Les attitudes sexistes envers la sexualité trompent les femmes en matière d’orgasme – et pire encore

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Traduction d’un article de la journaliste Rebecca Hitchen paru sur le Guardian.

Le mythe selon lequel les femmes « doivent se contenter d’avoir des relations sexuelles et sans plus » nie leur droit au plaisir et rend encore plus difficile la condamnation des violeurs. On aimerait penser aujourd’hui que les femmes et les hommes sont égaux sur le plan sexuel, pourtant il n’en est rien selon un sondage de la coalition End Violence Against Women mené auprès de 4000 adultes. Cette enquête révèle que les deux cinquièmes des personnes interrogées pensent que les hommes veulent avoir plus de relations sexuelles que les femmes. Pire encore près de la moitié des personnes ayant répondu à l’enquête considèrent que, au sein d’un couple hétérosexuel, ce sont les hommes qui prennent l’initiative d’avoir un rapport sexuel et décident d’y mettre fin quand ils ont atteint un orgasme. En revanche les femmes sont considérées comme plus enclines à refuser une relation sexuelle mais néanmoins à se soumettre pour rendre leur partenaire satisfait. Ces observations démontrent que le sexe est plus l’apanage de l’homme que de la femme, car l’orgasme féminin est toujours considéré par l’homme comme évasif voire inexistant. Pourtant, le fait est que cet « écart d’orgasme » existe, pour la femme, uniquement chez les couples hétérosexuels en raison du manque de compréhension et d’effort de réciprocité car les lesbiennes ne connaissent pas ce problème.

Il est triste de constater que les attentes des femmes en matière de plaisir ou d’orgasme lors des rapports sexuels sont moindres que celles des hommes et il est triste aussi de constater que ce fait est accepté et considéré comme prévu et donc « normal ». Et cette attitude s’auto-perpétue car si les femmes croient que vivre une relation sexuelle est communément admis ces dernières seront peut-être moins disposées à exprimer leurs besoins et leurs désirs en particulier lors de leurs premières expériences mais aussi lorsqu’elles avancent en âge. Elles peuvent aussi ressentir une certaine pression de la part de leur partenaire qui ne veut pas entendre parler d’inconfort ou de douleurs lors de l’acte sexuel.

Enfin, lorsque le sexe n’est devenu qu’un des éléments d’une relation de long terme, à côté d’une inégalité persistance dans le milieu professionnel, des tâches ménagères, des attentes bienveillantes et de celles sexo-spécifiques des autres personnes, une discussion franche abordant un autre plaidoyer en faveur de l’équité peut constituer une bataille de trop. Les inégalités sexuelles entre femme et homme ont revêtent une importance capitale en soi car les femmes sont en droit d’espérer profiter de relations sexuelles équilibrées fondées sur le plaisir partagé. Cela ne devrait plus être considéré comme contestable mais apparemment c’est encore ainsi.

Mais il y a plus encore en jeu. Les préjugés sexistes au sujet du sexe qui ont été identifiés lors de cette enquête peuvent également constituer une sorte d’alibi pour que certains hommes développent un sens plus solide de leur droit à la sexualité conduisant alors à minimiser voire excuser ceux qui harcèlent ou obligent les femmes à avoir des rapports sexuels. Si on combine ces a priori que les hommes veulent davantage de sexe et que les femmes sont juste moins motivées et plus enclines à refuser, alors l’homme se retrouve dans une situation vraiment toxique, si on peut qualifier cette situation ainsi, en considérant que les femmes sont les gardiennes de leur sexe et dont le rôle est de gérer leurs interactions sexuelles et l’accès à leur corps. Par voie de conséquence si les femmes sont dans la réalité celles qui contrôlent l’accès des hommes aux relations sexuelles alors elles prennent la responsabilité de la qualité de ces relations.

Ce raisonnement conduit donc à attribuer aux femmes la responsabilité des risques de violence et de viols qu’elles peuvent encourir. C’est d’ailleurs toujours la femme qui subit la première une enquête détaillée si un viol a eu lieu et si elle le prétend alors que le comportement de l’homme n’est examiné qu’accessoirement. La justice considère que l’homme, dans ce cas, aura été motivé d’une manière ou d’une autre et aura été alors poussé à avoir une relation sexuelle non consentie. Les statistiques indiquent d’ailleurs que moins de 1 % des hommes refusent d’avoir une relation sexuelle lorsqu’ils sont sollicités et pourtant 2 % seulement des hommes considèrent que être un homme est synonyme de relation sexuelle. D’où la mise en place de cette réthorique au sujet des violences sexuelles : une mascarade malheureuse destinée à dissimuler ce gros malentendu entre femmes et hommes, l’homme ayant perdu le contrôle de la situation. Ce sont des mythes puissants aux conséquences néfastes, alors que si nous considérions le sexe différemment, sur la base de l’égalité, ce type de situation serait beaucoup moins probable.

Ce sexisme focalisé sur l’acte sexuel prend son importance lorsque nous tentons d’expliquer ce qui ne va pas dans une société qui ne parvient pas à dissuader, réduire et prévenir le viol. Ceci explique pourquoi les poursuites pour viol dûment signalé échouent régulièrement car la police comme les procureurs ont implicitement décidé qu’ils ne pourraient pas défendre leur dossier s’ils pensaient qu’un jury considérerait d’abord que la femme a échoué dans le contrôle qu’elle est censée assumer avant même de considérer que l’homme savait qu’il avait franchi la ligne rouge. Pour toutes ces raisons il est nécessaire d’appeler les couples à davantage d’échanges et de conversations sur les pratiques sexuelles réelles. Il est essentiel que les hommes reconnaissent leur responsabilité et acceptent de rendre des comptes à la fois au sujet du sexisme qui les habite mais aussi pour le devoir de participer à de bonnes relations sexuelles. Il faut mettre fin à cette notion surannée selon laquelle le sexe est une pratique « faite » aux femmes qu’elles doivent subir et parvenir à une situation où l’entente enthousiaste, le consentement mutuel, l’égalité avec et dans le plaisir que procurent les relations sexuelles sont la norme. Le sexe sera tellement plus beau quand il sera totalement égalitaire comme il l’était à l’adolescence …

2 réflexions au sujet de « Les attitudes sexistes envers la sexualité trompent les femmes en matière d’orgasme – et pire encore »

  1. Je dirais que ce que vous écrivez, cher hôte, est de la plus absolue logique.
    J’y rajouterais que d’avoir continuellement fait propagande pour désexualiser la population ne peut qu’avoir eu comme effet de générer une violence accrue sur le femmes et mené, de plus, à de la solitude pour bon nombre de personnes des deux sexes.
    L’identité d’une personne est multifactorielle et porter atteinte à sa sexualisation est criminel, mais c’est le biais le plus simple pour parvenir à la rendre soumise.

  2. Et si on revenait à la biologie ? Peut être que l’égalité de plaisir, a priori difficilement mesurable était une notion aussi peu scientifique que la moyenne de températures ? Ce qui me paraît crédible c’est que les cycles hormonaux des femmes existent et que ceux des hommes sont assez différents…

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