis à un avenir non négligeable qui pourrait changer profondément la perception de la production d’énergie dans de nombreuses parties du monde.

Source : ZeroHedge

Notes. Les réacteurs KLT-40S sont des réacteurs à eau pressurisée utilisant de l’uranium enrichi à 14,1 % pour se conformer aux traités de non-prolifération des armements nucléaires. Les réacteurs utilisant de l’uranium enrichi jusqu’à 90 % sont réservés aux sous-marins car ils sont très compacts.

Accueillant des visiteurs je ne pourrai peut-être pas assurer une mise en ligne régulière de billets sur ce blog dans les prochains jours. Que mes fidèles lecteurs m’en excusent.

5 réflexions au sujet de « Les centrales nucléaires flottantes : un bel avenir potentiel. »

  1. @jacqueshenry
    Les escrologistes, utilisent souvent l’argument de l’impossibilité du retraitement des déchets, à l’encontre des centrales nucléaires.

    Je me souviens avoir lu dans « Pour la Science » (traduction française du « Scientific American), fin des années ’80 ou début des années ’90 (je ne sais plus exactement), un article très sérieux préconisant l’enfouissement des déchets radioactifs en mer, dans les zones de subduction, à l’aide de containers spéciaux, . En effet, après un long séjour sous la croûte terrestre ils ne réapparaîtraient qu’après une période suffisamment longue pour que la radioactivité résiduelle soit devenue minime.

    Futura Planète – Le recyclage d’une croûte océanique prend plus de 2 milliards d’années:
    https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/geologie-recyclage-croute-oceanique-prend-plus-2-milliards-annees-46109/

    Depuis, malgré mes recherches récurrentes sur ce thème, je n’en ai plus jamais entendu parler, .

    Je soupçonne qu’il s’agit ici, d’une vraie bonne idée, mise volontairement au rebut (rien à voir avec la soi-disant énergie libre gratuite 😁 🤭 😇). En effet, « balancer » des déchets nucléaires dans l’océan, est une idée insoutenable, pour les esprits conformistes et impénétrables à un minimum de réflexion.

    Faut dire aussi qu’une pareille solution nécessiterait une coopération internationale suffisamment étroite pour prévenir tout abus, ce qui ne va guère dans le sens de cette concurrence tout azimut préconisée par le capitalisme sauvage.

    (…)

    Il existerait donc des solutions au développement du nucléaire tel que nous le connaissons déjà, c’est à dire par fission, sans devoir attendre une production qu’on nous promet plus propre, par fusion.

    Aviez-vous déjà entendu parlé de cette méthode de traitement des déchets nucléaires?

    Si oui, je serais heureux d’obtenir l’une ou l’autre référence sur le sujet, car, lorsque j’en parle, je passe, au mieux, pour un « illuminé »!

    • La société Orano (ex-Areva) vitrifie déjà les déchets à haute activité essentiellement composés des produits de fission. Ces déchets sont stockés sur le site de la Hague en attendant un endroit adéquat de stockage géologique stable. Je suis entièrement partisan du largage de ces containers dans la fosse des Mariannes ou celle de Bonin. Il se trouve que la fosse des Mariannes se trouve dans une zone économique exclusive américaine et celle de Bonin dans une ZEE japonaise. Dans les années 1980 EDF encourageait ce choix mais depuis les écolos ont redistribué les cartes et tout est bloqué …

  2. Merci, jacqueshenry pour votre réponse.

    Pour ma part, cette idée de « balayer les déchets sous le tapis » (roulant tectonique) équivalant à un DOUBLE enfouissement (l’un sous-marin, et l’autre sous l’écorce terrestre) me paraissait une meilleure idée que le simple enfouissement (sous-marin) dans une fosse stable.

    Je vous souhaite de très agréables heures auprès de vos visiteurs!

    À bientôt.

  3. L’enfouissement des déchets nucléaires en sous-sol dans le site de Bure (entre la Haute-Marne et le Meuse) parait être une excellente idée. D’ici une cinquantaine d’années, on aura les technologies pour les recycler. Ce projet est provisoire et à moyen-terme.
    Dans les pays où le nucléaire civil est sous contrôle de l’état (on exclut les USA et le Japon avec des centrales privées qui ont été tentées de faire des économies sur la sécurité), on n’a jamais connu de problème, même en Russie.
    Le cas de l’Ukraine est spécial, et il est raisonnable de penser que dans ce pays qui a toujours été rongé par la corruption même pendant l’époque soviétique, il n’était pas raisonnable d’y installer une centrale atomique. L’histoire a montré que c’était le cas en avril 1986.
    Les centrales flottantes dans des zones sibériennes sont à priori sur le plan technique astucieuses car le froid polaire de ces régions permet de garantir le refroidissement des réacteurs.
    Dans des régions plus chaudes, personnellement, j’émets des doutes sauf dans des zones maritimes où la disponibilité en eau froide est garantie.

  4. Bonjour,
    J’ai lu avec intérêt l’article paru récemment sur le Saker francophone qui décrit la méthode que la Russie projette d’employer pour faire diminuer drastiquement la masse des déchets nucléaires de haute activité à retraiter ou à enfouir.
    C’est ici :
    https://lesakerfrancophone.fr/la-russie-a-la-solution-pour-calmer-les-angoisses-de-greta-thunberg
    Je cherche en ce moment même des sources scientifique pour confirmer la validité du contenu, et l’aide de l’immense culture de Jacques Henry sera la bienvenue.
    Si c’est correctement réalisé et si la filière tient ses promesses, l’énergie nucléaire devient le choix le plus durable et le moins polluant du panel, à l’exception – peut-être – de l’énergie l’hydraulique.
    Amitiés…
    Jean Claude

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